Chapitre 273
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 273 : Le pays d’acier et les humains sans visage – 14
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Siati haïssait l’État militaire. Cela ne signifiait pas qu’elle détestait tout ce qui s’y trouvait.
Les citoyens, les élèves, les installations et l’acier de l’État militaire… Siati ne se mettait pas en colère contre ces choses ordinaires et innocentes.
Bien sûr, il y avait dans le monde des gens qui haïssaient sans distinction. Tyr, qui haïssait le Sanctuaire, ou les inquisiteurs, qui haïssaient les vampires. Des gens qui voyaient le monde en noir et blanc.
Mais Siati, dont la rage s’était éveillée à la mort de ses amis, n’en faisait pas partie.
« … Ne dis pas de bêtises ! Même si tu n’étais pas là, à l’époque ! »
« Même si ? »
« Malgré tout… »
Elle ne pouvait pas les tenir pour responsables. Elle ne pouvait pas les déclarer coupables, car elle n’arrivait pas vraiment à le croire.
Siati était peut-être devenue un monstre à cause des violences de son époque, mais cette excuse ne tenait plus face à ceux qui étaient nés après.
« Qu’est-ce que… ?! »
Se détournant d’IA, Siati marcha d’un pas décidé vers la capitaine AB. Elle lui saisit les épaules avec brusquerie, mais son geste manquait de force. Sous un autre angle, on aurait pu croire que Siati s’accrochait à elle.
« Toi ! »
Siati essaya. Pour haïr la capitaine qui se tenait devant elle, elle exhuma tous les souvenirs sombres qu’elle put trouver.
Ses amis mourants. Ces jeunes visages pleins de promesses qui avaient choisi de mourir. Ce passé où elle seule avait survécu, nourrissant sa fureur.
Pourtant, la jeune fille devant elle n’était pas moins jeune que ses amis dans ses souvenirs. Peu à peu, la colère de Siati perdit de sa force.
« Quel âge… as-tu ? »
『J’ai vingt ans.』
L’incident de Hamelin avait eu lieu six ans plus tôt. Un calcul tout simple suffisait pour comprendre qu’elle n’avait alors que quatorze ans.
Le calcul était si facile que même Siati le termina en un instant.
Siati avait l’air sur le point de s’effondrer. En voyant le jeune visage et les épaules frêles de la capitaine AB, elle tressaillit et retira brusquement sa main. Son bras artificiel bougeait comme elle le voulait, mais pas sa main gauche, dont les doigts étaient brisés. Elle dut rassembler toute sa force pour la lâcher.
« Ah… Ah… Pourquoi ? Pourquoi ? »
Chancelant en arrière, Siati se couvrit le visage de son bras artificiel et sanglota.
« Pourquoi est-ce que vous ne me laissez même pas vous haïr autant que je le veux… ?! »
Elle avait perdu la cible de sa vengeance. Désormais, elle n’avait plus besoin de se venger.
Le souhait de Siati s’arrêtait là.
« C’est vous qui avez mal agi… ! Vous m’avez rendue comme ça. C’est votre faute ! Si l’État militaire ne m’avait pas fait ça, moi, je… ! »
En entendant son amie crier, privée du sens de sa vie, la princesse murmura tristement :
« Siati… »
« Si vous m’avez rendue comme ça, alors payez-en au moins le prix ! Prenez ma colère ! Si vous m’avez tout pris, vous pourriez au moins faire ça… ! Vous devriez être des gens qui méritent de mourir. Mais… ! »
Ses doigts brisés tremblaient. Seul son pouce était encore intact. Elle avait fait tout ce chemin pour trouver l’État militaire, mais elle n’arrivait pas à briser ce pouce qu’elle avait préservé avec tant de soin.
« Je… n’y arrive pas. »
« Ce n’est pas grave ! »
Les années qu’elle avait vécues pour la seule vengeance avaient été réduites à néant, mais cela ne rendait pas ces années insignifiantes pour autant.
En entendant le cri de son amie, la princesse passa un bras autour des épaules de Siati et la réconforta.
« Tu n’as pas à continuer de te détruire pour te venger ! Renonce à ta vengeance, Siati. »
Ce n’était pas ce qu’on aurait attendu de la dirigeante de la Résistance. Pourtant, la princesse poursuivit avec sincérité ses paroles apaisantes.
« Un pays sans roi. Ce ne sera sûrement pas si terrible. Aucun mauvais roi ne pourra apparaître. Les gens d’ici ne sont peut-être pas gentils, mais ils ne sont pas cruels non plus. Ils sont peut-être durs et froids, mais ils ne deviendront pas des tyrans. »
« Quel rapport… avec ça ? Les enfants qui sont morts à Hamelin… »
« J’aimerais que l’État militaire soit un peu plus clément, moi aussi. Je le pense vraiment. Mais c’est toujours mieux que d’avoir un roi. Si cet ordre était venu d’un roi, nous aurions dû le faire exécuter, et l’histoire du royaume se serait répétée. »
« C’est peut-être un soulagement. Je n’ai pas pu détourner le regard de leur haine, mais si Siati renonce à la sienne, elle pourra peut-être mener une vie ordinaire. Ça me rassure un peu que l’État militaire n’ait personne comme un roi. Ils sont peut-être impitoyables, mais ils ne pourront jamais devenir des tyrans. »
Devait-elle se réjouir ou s’attrister pour une amie qui avait perdu la cible de sa haine ? La princesse penchait clairement pour la première option.
La princesse, autrefois dirigeante de la Résistance, avoua enfin ce qu’elle n’avait jamais pu dire.
« Plutôt que de continuer à faire tourner la roue de l’histoire qui se répète, c’est mieux ainsi. Monsieur Hui devait savoir que ça ne servirait à rien. C’est pour ça qu’il a amené Siati ici… »
« Hein ? Pas du tout. »
Je ne pouvais pas prétendre exaucer son souhait si tout devait se terminer comme ça.
Un souhait, c’était un désir. Et le désir était un péché. Cela revenait à prendre quelque chose au monde ou à quelqu’un d’autre.
L’État militaire essayait d’arracher cela à l’humanité.
« Voilà pourquoi l’État militaire existe. Un pays où personne ne peut pécher. Un pays où personne ne peut réaliser ses souhaits. Ou un pays où chacun ne peut désirer que ce qu’on lui a assigné. Désolé, mais ça ne me tente pas beaucoup. »
« Hein ? Alors, monsieur Hui, vous… »
« J’hériterai du souhait de Siati. Je détruirai l’État militaire. »
Laissant la princesse me fixer de ses grands yeux de lapin, je marchai vers la capitaine AB. La princesse poussa un cri alarmé.
« Attendez ! Monsieur Hui ! Qu’est-ce que vous comptez faire ?! »
« Le détruire. Si complètement qu’il ne pourra jamais se relever. »
« Quoi ?! »
Je le pensais vraiment.
L’État militaire, ce foutu pays, était beaucoup trop étouffant. Il y avait tant de choses qu’on n’avait pas le droit de faire que les gens n’arrivaient même plus à avoir de vrais souhaits. C’était si grave que, même en errant à la recherche de souhaits, je n’en trouvais pas.
Je veux devenir citoyen de niveau 3.
Je veux remonter le temps et obtenir une meilleure évaluation.
J’espère que demain sera différent.
Ou, mieux encore, j’espère que demain n’arrivera jamais.
Malheureusement, ce n’étaient pas des souhaits que je pouvais exaucer.
Tous ceux qui m’avaient confié leurs souhaits avaient vécu à l’époque de l’ancien royaume.
« Si pouvoir tout faire, c’est la sauvagerie, alors la civilisation consiste à décider de ce qui est interdit. L’État militaire rêvait de devenir une nation à la civilisation solide, mais je ne peux pas exaucer son souhait. »
Parce que l’État militaire n’était pas humain. C’était quelque chose qui dévorait les humains.
« Bon. Il est temps de faire preuve de sauvagerie. Je vais faire tomber l’État militaire. »
« Faire tomber l’État militaire ? Comment ? Il n’y a ici que des officiers des transmissions… »
La princesse se retourna précipitamment. IA, la capitaine AB et les autres portes d’acier qui n’avaient pas encore été ouvertes. En voyant celles qui devaient abriter les officiers des transmissions, elle devina mes intentions.
« Les officiers des transmissions, ce sont le cœur de l’État militaire… ! Si monsieur Hui veut faire tomber l’État militaire, il ne compte quand même pas… ! »
La princesse pâlit et s’écria, affolée :
« Quand même ! Vous allez vous en prendre à des jeunes filles sans défense… ! Ce n’est pas très viril ! Monsieur Shei sera déçu s’il voit ça ! »
« Ahahaha. Princesse, vous vous méprenez complètement. Monsieur Shei n’est pas si gentil. Il est même plutôt du genre méchant. Pourquoi croyez-vous qu’elle a expressément dit qu’il fallait détruire cette installation ? »
Évidemment, même la régresseuse ne connaissait pas parfaitement la structure de l’État militaire. Mais elle savait que le quartier général des transmissions se trouvait en son cœur, et elle voulait le détruire.
Parce que c’était nécessaire. Voilà la raison.
Et elle en était capable.
Lorsque j’avançai sans hésiter, la princesse étendit les bras pour me barrer le passage, comme si elle me défiait. Elle semblait déterminée à protéger les officiers des transmissions.
Qu’une membre de la Résistance protège les officiers des transmissions, les rouages les plus essentiels de l’État militaire, avait quelque chose d’ironique. Mais, au vu du souhait de la princesse, c’était la bonne chose à faire.
La véritable ironie se trouvait ailleurs.
« Je comprends votre point de vue, princesse. Mais n’est-ce pas ironique ? Vous rêvez d’un pays sans roi, d’un pays qui n’en a pas besoin… »
Avec un léger sourire, je baissai les yeux vers la princesse. Elle me faisait toujours face, le regard brûlant de défi.
« Alors pourquoi essayez-vous de prendre la responsabilité des citoyens de l’État militaire ? Pourquoi essayez-vous de devenir leur roi ? Les chiens ne font pas des chats, pas vrai ? »
La princesse se raidit lorsque je touchai au cœur du problème. Un rire m’échappa.
Se sentir responsable de chaque citoyen de ce pays et choisir la meilleure solution. L’accepter même si quelqu’un devait en souffrir…
Qu’était-ce donc ? La violence d’un dirigeant.
« Ce n’est pas grave. Tout le monde rêve au moins une fois de devenir roi ! J’approuve aussi votre souhait. Non, je l’aime encore plus ! Voilà le genre de souhait qui a de l’ampleur ! »
« Je, je… »
Les souhaits des gens du royaume étaient vraiment plus grandioses, ce qui les rendait plus satisfaisants à entendre. Le royaume n’avait pas été un bon pays, mais au moins, il était rempli de rêves et d’espoir.
Je passai devant la princesse, qui craquait sous le poids de ses véritables sentiments révélés au grand jour. Elle s’affaissa sur le sol, sans même songer à m’arrêter. Seul son regard égaré, comme si elle avait vu un fantôme, suivit ma silhouette.
Bon, pour commencer, il fallait que je sorte les officiers des transmissions de ces petites pièces. Mais ouvrir les portes d’acier prendrait un certain temps.
« Azzy. Tu peux enfoncer ces portes l’une après l’autre et libérer les gens à l’intérieur ? »
« Ouaf ? »
« Non. Qu’est-ce que je raconte, moi ? »
Secouant la tête, je tendis la boule de papier à Historia et lui demandai :
« Ria. Je te confie ça. Tu peux libérer tous les officiers des transmissions enfermés là-dedans ? »
« … »
Elle me regarda avec méfiance. Quoi, elle croyait que j’allais tuer tous les officiers des transmissions ?
Pas question. Ce serait beaucoup trop facile.
« S’il te plaît. Je ne cherche pas à les tuer. Aide-moi juste cette fois. »
« … Je vais te faire confiance. »
Historia s’exécuta fidèlement. Sans un mot, elle s’approcha des portes d’acier et, chaque fois qu’elle forçait, les plaques de métal gémissaient et se fendaient. Même l’acier alchimique de niveau 3 ne faisait pas le poids face à l’énergie interne d’Historia, mais l’acier restait de l’acier, et cela prendrait du temps.
Je lui avais donné la boule de papier pour qu’elle se serve d’Azzy afin de les défoncer. Pourtant, elle s’en chargeait elle-même. Enfin, du moment qu’elle en avait la force, la méthode lui appartenait.
Haussant les épaules, je m’approchai de la capitaine AB. Elle était toujours ligotée dans des lianes de gloire du matin, mais je fis comme si de rien n’était et levai négligemment la main pour la saluer.
« Capitaine AB. Ça fait longtemps ! »
Notes :
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