Chapitre 26
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 26 : Résistance — 1
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Une semaine plus tôt.
L’État militaire mobilisa soudain ses forces.
Que les autorités militaires recrutent des soldats pour maintenir l’ordre public était si banal que cela ne méritait même pas qu’on en parle. Cette fois, cependant, l’ampleur de l’opération était tout autre. Elles ne laissèrent aux frontières et aux lieux stratégiques que le strict minimum de troupes pour les défendre, puis rassemblèrent tous les soldats disponibles dans la ville. On aurait dit qu’elles s’apprêtaient à faire la guerre à la ville elle-même.
À la vue des soldats qui envahissaient les rues, les habitants se réfugièrent chez eux, tremblants de peur. L’État militaire lança alors une vaste opération d’arrestations avec les troupes rassemblées.
De petits criminels qu’on avait laissés tranquilles parce que leurs délits étaient difficiles à juger, des gens dont le nom ne figurait que sur des avis de recherche, ainsi que des membres de la Résistance qui s’étaient cachés grâce à l’aide des civils.
Et un nombre considérable de citoyens innocents, simplement victimes de la malchance.
Tous furent piétinés par les soldats qui ratissaient chaque recoin de la ville, puis arrêtés.
Kanisen ne put pas non plus échapper aux contrôles.
À l’époque où l’État militaire était encore un royaume, Kanisen avait servi comme écuyer dans un prestigieux ordre de chevalerie. Il s’était caché après la prise de pouvoir de l’État militaire, mais les services de renseignement le considéraient toujours comme dangereux et le surveillaient.
Naturellement, lors de cette opération, des soldats se présentèrent à son modeste domicile.
Jusque-là, rien que de très ordinaire dans l’État militaire. Des personnalités de l’époque du royaume recevaient brusquement la visite de soldats, se faisaient ensuite traîner au loin et souffraient parce que quelqu’un avait mal pris une seule de leurs remarques.
Mais cette fois, une différence changeait tout.
Kanisen était bel et bien un rebelle, et il préparait une attaque terroriste contre l’État militaire dans un avenir proche.
Dès qu’il sentit le danger, Kanisen rassembla le strict nécessaire et prit la fuite. Ses camarades s’échappèrent avec lui.
Après avoir confirmé que leur petite sonde avait touché un filon, l’État militaire se lança aussitôt à leur poursuite.
Kanisen avait toutefois lui-même servi dans l’armée, même si c’était à l’époque du royaume. Trouvant suspecte cette agitation fébrile, il ne se contenta pas de fuir : il s’infiltra dans le réseau d’approvisionnement de l’État militaire.
C’est là qu’il découvrit quelque chose de stupéfiant.
Un grand nombre de criminels sanguinaires s’étaient évadés de Tartare, la grande prison où étaient enfermés les pires criminels de l’Histoire, et l’État militaire avait rassemblé ses forces pour empêcher le chaos qu’ils risquaient de provoquer.
Il avait obtenu des informations remarquables, mais il ne lui restait guère de temps. La poursuite ne cessait pas, et ses ennemis étaient trop nombreux. Résister ici ne servirait à rien. Ils se feraient simplement emporter par l’écrasante supériorité numérique de l’adversaire.
Alors, comme par miracle, une voie de sortie se présenta à lui.
Une caisse de ravitaillement destinée à Tartare, abandonnée après que l’évasion des prisonniers l’eut laissée sans destination.
Les pensées défilèrent comme les images d’une lanterne tournante. En un instant, je martelai mon esprit de souvenirs fulgurants afin d’en extraire des informations.
J’avais mal à la tête. Les tempes palpitantes, je me redressai au milieu du flot de pensées.
Une inspection générale soudaine. Les membres de la Résistance qui y avaient échappé. Je parcourus leurs pensées pour me faire une vague idée de la façon dont ils avaient atterri ici, puis poussai un soupir incrédule.
Ces foutus imbéciles de l’État militaire. D’habitude, ils sont si minutieux, mais ils n’ont même pas ouvert cette caisse ?
J’avais envie d’attraper ce golem qui s’était vanté que les fournitures arriveraient directement et de le secouer. Ils ne pouvaient pas vérifier une dernière fois avant d’expédier le colis ? Ils n’inspectaient donc jamais la marchandise ?
Par la négligence de l’État militaire, cinq membres de la Résistance avaient tout juste survécu à l’intérieur en mangeant les provisions. Après avoir gémi de douleur dans un espace si étroit qu’ils pouvaient à peine bouger la main, ils jaillirent dès que la caisse se posa, comme s’ils n’attendaient que ça.
La première chose qu’ils rencontrèrent, ce fut moi. Comme ils étaient déjà furieux contre le monde entier, il était tout naturel qu’ils déversent leur hostilité sur moi.
Ah… La Résistance.
La plupart de ses membres n’étaient que des jeunes mécontents de la société. J’avais beau être tout en bas de l’échelle, je n’allais pas me laisser battre par une bande de gamins immatures.
Allez, venez. Et si je donnais une bonne leçon à ces mômes ? Je suis ce que vous deviendrez en grandissant, les enfants.
Alors que je m’échauffais, un jeune homme robuste pointa son arme sur moi et lança sèchement :
« Ne bougez pas ! Les mains en l’air ! »
Je levai précipitamment les mains. Je ne pouvais pas faire grand-chose contre un pistolet.
Ouf. Heureusement qu’Azzy m’avait léché l’épaule. Sans ça, je n’aurais pas pu lever les bras et j’aurais peut-être perdu la vie. Je devrais la remercier.
… Non, attendez.
J’avais mal aux bras, pour commencer, et si je me trouvais dehors à cet instant précis, c’était à cause d’Azzy. Si je n’avais pas joué à la balle avec elle, je ne serais pas tombé sur la Résistance les mains vides !
« Ouaf ? »
Azzy remuait frénétiquement la queue, visiblement ravie de voir de nouveaux humains. En apercevant mon regard flamboyant, elle pencha la tête sur le côté.
Les bras toujours levés, je la fusillai du regard.
Je vais me faire prendre à cause de toi, alors débrouille-toi pour arranger ça !
Je fis toutes sortes de grimaces pour lui transmettre le message. Azzy me fixa, puis hocha la tête comme si elle avait compris, les yeux pétillants.
Parfait, Roi des Chiens. Pour une fois, gagne ta pitance.
« Toi, la femme-chien, les mains en l’air aussi ! »
« Ouaf ! »
Azzy aboya joyeusement et leva les mains à son tour.
Évidemment. Qu’espérais-je de toi ? Tu étais du genre à accueillir n’importe quel humain en remuant la queue.
Le jeune homme sembla un peu méfiant devant l’expression excessivement joyeuse d’Azzy. J’espérais qu’il l’attaquerait, mais…
… Pour une sale femme-bête canine, elle obéit plutôt bien. Elle a l’air un peu simplette, mais elle ne semble pas dangereuse, alors je vais juste…
Son apparence influençait manifestement son jugement. Quel dommage. S’il lui avait tiré dessus et s’était battu contre Azzy, il aurait reçu un coup de patte et se serait cassé quelque chose.
Le jeune homme agita son arme d’un air menaçant et cria :
« Maintenant ! Puisque vous avez tous les deux les mains en l’air, à genoux et au sol… ! »
« Alpha. Ça suffit. »
Un homme d’âge mûr apparut sans bruit derrière la caisse. Il s’avança naturellement et posa une main sur l’épaule d’Alpha. Tandis que celui-ci inspirait brusquement, l’homme saisit le canon de son arme et l’abaissa lentement.
Alpha haleta.
« Capitaine ? »
Que ce soit par son âge, ses compétences, son expérience, son apparence ou sa présence…
Kanisen avait tout d’un chef. Il s’avança vers moi.
Sa démarche assurée respirait la force. Même si le monde s’effondrait, on aurait dit qu’il s’écroulerait un peu après lui. Bien qu’il eût passé des jours recroquevillé dans une caisse, son corps et son esprit semblaient parfaitement indemnes.
Kanisen, le chef de ce groupe de la Résistance, calma Alpha.
« Nous ne savons encore rien de cet endroit. Je comprends que tu sois frustré et inquiet, mais ce dont nous avons besoin maintenant, ce n’est pas d’une arme. C’est de nos langues. »
« … Désolé. Je me suis emporté. »
« C’est compréhensible. Tu es resté enfermé trop longtemps. »
Kanisen caressa sa barbe rêche et promena son regard froid sur Azzy et moi. Puis il jeta un coup d’œil vers Tartare, dont le projecteur brillait au loin, avant de s’approcher de moi avec un sourire calculé.
« Excusez-moi. Nous vous avons fait une belle peur ? »
J’avais effectivement eu peur. Je hochai la tête et m’écriai avec sincérité :
« Bien sûr que oui ! Q-qui êtes-vous ? Vous avez pointé vos armes sur moi sans prévenir ! »
« Ne vous inquiétez pas. Nous sommes les ennemis de l’État militaire et vos alliés. Je vous prie de nous excuser pour cette arme. Et vous, vous êtes… ? »
Kanisen laissa sa phrase en suspens, m’invitant à me présenter.
Poli, il me pressait néanmoins de répondre avec juste assez d’insistance. Sa manière de chercher naturellement à me soutirer des informations était exemplaire. Et même ainsi, il ne cessait de réfléchir.
Jeune. Torse nu. Il ne porte pas d’uniforme militaire, pas même celui d’un instructeur, il ne semble donc pas affilié à l’État militaire. Son corps est mince et agile, mais il n’a pas l’air fort. J’ai entendu dire que la plupart des prisonniers s’étaient évadés. S’il est sorti le premier pour réceptionner les provisions dans ces circonstances, c’est probablement un travailleur forcé. Il peut donc nous donner ce qui nous manque le plus… des renseignements sur cet endroit.
La Résistance n’avait pas choisi un benêt pour la diriger. Ses pensées étaient rationnelles et son jugement rapide. Bien qu’il fût tombé dans la légendaire prison de Tartare, dans l’Abîme, et qu’il n’en fût ressorti qu’après avoir passé trois jours dans une minuscule caisse, il n’avait pas perdu son sang-froid.
C’était le genre d’homme que j’appréciais. Cela m’indiquait clairement quelle attitude adopter.
L’image qu’on se faisait de moi me façonnait. S’il me prenait pour un travailleur forcé, je devenais le travailleur forcé le plus parfait qu’il puisse imaginer.
Je me tins un peu de travers, ne cachai pas mon épuisement et glissai une pointe de peur et de confusion dans ma voix. Heureusement, je ne portais pas l’uniforme d’instructeur. Je n’avais pas besoin de trouver d’excuse.
Laissant délibérément mon regard impuissant trembler, j’imitai la réaction d’un travailleur forcé découvrant des intrus.
« J-je suis arrivé ici il y a environ une semaine. Des soldats ont fait irruption chez moi, m’ont arrêté et m’ont jeté là-dessous sans rien m’expliquer. Ils m’ont dit de travailler. J-je ne sais rien. Je n’ai même pas d’argent. »
« Quel travail vous a-t-on confié ? »
« Des petits boulots, comme la cuisine et le ménage ! »
« Je vois. Vous avez donc été traîné ici par le cruel État militaire. »
« Oui. Je suis innocent. »
Kanisen hocha la tête, satisfait, et me tendit la main.
« Comme je le pensais, nous sommes des camarades. Nous aussi, nous avons des comptes à régler avec l’État militaire. »
« Hein ? »
Quand je lui tendis la main à contrecœur, Kanisen s’en saisit et la secoua vigoureusement. Il était absurdement fort. Tout mon corps vacilla.
« Nous sommes la Résistance, les amis du peuple. Nous voulons vaincre le cruel État militaire et instaurer la liberté et la paix. »
C’était le moment de jouer la surprise. Je m’écriai avec emphase :
« L-La Résistance ?! »
Après que l’armée eut pris le pouvoir en renversant la monarchie, le travail forcé, les bas salaires, le contrôle strict, les punitions impitoyables et l’urbanisation rapide avaient bouleversé l’ordre ancien. Ceux qui avaient perdu leurs biens ou leur famille à cause de l’État militaire s’étaient réfugiés dans l’ombre et avaient formé des organisations pour lui résister.
Pourtant, les groupes rebelles désunis ne pouvaient tenir tête aux soldats d’élite de l’État militaire. Ils surgissaient régulièrement en ordre dispersé, avant d’être écrasés en un instant. Les rebelles finirent par comprendre qu’il leur fallait une direction organisée et s’unirent sous l’égide d’un chef hors pair.
C’était la Résistance, la plus grande organisation rebelle. Ceux qui réclamaient la libération du joug militaire.
Bien sûr, après tant d’années de gouvernement militaire, les gens ordinaires n’avaient pas une très haute opinion de la Résistance. Je devais donc aussi laisser transparaître une pointe de méfiance. Ce serait plus naturel.
« L-La Résistance… Alors, vous êtes des terroristes… Ah ! »
Je commençai délibérément à dire « terroristes », puis fis semblant de me couvrir la bouche. Ensuite, je le dévisageai avec des yeux écarquillés de terreur.
C’était un peu impoli, mais c’était une réaction normale pour une personne ordinaire.
Comme prévu, Kanisen ne sembla pas particulièrement se méfier de moi après avoir vu mon attitude.
« Je comprends. Vous n’avez entendu que de mauvaises rumeurs à notre sujet. L’État militaire a dû répandre sa propagande en prétendant que nous étions des terroristes sans pitié. »
« Ah, euh… Oui. »
« Mais souvenez-vous de ceci. La plupart des actes de cruauté que l’État militaire nous attribue sont en vérité… ceux des autorités militaires elles-mêmes, qu’elles nous ont ensuite imputés. Au fond, nous ne sommes pas différents de vous, qui avez été accusé à tort par l’État militaire. »
Peut-être parce qu’il avait été chevalier, ses paroles solennelles avaient du poids. Si j’avais été une personne ordinaire, j’aurais pu lui faire confiance sans même m’en rendre compte.
Pour commencer, il m’avait rassuré en disant que nous étions du même côté. Puis il avait habilement créé un sentiment de solidarité en affirmant que lui et moi étions pareils. Il avait clairement de l’expérience dans l’art de gouverner les gens.
« Faites-nous confiance. Nous sommes venus pour vous aider. »
Cet homme…
Il avait un sacré talent pour embobiner les gens. S’il n’avait pas été chevalier, il aurait fini escroc dans quelque ruelle mal famée.
Malheureusement pour lui, il avait choisi la mauvaise cible. J’étais le plus grand escroc des ruelles, alors la plupart de ses paroles ne me faisaient ni chaud ni froid.
Je répondis en faisant comme si ma peur s’estompait peu à peu.
« Vous êtes venus m’aider ? »
« Bien sûr ! La Résistance aide ceux que l’État militaire opprime injustement. Nous vous aiderons, vous, mais aussi toutes les personnes emprisonnées injustement ici ! »
« Ah… »
Je laissai échapper un petit son, comme si j’étais impressionné. Kanisen vit que ma réaction ne démentait pas ses attentes et sourit largement.
Après avoir détourné un instant les yeux de moi, il regarda Azzy, qui se tenait toujours les mains levées.
« À présent, qui est cette belle dame homme-bête ? »
À la question de Kanisen, Azzy répondit d’une voix enjouée :
« Ouaf ! Je suis Puppy ! »
« Puppy ? Voilà un nom inhabituel. Comment êtes-vous arrivée ici, mademoiselle ? »
« Enchantée ! Enchantée ! Enchantée ! »
Azzy accourut soudain et se mit à tourner autour de Kanisen. Tout se passa si vite et si brusquement que même Kanisen, un ancien chevalier, n’eut pas le temps de réagir.
Kanisen sursauta et porta la main à sa taille.
À cet instant, une vague d’hostilité déferla depuis l’intérieur de la caisse.
Je tournai la tête et vis une membre de la Résistance, à l’intérieur de la caisse, pointer son arme sur Azzy en la surveillant avec méfiance.
« Capitaine ! »
La voix d’une jeune femme, empreinte d’une méfiance manifeste.
À ces mots, l’expression de Kanisen se déforma.
« Ne… ! »
Ne tire pas !
Il n’avait pas même eu le temps de commencer sa phrase que la détente était déjà pressée.
Boum !
Une balle jaillit du canon. La munition perforante, légèrement en avance sur le coup de feu, fila droit vers Azzy.
Tout se passa en un instant. À cette distance, la balle ne mit même pas un moment à l’atteindre.
Azzy, qui tournait autour de Kanisen, fixa d’un air absent le projectile perforant qui fonçait vers elle.
Puis, juste avant qu’il ne la touche, elle l’attrapa entre ses dents.
Crac.
Un bruit bizarre retentit. Des dents qui mordaient l’acier. Le métal broyé sans pitié.
Et ce fut tout.
La brève trajectoire de la balle depuis le canon prit fin entre les dents d’Azzy.
Crac.
Personne n’avait vraiment vu ce qui s’était passé. Kanisen fut le seul à comprendre rapidement la situation.
Elle a attrapé entre ses dents un projectile perforant tiré à bout portant ?
Encaisser un tir n’avait rien d’exceptionnel. Avec un peu de qigong, des vêtements solides ou simplement une bonne constitution de naissance, on pouvait résister à une ou deux balles. Les armes à feu étaient utiles, mais pas assez puissantes pour tout dominer.
Mais attraper une balle en plein vol ?
Même un maître aurait du mal à le faire, et celui qui en serait capable n’essaierait jamais de la saisir avec les dents. S’il échouait, les tissus mous de sa bouche seraient déchiquetés par la balle.
Mais Azzy l’avait fait.
Azzy mordit une fois dans la balle d’acier, puis la recracha avec une grimace de dégoût. Le projectile écrasé rebondit sur le sol.
« Chaud ! Dur ! Pas bon ! »
La balle cabossée gisait là, marquée d’empreintes de dents.
Ce ne fut qu’alors que les autres membres de la Résistance comprirent ce qui s’était passé et braquèrent tous leurs armes en même temps.
« Cessez le feu ! »
Au cri de Kanisen, ils tressaillirent tous et baissèrent leurs armes, comme des élèves réprimandés par leur professeur. Kanisen grimaça et cria :
« Qui vous a autorisés à tirer ? Beta, ne t’avais-je pas dit de ne jamais tirer sans mon ordre ? »
La jeune femme appelée Beta baissa précipitamment la tête.
« P-pardon. »
« Si tu as compris, alors reste tranquille ! »
Après avoir réprimandé Beta, Kanisen joignit les mains avec déférence et s’inclina devant Azzy.
« Veuillez pardonner notre impolitesse. Nous sommes ignorants et n’avons pas compris que nous avions affaire à une si grande personne. Pourrions-nous connaître votre nom ? »
Cette femme-bête canine n’est pas une adversaire ordinaire. Si un combat éclate… nous y passerons tous !
Oh, il connaissait ses limites et s’était excusé le premier. C’était la première personne normale et ordinaire que je rencontrais depuis mon arrivée à Tartare ; ça me rafraîchissait. Je commençais à croire que même un citoyen modèle comme moi devenait anormal, ici-bas.
Bien sûr, il fallait être deux pour applaudir. Ce n’était pas parce que quelqu’un se comportait normalement qu’il recevrait forcément une réponse normale.
« Ouaf ! Je suis Puppy ! »
« Puppy ? Pardonnez-moi si ma question est déplacée, mais s’agit-il d’un pseudonyme ? »
« C’est mon nom ! Ouaf ! Ouaf ! Enchantée ! Enchantée ! »
Kanisen contempla Azzy d’un air absent, comme s’il avait perdu la raison. Après avoir brièvement perdu tous ses repères, il me regarda comme s’il s’accrochait à moi.
« Euh, cette personne… »
« Ah. C’est l’une des stagiaires qui sont restées ici. Apparemment, elle s’appelle Puppy. Elle est forte, mais elle obéit bien, comme un vrai chien, alors je la garde parfois avec moi. »
« Le Roi des Chiens, dont on ne connaît l’existence que par les légendes ? Non, sûrement pas. Même à Tartare, un être pareil… »
Exact. Il était intelligent, lui aussi. Il avait l’air de savoir pas mal de choses d’après ce qu’il avait entendu.
Poli, capable de craindre un adversaire, conscient de ses limites et bien informé. S’il y avait des stagiaires dans ce coin, j’aurais aimé qu’ils soient tous comme lui.
Ah… C’était d’autant plus regrettable.
Je devais tuer un homme pareil.
Kanisen reprit ses esprits et demanda avec empressement :
« Reste-t-il des soldats ou d’autres prisonniers… non, des stagiaires, ici ? »
« Euh, il n’y a pas de soldats. Je crois qu’il reste deux autres stagiaires. Mais ils dorment ou s’occupent de leurs affaires. Ils ne sortiront probablement pas, à moins qu’une bombe explose. »
« Je vois. C’est un immense soulagement. »
J’en ai des frissons dans le dos. Il y a au moins deux êtres pareils… Non, j’ai entendu dire qu’il y avait eu une évasion de la prison, donc ils ont dû en enfermer bien davantage ici. Comment l’État militaire a-t-il capturé de tels monstres ?
Kanisen réfléchit longtemps. Des pensées lui traversaient l’esprit à chaque instant. Arborant l’expression de quelqu’un qui n’y connaissait rien, je les lus calmement.
Ce n’est pas un endroit à prendre à la légère. Si nous ne hâtons pas le plan, les autres prisonniers de Tartare risquent de nous arrêter. Nous devons en finir au plus vite.
La Résistance était l’ennemie de l’État militaire.
Les prisonniers étaient eux aussi les ennemis de l’État militaire.
L’ennemi de mon ennemi était mon ami. D’autant plus si mon ennemi était puissant.
Normalement, la Résistance aurait choisi de recruter les prisonniers ou de les libérer tous, imposant ainsi un lourd fardeau à l’État militaire.
Mais Kanisen ne semblait pas avoir l’intention de demander de l’aide aux prisonniers de Tartare. Comme si cela n’avait jamais fait partie de ses plans.
Pourquoi Kanisen, terroriste et membre de la Résistance, était-il venu à Tartare ? Pourquoi s’était-il caché dans une caisse de ravitaillement destinée à Tartare pendant sa fuite ?
À Tartare, dans l’Abîme, une terre maudite par Terre Mère dont nul ne pouvait s’échapper ?
Maintenant que nous sommes arrivés à Tartare, nous ne pouvons plus repartir. Tout ce que nous avons emporté dans notre fuite précipitée, ce sont les bombes destinées à l’attentat. Pour infliger des dégâts significatifs à l’État militaire avec ça, il faut…
Simple.
Je marmonnai avec cynisme.
Que feraient des terroristes, sinon du terrorisme ?
Détruire complètement Tartare, symbole de l’oppression, et l’engloutir au fond de l’Abîme.
Ces salauds étaient venus faire sauter cet endroit.
Ils se fichaient de mourir eux aussi.
Mon regard se glaça.
Notes :
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