Chapitre 281
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 281 : La nation bénie, l’homme maudit - 4
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Le royaume de la famille royale Grandiomor, cette terre bénie, était un pays de rois et de chevaliers.
Dans cette contrée baignée par mille ans de gloire vivait un homme que l’on connaissait sous le nom de Héros de guerre.
Il était l’espoir du peuple. Né roturier, il s’était couvert de gloire sur les champs de bataille et avait été adoubé chevalier libre. Beau et bon, il s’était lié d’amitié avec toutes sortes de puissants, avait vaincu vingt prétendants et épousé une belle jeune femme.
Le peuple avait acclamé son ascension comme si elle était la sienne. Il n’y avait pas d’autre façon de le dire : un dragon avait surgi d’un humble ruisseau.
Honneurs prestigieux. Bals somptueux. Richesse et pouvoir. Il avait tout ce dont les roturiers n’osaient même pas rêver. En le regardant, le peuple éprouvait par procuration une satisfaction nourrie d’une soif jamais étanchée. C’était peut-être un peu tordu, mais il l’aimait.
Puis, quand le Héros de guerre renonça à toute cette gloire pour se consacrer aux simples soldats, il devint l’idole de tous. Le peuple avait l’impression de ne faire qu’un avec lui…
Exactement comme la famille royale l’avait prévu.
Le Héros de guerre était un homme de paille, destiné à apaiser le mécontentement populaire. Le ressentiment du peuple grandissait de jour en jour ; la famille royale avait donc décidé de créer une figure emblématique capable de capter l’attention publique.
Assez fort et assez beau, le Héros de guerre fut choisi pour occuper cette position aussi misérable que glorieuse.
En échange de son obéissance aux ordres de la famille royale et des nobles chevaliers, on lui avait tout donné : une grande renommée, la femme qu’il aimait, et même une confortable propriété.
Pourtant, tout ce qu’on lui avait accordé lui pesait. Il avait constamment l’impression de porter des vêtements trop étroits. Il avait beau se laver, se changer ou saluer les citoyens en liesse, il ne parvenait pas à se débarrasser de cette sensation étouffante.
Celui qui le regardait, c’était lui-même, tel qu’il avait été durant ces années de pauvreté et de combats acharnés. Nulle part, il ne se sentait à l’aise.
Dévoré par la culpabilité, il décida de rester au moins fidèle à la mission qui lui avait été confiée.
Sur un champ de bataille où les chevaliers tenaient le premier rôle, les soldats étaient considérés comme inférieurs aux simples manœuvres.
Ils étaient porteurs, charpentiers et ouvriers. Ils servaient d’appâts ou de quelques lignes de texte pour orner une épopée.
Quand un chevalier désœuvré partait chasser, les soldats transportaient marmites et couvertures à sa suite. Même si la bête acculée les déchiquetait, ils n’avaient pas le droit de se défendre. Seul le chevalier avait droit à la gloire de lui enfoncer sa lance dans le cou.
Une fois la bête transpercée, les soldats morts n’apparaissaient plus que dans les chants célébrant les exploits des chevaliers.
Compatissant envers ces soldats prisonniers d’une telle situation, le Héros de guerre fit tout son possible. Il trouva de quoi nourrir ceux qui mouraient de faim, abolit les coutumes cruelles, organisa les unités et leur procura des provisions.
Au lieu de suivre les chevaliers à la trace, il entretint des bases, construisit des routes et creusa des canaux. Il allait aussi régulièrement porter secours aux civils, tout cela afin de gagner le soutien du peuple.
Il les entraîna également, pour que les soldats ne deviennent pas une institution inutile. Avec un minimum de force militaire, ils ne se feraient pas si facilement sacrifier.
Les nobles chevaliers, privés de leurs serviteurs polyvalents et gratuits, capables de travailler toute la journée, exprimèrent leur mécontentement. Le Héros de guerre les calma tant bien que mal en mobilisant toutes ses relations. Il devait surtout beaucoup à son ami intime, la Lance absolue Partlaxion. Le Héros de guerre était un combattant exceptionnel, mais il n’était pas le plus fort. Sans la Lance absolue, on l’aurait certainement provoqué en duel.
Quoi qu’il en soit, le Héros de guerre se montrait loyal envers ceux qui lui faisaient confiance : la famille royale comme les soldats. Il était simplement consciencieux.
Contrairement à ce qu’on prétendit par la suite, il ne nourrissait pas de haine aveugle envers la famille royale. Il ne ressentait qu’un sens du devoir.
Puis, un jour…
Il était si dévoué aux soldats qui le suivaient qu’il ne put refuser leur projet de rébellion.
Finalement, le Héros de guerre détruisit la famille royale.
Tous acclamèrent la victoire dans le château royal réduit en cendres : les chevaliers blessés et abandonnés, ceux qui suivaient Partlaxion, les foules opprimées et les soldats. Ils se réjouissaient en imaginant un avenir plein d’espoir.
En entendant leurs acclamations, le Héros de guerre sombra dans de sombres pensées.
Il avait commis cet acte dans la confusion, mais il n’avait pas l’étoffe d’un dirigeant.
À vrai dire, personne au monde n’avait l’étoffe nécessaire pour gouverner un pays. La seule chose qui distinguait le Héros de guerre du roi, c’était qu’il s’en était rendu compte.
Le Héros de guerre comprit vite ses propres limites et tira une conclusion : puisqu’il n’avait pas la capacité de diriger un pays, il l’emprunterait pour un temps.
Heureusement, il existait dans le monde des gens qui régnaient sans guère s’intéresser au pouvoir temporel. S’il leur demandait de l’aide, il trouverait peut-être une issue.
Après avoir rétabli un semblant d’ordre, le Héros de guerre répartit les tâches entre ses subordonnés et se mit en route.
Un lieu qui régnait sans gouverner, guidant chacun au nom de la foi.
En direction du Sanctuaire.
« … Il arrive. »
Et la Sainte Vierge Clairvoyante Yuel avait tout « observé ».
Au plus profond du Sanctuaire se trouvait un espace secret et sacré où seules les Saintes Vierges pouvaient poser le pied. La lumière filtrait par les fissures des briques grises, et les statues à la gloire de la Première Sainte Vierge bénissaient le sol.
La Sainte Vierge Clairvoyante détourna son regard du Héros de guerre.
Après la mort sur la croix de la Première Sainte Vierge, véritable prophétesse, d’autres Saintes Vierges étaient apparues au sein de l’Église du Dieu céleste. Elles différaient par leurs origines, leur âge, leur apparence et leurs dons, mais avaient exactement deux points communs.
Le premier, c’était qu’elles étaient des femmes.
Le second, c’était que leurs dons étaient liés à la prescience.
« À en juger par la lettre qu’il envoie en ce moment au Sanctuaire, il semble vouloir nous demander de l’aide et faire appel à nous. »
Parmi elles, la Sainte Vierge Clairvoyante Yuel possédait un don simple, mais puissant.
La clairvoyance.
Le pouvoir de tout voir dans le monde sans quitter un même endroit. Des yeux capables de voir les futurs qui n’étaient pas encore advenus.
Un tel pouvoir, révélé au monde profane, aurait pu ébranler des nations et bouleverser ciel et terre. Pourtant, il résidait dans ce petit corps. Yuel n’était encore qu’une jeune Sainte Vierge.
Yuel attendit une réponse, mais le silence se prolongea. Perplexe, elle tourna alors son regard vers moi. Au lieu d’un lieu situé à des milliers de lis de là, elle vit un magnifique jardin.
L’eau des statues ruisselait avec grâce et abreuvait la terre ; fleurs sauvages et lianes y ondulaient avec élégance. C’était un royaume caché, sacré, saint et révérencieux.
Là, une jeune fille aux cheveux d’ébène somnolait dans un fauteuil à bascule.
Aucun peintre au monde n’aurait pu reproduire ce paysage. Aucune toile n’aurait su rendre cette sainteté que le langage humain ne pouvait expliquer.
Sa seule existence semblait prouver celle de Dieu. Même qui ne croyait pas au Dieu céleste aurait eu envie de s’agenouiller. Cette révérence qui dépassait la beauté, cette aura mystérieuse qui enveloppait sa silhouette gracieuse, tout cela paraissait ancestral.
La foi et la croyance avaient pris forme sous ses yeux. Yuel la contempla un instant, fascinée, puis reprit ses esprits et l’interpella.
« Sainte Vierge du Ciel ? »
Quand Yuel l’interrogea de nouveau, la jeune fille garda les yeux fermés et entrouvrit lentement les lèvres.
« Je l’ai refusé, Yuel. »
La Sainte Vierge du Ciel, Maiél.
Celle qui était devenue une telle existence.
La prophétesse endormie.
La plus haute figure du Sanctuaire répondit d’une voix douce.
« Je t’ai montré des scènes bien trop pénibles pendant trop longtemps, n’est-ce pas, Yuel ? Pardonne-moi de t’avoir inquiétée. C’était un moment important de l’Histoire, alors j’ai emprunté ton pouvoir. Tout est terminé maintenant, ne te préoccupe plus de lui. C’est la saison où les aurores boréales sont magnifiques. Repose-toi en admirant la mer gelée de la Mer du Nord… »
Ne comprenant pas de quoi elle parlait, Yuel demanda encore :
« Pardon ? La Mer du Nord ? Me reposer ? »
« Ah, ce n’est pas la saison des aurores, en ce moment ? »
Son ton semblait détaché de la réalité, comme si elle rêvait. N’importe qui de sensé aurait souri, en se disant qu’elle ne s’était pas encore tout à fait réveillée.
Mais face à une existence qui dépassait le sens commun, comme la Sainte Vierge du Ciel, les critères de jugement changeaient. Il fallait douter de son propre bon sens et croire en elle sans réserve.
Car ce qu’elle voyait n’était pas une scène de rêve, mais un avenir que les humains ordinaires ne connaissaient pas encore.
« Tout va bien, Yuel. Dans quelques mois, tu t’es habituée à ma façon de parler. Tellement que tu m’as même réprimandée. Pour l’instant, laisse passer. »
« O-Oui… »
Encore jeune, Yuel répondit à Maiél malgré sa confusion.
« Et… qu’en est-il de lui ? »
Lorsque Yuel demanda timidement des nouvelles du Héros de guerre, Maiél esquissa un sourire. Sa voix était douce et tendre, comme si elle voulait la réconforter.
« Je me suis occupée de lui moi-même. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Tout se déroule comme l’a ordonné la Première Sainte Vierge. »
Elle n’énonçait pas sa propre volonté, mais répétait exactement ce qu’elle avait vu dans l’avenir. Elle pouvait donc fort bien employer le passé. De son point de vue, tout cela appartenait déjà au passé.
Autrement dit, la requête du Héros de guerre avait déjà été « refusée ». Il arriverait dans une semaine, mais la réponse du Sanctuaire était déjà arrêtée.
« D’accord, Yuel ? À présent, admire autant de beaux paysages que possible et purifie ton corps et ton esprit. J’ai fait ça parce que c’était nécessaire, mais je le regrette profondément. J’ai oublié ton âge et je t’ai fait assister à la chute du Royaume et à la mort du roi. C’était peut-être trop éprouvant pour une jeune fille comme toi. »
« Euh… Sainte Vierge du Ciel… »
« Une semaine ? Le trajet depuis là-bas est incroyablement long. Me faire perdre une semaine entière de ma précieuse vie… Quel gaspillage. Alors toi aussi, va dormir, Yuel. Merci de m’avoir réveillée… Ah, je te remercie d’avance ! »
Maiél lui adressa un sourire bienveillant, puis recommença à somnoler. C’était une manière douce et attentionnée de congédier Yuel. Comme celle-ci ne pouvait troubler le sommeil de la Sainte Vierge du Ciel, elle s’inclina et se retira.
Yuel traversa le jardin et regagna sa chambre. Une pièce douillette, chaude et bien garnie.
Elle se composait de trois parties. La plus grande était remplie d’objets divers dont l’usage était difficile à deviner : des jouets dont la plupart des gens n’auraient même pas imaginé l’existence, ainsi que des choses que Yuel avait découvertes grâce à la clairvoyance. Dévorée par la curiosité, Yuel avait supplié qu’on les lui procure, et le Sanctuaire s’était appliqué à satisfaire les demandes de la Sainte Vierge.
La deuxième pièce était un salon avec un bureau et des chaises. Bien sûr, il était lui aussi rempli de vieux vases, de plantes aux formes étranges et de livres précieux venus des quatre coins du monde. Ce n’étaient même que les choix soigneusement sélectionnés par Yuel, faute de place. Le reste était conservé en lieu sûr dans la grande bibliothèque de Lakhion.
La troisième pièce était celle où Yuel passait le plus clair de son temps.
Sa chambre. Une pièce douillette, où un lit si immense qu’il occupait tout l’espace l’attendait. Comme toujours, Yuel s’y allongea.
Ce lit était un petit monde à ses yeux. Grâce à la clairvoyance, elle s’y étendait et contemplait toute la création. Par le pouvoir de la clairvoyance, Yuel détourna son regard d’ici pour le porter ailleurs.
Yuel ne regarda pas la Mer du Nord.
Elle vit des gens chanter l’espoir dans le Royaume en ruines… et le Héros de guerre qui se hâtait vers cet endroit. Sans même s’en rendre compte, Yuel sourit.
« Je l’ai refusé. »
Les paroles de la Sainte Vierge du Ciel revinrent soudain à l’esprit de Yuel, et son sourire s’effaça.
« Monsieur ? »
Des ondes se propagèrent. C’était la voix de la capitaine AB. Je repris mes esprits, avec l’impression de sortir d’un sommeil.
« Vous ne répondiez pas, malgré tous mes appels. Vous allez bien ? »
« Ah. J’ai dû m’endormir un instant. Nous sommes arrivés ? »
« Affirmatif. Toutefois, vous n’avez pas réagi après l’atterrissage, ce qui m’a inquiétée. L’impact a-t-il été violent ? »
« Je suppose que oui. »
« Assez violent pour vous faire perdre connaissance ? Cette unité serait-elle trop lourde… ? »
« Oui. C’est pour ça que tu devrais faire de l’exercice régulièrement. Tu restes enfermée dans ta chambre à espionner les gens, alors forcément, tu as grossi. »
Pour le bien de la santé de la capitaine AB, je lui donnai un conseil sévère qui ne lui ferait pas prendre de poids. La laissant derrière moi, l’air abattu, je regardai autour de nous.
Je n’y voyais rien. Il me fallait de la lumière.
« Set, Re, Lux. »
Une faible lueur jaillit du bout de mes doigts et éclaira le passage. Au bout de l’étroit corridor obscur se dressait une porte de pierre.
« C’est là ? »
« … Affirmatif. Cette unité a retrouvé cette vision dans les souvenirs de Yuel, officier des transmissions. C’est bien l’endroit. »
« Hmm. Je ne vois aucun piège. »
Cela dit, si quelqu’un avait pénétré dans le quartier général et poussé ses recherches jusque-là, des pièges à moitié efficaces n’auraient servi à rien. Et un piège souterrain aurait aussi mis en danger ceux qui l’avaient installé.
Quoi qu’il en soit, échec et mat. Si loin sous terre, il n’y avait plus nulle part où fuir. Ni pour moi, ni pour l’État militaire.
Je frappai à la porte de pierre et lançai :
« Bon. Je sais que tu es là, alors ouvre. »
Pas de réponse. Je pouvais lire les pensées de la personne grâce à mon don, mais sa volonté n’était pas ici. Elle se concentrait sur le contrôle de l’ange.
Pour bien utiliser la lecture des pensées, je devais attirer l’attention de l’autre personne sur moi. Historia était en danger si je laissais la contrôleuse tranquille ; je ferais donc mieux d’entrer de force et de lui coller au moins une gifle.
« Je vais forcer le passage. Capitaine AB, veuillez vous écarter un instant. »
Une porte de pierre, sous terre : les conditions idéales pour les Arts de la Terre. J’étendis les deux mains près des coins, puis fis appel à cette technique. Elle permettait d’enfoncer ou de soulever tout ce qui appartenait à la terre. Mon pouvoir était trop faible et trop lent pour se révéler très utile au combat, mais rien ne valait ça pour déplacer des objets lourds.
Grrrr.
Une sourde vibration parcourut le sol, et la porte de pierre s’ouvrit lentement.
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