Chapitre 277
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 277 : L’idéologie fondatrice de l’État militaire
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L’arrivée de l’ange fut bien trop spectaculaire.
Elle apparut dans un éclair aveuglant et repoussa quelqu’un d’un geste désinvolte. Et pas n’importe qui : Historia, la Tireuse, l’une des Six Généraux, une puissance capable à elle seule de renverser le cours d’une bataille.
Pourtant, face à cette force écrasante, le corps d’Historia ne fut pas plus qu’un ballon de cuir. Elle traversa les airs. Les golems debout s’écroulèrent à l’unisson, les papiers s’éparpillèrent partout et Historia roula sur le sol avant de percuter un mur.
Après avoir ainsi démontré sa puissance écrasante, Eimeder se posa devant les officiers des transmissions avec la légèreté d’une plume.
Les officiers tentèrent tardivement de comprendre la situation. Ils déployèrent tous leur Arcane innée et échangèrent rapidement leurs avis.
« Eimeder ? Mais le Module I n’aurait pas dû invoquer Eimeder… »
« Ce serait Eimeder d’un autre module ? »
« Je m’y oppose. Aucun module ne peut contrôler et observer Eimeder aux coordonnées centrales du Cercle intérieur. Nous sommes hors de portée. »
« Soyez prudents. Cette forme ne correspond pas aux spécifications d’Eimeder. Il pourrait s’agir d’un défaut… »
『Comment osez-vous vous ériger en juges du bien et du mal ? Blasphémateurs.』
Sa remarque laissait clairement entendre qu’elle avait lu leurs communications. Quand ils s’en rendirent compte, les officiers des transmissions se turent et cessèrent de communiquer.
Pendant ce temps, Eimeder replia une à une ses ailes de lumière sacrée, puis baissa les yeux vers eux.
『Comme prévu, les créations humaines sont incomplètes. Peu importe l’amour avec lequel on les garde enfermées dans une boîte, elles finissent par tendre la main vers ce qui se trouve au-delà. Peu importe à quel point on les façonne pour qu’elles se ressemblent, elles ne pourront jamais être identiques.』
Jusqu’alors, les Eimeder apparues avaient parlé d’une voix monotone, comme des officiers des transmissions. Elles transmettaient des informations et exécutaient les tâches assignées, sans manifester la moindre volonté propre. Elles tenaient davantage de l’objet ou du système que de l’ange.
Mais l’ange ailée qui se tenait devant nous était différente. La véritable Eimeder déplorait la situation d’une voix solennelle et écrasante, comme une messagère descendue des cieux les plus élevés.
『Comme c’est pitoyable. Comme c’est pitoyable…』
« Officier des transmissions ? Non, c’est différent ! »
« La voix de l’État militaire… ? »
En entendant cette lamentation, les officiers des transmissions reculèrent avec hésitation, échangeant des regards d’enfants pris en faute. Tandis qu’ils tentaient tous de s’éloigner d’Eimeder, ils formèrent naturellement un mur humain, laissant Eimeder et moi face à face.
Non, il y avait encore quelqu’un.
À peine libérée des entraves d’IA, la capitaine AB vacillait comme si elle venait de naître. Elle semblait sur le point de s’effondrer à tout instant, mais se força obstinément à rester debout, respirant péniblement tandis qu’elle murmurait :
« Yuel… ? »
La vie avait regagné les yeux de la capitaine AB. Elle bougeait et parlait désormais de sa propre volonté.
Mais le moment ne pouvait pas être plus mal choisi.
L’ange du jugement était descendue juste au moment où elle retrouvait sa liberté. Comment le destin pouvait-il être aussi cruel ?
『L’œuvre la plus proche de la réussite… le seul résultat que moi, l’État militaire, j’ai observé avec tant d’attention, vient d’être souillé sans pitié.』
« Officier des transmissions Yuel. C’est bien vous ? Pourquoi êtes-vous… ? »
『Si rien n’était arrivé à vous, officiers, je serais restée une simple officier des transmissions. J’aurais vécu à vos côtés, résidente d’une pièce solitaire. Mais…』
Eimeder se lamenta de nouveau.
Rien que cela me hérissa les cheveux. Une peur profonde m’envahit tout entier. Ma vie et ma mort ne dépendaient que de sa volonté. Comme une fourmi face à un éléphant, je ne pouvais qu’espérer qu’elle ne s’intéresse pas à moi.
『Car laisser la sauvagerie que nous avons chassée envahir cette nation constituerait une terrible régression dans l’histoire humaine. Cela ne peut être toléré.』
Évidemment, les choses n’allaient pas se dérouler aussi facilement. Nous étions forcément voués à nous affronter d’une manière ou d’une autre.
『Moi, l’État militaire, je vais personnellement tout remettre en ordre.』
Mon corps s’alourdit. Respirer devint difficile, aussi. La lumière n’aurait pas dû avoir de poids, mais chacune des parties de mon corps qu’elle touchait semblait plongée sous l’eau. Je n’avais ressenti une telle pression que lorsque j’avais affronté Tyr seul, dans l’Abîme.
Le pire, c’était que, contrairement à Tyr, qui s’était désintéressée de moi, cet ange était… mon ennemie à cent pour cent.
« Je me doutais que vous cachiez quelque chose. Waouh. Vous aviez un véritable ange enfermé dans une boîte de fer. »
Ce ne fut qu’après avoir parlé que je compris que ma voix tremblait. La peur instinctive s’était emparée de mon corps et l’avait secoué.
Ne la combats pas.
L’ange devant toi peut t’ôter la vie.
Mon instinct confirma ce que mon esprit savait déjà. Instinct et raison étaient parvenus à un accord spectaculaire.
La véritable Eimeder était plus puissante et plus dangereuse que tous les adversaires que j’avais affrontés jusque-là.
Surtout parce que je ne pouvais pas lire ses pensées.
Cet ange avait emprunté le corps d’IA, mais ce n’était pas son véritable corps. Elle se servait simplement d’IA comme d’un outil pour parler et agir. En un sens, elle s’était manifestée en utilisant un corps humain comme un golem. Impossible de savoir ce qu’elle pensait ou quelles étaient ses intentions.
« Ha. Une montagne après l’autre. Je croyais que tout irait bien une fois que j’aurais semé la plupart des Six Généraux. Pourquoi est-ce que des adversaires toujours plus pénibles continuent de surgir… ? »
Je détestais ce maudit pays depuis la première fois où je l’avais découvert.
Les soldats étaient pratiquement des machines qui obéissaient aux ordres. Les écoles triaient les gens avec une précision chirurgicale, selon un programme et des critères d’évaluation fixes. L’autorité accordée à chacun était limitée et étroitement circonscrite, ce qui laissait peu de possibilités à un lecteur de pensées d’en profiter.
Un lecteur de pensées ne pouvait pas lire les pensées d’une nation.
L’État militaire était un pays inhumain où un lecteur de pensées n’avait aucune chance de briller.
Et après avoir échappé à tous les Six Généraux, le dernier obstacle était un ange ? Sérieusement, c’était atroce. On aurait presque dit que ce pays avait été créé spécialement pour s’en prendre à moi…
Ah. C’était donc ça ?
« Non. Et si je voyais les choses à l’envers ? »
Je n’étais pas assez narcissique pour prétendre que tout ce pays avait été créé pour s’en prendre à moi.
Je venais simplement de comprendre la question fondamentale.
Heureusement, l’être qui se tenait devant moi pouvait y répondre.
« Ce pays rejette l’humanité en bloc. Avec une obsession maladive. Avez-vous délibérément exclu les humains dès la création de ce pays ? »
Eimeder m’observa en silence pendant un instant. Elle réfléchissait à quelque chose, c’était évident, mais malheureusement, je ne pouvais pas lire ses pensées pour le moment.
Non, pas seulement pour le moment.
Je n’avais jamais pu lire les pensées de ce pays, depuis le début.
Parce que l’État militaire n’était pas humain.
『L’État militaire n’est pas humain.』
Vous êtes télépathe ? Comment pouviez-vous dire exactement ce que je pensais ?
« Si l’État militaire n’est pas humain, alors vous non plus, vous n’êtes pas l’État militaire. »
Eimeder ne se laissa pas entraîner sur mon terrain. Comme un marchand ambulant qui faisait durer le suspense devant son public, elle prenait son temps malgré la tension suffocante.
『La nation est plus importante que ses habitants. La loi prime sur la vie. La justice est plus noble que la volonté individuelle. Les idéaux passent avant la réalité.』
« Une théorie monarchique dépassée ? Je vois que les anges donnent aussi des conférences gratuites, de nos jours. »
Eimeder poursuivit sans réagir à mes moqueries.
『Dieu est plus grand que l’humanité. Même si cet humain est un roi.』
« C’est le point de vue d’une croyante, alors j’ai du mal à comprendre. Pourquoi ne pas me l’expliquer d’une façon qu’un athée puisse saisir ? »
Elle ne répondit pas. À la place, la pression qui m’écrasait se fit plus forte.
Tss. Ce n’était pas quelqu’un avec qui je pouvais raisonner. Elle avait l’air pire qu’une fanatique. Je ferais mieux de me préparer.
Mon seul avantage, c’était que je pouvais lire les pensées d’IA.
IA était-elle contrôlée ? Oui. Pour l’instant, elle ne se distinguait en rien d’un golem. Son Arcane innée déployée, elle avait abandonné son corps à Eimeder.
Mais contrairement à un golem, IA était humaine. De même qu’un expert en golems pouvait repérer d’un seul coup d’œil ce qui était cassé, je pouvais lire un corps humain.
Autrement dit, je ne pouvais déceler aucun signe avant son attaque.
Mais si elle passait à l’attaque et que son corps bougeait, je pouvais le lire à cet instant précis.
『… Disparaissez, sauvages ! Comme vous avez été chassés lors de la Première Année !』
Comme maintenant !
À ces mots, Eimeder fonça sur nous comme un rayon de lumière. Je perçus son mouvement presque au même instant et criai :
« Capitaine Bbi ! Bouge ! »
Je repoussai rudement la capitaine AB d’un coup de pied, puis tirai de mon jeu de cartes une large pièce de tissu, comme si je dégainais une épée de son fourreau.
La Reine de carreau, la Reine du Tissu. L’épaisse étoffe qui avait protégé Tyr d’innombrables rayons lumineux.
Avec son envers tourné vers l’extérieur, elle devenait un rideau occultant…
Mais si je la retournais !
« Réfraction arc-en-ciel ! »
Une épaisse pièce de tissu se déploya soudain entre Eimeder et moi. C’était un miroir pour Eimeder et un rideau occultant pour moi, une étoffe dont les deux faces étaient différentes. Ma vue fut bloquée et l’épée de lumière frappa sa surface miroitante. Sur les bords de mon champ de vision, masqués par le rideau occultant, des éclairs jaillirent.
Ha ha. Heureusement que je l’avais préparée peu à peu grâce à la transmutation alchimique. Sinon, je serais mort depuis longtemps.
Enfin…
Ce n’était pas comme si j’avais vraiment réussi à la bloquer, même maintenant.
『Pitoyable.』
D’une voix glaciale, le rideau occultant s’enfonça. De mon côté, on aurait dit que la Reine du Tissu elle-même s’apprêtait à me frapper.
Un tissu aussi robuste que la Reine du Tissu avait une certaine capacité d’arrêt. Je pouvais affirmer sans crainte qu’il repoussait les flèches et les balles, au moins. Azzy l’avait même tenu dans sa gueule pour les dévier toutes.
Mais la force d’un ange dépassait celle des flèches et des balles. Les comparer aurait été insultant.
Une main traversa le rideau occultant et me frappa en plein ventre.
La première douleur que je ressentis fut dans ma tête. Mon torse venait de partir brusquement vers l’arrière et ma tête, incapable de suivre, se mit à tournoyer.
Ah, je suis foutu.
Si c’était déjà aussi terrible… à quel point mon ventre allait-il me faire mal ?
Peut-être à cause de la rotation, j’avais la tête qui tournait. Plutôt que de voler, j’avais l’impression de tomber en arrière. Si je heurtais quelque chose comme ça, il ne me resterait pas un os intact.
Mais je ne subis jamais le choc auquel je m’attendais.
Quelque chose de mou m’enveloppa le dos au lieu d’un mur dur, puis vint un impact comme filtré à plusieurs reprises à travers du papier. Historia m’avait rattrapé dans ma course et avait percuté le mur à ma place.
« Hui ! Ça va ? »
Ouf. Elle m’avait sauvé. Je pouvais à peu près deviner où frapperait une attaque humaine et l’esquiver ou la dévier, mais tomber ou heurter un mur, c’était difficile, car j’ignorais toujours ce qui allait se passer.
Je gémis pour lui faire comprendre que j’allais bien.
« Ouille… Bon sang, ce corps n’a même jamais reçu un coup de ma mère… »
« On dirait que tu vas bien. »
Historia comprit parfaitement. Elle me poussa sans ménagement derrière elle. Encore sonné par l’impact, je roulai en arrière.
J’aurais difficilement pu me plaindre, cela dit, car l’ange ailée avançait vers nous à grands pas.
Si elle avait voulu me poursuivre, elle en avait eu l’occasion au moment où Historia m’avait rattrapé. Mais Eimeder ne l’avait pas fait. Au lieu de déployer ses ailes pour me pourchasser, elle observa Historia et se lamenta une fois encore.
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