Chapitre 162
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 162 : La nuit de l’État militaire
──────
Partout dans le monde, les bâtiments abandonnés étaient des lieux idéaux pour les hors-la-loi. Les immeubles laissés à l’abandon et les gens rejetés par la société s’appuyaient les uns sur les autres pour combler leurs manques.
Aujourd’hui, un prédateur de la jungle urbaine comptait son butin dans un bâtiment abandonné.
Numéro Deux sourit en regardant la petite fiole de verre remplie de poudre dorée.
« Khuhuhu. On a décroché le gros lot. Beau travail, Numéro Un. »
La fiole n’était pas grande. C’était un minuscule flacon de verre, si petit qu’un index pouvait en toucher le fond sans même y entrer entièrement.
Pourtant, les objets précieux prouvaient souvent leur valeur par leur petite taille.
Si une quantité aussi modeste nécessitait son propre flacon, c’était que son contenu avait assez d’importance pour le justifier.
« C’est du safran. Ça vaut au moins le niveau deux dans les produits de luxe, et selon la variété, ça peut monter jusqu’au niveau quatre. Les gens du niveau zéro n’ont pas le droit d’en posséder, et ils ne peuvent pas non plus s’en procurer. On ferait mieux de l’utiliser à quelque chose de plus utile. »
Numéro Un, qui l’avait volé, eut l’air perplexe.
« C’est juste de la poudre. Ça vaut vraiment si cher ? »
« Tu ne le savais vraiment pas ? Alors pourquoi t’as volé cette poudre à la con ? »
« Ben, ils la serraient contre eux comme si elle était précieuse, alors je les ai tabassés et je l’ai prise. »
« Pff. C’est un miracle qu’un crétin comme toi ait réussi à la voler sans l’abîmer. »
« Qu’est-ce que tu viens de dire ? »
Sans tenir compte de la colère soudaine de Numéro Un, Numéro Deux poursuivit :
« Je le sais parce que je viens du “Marché”. C’est cher. Il faudrait vérifier sa valeur exacte, mais avec un peu de chance, on pourrait acheter une voiturette automatique. Un produit de luxe qui disparaît dès qu’on le mange. Dans l’État militaire, ce genre de truc se vend une fortune. »
« Tu m’as traité de crétin ? Tu veux voir à quel point quelqu’un peut devenir crétin après s’être fait tabasser par un crétin ? »
« Allez, tu vas encore chercher la bagarre pour cette vieille histoire ? »
« Tu viens de le dire. »
Numéro Trois, qui avait observé en silence la dispute de Numéro Un et Numéro Deux, prit soudain la parole.
« Et si quelqu’un nous suivait ? »
Numéro Un bomba le torse avec assurance.
« Personne. J’ai vérifié en chemin, il n’y avait personne. »
Numéro Trois ne parut pas rassuré.
« Quand même, méfiez-vous. Quelqu’un a peut-être repéré notre piste. »
« Allez. Qui enquêterait parce qu’un citoyen de niveau zéro s’est fait cogner ? Même s’il porte plainte, on ne l’écoutera pas. On peut les dépouiller sans se faire de souci. Personne ne nous arrêtera. »
« C’est justement pour ça que je le dis. Si c’était la police, elle nous tomberait dessus sans attendre. Et s’ils avaient quelqu’un derrière eux ? Ils pourraient se venger sérieusement. »
Numéro Un balaya d’un geste les paroles de Numéro Trois, qu’il jugeait absurdes, mais celui-ci ne lâcha pas l’affaire. Agacé par son attitude tatillonne, Numéro Un claqua la langue.
« Ce paranoïaque recommence. »
D’ordinaire, Numéro Trois lui aurait répondu du tac au tac, mais, pour une raison ou une autre, il semblait perdu dans ses pensées aujourd’hui.
« Un citoyen de niveau zéro ne peut pas se procurer du safran tout seul. Quelqu’un a dû lui en donner. Il a peut-être un protecteur. »
« Et alors ? Son protecteur pourrait rivaliser avec cette personne ? »
Numéro Un ricana, et Numéro Trois ne le contredit pas.
Le vent qui s’était engouffré dans cette ruelle était une tempête assez puissante pour ébranler l’ancien ordre. Une véritable obscurité qui balaierait toute cette pourriture. Une ombre jetée sur l’État militaire.
Avec la force de cette personne, même eux, qui se cachaient sous le joug de l’État militaire, pourraient peut-être respirer librement à nouveau.
Il n’y avait aucune raison de craindre le protecteur d’un citoyen de niveau zéro.
Ce serait manquer de respect à cette personne.
« Au mieux, un protecteur de ruelle serait un chacal. Comparés à cette personne, qui est assez forte pour ridiculiser les généraux et dont on raconte qu’elle s’est évadée du Tartare… ce ne sont que des inconnus. »
Numéro Un parla avec fierté, comme si suivre cette personne était la meilleure chose qui lui soit jamais arrivée, ou le plus grand honneur qu’il connaîtrait de sa vie.
Numéro Trois soupira et se leva.
« … Très bien. Si vous avez fini de trier tout ça, je vais aux toilettes. »
Numéro Un cria à Numéro Trois qui s’éloignait :
« Essaie de pisser loin d’ici ! On ne peut pas dire à cette personne que tu t’es fait arrêter pour avoir uriné en public près de notre planque ! »
« J’ai l’air d’un idiot incapable de s’arrêter en plein jet ? »
« C’est vrai. Si ça ne veut plus sortir, ça ne sort plus. C’est pas comme si tu ne pouvais pas le couper. »
« Espèce de… »
Il devait vraiment avoir envie d’y aller, car Numéro Trois s’éloigna rapidement sans répliquer. Numéro Un et Numéro Deux ricanèrent en ouvrant leur bière tiède.
Une bière compressée, produit de luxe de niveau un.
Concentrée et forte, elle se vendait tiède et était imbuvable sans quelques glaçons. Mais c’était le seul alcool auquel les gens ordinaires avaient accès.
Ils n’avaient pas le choix. Les choses seraient différentes une fois qu’ils auraient fermement assis leur pouvoir dans les ruelles, mais pour le moment, ils devaient se rincer le gosier avec cette bière infecte.
Numéro Deux versa de l’eau dans un verre à bière et marmonna :
« Faut reconnaître que ce salaud a une sacrée vessie. Sa vessie est de niveau zéro… »
« Je te le garantis. Gallen — enfin, Numéro Trois — se fera arrêter et embarquer pour avoir uriné en public avant n’importe quel autre crime. »
« Franchement, ce serait mieux. Au moins, la police militaire lui laisserait le temps de remonter son pantalon. S’il se fait attaquer comme ça, il ne pourra même pas le raconter à qui que ce soit… »
Boum.
Les deux hommes, qui s’étaient acharnés à dénigrer quelqu’un absent pour agrémenter leur beuverie, se turent en entendant un bruit à l’étage inférieur. Ils retinrent leur souffle et écoutèrent un moment, mais après ce premier bruit, plus rien.
Numéro Deux fronça les sourcils.
« Numéro Trois, c’est toi ? Me dis pas que t’as pissé sur le sol juste en dessous. Je t’ai dit d’aller loin, ça va puer ! »
Pas de réponse. Numéro Deux se leva et se dirigea vers le bord du bâtiment abandonné.
Au bord de l’immeuble inachevé, où le moindre faux pas pouvait les faire tomber de cinq étages, Numéro Deux se pencha pour regarder en contrebas.
« Quoi ? Y a personne. C’était le vent, ou quoi ? »
En voyant Numéro Deux dangereusement penché dans le vide, seule sa tête dépassant du bord, Numéro Un lança d’un ton inquiet :
« Hé, Milsen. C’est pas dangereux ? On dirait que tu vas tomber. »
« Espèce de trouillard. Les inquiétudes de Gallen ont déteint sur toi aussi ? Qu’est-ce qui est dangereux, là-dedans ? »
« T’as bu de la bière. Et si tu glisses ? »
« Je te jure, je sais pas comment des trouillards comme toi ont pu entrer dans une organisation. Si t’es assez minable pour être saoul après une bière, t’as qu’à tomber et crever. Toujours à me faire la morale comme ma mère… »
Ignorer les remontrances de maman.
Numéro Deux ne savait pas de quoi il parlait, alors je lui donnai un conseil sincère.
« Tu devrais écouter les remontrances de ta mère. C’est tout ce qui te rendra plus fort. »
« Hein ? »
À peine Numéro Deux eut-il posé cette question stupide que je rendis mon jugement sur cet enfant ingrat. Un fil à crochet tournoya, se tendit et s’enroula autour de son cou.
Tenant l’autre extrémité du fil, je marmonnai :
« La punition pour avoir ignoré les remontrances de maman, c’est la sentence du cordon ombilical. »
« Gnh ! »
Étranglé par le fil, son corps chancela vers le bord. Pris de panique, Numéro Un se hâta d’attraper la jambe de Numéro Deux.
Résultat : Numéro Deux fut tiré des deux côtés et étranglé encore plus fort.
Tandis que Numéro Deux suffoquait, Numéro Un cria :
« Qui êtes-vous ?! »
« Je suis un pauvre homme affamé qui a perdu son dîner de ce soir. Je suis venu venger le dîner qui n’a jamais pu naître. »
Numéro Un s’étant éloigné de l’escalier, je montai les marches d’un pas traînant.
Ouf, le plan avait marché.
J’étais un humain ordinaire, incapable de voler ; s’ils avaient gardé l’escalier, cela m’aurait compliqué la tâche. J’étais reconnaissant qu’ils se soient écartés d’eux-mêmes.
Numéro Un remarqua ma présence une seconde trop tard.
« Espèce de salaud ! Qu’est-ce que tu as fait à Numéro Trois ? »
« Le gars à la petite vessie est en train de recouvrir de son corps le mur qu’il a sali. À mon avis, il est encore plus sale que ce qu’il avait dans la vessie… Beurk, rien que d’y penser, j’ai de nouveau la nausée. Laisse-moi te cogner un peu. Attends juste que je reprenne mon souffle. »
Commettre des crimes, c’était une chose, mais s’installer au cinquième étage, c’était pire. Il m’avait fallu une éternité pour grimper jusque-là. Si vous vivez les pieds sur terre, ayez l’obligeance d’utiliser le rez-de-chaussée.
« Qui êtes-vous ? Qui vous envoie ? »
« Le monde. Au fait, les gens tabassent encore les autres sans raison, de nos jours ? Vous n’avez pas peur de la sévère loi pénale de l’État militaire ? »
Quand je m’approchai à grands pas, Numéro Un jeta un regard désespéré à Numéro Deux, qui suffoquait, le fil autour du cou. Si Numéro Un le lâchait, Numéro Deux semblait prêt à tomber de cinq étages en se faisant étrangler.
Pas le choix. Si je me fais attaquer comme ça, on est fichus tous les deux. Autant le lâcher complètement. Il faut qu’au moins l’un de nous survive !
Ayant pris sa décision, Numéro Un ferma les yeux et lâcha Numéro Deux.
Les yeux de Numéro Deux s’écarquillèrent, trahis. Il tendit inutilement la main, mais celle de Numéro Un s’était déjà retirée. Son corps vacilla au bord, puis disparut dans une chute silencieuse.
J’en fus impressionné.
« Waouh. Tu l’as lâché tout de suite. Je pensais que tu tiendrais un peu plus longtemps. »
« Espèce de salaud… ! Tu as tué Numéro Deux ! »
« Non. C’est toi qui l’as lâché. »
Je ne tuais pas les gens aussi facilement. Numéro Deux devait probablement se débattre dans le filet de fils que j’avais tendu à l’étage inférieur. Il t’en voulait, tu crois ? Enfin, peut-être.
Ignorant tout cela, Numéro Un s’agita frénétiquement et sortit un couteau aiguisé de sa poche.
« Vous êtes seul ? »
« Ces derniers temps, je me sens seul. »
Je répondis en soulevant légèrement mon chapeau magique. Serrant son couteau dans sa main, Numéro Un tendit l’oreille pour repérer la présence d’autres personnes.
Il est seul. Il n’a pas l’air si fort. S’il l’était, il aurait foncé dès le début au lieu de nous prendre en embuscade et de nous éliminer un par un.
Numéro Un avait vu juste.
J’étais un petit criminel ordinaire. Un homme tout à fait normal qui restait sur ses gardes face à deux adversaires, fuyait devant trois et ressentait de la douleur quand on le poignardait.
Voilà pourquoi je devais faire de mon mieux, même contre des nullités pareilles.
Il comptait nous prendre en embuscade pendant que je tenais Numéro Deux. Mais il se trompe. On a déjà fait notre choix. Numéro Deux comprendra aussi.
Pas du tout. Il t’en voulait énormément.
Après avoir arrangé ses sentiments à sa convenance, Numéro Un me fixa d’un regard brûlant.
« Je vais venger Numéro Deux et Numéro Trois, espèce de salaud ! »
Numéro Un brandit son couteau et chargea droit sur moi.
Je ne voulais pas d’un combat frontal. S’il était fort, ce serait problématique ; s’il était faible, aussi. Je voulais éviter qu’il trébuche sur ses propres pieds et me poignarde en plein combat.
Alors…
« Tadam. »
Je sortis la carte que j’avais gardée en réserve.
Le six de carreau, une carte ornée de six losanges disposés en cercle.
Une carte ? Qu’est-ce qu’il croit pouvoir faire avec ça ?
Elle avait l’air tout à fait ordinaire.
Mais en réalité, c’était un équipement alchimique que j’avais fabriqué en y engloutissant toute ma fortune. Le fruit de ma prodigalité : pour chaque carte, j’avais dépensé une pièce d’alchimie, parfois deux.
À l’aide de mon bio-terminal, je transmutai la carte par alchimie. En un instant, elle se défit fil par fil et révéla sa véritable forme.
Un petit revolver qui tenait parfaitement dans ma paume.
Les yeux de Numéro Un s’écarquillèrent.
Un pistolet ?!
Eh oui, un pistolet.
Boum.
La balle assourdie lui fracassa la cheville. Un grand trou s’y ouvrit.
Elle n’avait pas assez de puissance pour le transpercer de part en part, mais une balle tirée à bout portant suffisait à arrêter un vulgaire voleur.
« Gnh ! »
Ce n’était qu’un pistolet. On ne mourait pas sur le coup quand on se faisait tirer dessus. Si Numéro Un avait supporté la douleur, avancé malgré tout et foncé sur moi dans cet état, il aurait peut-être pu l’emporter.
Mais Numéro Un était encore plus insignifiant qu’un petit criminel comme moi.
Incapable d’endurer la douleur, il perdit l’équilibre et glissa sur le sol. Je retransformai le revolver en carte, sortis une brochette et m’assis sur lui.
Après avoir facilement maîtrisé Numéro Un, je pris mon temps pour parler.
« Mon ami. Si tu ne veux pas qu’on fasse plus ample connaissance, arrêtons-nous là et trouvons un compromis. Rends-moi le safran, et j’en resterai là. »
« Gnh ! Des conneries… ! »
Coincé sous moi, Numéro Un se débattait sans perdre un soupçon de combativité.
Ses mouvements vigoureux faillirent me faire tomber, alors je n’eus d’autre choix que de lui enfoncer la brochette dans l’épaule.
« Aaargh ! »
Une fois qu’on lui eut enfoncé quelque chose dans le corps, Numéro Un se montra beaucoup plus docile. Au lieu de semer encore plus de problèmes, il serra les dents et cria :
« Vous savez qui nous sommes ? Nous sommes les Ombres de l’État militaire ! Si vous me tuez, cette personne ne vous le pardonnera pas ! »
Cette personne ? Qui était-ce censé être ? Et qu’était-ce que ces Ombres ? Pourquoi toutes ces choses étranges s’étaient-elles introduites dans une ruelle où on avait à peine de quoi manger pendant mon absence ?
Enfin, ce n’était pas mon problème pour l’instant.
Ce n’était pas ça, le plus important.
« Ça suffit. Où est le safran ? Il a de la valeur, j’aimerais le récupérer. »
« Ha ! »
Peut-être ne comprenait-il pas sa situation, car Numéro Un se lança dans une superbe démonstration de bravade, même écrasé sous moi.
« Le safran ? Hmph. Il est dans mon ventre. Ouvre-moi et récupère-le, si tu veux ! »
Un mensonge. Il avait caché le safran dans sa poche intérieure.
J’aurais pu fouiller ses vêtements et le prendre, mais la source de cette bravade injustifiée m’intriguait. Je lui demandai donc :
« Tu ne devrais pas dire ça à la légère, mon ami. Et si je t’ouvrais vraiment le ventre ? »
« Ha ! Vas-y ! T’en as seulement le cran ? »
Ses paroles fanfaronnes semblaient étonnamment sincères, alors je me tus.
Pendant que je gardais le silence, Numéro Un triompha :
« Quoi, t’as peur ? On s’est déjà préparés à mourir. Tu crois qu’on commettrait des vols dans l’État militaire sans être résolus ? »
C’était vrai.
Si l’on se faisait prendre à voler dans l’État militaire, on écopait d’au moins quinze ans de travaux forcés. Selon le nombre de victimes et la gravité du crime, on pouvait être exécuté sans autre forme de procès.
À l’heure actuelle, s’il renonçait à tout ça et partait se cacher, il pouvait encore avoir une chance de vivre…
« Si notre destin, de toute façon, c’est de passer le reste de notre vie aux travaux forcés jusqu’à notre mort, alors autant vivre glorieusement avant d’y passer ! Pour cette personne, qui réalisera nos souhaits, on est prêts à mourir et à tuer ! »
Je comprenais. En tant que lecteur de pensées, je comprenais ses espoirs et ses désirs.
Je suis un citoyen de basse classe, dans un pays sans rêves ni espoir. Cette personne est la seule à pouvoir changer mon destin ! Elle renversera l’État militaire et régnera sur le monde souterrain ! Alors, moi aussi, je pourrai changer de vie, en tant que disciple de cette personne… !
Dans ce pays où l’État s’était tout approprié, il n’y avait ni rêve, ni espoir, ni romantisme, ni luxe. Les gens ne faisaient que s’user peu à peu au fil de leurs journées répétitives.
L’avenir promis par un pays où tout était maîtrisé était trop figé, trop contrôlé, trop gris. Ceux qui gardaient du romantisme au fond du cœur ne pouvaient que dépérir.
Mais…
« Mon ami, tu ne devrais pas dire si facilement que tu es prêt à mourir. Surtout pas devant moi. »
Aucun vivant n’était jamais mort, alors personne ne savait si sa résolution de mourir était sincère ou non.
Même ceux qui le pensaient sincèrement sur le moment se débattaient souvent pitoyablement quand la mort se présentait à eux.
Pourtant, ceux qui affirmaient être prêts à mourir brandissaient cette résolution comme une arme et tuaient les autres, comme si leur propre mort pouvait effacer leurs crimes.
Sans prouver qu’ils en avaient la capacité, ils ne faisaient que commettre de nouveaux péchés.
Alors, si quelqu’un affirmait être prêt à mourir, et si sa foi en cette résolution était au moins sincère…
Il ne restait qu’à la mettre à l’épreuve.
Je parlai sans me presser.
« En fait, le surnom de ce safran, c’est “poussière d’or saupoudrée”. On le récolte en cueillant uniquement les pistils de fleurs qu’on trouve parfois sur la côte sud-est, puis on les fait sécher. C’est le meilleur des safrans : une poignée de poudre peut acheter un terrain. Comme c’est un produit de luxe comestible, il pourrait se vendre très cher, même dans l’État militaire. »
« Ha ha ! Quel dommage ! Une merveille pareille va finir en merde ! »
Ça avait l’air bizarre, en effet… ! Parfait. Si je peux le tromper, ou même s’il le prend, je pourrai prévenir cette personne ! Ça aidera à accomplir son grand projet… !
« Mais tadam ! Le safran est là. »
Sous ses yeux, je secouai le flacon plein de poudre dorée scintillante. La confusion envahit aussitôt son regard.
Je l’avais bien mis dans ma poche intérieure. Comment a-t-il su ?
« Je suis magicien. Je peux sortir un objet d’une boîte sans la toucher. Même si, cette fois, la boîte, c’était ton ventre. »
Bien sûr, j’avais lu ses pensées et fouillé sa poche, mais je parlai comme si je l’avais vraiment sorti de ses entrailles.
« Tu le savais ? La fleur dont provient ce safran est une plante vénéneuse qui peut te tuer si tu la manges mal préparée. Son pistil est la partie la moins toxique et possède un parfum particulier, mais même ce safran, obtenu en le séchant et en le concentrant… peut devenir un poison mortel si on en mange trop. »
Quoi ? Du poison… ?
« Cela dit, il y a sans doute eu plus de morts dans les disputes autour de ce safran qu’à cause de sa consommation. C’est pour ça qu’on le compare depuis longtemps à la vie humaine. »
Alors, son affirmation selon laquelle il avait mangé tout le safran devait forcément être un mensonge…
Mais plus maintenant.
« Comme tu l’as dit, je n’ai ni la résolution de mourir ni celle de tuer. Ceux qui n’ont pas de résolution n’ont pas le droit de posséder un safran aussi précieux qu’une vie humaine. »
Avec un soupir, je lui agrippai les cheveux et lui relevai la tête. Je glissai une carte roulée en tube entre ses lèvres entrouvertes.
Il ne pouvait plus refermer la bouche. Tandis que Numéro Un paniquait, je tenais le flacon de safran entre deux doigts. La confusion dans ses yeux se mua peu à peu en peur.
« Désolé de te l’avoir pris sans permission. Je vais te le rendre. »
Tout irait bien. Le flacon de verre était solide.
Avec un peu de chance, il survivrait.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a href="https://dsc.gg/wetried" rel="noopener noreferrer nofollow">https://dsc.gg/wetried</a>