Chapitre 194
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 194 : Dis que tu veux vivre — Final
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« Je t’ai trouvé. »
Historia marmonna d’une voix glaciale. À peine l’avais-je entendue que j’enroulai la corde autour de moi à la va-vite et sautai.
On disait que la chute libre était ce que les humains redoutaient le plus. Je savais que j’étais suspendu à une corde, mais la vitesse terrifiante et le vide vertigineux sous mes pieds éveillèrent tout de même une peur instinctive…
Ça restait moins effrayant que cette voix hystérique qui me poursuivait.
Boum, boum.
D’étranges vibrations secouèrent le bâtiment où je me trouvais quelques instants plus tôt. Les gens cachés dans les logements ne parvenaient plus à surmonter leur peur et se mirent à hurler.
Ce n’était pas étonnant. En ce moment même, Historia…
Grimpait en fracassant les murs du bâtiment !
« Arrête-toi là ! »
— Tu t’arrêterais, toi, à ma place ?!
La gravité m’attira vers le sol. La corde était un peu plus courte que prévu. Arrivé au point le plus bas, je lâchai prise et roulai par terre pour amortir ma chute.
« Aïe, aïe, aïe, aïe ! »
Ce n’était sûrement pas des gens qui savaient ce qu’ils faisaient qui avaient inventé les bonnes techniques de chute. J’avais suivi les instructions à la lettre et ça faisait quand même un mal de chien ! À quoi bon apprendre à tomber correctement ? Les humains n’étaient pas faits pour voler. On n’était pas censés tomber, à la base !
Enfin, une fois sur mes pieds, je me cramponnai le bras gauche douloureux et courus de toutes mes forces.
Ce qui ne changeait pas grand-chose.
« Je t’ai trouvé !!! »
Comment grimper à un mur lisse, sans aucun endroit où poser les pieds ? En créant des prises au fur et à mesure.
Il suffisait de frapper assez fort en prenant appui pour fissurer le mur, qui vous retenait alors. On pouvait ensuite se servir de ces fissures comme prises et simplement grimper le long de la paroi.
Ça semblait insensé, mais c’était bien ce qu’Historia venait de faire.
Après avoir escaladé ainsi le mur du bâtiment résidentiel, elle se retrouva sur le toit et me repéra avec précision.
« Hui ! Arrête-toi là ! Si tu continues, je tire ! »
En général, si quelqu’un vous avertissait avant de tirer, c’était qu’il n’avait aucune intention de le faire. Sans regarder derrière moi, je lui criai :
« Si tu me tires dessus, je vais mourir ! Ha ha ! Tu vas vraiment tirer sur un honnête citoyen qui mourra au moindre coup ?! »
« Tu crois que j’en serais incapable ? »
Le regard d’Historia se fit menaçant. Elle chargea les balles qu’elle tenait dans sa main et me visa dans son viseur.
Ah, merde. J’aurais peut-être mieux fait de ne pas la provoquer.
Je vais juste te tirer dans la jambe, assez fort pour te blesser sans te tuer.
En quoi trouer proprement la jambe de quelqu’un était-il un geste amical ? Je protestai en pensée tout en me préparant à bondir sur le côté.
…Mais qu’est-ce que…
Juste avant d’appuyer sur la détente, Historia fronça les sourcils en apercevant la silhouette qui courait à côté de moi.
Hein ? Quelqu’un me suivait à la même allure ?
Je tournai la tête et découvris une personne qui courait à mes côtés. La jeune fille balançait sa queue d’un côté et de l’autre, tout à fait insouciante, et avançait à peu près à ma vitesse.
…À quatre pattes.
Quand nos regards se croisèrent, Azzy m’adressa un grand sourire et aboya.
« Ouaf ! Contente de te voir ! Contente de te voir ! »
Capitaine, tu avais dit que c’était une personne. C’était un chien.
Et elle ne m’était même pas d’une grande aide. Azzy ne pouvait pas se battre contre les humains !
Et pourtant !
« C’est un peu étrange de dire ça, mais moi aussi, je suis content de te voir. Je suis tellement heureux que je pourrais en pleurer. »
« Ouaf ! Pleurnichard ! »
« Je n’ai pas encore pleuré. »
Peu importe. Je devrais d’abord lui tirer dans la jambe.
Avant qu’Historia puisse appuyer sur la détente, les oreilles d’Azzy se dressèrent. Elle sentit le danger à l’instinct, avant même d’entendre le bruit. Ses yeux s’écarquillèrent tandis qu’elle courait. Dans l’obscurité, où l’on distinguait mal les choses, la lumière qui se reflétait dans ses yeux devint un faisceau.
Baaang !
Au coup de feu, Azzy bondit soudain derrière moi et sa tête partit de côté. Au même instant, son corps fut projeté au loin et elle retomba sur le dos.
Azzy s’agita en tous sens et cria :
« Ouaf ! Chaud ! Dur ! Ça fait mal ! »
Elle ne pouvait pas se battre contre les humains, mais elle pouvait se battre contre les balles. Plus important encore…
« Ça fait mal, quand on se fait tirer dessus ? C’est étonnamment normal. »
Et pourtant, elle avait attrapé la balle avec ses dents. Mais comme elle venait de l’une des Six Généraux, elle devait avoir une sacrée puissance, car Azzy avait l’air d’avoir mal.
Les yeux pleins de larmes, elle gémit :
« Ma dent bouge ! Ça fait mal ! »
« Mets-y un peu de salive. »
« Ouaf… ! Même quand ça guérit, ça fait toujours mal ! Ouaf ! »
« Alors pourquoi tu l’as attrapée avec les dents ? Tu ne peux pas utiliser une technique de qi pour dévier les balles ou quelque chose du genre ? »
« Ouaf ? Accompagnement ? Viande ? »
« Laisse tomber. Pourquoi est-ce que je parle à un chien ? »
Azzy ne semblait pas non plus en mesure d’attraper les balles d’Historia les unes après les autres. Heureusement, Historia n’en avait pas beaucoup.
« Arrêêête-toi ! »
Historia bondit du toit d’un seul élan et atterrit au sol. Sa chute était si brutale que des vibrations parcoururent le béton. Elle se posa avec assez de force pour fissurer le trottoir, les yeux luisants comme ceux d’une bête sauvage.
« Arrête-toi là ! »
Plink. Quatre autres balles tombèrent dans sa paume. Historia les enfonça d’un geste dans le chargeur, se rua sur moi et braqua de nouveau son arme.
Bon, si la chienne était là, la personne qui s’occupait d’elle devait être dans les parages aussi.
« Technique de l’Épée céleste ! »
La régresseuse atterrit sans bruit devant moi. Tombée littéralement du ciel, elle déploya aussitôt une épée invisible.
« Miroir céleste ! »
Ce n’était pas une technique de qi pour dévier les balles. Elle avait déployé Chanteciel, l’épée du ciel, dans toutes les directions pour créer une distorsion pure de l’espace. La lumière elle-même se courbait.
La régresseuse dressa une barrière sur la trajectoire de tir d’Historia et lança d’un ton pressant :
« Hé ! Comment tu as fait pour te faire poursuivre par l’une des Six Généraux ?! »
Je la corrigeai calmement :
« C’est faux. Elle me poursuivait déjà. Celle qui me poursuivait est simplement devenue l’une des Six Généraux. »
« Qu’est-ce que ça change ?! »
« L’ordre des événements compte. Est-ce que je l’aurais autant mise en rogne si elle avait été l’une des Six Généraux dès le départ ? »
« Ça ne change absolument rien ! Non, c’est même pire, non ?! Comment celle qui te poursuivait a fini par devenir l’une des Six Généraux ?! »
« Tss. Comment j’étais censé savoir qu’elle serait promue aussi vite ? »
Bang, bang, bang.
Les trois balles qu’elle tira à la suite furent déviées par le Miroir céleste. Pan, pan, pan. Les projectiles manquèrent leur cible et déchirèrent le sol de béton, l’entaillant aussi facilement que du tofu.
Même en sachant qu’elles ne me toucheraient pas, voir le sol exploser de part et d’autre de moi était terrifiant.
Et le pire, c’était que nous n’étions toujours pas en sécurité. La régresseuse et moi sentîmes le danger et restâmes sur nos gardes.
Elle en avait fait l’expérience lors d’une régression précédente, tandis que moi, j’avais lu les pensées d’Historia.
Le prochain tir ne raterait pas.
Historia me visa d’un regard froid.
Tir de réglage.
Après avoir réglé sa visée en trois tirs, le quatrième ne pouvait que toucher sa cible. C’était un art du qi lié aux armes à feu, maîtrisé par Historia seule : elle enveloppait ses balles, son canon et son adresse au tir de qi.
C’était aussi l’ultime royaume du qi, qui avait effleuré, ne serait-ce qu’un peu, les principes du monde.
Elle était devenue tellement plus forte. Qu’est-ce que j’avais fait, moi, tout ce temps… ?
Je ne devrais pas aller à la prochaine réunion d’anciens élèves. Pas que je le puisse, vu que j’étais recherché.
Non, il ne restait même pas assez d’entre nous en vie pour organiser une réunion d’anciens élèves. Hé hé.
Tu ne peux pas dévier ça ! Il faut le bloquer !
Peut-être parce qu’elle y avait été confrontée lors de la régression précédente, la régresseuse renonça à dévier le tir ou à le faire ricocher avec une technique de qi. À la place, elle abattit Jizan dans un large mouvement et bouleversa le sol lui-même.
« Style du Bâton terrestre, Brise-sol ! »
Quand elle frappa le sol avec Jizan, le terrain s’effondra et des morceaux de béton éclatés jaillirent comme des épines. Cette brusque poussée de béton sépara la Tireuse de nous.
Une balle transperça la masse. Pourtant, la régresseuse la repoussa sans peine : elle avait perdu de sa vitesse en traversant le béton. Chanteciel se courba dans un sifflement et fendit la balle en deux.
Je peux la bloquer quelques fois. Mais pas indéfiniment ! À moins qu’on ne veuille l’affronter au corps à corps… !
Ayant pris sa décision, la régresseuse cria aussitôt :
« Tyrkanzyaka ! Plonge-la dans le noir ! »
« Je m’en charge. »
À peine sa douce voix avait-elle retenti que les réverbères vacillèrent d’un air sinistre.
La nuit ne connaissait pas l’obscurité dans l’État militaire. Avant son arrivée, les ombres qui s’étiraient le long des rues éclairées par les réverbères n’étaient qu’un renard se traçant des rayures sur le visage et se faisant passer pour un tigre.
La vraie nuit était arrivée.
Comme si un être immense avait soufflé sur les bougies de l’État militaire, une rafale retentit. Puis tous les réverbères s’éteignirent d’un seul coup et les ténèbres engloutirent le monde.
Une puissance sans commune mesure avec de fausses ombres. Le désastre connu sous le nom de Reine de l’Ombre venait de s’abattre sur la nuit d’une nation âgée d’à peine vingt-cinq ans.
Dans cette obscurité si totale que je ne distinguais même plus mes mains ni mes pieds, la Progenitrice Tyrkanzyaka s’approcha avec grâce, son ombrelle posée sur l’épaule. Guidé par la lecture des pensées, je croisai son regard rougeoyant dans les ténèbres absolues.
Waouh. La voir apparaître en pleine crise était rassurant. Je m’apprêtais à la saluer quand…
« Félicitations pour ton mariage, Hyu. Ainsi, il y avait une raison à ton désir de revenir dans ce pays. »
Ses paroles froides, teintées d’une hostilité discrète, me prirent au dépourvu. Hein. Ce n’était pas vraiment le moment de se saluer.
Je baissai maladroitement la main. Tyr me regardait avec ressentiment et hostilité.
« Oui. Tu es adulte à présent ; il ne serait donc pas étonnant que tu aies au moins une fiancée avec qui tu as promis de faire ta vie. »
« Désolé, Tyr. Je ne crois pas que ce soit le moment d’en parler. »
« Cette enfant pourrait-elle être ta future épouse ? »
Tyr jeta un coup d’œil à Historia, qui chargeait dans notre direction à travers les ténèbres. Même dans l’obscurité, ses yeux rouges distinguaient parfaitement la course furieuse d’Historia.
« Votre relation ne semble pas très harmonieuse. Qu’en dis-tu ? Si tu le souhaites, je peux faire de toi un vampire. Tu ne devrais pas mourir dans une querelle conjugale. »
« Nous ne sommes pas mariés. Si tu lui dis ça, je vais vraiment mourir. »
« Hein ? Vous n’êtes pas mariés ? »
Je n’avais pas envie de lui expliquer le vaste et profond océan de circonstances qui nous séparait, alors je lui donnai la réponse la plus simple et la plus claire possible.
« J’ai essayé de monter une arnaque au mariage, mais les choses ont pris une tournure bizarre et j’ai dû fuir. »
« …Et le mariage ? »
« De fausses informations. »
Le regard de Tyr s’adoucit légèrement.
« Il est étrange de pouvoir commettre une fraude par le mariage. Quoi qu’il en soit, j’ai compris. Mais pourquoi as-tu fui l’Abîme ? »
« Ce serait long à expliquer, mais j’avais l’impression que même dix vies ne suffiraient pas si je continuais à voyager avec toi. »
« Il ne semble pas que tu en aies assez, même aujourd’hui. Que dirais-tu de devenir un vampire, afin d’avoir dix vies… »
« Non, enfin… ne fais pas ça. »
Un rugissement retentit au-delà des ténèbres. La régresseuse faisait face à Historia, qui tentait de déchirer l’obscurité. À présent qu’elles étaient au corps à corps, la régresseuse dispersait Chanteciel pour parer les attaques d’Historia.
Armée de Jizan et de Chanteciel, la régresseuse ne se laissait pas facilement repousser. Historia frappa violemment Jizan du pied, puis grimaça sous l’effet du recul et cria :
« Pousse-toi ! »
Ha ha. Elle croyait que la régresseuse allait s’écarter docilement parce qu’elle le lui avait demandé ? Il fallait qu’elle découvre elle-même à quel point la régresseuse était têtue !
« …Je devrais peut-être partir ? Est-ce que je dois vraiment l’emmener, si cela signifie combattre l’une des Six Généraux… ? »
Hé ! Régresseuse ! Ce n’était pas le moment de penser à ça !
Une silhouette apparut à côté de la régresseuse, qui réfléchissait sérieusement à la question. Des griffes acérées visèrent le flanc d’Historia. Celle-ci bloqua du pied l’attaque furtive, mais la silhouette balança violemment sa patte avant et l’envoya voler.
« Miaou… Quel boucan, miaou. Les humains changent de territoire beaucoup trop souvent, miaou… »
Nabi, apparue à un moment ou à un autre, grommela en se plaçant à côté de la régresseuse. Le visage d’Historia se déforma en la voyant se joindre soudain au combat.
« Roi des Chats… ! Tu veux mourir ?! »
« Miaou ! Tu oses me demander si je veux mourir, miaou ?! »
Nabi, crocs découverts, avait été une adversaire pénible, mais elle ne pouvait pas être plus rassurante maintenant qu’elle était de notre côté. Voilà donc ce que signifiait avoir un Roi des Bêtes pour ennemi de ses ennemis.
Quoi qu’il en soit, de précieux renforts étaient arrivés de l’est. Il fallait que je profite de l’occasion.
« Euh, Tyr. Shei. Et vous autres, les bêtes. »
J’élevai la voix pour que tout le monde m’entende.
« Je veux vivre. Vous pourriez me sauver si vous n’êtes pas trop occupés ? »
Ma demande était sincère ; elle ne cachait aucune arrière-pensée ni aucun plan tordu.
Azzy et Tyr se regardèrent, peut-être surprises par mes paroles.
Azzy fut la première à détourner la tête. Elle sourit radieusement.
« Ouaf ! Je vais te sauver ! Tends le cou ! »
« Tu comptes me prendre par la peau du cou et t’enfuir ? Désolé, mais chez les humains, ça s’appelle une exécution. »
Je déclinai poliment l’offre d’Azzy. Elle devrait dire quelque chose de sensé, pour une fois.
« Je suis déjà en train de te sauver… Ngh ! »
« Oui. Je t’en suis déjà reconnaissant. »
« Dis-le avec un peu plus de sincérité… ! Tss ! Tu es impossible ! »
De l’autre côté, la régresseuse livrait un combat acharné. Historia avait peut-être épuisé ses munitions, car elle tenait son arme par le canon et s’en servait comme d’une massue, tandis que la régresseuse l’affrontait avec Chanteciel.
« Hmm. Je dois reconnaître que cela m’irrite quelque peu, mais… »
Tyr claqua des doigts. Les ténèbres se retirèrent comme la marée descendante et engloutirent Historia. Celle-ci libéra aussitôt son qi depuis son arme, mais il lui faudrait sans doute un peu de temps pour briser l’obscurité.
« Pour l’heure, je vais céder. Partons d’ici. »
« Vous battez en retraite, c’est ça ?! Je vais la retenir un moment et vous rejoindre ! »
La voix de la régresseuse retentit dans les ténèbres. Plus loin, Historia cria, affolée :
« La ferme ! Ça ne te concerne pas ! Laisse ce salaud de Hui derrière toi ! »
« Désolée, Ria ! J’ai quelque part où aller ! Je t’inviterai à manger un de ces jours ! »
« Héhoooo ! »
Après avoir lancé un adieu incertain à mon ancienne camarade de classe, je grimpai sur le cercueil que Tyr avait apporté. Celui-ci fila à travers les rues plongées dans les ténèbres, plus vite que je ne l’avais jamais vu aller.
Adieu, Amitenggrad. Ville des gens ordinaires qui m’avaient chéri.
Ce petit criminel ordinaire allait maintenant prendre congé.
Alors qu’Amitenggrad s’éloignait peu à peu, je m’inclinai profondément dans sa direction.
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