Chapitre 146
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 146 : La route suit le voyageur — 2
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La capitaine m’empoigna et cria :
« Qu’est-ce qui vous a donné l’assurance de déposer un rapport aussi mensonger ?! »
Plaqué au mur en un instant, je levai les deux mains en signe de reddition.
« Pour dissiper les soupçons. Réfléchis un peu. Quelqu’un en mission classifiée voyage avec un type louche. Tu ne voudrais pas savoir pourquoi ? C’est ce qu’a fait le colonel. »
« Même ainsi, un suspect ne peut pas déposer un faux rapport sans en assumer les conséquences. Faire un faux rapport à un supérieur constitue en soi une infraction au code militaire ! »
« Même pendant une mission classifiée ? »
La capitaine ajouta à contrecœur :
« … C’est-à-dire, si nous n’étions pas en mission classifiée. »
« Alors, il n’y a pas de problème. »
Je haussai les épaules. Puis, comme la capitaine avait l’air complètement larguée, je décidai de lui montrer à quel point le monde pouvait être cruel.
« Tu crois que le colonel plaisantait ? Il prenait simplement la température. »
« Il prenait la température… ? »
« Oui. Peu importait que ce que j’avais dit soit vrai ou faux. Si j’avais vraiment été un grand frère irréfléchi, il m’aurait réprimandé sérieusement. Si j’avais menti, il aurait joué le jeu, en se disant qu’on m’avait sûrement inventé une fausse identité pour une mission classifiée. Ça aurait eu un sens qu’il se mette en colère après avoir posé une question et reçu une réponse ? »
Le colonel avait mis à l’épreuve son expérience. J’avais rampé hors de ce piège comme un serpent grâce à mon don de lecture des pensées. Sinon, il aurait probablement commencé à se méfier de la capitaine.
Pas au point de désobéir aux ordres, bien sûr. Mais il aurait pu nous faire surveiller. Il en avait tout à fait le pouvoir.
« Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ? »
« Peut-être qu’il ne t’aimait pas. Ou peut-être que tu avais l’air trop à côté de la plaque pour quelqu’un à qui l’on avait confié une mission classifiée. »
« … Hum. »
La capitaine, vaincue par mon raisonnement, resta sans voix. J’ajoutai d’un ton compatissant :
« Et puis, je n’ai pas menti. »
« Vous n’avez pas menti ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. »
« Tu ne te souviens pas… Je me suis occupé de notre petite Bbi quand elle m’arrivait à peine au genou, je la portais sur mon dos… Je me souviens encore très bien de toi qui m’appelais “grand frère”, à l’époque… »
« … ! Négatif ! Ne m’avez-vous pas forcée à dire cela ? Jamais cet officier ne l’aurait fait sans une quelconque menace ! »
« Quelle humiliation… ! Une humiliation que je ne revivrai peut-être jamais de toute ma vie ! »
Hein. J’avais plaisanté pour détendre l’atmosphère, mais sa réaction avait été bien plus violente que prévu. Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Je la titillai encore un peu.
« Forcée ? Tu me suppliais de te porter dès que tu en avais l’occasion. Tu ne t’en souviens pas ? Tu étais si mignonne, à trottiner les bras tendus. »
« … ! C’était un déguisement pour la mission ! Et puis, si vous aviez coopéré de votre plein gré ! »
« Grimper sur le dos de cet homme, me faire porter dans ses bras, me déplacer en m’agrippant à lui comme un bébé ! Si je le pouvais, j’effacerais ces souvenirs pour de bon ! »
… À bien y réfléchir, cette capitaine confondait-elle les souvenirs de son golem avec les siens ?
Ah. Attends un peu. Cette immersion excessive…
Ce serait possible ?
« Capitaine AB. »
« … Qu’y a-t-il encore ? Cet officier commence à se sentir mal à l’aise. »
« Tu restes synchronisée quand tu contrôles un golem ? »
Les mages qui manipulaient des golems synchronisaient leurs mouvements avec ceux de leurs poupées afin d’agir plus précisément.
Les vaudouistes qui lançaient des malédictions synchronisaient les sens d’une poupée avec ceux de leur cible pour lui infliger d’atroces souffrances.
Un golem magique de synchronisation combinait les avantages des deux. Il copiait les mouvements de son contrôleur tout en lui transmettant sensations et informations. C’était pratiquement une poupée servant d’avatar à son contrôleur.
Les officiers des transmissions étaient les meilleurs marionnettistes de l’État militaire et en manœuvraient des dizaines.
Mais, si ce que j’avais lu était vrai, ces officiers des transmissions n’étaient pas des élites parmi les élites, libres de contrôler à leur guise des dizaines de golems coûteux…
« Affirmatif, mais question. Pourquoi demandez-vous cela ? »
« … C’est classifié. »
Non, vraiment ? Elle était restée synchronisée tout ce temps ?
« Pourquoi est-ce classifié ? Ça ressemble plutôt à une réponse affirmative. Non, tu peux désactiver l’une des deux synchronisations, pas vrai ? Celle des mouvements ou celle des sensations. Tu n’en désactives pas une, d’habitude ? »
« Partiellement affirmatif. Vous savez une chose, mais pas l’autre. La quantité d’informations obtenue par synchronisation complète et incomplète diffère énormément. Cet officier maintient volontairement la synchronisation des mouvements et des sensations au maximum, afin de ne manquer aucune information, même insignifiante. Et… »
Au beau milieu de sa pensée, l’expression de la capitaine s’assombrit tandis qu’elle se raillait elle-même.
« … Quoi qu’il en soit, même si cet officier interrompait la synchronisation… il n’y aurait qu’une pièce sombre et vide. Aucune raison d’y renoncer… Même si cela fait mal, sentir quelque chose vaut bien mieux. »
« … C’est classifié… »
L’atmosphère s’alourdit soudain.
Je m’en voulus un peu. Je lui avais écarté les jambes ou attachée dans des positions étranges pour l’empêcher de se synchroniser.
Non, enfin. Elle n’était pas idiote. Elle ne pouvait quand même pas avoir cherché à rester parfaitement synchronisée, même dans ces moments-là, si ? Ha ha ha…
Ha ha ha.
Waouh…
« … Question. Pourquoi me regardez-vous comme ça ? »
La capitaine me posa la question d’un air épuisé. Je pris une mine attristée et tamponnai mes yeux avec un mouchoir.
« Snif. Notre pauvre Bbi… Grand frère va gagner plein d’argent et te rendre heureuse, à partir de maintenant. »
« Ne dites pas de telles inepties ! »
Je m’en voulais un peu. Non, beaucoup.
Je l’avais traitée ainsi parce que je la croyais être un golem. Si j’avais su qu’une personne ressentait la même chose, je ne l’aurais pas fait. Je n’étais pas un sociopathe dépourvu d’empathie, après tout.
Sans la lecture des pensées, même un brave citoyen comme moi pouvait devenir un démon. Les humains découvraient des démons en eux-mêmes…
À cet instant, l’horloge sonna vingt-deux heures. La capitaine la regarda et se leva.
« La journée de travail est terminée. Dans l’heure qui vient, cet officier doit finir sa toilette et sa lessive, puis se préparer à dormir. »
« Quelle journée de travail, alors qu’on est dehors ? Tu dors quand tu es fatiguée et tu te réveilles quand tu te réveilles. »
« Un rythme de vie régulier et une tenue soignée sont les bases du devoir. Où que l’on soit et quelle que soit la situation, il faut respecter son emploi du temps, même quand personne ne regarde. »
« Allez. Tu n’as quand même pas passé toutes tes journées dans cette petite pièce, en uniforme inconfortable ? »
« … ? »
« Question. Comment cet officier pourrait-il ne pas porter l’uniforme lorsqu’il est en service ? »
Non. Quand personne ne la regardait, elle aurait pu se détendre un peu. Elle pouvait contrôler ses golems même s’ils ne portaient rien. Quelle personne guindée.
Sans raison, je me sentis de nouveau accablé. M’essuyant sous le nez, je marmonnai :
« Va te laver d’abord. Je te laisse passer. »
« … Si vous vous lavez plus tard, vous risquez de ne pas être couché à l’heure. Lavez-vous d’abord. Cet officier va préparer la chambre en attendant. »
Puisqu’elle insistait. Je posai mon sac et me dirigeai vers la salle de bains.
C’était un logement digne de l’État militaire. La pièce semblait juste assez grande pour accueillir trois lits, mais on en avait retiré un, comme pour nous offrir généreusement un peu plus d’espace.
Des lits, des lampes et des tables de chevet. C’était tout le mobilier de la chambre.
Comme les vêtements étaient fournis en paquets, il n’y avait pas besoin d’armoire, et les repas se prenaient à la cantine. Cette pièce ne servait qu’à dormir.
Le simple fait d’avoir une salle de bains exiguë attenante relevait du luxe.
« Ça pourrait être pire. »
Le colonel avait dû nous attribuer une chambre vraiment correcte, par faveur.
Dans les dortoirs collectifs, des rangées de lits superposés attendaient les occupants, avec des matelas à peine plus moelleux que des bureaux en métal.
J’entrai le premier dans la salle de bains.
L’eau coulait bien, mais elle était glaciale. Je levai les mains au ciel.
Ce froid commençait à m’être familier. J’étais bien dans l’État militaire.
Avec la magie standardisée, j’aurais pu faire chauffer de l’eau quand je le voulais, mais ma réserve magique minable se serait vite épuisée. Pas le choix.
J’ouvris le robinet. Peut-être parce que la chambre était plutôt bien, l’eau ne semblait pas rationnée quotidiennement. J’ouvris mon paquet de vêtements et m’aspergeai le corps entier d’eau froide.
« Aaaah ! »
J’ai les os gelés ! Au secours ! Même l’eau de l’Abîme était plus chaude… !
Je n’eus pas d’autre choix que de me laver prudemment. La voix de la capitaine me parvint alors de l’autre côté de la porte.
« Combien de temps allez-vous encore vous laver ? »
« Ah, attends un peu ! J’ai presque fini ! »
« Il ne faut pas retarder l’heure du coucher. Dépêchez-vous, s’il vous plaît. »
Qu’est-ce que ça pouvait faire de se coucher tard ? Je risquais de me retourner un peu dans mon lit, voilà tout. Cette créature était vraiment fascinante.
Je continuai à me laver sous l’eau courante pendant un moment.
« Gloire du matin… Non, je ne dois pas m’en servir. Cet officier n’est pas autorisé à utiliser la magie de communication avant d’avoir rejoint son unité. »
Les pensées venaient de la pièce voisine. Je les pris comme musique de fond tout en me frottant de la tête aux pieds.
« … Maintenant qu’il sait que cet officier travaille aux transmissions, cet officier devrait le tuer pour le réduire au silence. Rien ne garantit qu’il gardera ce secret pour toujours. S’il venait à révéler partout l’identité de cet officier… »
Les officiers des transmissions ne communiquaient que par l’intermédiaire de golems. Ils ne pouvaient pas révéler leur véritable apparence.
Les informations qui transitaient par eux allaient des détails insignifiants aux renseignements les plus cruciaux. Si quelqu’un capturait un officier des transmissions et lui arrachait des informations par la torture ou l’interrogatoire, l’État militaire en serait ébranlé.
Les pièces sans fenêtres et les golems magiques de synchronisation avaient été conçus pour protéger les officiers des transmissions, relais de toutes les informations, ou pour protéger l’État militaire contre eux.
« Que la pièce sans fenêtres ait été découverte… et que l’identité de cet officier ait été révélée… Ce sont des erreurs graves… »
Les officiers des transmissions devaient rester dans des pièces sans fenêtres. Leur vie devait se dérouler à l’intérieur d’une boîte.
Rien ne pouvait en sortir, à part les corps de golems dont on pouvait se débarrasser à tout moment.
Seule leur conscience pouvait s’échapper.
Bien sûr, les officiers des transmissions ne naissaient pas dans des boîtes ; ils devaient donc inévitablement se déplacer à certains moments. Leur atout, c’était leur facilité de transport.
C’est pourquoi, lorsqu’ils voyageaient dans leur véritable corps, on leur remettait des ordres de mission classifiés afin que ni leur affectation ni leur nom ne soient révélés. Des ordres dotés d’un niveau de sécurité si élevé que même un colonel ne pouvait pas les ouvrir.
« Selon la procédure, cet officier devrait… le tuer… »
« Voilà, j’ai fini de me laver ! »
Propre comme un sou neuf, j’enfilai mon paquet de vêtements et ouvris la porte à la volée.
La literie avait été soigneusement préparée sans que je m’en aperçoive. Des oreillers carrés et des couvertures m’attendaient, tandis que les lumières tamisées baignaient la pièce d’une douce lueur.
La capitaine, qui était assise bien droite sur le lit, me vit et se leva.
« Cet officier va se laver, à présent. »
Je secouai mes cheveux et lui dis :
« L’eau est chaude. Tu n’as qu’à te la verser dessus. »
« Compris. »
La capitaine entra raide comme un piquet dans la salle de bains. La porte se referma avec un clic.
Adossée à la porte de la salle de bains, la capitaine se perdit un instant dans ses pensées.
« … Mais, malgré cette humiliation, il a sauvé cet officier. »
La capitaine s’était trouvée dans la boîte d’acier que j’avais découverte par hasard près du Tartare. Elle avait la tête en sang.
Quand le Tartare s’était renversé et avait atterri au sol, le choc immense s’était propagé dans toutes les directions. La capitaine, qui se trouvait dans une boîte souterraine, avait dû perdre connaissance sous un impact assez violent pour fissurer le sol alentour.
J’étais tombé dessus par hasard et l’avais ouverte, en croyant qu’il s’agissait d’un coffre au trésor.
Mais il n’y avait à l’intérieur qu’une capitaine, le crâne en sang.
Une capitaine de l’État militaire n’avait rien qui vaille la peine d’être volé. À vrai dire, j’aurais plutôt dû craindre qu’elle ne me dépouille.
J’avais seulement eu l’intention de lui bander la tête avant de reprendre ma route.
Si la capitaine, en reprenant connaissance, ne m’avait pas demandé quelque chose.
« … Cet officier… là-bas… »
« Où ça, “là-bas”, dans cet espace exigu ? »
Elle avait à peine entrouvert les yeux et m’avait demandé d’une voix mourante de la déplacer. J’avais été sur le point de l’ignorer et de l’abandonner sur place.
« … S’il vous plaît… Grand frère… »
On disait qu’il fallait exaucer les dernières volontés des morts. Comment aurais-je pu refuser celle d’une blessée ? J’avais aidé la capitaine, à peine consciente, à rejoindre le bureau.
Elle avait tâtonné dans un tiroir, en avait sorti quelque chose et l’avait mis dans sa bouche.
Du poison suicidaire.
« Ça m’a fait une de ces peurs ! »
J’avais paniqué et lui avais enfoncé le genou dans le ventre. Elle avait recraché le poison, puis s’était évanouie.
Et voilà que j’étais dans de beaux draps.
Pour tuer un éléphant avec un fusil, il y avait deux méthodes.
La première consistait à tirer sur un éléphant déjà à l’agonie et à le toucher.
La seconde consistait à tirer sur un éléphant, à le toucher, puis à continuer de courir jusqu’à ce qu’il meure.
Quoi ? Un éléphant ne mourrait pas d’une balle ? Allons donc. Un fusil qui avait du mal à tuer des humains ne viendrait jamais à bout d’un éléphant.
Ce serait plus réaliste de le tuer avec un cure-dent. Au moins, je pouvais utiliser des arts de l’énergie avec un cure-dent.
Bref, j’avais frappé une capitaine qui était déjà à l’article de la mort. Si je partais comme ça, j’aurais presque eu l’impression de l’avoir tuée moi-même. Après mûre réflexion, je l’avais emmenée avec moi parce que je voulais sauver une vie.
Je n’étais pas mécontent de ce choix, à présent. Sans papiers, il était bien trop compliqué de se déplacer dans l’État militaire.
« J’ai fini. »
« Hein ? Déjà ? »
La capitaine sortit de la salle de bains.
Débarrassée de son uniforme raide, elle se tenait là en chemise, les cheveux mouillés qu’elle séchait. On aurait dit qu’elle s’était simplement versé de l’eau sur la tête.
Quoi ? Elle n’avait quand même pas pu utiliser cette eau. Est-ce que le robinet reconnaissait les officiers et leur donnait de l’eau chaude ?
Non, c’était l’État militaire, où même les officiers avaient droit à de l’eau froide. Pour avoir de l’eau chaude, il fallait la chauffer avec de la magie standardisée.
Je jetai un coup d’œil autour de moi.
« Elle était à quelle température, l’eau ? »
« Elle était chaude, comme vous l’aviez dit. »
Ça, c’était chaud ? Étrange. Est-ce que notre notion de température relative avait changé récemment ?
« Elle était légèrement plus chaude que l’eau distribuée en moyenne. Comme il s’agit d’une grande installation, j’imagine que l’eau récupérée était un peu plus tiède. »
La capitaine secoua ses cheveux, sans sembler le moins du monde incommodée. Elle paraissait même un peu exaltée.
Plus heureuse qu’à aucun autre moment de la journée, la capitaine déclara :
« Pouvoir me verser de l’eau sur tout le corps… C’est vraiment le paradis. Les grandes installations, c’est le mieux… »
C’était une capitaine ou une personne dans le besoin ?
Une capitaine défavorisée.
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