Chapitre 275
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 275 : La terre d’acier et les humains sans visage - 16
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Les officiers des transmissions avaient tous été synchronisés par magie. Grâce à leur arcane innée, ils ressentaient les mêmes choses et partageaient les mêmes informations. Comme leurs méthodes de compte rendu avaient été standardisées, leurs façons de parler avaient naturellement fini par se ressembler.
De quoi me faire croire que l’État militaire en était arrivé à produire les humains en série.
Mais c’était impossible.
Si c’était le cas, pourquoi aurait-on enfermé les officiers des transmissions dans des pièces sans fenêtres ?
« Vous pouvez communiquer entre vous ! Alors pourquoi n’avez-vous pas aidé votre collègue quand elle était à l’article de la mort ? »
C’était une accusation morale. Confrontée pour la première fois de sa vie à une telle accusation après avoir été confinée dans une pièce, IA hésita un instant avant de répondre.
« C’est une règle des officiers des transmissions… »
« Silence ! L’urgence d’abord ! »
J’allais encourager Y d’un regard, mais c’était inutile. Elle administrait déjà le remède. Elle inclina la carte que je lui avais donnée, prit le Cœur 9 dans sa bouche, ouvrit celle de Z et y laissa couler le liquide.
Tout le monde se tut un instant et les observa. Y continua désespérément à faire avaler le remède à Z, jusqu’à ce qu’à un moment donné…
Elle fut secouée de violents spasmes, puis s’effondra au sol comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.
Plusieurs personnes furent ébranlées, mais la plupart étaient de notre côté. Même si l’une de leurs collègues venait de s’écrouler, les officiers des transmissions gardèrent leur calme.
« Le remède était un mensonge. »
« Du poison ? Ou une drogue ? »
« Ce module ne dispose d’aucun moyen de résister à une attaque surprise. Pourquoi mentir ? »
« Il est connu comme un escroc à Amitenggrad. Il doit tenter de tromper ce module. »
Les officiers des transmissions, IA comprise, restèrent imperturbables. Comme ils avaient déjà envisagé cette possibilité, l’effondrement de Y ne fit que confirmer leur conviction que je comptais les attaquer.
Il n’y eut qu’une exception.
« Menteur ! »
X fut la seule à s’avancer vers moi, furieuse. Historia se dépêcha de lui barrer le passage, mais je l’arrêtai d’un geste.
Il fallait qu’ils réfléchissent et jugent par eux-mêmes.
« Est-ce que… vous comptiez vous débarrasser de nous tous depuis le début ? Même en sachant ce que sont vraiment les officiers des transmissions, vous comptez continuer à nous attaquer ? »
X fut la seule à laisser éclater sa colère à l’état pur. J’aurais pu continuer à la provoquer, mais inutile de compliquer les choses. Je lui dis la vérité.
« La potion que j’ai utilisée était le Cœur 9, la potion de fausse mort. Elle plonge quiconque la boit dans un état d’animation suspendue pendant un certain temps. »
« Une animation suspendue ? Pourquoi utiliser une potion pareille… ? »
« Devenir un sacrifice, c’est comme se faire arracher son image mentale jusqu’à la racine. Ils ont réussi à rester en vie d’une manière ou d’une autre, mais ils ne tarderont pas à mourir. Pour restaurer leur image mentale, toutefois… »
Je fis le geste de m’égorger.
« Vous savez, quand on dit que toute sa vie défile devant ses yeux ? Quand la mort, ou un choc qui s’en approche, nous frappe et que tout ce qu’on a vécu défile d’un coup dans notre esprit. »
Quand un appareil se bloque, l’éteindre puis le rallumer suffit à régler la plupart des problèmes.
Les humains ne faisaient pas exception.
Quand la mort, ou un stimulus intense qui s’en approche, traverse tout le corps, les voies neuronales brièvement réinitialisées retrouvent leur état normal et rétablissent les traces des souvenirs formés jusque-là.
« Ainsi, si l’on meurt une fois avant de se réveiller, une bonne partie de l’image mentale qu’on a construite au cours de sa vie est restaurée. Il nous fallait provoquer ce phénomène, même à l’aide d’un remède. Pourquoi ne pas vérifier par vous-même ? »
Toujours sceptique, X recourut de nouveau à son arcane innée. Contrairement à Y et Z, l’Eimeder qu’elle avait invoqué s’était contenté d’ouvrir une porte ; elle n’avait donc pas subi de graves dommages. Son arcane innée, relativement intacte, la relia à Y et Z.
« … ! La synchronisation… ! »
Le lien était incomplet, mais il existait. Des parties de leur arcane innée, gravement endommagées quelques instants plus tôt, s’étaient rétablies.
X comprit que je lui avais dit la vérité. Au même instant, tous les officiers des transmissions l’apprirent aussi.
Grâce à la synchronisation.
X changea d’attitude.
« … Merci pour votre aide. »
« Ce n’est rien. J’avais simplement sous la main ce qu’il fallait. »
De quoi fouiller en vous toutes.
Je gardai cette pensée pour moi et adressai à X un sourire amical.
« Veuillez vous occuper de ces deux-là. Vous êtes la personne la plus fiable ici. »
Reconnaissante envers moi, X allongea aussitôt les deux femmes.
La personne qui avait fondé l’État militaire avait mis en place un système plutôt solide : gouverner l’État militaire par l’intermédiaire d’officiers des transmissions coupés du monde.
Même moi, je trouvais cela impressionnant.
Bien sûr, ça n’allait pas plus loin.
Un monde gouverné par des rois-philosophes était un concept très répandu. Tout le monde voulait devenir un roi-philosophe et s’élever au-dessus des autres.
L’État militaire avait confié ce rôle aux officiers des transmissions, ce qui était impressionnant à sa manière, mais il n’échappait pas pour autant à une limite fondamentale.
Aussi bien conçus fussent-ils, les officiers des transmissions restaient des humains.
« Plus important encore, je suis soudain en colère. Vous ! J’ai entendu dire que vous m’aviez traité d’imposteur ! »
Je m’avançai vers U et approchai mon visage du sien. Prise au dépourvu par cette attention soudaine, U recula en sursaut, mais je fus plus rapide et la pressai.
« Vous savez seulement qui je suis pour me juger ? Vous croyez qu’un escroc qui arnaque les gens dans les ruelles aurait pu aller aussi loin ?! »
« C-ce n’est pas le cas. Cependant, d’après les informations obtenues par cet officier… »
« Les informations que vous avez obtenues ? Je ne sais pas de quoi il s’agit, mais les avez-vous examinées et en avez-vous tiré vos propres conclusions ? Les informations que vous avez recueillies peuvent-elles expliquer qui je suis ?! »
U ne trouva rien à répondre et se tut. Contrairement à la plupart des officiers des transmissions, elle était fière de son travail ; cette petite erreur suffisait donc à l’humilier.
Oui. C’était ça.
Les légères différences dans leur manière de ressentir une même situation. Les émotions infimes. Ces petites fissures auxquelles les humains ne pouvaient échapper, car ils étaient émotifs et impulsifs.
Après avoir fini de la réprimander, je repris la parole en traversant lentement la pièce.
« Je n’ai pas l’intention de vous tuer ni de vous faire du mal. À la base, je suis venu ici pour restaurer la valeur de l’humanité. »
Tout ce que je disais était entendu par eux tous. Les officiers des transmissions d’un même module étaient synchronisés en temps réel.
Mais l’entendaient-ils tous de la même façon ?
« L’État militaire ne se soucie pas des gens. Il ne cherche qu’à les opprimer, les punir et les gouverner. Son régime est dépourvu de toute chaleur humaine. Une mère qui vole pour nourrir son enfant affamé est emprisonnée aux côtés de criminels violents ; et si quelqu’un exprime une pensée qui lui est venue naturellement, les bottes militaires l’écrasent dès qu’elle s’oppose à l’idéologie de l’État militaire, sans tenir compte des sentiments qui l’ont fait naître. »
Je continuai à parler tout en traversant lentement la pièce. Dès que j’arrivai à la hauteur de P, je pivotai brusquement et criai :
« C’est pareil pour les officiers des transmissions qui dépérissent lentement, enfermés dans des pièces exiguës !! »
« Ah ! »
P, qui était particulièrement sensible aux stimuli, fut si surprise par mon cri qu’elle tomba sur les fesses. Les officiers des transmissions ne pouvaient garder leur sang-froid que parce qu’ils communiquaient par l’intermédiaire de golems. Sans eux, ils ne différaient en rien des gens ordinaires.
Je lui adressai un sourire moqueur, puis approchai mon visage de celui de R.
« Je ne peux pas accepter un pays pareil. Un pays où il n’y a ni joie inattendue, ni luxe ou plaisir semblable à un rêve d’une nuit. Où personne n’est ému par autrui, où aucun caprice ne vous fait changer d’avis. Je veux un pays qui considère le cœur avant de juger le crime. Un pays où les gens passent avant les règles ! »
« Pourquoi dites-vous cela à cet officier… ? »
« Ne vous êtes-vous jamais posé la question ? Quand on punit les criminels selon la loi militaire, l’un vend sa conscience pour quelques pièces, tandis qu’un autre détourne brièvement de l’argent pour soigner un membre de sa famille à l’article de la mort. Est-il juste de les punir tous les deux de la même manière pour le même crime ? »
R recueillait les jugements et les précédents parmi les officiers des transmissions de l’État militaire. Elle prendrait la question plus au sérieux que les autres.
Petit à petit, j’adressai à chacune des paroles différentes.
Quand on enfonce une broche pointue dans une fissure, il faut l’écarter et la remuer de gauche à droite.
« Vous avez tort ! Je ne sais pas qui vous a appris à devenir comme ça, mais vous avez complètement tort ! Vous croyez que vous enfermer derrière des murs d’acier, ne parler que par golems et chuchoter entre vous dans le noir vous rendra objectifs ? Non ! C’est de la négligence et de la capitulation ! Si vous êtes le centre de commandement qui dirige l’État militaire, vous ne pouvez pas renoncer à penser ! »
Peut-être parce qu’elle commençait à sentir quelque chose, IA, l’administratrice de ce module, tenta obstinément de m’interrompre.
« Cet argument n’a aucun sens. Puisque vous ne pouvez proposer de meilleure solution, votre opinion… »
« Taisez-vous ! Je me fiche complètement de l’avis d’une spectatrice ! »
Sans prévenir, je lui assénai une gifle. IA retomba, le visage brièvement empreint d’un air blessé.
Son arcane innée lui permettait de lier plusieurs officiers des transmissions à proximité. Autrement dit, si nous avions été dans une salle de classe, elle aurait été la déléguée. Son autorité était redoutable à courte portée, au point de pouvoir lier les vingt-cinq personnes présentes.
C’était pour ça que je ne vous laisserais pas parler.
J’allais vous mettre la pression jusqu’à ce que vous ne puissiez même plus prononcer un mot.
Alors ? Assez frustrant pour vous donner envie de mourir, pas vrai ?
Ça suffisait.
« Vous parlez trop. Ria, bâillonne cette personne pendant que je parle. »
« … On doit vraiment aller jusque-là ? »
« C’est nécessaire. Si tu ne le fais pas, je vais lui mettre un bâillon. »
Estimant qu’il valait mieux bâillonner IA elle-même plutôt que de me laisser lui mettre un bâillon, Historia passa derrière IA et lui couvrit la bouche. Le dispositif de contention des Six Généraux était plus puissant que la plupart des camisoles de force et, contrairement à une camisole, il était intelligent.
IA ne pouvait plus bouger du tout et ne put que m’écouter parler.
« Vous faites du bon travail. La preuve, c’est que l’État militaire tient toujours debout. Mais vous aussi, vous êtes humains. Vous n’avez pas toujours raison. »
Je levai la main. C’était la carte Cœur 10 que j’avais brisée tout à l’heure. Elle aurait dû être rouge, mais tout le liquide qu’elle contenait s’était écoulé, laissant le cœur d’un gris pâle. Je la pinçai entre deux doigts.
« Par exemple, si je remettais cette carte brisée dans son état d’origine… »
Je fis osciller la carte entre mes doigts, l’enroulai en tube et soufflai dedans. Elle redevint rouge.
Le cœur revenu à son état d’origine, je l’agitai fièrement.
« Vous qui avez passé toute votre vie dans ces pièces exiguës, pensez-vous savoir ce que j’ai fait ? »
C’était un phénomène que la seule logique ne pouvait expliquer. Certains officiers des transmissions ressentaient quelque chose qui tenait davantage du besoin d’observer que de la curiosité.
Enfermés dans des pièces toute leur vie, les officiers des transmissions étaient des voyeurs par conditionnement. Sans golems, ils n’étaient que des gens coincés dans des boîtes d’acier ; alors ils se connectaient aux golems et observaient le monde, même sans qu’on le leur demande.
Et les personnes les plus faciles à duper par la magie étaient celles qui la découvraient pour la première fois.
« Inutile d’y prêter attention. Il est évident qu’il a eu recours à un tour. Il n’y a rien d’extraordinaire. »
Une seule personne, S, s’avança pour étouffer dans l’œuf la curiosité des officiers des transmissions.
Mais elle s’y prit mal.
Prétendre que c’était un tour revenait à admettre à moitié l’existence de la magie. Si les autres ne s’y étaient pas intéressés au départ, cela aurait peut-être marché ; mais une telle affirmation m’offrait une cible facile.
Notes de bas de page :
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