Chapitre 287
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 287 : La nation bénie, l’humain maudit - 10
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Un bref silence suivit ma déclaration : j’allais détruire ce pays. Puis Yuel tenta de joindre les mains. Le geste était bien rodé, et elle était plutôt rapide.
Mais une recluse qui n’avait jamais appris les arts du qi ne pouvait pas aller plus vite qu’un lecteur de pensées comme moi.
Je claquai des doigts. Juste avant que ses mains ne se rejoignent, une carte se glissa entre elles. Son bord tranchant entailla la main de la Sainte Vierge, qui laissa échapper un gémissement.
« Aïe ! »
« Arrête d’utiliser cette capacité pétée ! Être invincible, c’est de la triche ! »
Huit de carreau. N’importe quel objet long et fin.
J’en tirai un fil de fer, l’enroulai rapidement autour de la main de Yuel, puis tirai. Le fil acéré s’enfonça dans sa chair, l’agrippa et m’attira son bras. Dans le même temps, j’appuyai fermement sur son épaule pour empêcher le reste de son corps de suivre.
« Gnh ! »
« Je le répète au cas où : la princesse est là ! On ne peut plus recourir à des plans qui nous tueraient tous ! »
La Sainte Vierge tenta de se débattre, mais c’était risible. J’étais un adulte en bonne santé qui avait appris les rudiments des arts du qi. Je n’allais tout de même pas perdre un bras de fer contre une Sainte Vierge recluse. Le corps entravé de Yuel trembla.
« … Impossible. Tu as perdu tous tes pouvoirs. Tu ne peux pas détruire l’État militaire. »
« On n’a pas besoin de pouvoir pour détruire l’État militaire. Ce qui faisait tomber les mauvais chèques, c’était toujours la méfiance, pas la force. Voilà pourquoi le crédit est si important. »
La méthode était simple. Je le lui avais déjà dit : le poison le plus mortel était un neurotoxique.
Je murmurai à l’oreille de Yuel.
« Avec l’aide du capitaine AB, je ferai sortir tous les officiers des transmissions de leurs chambres. Je rendrai leur liberté à tous les officiers des transmissions de l’État militaire. »
« Tu ne peux pas ! Les officiers des transmissions sont tenus par la règle qui leur interdit de quitter les pièces sans fenêtres. Ils ne désobéiront pas à cette règle simplement parce qu’un seul officier des transmissions le leur ordonne ! »
« Mais si l’ordre ne vient pas d’un seul officier des transmissions ? S’il arrive par un module de transmission, exactement comme un ordre du Commandement ? »
Le Commandement s’était révélé être un ensemble d’officiers des transmissions, mais cela ne signifiait pas que les paroles de l’un d’eux devenaient aussitôt des ordres du Commandement.
Pour qu’elles deviennent une décision du Commandement, l’officier devait transmettre l’information à d’autres officiers des transmissions. Elle passait ensuite entre les mains d’innombrables officiers et modules spécialisés dans des jugements de valeur particuliers, avant d’être renvoyée sous la forme d’un ordre du Commandement. Un peu comme dans un cerveau humain.
Un seul officier des transmissions ne pouvait donc pas se faire passer pour le Commandement.
En revanche, un officier des transmissions puissant pouvait se synchroniser avec les officiers alentour et les contrôler.
« D’après ce que j’ai vu, les officiers des transmissions là-haut sont tous incroyablement naïfs. Une toile vierge, pure et intacte, c’est le meilleur support pour peindre. Que se passera-t-il quand le capitaine AB et moi prendrons le contrôle du module supérieur ? Si nous nous en servons pour libérer les officiers des transmissions des environs, un par un ? Alors ? Tu vois où je veux en venir ? »
« … Tu comptes contaminer leurs esprits ? »
« C’est comme ça que tu appelles ça, apparemment. Moi, je préfère parler de libération de l’oppression. »
Ah, ça faisait du bien. Je comprenais enfin ce que ressentait un méchant de troisième ordre qui dévoilait son plan dans ses moindres détails au dernier moment.
Quoi ? Révéler son plan à tout le monde leur donnait une chance de renverser la situation ? Et alors ? Que je réussisse ou que j’échoue, qu’est-ce que ça pouvait bien faire ? Là, tout de suite, je m’amusais !
Si je n’avais fait que parler en l’air, Yuel aurait balayé mes propos d’un rire. Ce qui les rendait glaçants, c’était que l’avenir que je décrivais était possible. Jusqu’à présent, Yuel avait semblé avoir renoncé à tout, sans le moindre attachement à la vie, mais mes paroles lui firent sentir le danger.
« Tu crois… que je vais rester là sans rien faire ? »
« Et qu’est-ce que tu feras si tu ne restes pas là sans rien faire ? Prier ? Malheureusement, maintenant que tes mains sont ligotées, tu n’en auras pas l’occasion. Tu n’aurais pas dû interrompre ta prière. »
Les pouvoirs de la Sainte Vierge n’étaient rien de plus qu’une reproduction des miracles accomplis par la Première Sainte Vierge. Les miracles étaient extraordinaires, mais prévisibles. Ses bras étaient entravés et, avec la princesse ici, elle n’avait aucun moyen de me menacer.
Oh, maintenant que j’y pensais, la princesse avait les mains libres.
« Princesse, pourriez-vous venir tenir ce fil ? Je crois que j’aurai besoin de votre aide pour emmener cette femme. »
« M-moi ? »
« Oui. Même moi, je ne peux pas porter une femme qui se débat dans une échelle, surtout si elle est prête à tomber avec moi et à mourir. »
La princesse prit aussitôt un air effrayé.
« Vous voulez que je monte avec quelqu’un comme elle… ? »
« Vous savez à peu près pourquoi, Princesse. Personne ne peut s’en prendre à vous intentionnellement. C’est un peu comme le Roi des Chiens, qui ne peut pas faire de mal aux humains. Bien sûr, c’est moins absolu dans votre cas que dans celui du Roi des Chiens, un être conceptuel. »
La princesse ne comprit pas tout à fait la seconde moitié de mon explication, mais elle n’avait pas besoin de tout comprendre pour se laisser convaincre. Elle tendit la main avec hésitation. Je continuai à tirer jusqu’à ce qu’elle saisisse le fil. Yuel ne pouvait pas s’en prendre à la princesse, mais elle pouvait toujours dégager son bras d’un coup sec.
Hum. Si j’enroulais ce fil autour du cou de la princesse, Yuel ne pourrait pas non plus s’en débarrasser…
Non. Un accident imprévu pourrait tuer la princesse et, surtout, Siati essaierait de me battre à mort. J’abandonnai cette idée.
« Nous sortirons, leur montrerons le cadavre du Héros de guerre et révélerons la véritable identité d’Eimeder du Lien céleste. En même temps, nous libérerons les officiers des transmissions les uns après les autres. Le système des officiers des transmissions, autrefois la fierté de l’État militaire, deviendra un objet de méfiance. Les officiers des transmissions ne sont que des filles comme les autres, et tous les ordres donnés jusqu’à présent étaient en réalité des décisions qu’elles mijotaient entre elles ! La méfiance que nous répandrons passera d’une personne à l’autre et rongera l’État militaire ! »
« Ce genre de… »
« Ce genre de conneries ? Je vais le faire ! Je le ferai ! »
Je n’y pouvais rien. C’était comme un risque professionnel.
J’écoutais les souhaits des humains. Mais l’État militaire n’était pas humain, alors je ne pouvais pas entendre ses souhaits. Et du point de vue de ceux qui y vivaient, l’État militaire était un pays vraiment misérable.
Selon le jugement collectif, l’État militaire valait mieux que le royaume. La plupart de ceux qui avaient connu les deux le diraient.
L’État militaire restait une nation oppressive. Il privait les humains de leur libre arbitre, de leurs responsabilités et de leurs péchés. Ainsi, toutes les souffrances de son peuple devenaient la faute de l’État militaire. Ses péchés s’accumulaient et, faute de les résoudre, il se contentait de les dissimuler…
« Tu m’as traité de destructeur de civilisation, mais je vois les choses autrement. À mes yeux, tu n’es qu’un humain qui a inventé la machine tuant les humains le plus longtemps et avec le plus d’efficacité. Malheureusement, cette machine dépasse mon entendement. »
« Nous ne pouvons pas retourner à l’âge de la sauvagerie ! Les humains ne sont pas des bêtes ! »
« C’est parce qu’on le répète si souvent ? Beaucoup de gens semblent y croire sincèrement, mais il suffit de gratter un peu pour voir la vérité : les humains sont des bêtes par nature. »
C’était pour cela que j’existais.
La peur et la stupeur traversèrent le visage de Yuel. Elle savait quelque chose à mon sujet, sans que je sache comment, et cela la terrifiait plus que nécessaire.
Non. Ce pays est mon seul héritage. L’enfant que lui et moi avons créé ensemble ! Même enfoui et perdu dans l’Histoire, il ne peut pas être dévoré par des sauvages… !
Yuel n’avait plus aucun moyen de résister. Elle avait passé plus de dix ans à pleurer son deuil, recluse. Plus personne ne se souvenait même de qui elle était, alors personne ne viendrait la protéger.
Alors que le désespoir colorait les yeux de Yuel…
« Euh, Monsieur Hui. »
La princesse leva prudemment la main. Elle affichait l’expression désemparée de quelqu’un qui s’apprêtait à formuler une demande déraisonnable. En tant que lecteur de pensées, je savais que lorsque les gens commençaient ainsi, c’était généralement parce qu’ils n’étaient pas d’accord avec moi.
Pourquoi tout à coup ? Perplexe, je me rappelai toutefois que la princesse avait encore un rôle important à jouer et lui répondis avec douceur.
« Oui. Je vous écoute. »
« Faut-il vraiment le révéler de cette manière ? C’est trop cruel. »
« Quoi ? »
Qu’est-ce que c’était censé vouloir dire ? Une attaque pouvait-elle être douce ? On ne pouvait pas poignarder un ennemi à la gorge avec gentillesse.
Mon incrédulité dut se lire sur mon visage. La princesse restait intimidée, mais elle parla avec obstination.
« L’État militaire est certainement un pays cruel. Mais d’innombrables personnes se sont adaptées à son système et vivent en suivant ses ordres. Si nous révélons d’un seul coup tous les secrets qui font fonctionner l’État militaire… le chaos deviendra incontrôlable. »
« Bien sûr. N’était-ce pas le but depuis le début ? Plus l’État militaire sombrera dans le chaos, plus nous serons en sécurité. »
« Alors, beaucoup de gens souffriront. L’État militaire est sur le point de faire la guerre aux Petits États. Si nous démantelons aveuglément le Commandement dans ces circonstances, les soldats seront désorganisés. Or, chaque fois qu’un grand groupe armé s’est effondré au cours de l’Histoire, c’est le peuple qui en a souffert. Dame Shei, qui aime la paix, ne souhaiterait pas cela non plus. »
Idiote. Je le savais ! C’était pour ça que j’avais laissé la régresseuse derrière !
Si la régresseuse était là, elle qui ne cherchait que le meilleur résultat possible, elle maintiendrait l’État militaire en vie quoi qu’il arrive. Ce qu’elle voulait, c’était un niveau de chaos convenable, susceptible de lui profiter. Une catastrophe surviendrait si les choses continuaient ainsi, mais tout bouleverser d’un coup créerait trop de variables. Elle comptait probablement mettre fin au conflit, préserver les forces de l’humanité, puis les mobiliser toutes pour combattre le Roi du Péché affaibli.
Mais c’était impossible ! Pour bien des raisons !
Je n’avais aucune idée de ce à quoi ressemblerait cet avenir, mais j’y serais probablement le Roi du Péché !
« Vous l’avez dit vous-même, Monsieur Hui. Nous ne connaissons pas l’État militaire. Mais ce que je voulais changer, c’était cet État militaire cruel, sans pitié ni bonté. Je crois qu’il peut devenir meilleur si la bonté y trouve sa place. »
« Alors, la princesse veut aussi se montrer bonne envers l’État militaire ? »
« C-ce n’est pas une ambition si grandiose. Mais si je veux de la bonté, je dois commencer par en faire preuve. L’État militaire a désespérément besoin d’une chance. »
Un sourd ne pouvait pas parler. S’il n’entendait pas les sons, il ne pouvait pas apprendre à les produire.
De même, les membres de la famille royale Grandiomor étaient incapables de ressentir de l’hostilité envers autrui. Comme personne ne s’était jamais montré hostile à son égard, la princesse ne pouvait pas comprendre cette émotion, même si elle en apprenait l’existence.
Était-ce pour cela ? Bien qu’elle ne fût qu’humaine, la princesse venait de proposer une absurdité pareille : pardonner à un pays.
Mais…
Je me pris la tête et hurlai.
« Aaaaaah ! »
« M-Monsieur Hui ?! Qu’est-ce qui ne va pas ? »
« Bon sang. Pourquoi fallait-il que ce soit la princesse, entre toutes les personnes ? Vous me demandez encore de repousser l’échéance ? »
Les humains pouvaient se choisir leurs propres rois. Ils n’avaient donc pas besoin du Roi des Bêtes.
Ils avaient chassé le Roi de l’Humanité en avançant cet argument, mais tous les royaumes avaient fini par tomber. Les humains, qui avaient besoin de quelque chose pour les gouverner, s’étaient mis à vénérer d’autres choses.
Mais la princesse était toujours là. Et comme elle n’avait jamais appris l’hostilité, elle ne haïssait pas l’État militaire. Ce qui signifiait que…
« Tu veux devenir le roi de l’État militaire ? Voilà une drôle de façon de reprendre le trône ! Devenir roi en parasitant le pays né après la destruction du tien ! »
« Q-quoi ? Ce n’est pas tout à fait ça. »
« Ne balaie pas ça d’un “ce n’est pas tout à fait ça” ! Même si tu ne le vois pas comme ça, le résultat est le même ! Ce pays a du potentiel et tu veux voir jusqu’où il peut aller, pas vrai ? »
Argh. Ça voulait dire que le Roi des Bêtes était toujours inutile ? Si mon interlocutrice était une monarque, sa demande était recevable.
Il y avait tout de même un problème. D’après la régresseuse, le Roi du Péché se réveillerait dans un avenir proche. Il ne me restait sans doute plus beaucoup de temps, à moi non plus. Leur accorder un sursis comme celui-ci…
Quand je songeais à l’avenir qui m’attendait !
« Bah, ce n’est pas grave. »
Ce n’était pas grave.
Je n’étais pas prophète. L’avenir que je n’avais pas vu de mes propres yeux ne me concernait pas. J’étais toujours lié par ces prophéties fatigantes, mais je n’allais pas brider mes actions présentes par peur d’un avenir qui n’était pas encore arrivé.
C’était ainsi que fonctionnait la civilisation chérie des prophètes. Pas la mienne.
Je n’obéirais pas à la loi par peur de voir un jour débarquer la police militaire, et je ne resterais pas non plus les bras croisés par crainte que les choses tournent mal. Si je pouvais agir maintenant, j’agirais.
« Vraiment ? »
« Ce n’est pas la question. Princesse, il n’y a aucun moyen d’exaucer votre souhait. »
Je ne m’attaquais qu’aux choses réalisables. Je n’avais aucune envie de me fendre le crâne contre un mur en m’acharnant sur l’impossible.
« Le pouvoir de Yuel commence et s’achève avec les officiers des transmissions. Mais vous, tout ce que vous pouvez faire, c’est éviter l’hostilité. Si Yuel essaie de nous tuer en invoquant des anges dès notre sortie, ou si elle contacte d’autres officiers pour mobiliser des troupes, que pourrez-vous faire ? Vous n’avez aucun moyen de résister. On en reviendra à l’ancien État militaire. »
« Nous pouvons convaincre Yuel et obtenir sa promesse ! Dame Yuel est raisonnable, elle acceptera ! »
« Elle ne l’acceptera absolument pas. Un pays éternel ne peut pas avoir de roi. C’est pour cela que Yuel a créé les officiers des transmissions et bâti avec acharnement un système sans roi, même si ce n’était qu’une façade. Pour y ajouter cette bonté que vous souhaitez, votre volonté devrait être bien plus forte que celle des autres officiers des transmissions. Comme celle d’un roi face à ses sujets. »
« Ah… »
Quand rien ne permettait d’accomplir quelque chose, on avait beau s’y prendre de toutes les manières possibles, on n’y arrivait pas. Même si la princesse pouvait éviter l’hostilité, elle n’était pas toute-puissante. Sans un pouvoir adapté au système, personne n’entendrait son appel.
« Ce serait peut-être mieux que l’État militaire s’effondre complètement. Si le chaos s’installe, avec des armes et des lames pointées dans toutes les directions, votre lignée royale ressortirait du lot. »
« Je ne veux pas que cela arrive ! »
« Je m’en doutais. Bref, vous comprenez ce que je veux dire, n’est-ce pas ? Alors… »
Je haussais les épaules, prêt à faire renoncer la princesse…
« Monsieur. »
Le capitaine AB m’interpella à voix basse.
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