Chapitre 212
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 212 : Prisonnière au bord de la falaise
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Après avoir consumé toutes les heures de la mi-journée, le soleil, à court de combustible, entamait une phase de combustion incomplète.
Peut-être était-ce parce que le Convoyeur méta allait d’ouest en est, mais le soir semblait arriver particulièrement tôt aujourd’hui. Ou peut-être la longue poursuite qui durait depuis le matin avait-elle fini par nous faire perdre jusqu’à notre sens des loisirs.
À présent que j’avais retrouvé le mien, je contemplai le soleil couchant et marmonnai d’un ton nonchalant :
« Ouf. On a échappé de justesse à leurs griffes. »
Si l’on ne considérait que le résultat, c’était une grande réussite. Nous avions semé les poursuivants de l’État militaire avant le coucher du soleil.
Le déroulement des événements n’avait toutefois pas été aussi fluide que je l’avais espéré. Toutes sortes d’incidents et d’imprévus s’étaient succédé.
Je rendis néanmoins hommage à la Régresseuse, qui méritait le plus de crédit pour notre fuite.
« Shei ! C’était incroyable ! Sérieusement, c’était assez puissant pour ébranler les cieux et fendre la terre ! Comment as-tu obtenu une telle puissance ? »
« Oh, ça ? Ce n’était rien. »
La Régresseuse agita la main, puis se gratta le menton en regardant Jizan, suspendue à sa taille.
« Le Mage de guerre agrippait et secouait le courant de la terre. Je me suis demandé si je pouvais l’imiter avec Jizan… et ça a marché ? »
Les généraux, qui avaient perdu leur fille, réagirent avec plus de férocité que prévu, comme s’ils étaient vraiment des pères obnubilés par leur enfant. Furieuse, la Mage de guerre ignora même leurs avertissements, se posa et agrippa le Convoyeur méta pour le secouer.
Le Convoyeur méta était de la terre mouvante. On pouvait se tenir dessus, mais son flux était en définitive le produit d’un mélange de magie et d’Arts de la Terre.
La Mage de guerre ne pouvait pas agir sur la terre elle-même, mais elle perturba une partie de son flux, la souleva et la brandit comme un fouet.
La scène me stupéfia moi aussi : on aurait dit qu’un monstre venait d’émerger du sol.
Pourtant, Jizan, l’une des épées de la Régresseuse, était l’essence même des Arts de la Terre. Face à la Mage de guerre, la Régresseuse se servit des Arts de la Terre de Jizan pour calmer le sol.
« Le pouvoir de Jiseon ?! C’est impossible ! »
Pendant que la Mage de guerre, bouleversée, faisait face au pouvoir d’un vieil ami, la Régresseuse sentit Jizan vibrer au diapason des Arts de la Terre. Elle pencha la tête, puis fendit nonchalamment le sol d’un coup profond.
Le Convoyeur méta se brisa alors.
La terre qui suivait la trace de l’épée de Jizan s’immobilisa, comme si un barrage venait d’être construit.
La grande artère de l’État militaire était bloquée. Les généraux, la Mage de guerre, la Lance absolue et même le gros des forces de l’État militaire, qui était presque arrivé jusqu’à nous, se retrouvèrent littéralement coincés. Horrifiés par ce que la Régresseuse venait de faire, les soldats ne purent que nous regarder nous éloigner.
Le phénomène ne dura pas longtemps. Barrer une rivière en crue n’était qu’une solution de fortune. La pression de la terre dépassait de loin celle de l’eau et le barrage ne tarda pas à céder.
Ils étaient tout de même retardés et, maintenant qu’ils savaient que nous pouvions interrompre le flux, ils n’oseraient pas s’approcher à la légère…
Beau travail, Régresseuse. Avec assez de vitalité et les Arts de la Terre, tu pouvais même trancher une étendue de terre en mouvement.
Mais quand même.
« Comment ça, ce n’était rien ? Si tu avais une capacité aussi incroyable, tu aurais dû nous le dire plus tôt ! »
« C’était le pouvoir de Jizan, c’est tout. »
Même si elle balayait la question avec désinvolture, la Régresseuse exultait intérieurement. Ses épaules faillirent se soulever toutes seules.
« Quelle capacité incroyable ! Le pouvoir de Jizan permet de maîtriser tout ce qui est influencé par les Arts de la Terre. Et puis, j’ai utilisé librement les Arts de la Terre, alors qu’il faut normalement croire en Terre Mère et recevoir son enseignement pour y parvenir ! C’est une avancée considérable ! »
Eh oui. Elle venait de débloquer une nouvelle capacité incroyable. Bien sûr qu’elle était contente. Les Arts de la Terre étaient également utiles : on pouvait les appliquer presque partout.
Mais, Régresseuse.
Tu crois que j’étais en train de te féliciter ?
« Même si c’était le pouvoir de Jizan, c’est toi qui l’as manié ! C’est le propriétaire d’une arme qui en libère la puissance. C’est toi qui maîtrises ce pouvoir, Shei ! »
« Ah bon ? Hum. Eh bien, j’ai déjà libéré le pouvoir de Chanteciel. Je suppose qu’il n’est pas si surprenant que Jizan possède un pouvoir similaire. »
« C’est vrai. Ce serait du gâchis de n’utiliser Jizan que comme une lourde massue. Seulement, seul un artiste de la Terre d’un niveau égal à celui d’un immortel comme Jiseon pouvait manier correctement son pouvoir. Personne ne convenait. C’est pour ça que le Sanctuaire m’a confié Jizan, une fois qu’elle a été récupérée… »
« Si tu avais une telle puissance, pourquoi ne pas t’en être servie plus tôt ? »
« Je ne m’en suis rendu compte que pendant le combat. La Mage de guerre a soulevé le sol pour attaquer, alors je l’ai imitée. »
« Même si c’est dangereux, rien ne vaut un vrai combat. Les affrontements réels donnent souvent lieu à des étincelles d’inspiration. Hé hé. Je ne maîtrise pas encore très bien les Arts de la Terre, mais si je peux utiliser l’autorité de Chanteciel et celle de Jizan… ! »
La Régresseuse était toute excitée, comme si elle venait de trouver un nouveau jouet. L’espace d’un instant, elle s’imagina un avenir prometteur.
« Waouh. Tu as simplement tranché le sol sans savoir ce qui allait se passer ? Sans réfléchir ? »
« Oui ! … Oui ? »
« Sans réfléchir ? Il y a quelque chose qui cloche. »
Tu ne t’en rends compte que maintenant, Régresseuse ?
« Quelqu’un qui ne connaît même pas son propre pouvoir se contente de le brandir comme ça ? Tu as la moindre idée de ce qui aurait pu arriver aux autres ? »
« Hein ? »
Waouh. Nous avions eu près de dix répliques avant qu’elle comprenne enfin où je voulais en venir. Quand la Régresseuse finit par sentir que quelque chose clochait, j’enfonçai le clou.
« Tu te fiches de moi ? C’est uniquement parce que j’étais devant toi que je m’en suis sorti. Sinon, j’aurais été emporté par cette vague de terre ! Ce n’était pas de l’eau, c’était le sol ! Si mes pieds s’étaient retrouvés ensevelis, je me serais retrouvé coincé entre des rochers, comme quelqu’un enterré vivant. Et tu fais ça sur un coup de tête ? »
« J-Je ne l’ai pas fait sur un coup de tête ! La Mage de guerre a fait quelque chose de semblable. J’ai essayé d’utiliser ce pouvoir pour l’arrêter, puis une bonne idée m’est venue comme ça ! »
« Comme ça ? Une bonne idée ? Tu te moques de moi ? Si tu as un tel pouvoir, tu devrais réfléchir à la façon de t’en servir stratégiquement ! Si tu peux utiliser les Arts de la Terre, tu aurais dû y penser à l’avance et t’entraîner ! »
Régresseuse. Pourquoi tout chez elle, de sa personnalité à ses idées, en passant par ses éveils, était-il aussi impulsif ?
Elle ne pouvait pas me laisser lire ses pensées un peu plus tôt ? Il s’écoulait trop peu de temps entre le moment où une idée lui venait et celui où elle passait à l’action. Même un lecteur de pensées ne pouvait pas réagir assez vite ! J’avais failli me faire emporter par une vague de terre !
« M-Mais la situation était urgente ! »
« Justement, elle ne l’aurait pas été si tu l’avais su à l’avance ! Sérieusement, Shei ! Ton pouvoir, c’est un bout de tissu fourré dans un coin de la pièce ? Si tu peux trancher la terre, renseigne-toi là-dessus avant ! Si j’avais un tel pouvoir, je rassemblerais tout ce que je pourrais et je chercherais comment l’utiliser correctement ! »
« Qu’est-ce que tu as dit ?! Tu n’as même pas montré le bout de ton nez pendant le combat et maintenant, tu te permets de la ramener ! »
« Pardon ? Qu’est-ce que tu racontes, à nier mes mérites ? Tu ne vois pas le résultat ? »
Je soulevai la chaîne que je tenais, qui cliqueta. À l’autre bout, ce à quoi elle était attachée tressaillit brièvement.
Au bout de la chaîne se trouvait, solidement entravée, Gunner Historia, la plus jeune des Six Généraux de l’État militaire et sa fille chérie. Elle avait le regard fatigué et languissant, et une cigarette pendait à ses lèvres.
« Qui avons-nous là ? Gunner Historia. Qui l’a capturée ? Moi. Qui l’a ligotée si serré qu’elle est devenue ma prisonnière ? Moi aussi. Qui s’est servi d’Historia pour menacer les généraux de l’État militaire et les empêcher de nous poursuivre à la légère ? Encore moi ! »
Les faits s’accumulaient. Peu importait comment les choses s’étaient déroulées : au bout du compte, j’étais celui qui avait le plus contribué au résultat.
Même avec les preuves sous les yeux, la Régresseuse protesta obstinément, visiblement vexée.
« Je l’ai réduite à moitié en bouillie et je l’ai épuisée avant ça ! »
« Ah oui, c’est vrai. Tu l’as affaiblie de moitié, tu as livré un combat à moitié nul contre la Mage de guerre et tu as tracé une ligne dans le sol à moitié sur un coup de tête. Tu comptes passer ta vie à tout faire à moitié, sans jamais être sûre de rien ? Quoi, tu peux vivre des dizaines de vies ? »
« Comment a-t-il deviné… ? »
Contente-toi de prendre ça pour une remarque en l’air ! Qu’est-ce qu’elle voulait dire, « comment a-t-il deviné » ? Je ne pouvais même plus plaisanter !
« Non, il a dû dire ça comme ça. Mais pourquoi est-ce que je me fais sermonner ? J’ai fait tellement d’efforts ! »
« Et puis, tu as dit que Nabi était le dernier adversaire que tu avais affronté ! Tu t’es juste occupée d’une Gunner épuisée et tu l’as ligotée ! »
« C’est facile à dire. Si c’était si simple, pourquoi tu ne t’en es pas chargée toi-même ? Si tu avais maîtrisé Ria et l’avais ligotée en une seconde, tu n’aurais pas à écouter ça. »
« Si j’en avais été capable, je l’aurais déjà fait… ! »
C’était amusant de la voir trembler sans parvenir à me contredire. Je lui adressai un sourire moqueur et fis cliqueter la chaîne.
« Les haricots secs restent des haricots, et les haricots trempés restent des haricots. Un Six Général épuisé reste un Six Général ! Même si elle était fatiguée, blessée et au bord de la mort, je n’ai pas baissé ma garde. J’ai tout préparé à la perfection et je l’ai attaquée de toutes mes forces ! J’ai vaincu un Six Général et je l’ai capturée ! »
Je tirai de nouveau sur la chaîne. Historia suivit un instant mon geste, l’expression sévère, comme si elle avait croqué dans ce qu’elle croyait être une cigarette avant de s’apercevoir qu’il s’agissait d’herbes amères.
« Regardez-moi ça. Une Six Générale qui se pavanait si fièrement, maintenant ligotée dans de grosses chaînes et incapable de se défendre. Quel spectacle pitoyable ! »
Tandis que je continuais à tirer sur la chaîne et à la secouer, Historia me fixa de son regard froid et éteint.
« Arrête de tirer. »
« Hein ? »
Elle avait quand même beaucoup de choses à dire pour une prisonnière. Je m’avançai d’un pas assuré vers Historia, les bras ligotés dans le dos, et lui tapotai la joue.
« Hé. Tu ne comprends pas quelle est ta situation ? Tu es une prisonnière. Une prisonnière. Compris ? »
Tap, tap. Je lui donnai de petites claques, juste assez fortes pour l’agacer.
Même quand on agissait avec une intention précise, on ne pouvait pas s’attendre à ce que cette intention soit comprise exactement comme on le voulait. Les malentendus et les distorsions avaient leur raison d’être. Le harcèlement destiné à mettre quelqu’un mal à l’aise faisait toutefois exception. C’était sans doute la forme de communication la plus honnête qui soit.
À force de lui tapoter la joue, je vis l’humeur d’Historia se dégrader.
« J’ai dit d’arrêter. »
« Et si je n’arrête pas ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Hein ? Tu as beau porter le titre de Six Générale, ici, tu n’es rien d’autre qu’une prisonnière. Et une prisonnière ose encore garder la tête haute ? »
Hé hé. Quel plaisir de se sentir en position de force et de tyranniser quelqu’un de plus faible que soi.
Pendant que je m’amusais à la provoquer, Historia en compta le rythme. Au moment où je fis mon geste suivant, elle tourna violemment la tête.
Sa joue heurta ma main de plein fouet.
Dans un claquement sec, ma main partit en arrière comme si elle avait été frappée par un fouet.
… Ça faisait mal.
Ma main me faisait mal après que sa joue m’avait frappé !
« Shei ! Regarde cette prisonnière ! Elle a frappé ma main avec son visage alors qu’elle est prisonnière ! Dépêche-toi de la réprimander ! »
Historia, qui venait de me gifler la main, laissait de nouveau traîner son regard d’un air las.
La Régresseuse marmonna, incrédule :
« Si tu veux le faire, fais-le toi-même. C’est ta prisonnière. »
« Tu vas vraiment rester aussi froide ? Même si c’est moi qui l’ai capturée, nous sommes compagnons ! Nous devrions partager les responsabilités ! Une Six Générale entravée reste une Six Générale. Et si elle retrouve ses forces, se libère et nous attaque ? »
« … Argh. »
« C’est vrai. À moins de la tuer, il va falloir trouver un moyen de la surveiller. Hum. Pour l’instant, la garder prisonnière n’est pas une mauvaise idée. »
Au moment où nous avions capturé Historia, les mouvements de l’État militaire avaient ralenti de façon visible. Non seulement elle était assez proche des dirigeants pour qu’on l’appelle leur fille, mais elle comptait aussi parmi leurs combattantes les plus redoutables. Sa mise hors de combat représentait une lourde perte de puissance militaire.
Même trois généraux auraient du mal à affronter la Régresseuse, armée de ses épées de terre et du ciel, ainsi que Tyrkanzyaka, la Progenitrice des vampires. La Mage de guerre et la Lance absolue auraient du mal à leur tenir tête à elles seules.
« Je peux trancher la terre, donc ils ne peuvent pas non plus déployer leur armée. Mais ils n’ont pas assez de Six Généraux pour nous attaquer avec une petite troupe d’élite. Nous pourrions même négocier avec l’État militaire en nous servant de la prisonnière… Hein ? Tout ça se passe étrangement bien. »
Perdue dans ses pensées, la Régresseuse regarda soudain Historia avec méfiance.
« Mais pourquoi Gunner Historia s’est-elle laissée capturer aussi facilement ? Elle doit bien savoir ce que signifie se faire maîtriser… »
Notes de bas de page :
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