Chapitre 122
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 122 : La Terre Mère est aux côtés de tous
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L’Église de la Terre Mère, qui vénérait la Terre Mère, n’avait pas de temples à proprement parler. Puisqu’ils se tenaient sur son corps divin, s’agenouiller et se prosterner revenait à communier avec leur déesse, tandis qu’embrasser le sol faisait office de baptême.
Il y avait un grand temple à mi-hauteur de la plus haute montagne, ainsi que des rochers censés représenter la Terre Mère. Mais ce n’étaient que des symboles.
La Terre Mère n’avait que des fidèles.
C’était pourquoi l’Église de la Terre Mère avait prospéré, et pourquoi elle avait décliné.
N’importe qui pouvait devenir fidèle ; la foi se répandait donc dans toutes les directions comme des mauvaises herbes. Mais les indignes ternissaient sa réputation comme des plantes vénéneuses.
Pourtant.
La foi avait survécu aux sottises des indignes parce que ceux qui en étaient véritablement dignes travaillaient plusieurs fois plus dur.
Certains fidèles de l’Église de la Terre Mère, peu désireux d’être révérés, s’acquittaient discrètement de leurs devoirs tandis que le monde les accablait de reproches. Ils sauvèrent d’innombrables personnes à leur portée.
Émus par leur exemple, les gens appelèrent les fidèles les plus respectés de l’Église de la Terre Mère les Sages immortels.
Et si l’on devait citer le Sage immortel le plus célèbre de cette génération…
« Jiseon ! Jiseon ?! »
Dès que je la reconnus, je me précipitai à sa rencontre.
« C’est bien la vraie Jiseon que j’ai devant moi, hein ? Jiseon ! Vous êtes bien Jiseon ? »
Comme si elle avait l’habitude de recevoir un tel accueil, Jiseon répondit avec un sourire assuré.
« Quelques personnes vénérables ont eu la générosité de me donner ce nom. »
« Waouh ! Je n’aurais jamais cru pouvoir voir Jiseon de mon vivant ! Euh, c’est un honneur. Nous pourrions nous serrer la main… ? »
« Bien sûr. »
Jiseon me tendit volontiers la main, que je pris avec révérence.
Sa main débordait de force jusqu’au bout des doigts, tel un vieil arbre retenant son souffle. Je serrai cette main profondément ridée, aussi solide que les cernes de l’histoire des travaux publics, et la secouai de haut en bas.
Azzy, qui se tenait à mes côtés, inclina la tête devant mon attitude amicale.
« Ouaf ? Tu la connais ? »
« Bien sûr que je la connais, petite peste. Enfin, je connais sa réputation ! »
Comment aurais-je pu ignorer la légendaire Sage immortelle de l’Église de la Terre Mère ?
Il y a vingt-cinq ans, quand l’État militaire renversa le royaume et s’empara du pouvoir, beaucoup de gens perdirent la vie. Dix fois plus auraient dû la perdre.
Les figures importantes de l’ancien régime, les marchands rongés par la corruption, les chevaliers et les vassaux qui complotaient avec eux, ainsi que les fonctionnaires corrompus qui les couvraient en échange de quelques miettes.
L’État militaire, affaibli par la guerre, devait tous les mettre à contribution efficacement.
Il devait aussi créer des emplois pour les classes populaires qui avaient souffert de leur exploitation.
L’État militaire y parvint.
Un chantier public d’une ampleur sans précédent. Ce projet, qui bâtit l’État militaire de fond en comble, résolut les nombreux problèmes qui s’accumulaient.
Les mages de la terre se distinguèrent au cours de ces travaux.
Les apôtres de la Terre Mère, depuis longtemps habitués à manier la terre et le sable, réussirent grâce à des efforts et des sacrifices considérables.
Jusque-là, la foi en la Terre Mère était considérée comme une croyance populaire ou un culte hérétique. À partir de ce jour, elle sortit de l’ombre et les citoyens se mirent à vénérer ses apôtres.
Et la plus célèbre d’entre eux était…
« La déesse du bataillon du génie, gardienne des excavations, Fossoyeuse inversée, Terre mouvante, L’Inébranlable ! Jiseon en personne, qui porte tous ces titres ! »
« Attends. Même L’Inébranlable s’était répandu dans le peuple ? »
La paupière de Jiseon tressaillit légèrement, mais je n’y prêtai pas attention et m’écriai :
Azzy s’enthousiasma à son tour et se mit à sautiller.
« Ouaf ! Quelqu’un que je connais ! »
« Tu ne sais même pas qui est Jiseon. Pourquoi tu t’excites ? Tu connais l’histoire des travaux publics de l’État militaire ? »
« Ouaf ! Enchantée ! Enchantée ! »
Tss. C’était ma faute si j’avais posé la question à un chien.
Jiseon s’avança dans la lumière d’un pas ferme et assuré. Pendant qu’elle approchait, Tyr s’était assise sur son cercueil et attendait, ayant senti que cette nouvelle venue n’était pas une personne ordinaire.
Tyr ne cherchait pas à cacher sa méfiance.
« …Hyu, est-ce quelqu’un que tu connais ? »
Avant que je puisse la présenter, Jiseon joignit les paumes devant Tyr.
« Je suis heureuse de vous rencontrer, Progenitrice. J’ai souvent entendu parler de vous, vous qui êtes toujours restée proche de la terre. En tant que fidèle de la Terre Mère, je salue celle qui a été enterrée le plus longtemps. »
« Êtes-vous une apôtre de la Terre Mère ? »
Cette seule question suffit à apaiser la méfiance de Tyr.
Contrairement au Sanctuaire, qui préférait déclarer la guerre plutôt que de serrer la main, l’Église tolérante de la Terre Mère ne rejetait pas les vampires.
Ça ne faisait pas d’eux des alliés des vampires, mais pour ceux qui étaient cernés par les ténèbres, même le gris semblait lumineux.
« J’ai noué des liens avec de nombreux pratiquants autrefois. C’étaient des gens droits, qui connaissaient les bonnes manières et méritaient d’être appelés pratiquants. »
Tyr baissa la voix et déclara : « Je me suis battue contre certains d’entre eux aussi, mais c’est uniquement parce qu’ils m’ont attaquée les premiers. Si vous ne me traitez pas en ennemie, je ne vous attaquerai pas non plus. »
« Alors, il n’y aura aucun conflit entre nous. »
Jiseon s’inclina, et Tyr lui sourit avec satisfaction.
« Vous êtes tout à fait raisonnable. Il semble que cette visiteuse ne nous causera pas d’ennuis. »
Ha ha. Enfin, on ne savait jamais.
À peine eus-je ravalé cette pensée que…
« Non ! Qu’est-ce que c’est ? Une invitée aussi prestigieuse est venue nous rendre visite ! »
Rashy et Callis, qui venaient de descendre en toute hâte, firent un raffut du diable en apercevant Jiseon. Callis réagit avec une ferveur particulière. Elle avait même remis son uniforme d’officier, qu’elle n’avait plus porté depuis qu’elle l’avait quitté.
Callis, sa casquette enfoncée sur la tête, se hâta de saluer.
« À vos ordres ! Lieutenant-colonel Callis Kritz…! Que nous vaut votre visite, général de brigade ? »
« Général de brigade ? »
La hiérarchie de l’État militaire était simple. Si l’on gravissait les échelons de général de division à lieutenant-général, puis à général, le général de brigade se trouvait en dessous de tous les autres généraux.
Se souvenant de cela, Rashy demanda avec une curiosité sincère :
« Général de brigade ? Alors Jiseon a un rang inférieur à celui d’un lieutenant-général ? »
« Tais-toi, Rashy ! Général de brigade est un grade honorifique. Il ne fait pas partie de la chaîne de commandement ordinaire. C’est une étoile grise décernée uniquement à ceux dont la force et les exploits ont été reconnus ! »
Callis réprimanda Rashy à la hâte, oubliant qu’elle était censée faire semblant d’être blessée. Après s’être fait corriger, Rashy se gratta la tête, embarrassé.
« Je sais bien qu’elle est extraordinaire, pas besoin de me le dire. J’étais juste curieux. Je me demandais si l’État militaire était une nation si impressionnante qu’elle avait réussi à recruter même Jiseon ! »
Jiseon répondit elle-même :
« Comment ceux qui suivent la volonté de la Terre Mère pourraient-ils se mettre en avant pour fabriquer des cadavres ? Cette humble personne ne porte ce chapeau que pour travailler plus efficacement. »
« Ha ha ! Alors vous êtes une générale qui ne se bat pas ! C’est encore plus extraordinaire ! Heureux de vous rencontrer, honorable invitée ! »
Au lieu de lui tendre la main, Rashy la referma en poing. Puis il lui proposa avec enthousiasme :
« Jiseon ! Le destin nous réunit. Accepteriez-vous de croiser le poing avec moi ? »
Croiser le poing ne consistait pas à frôler délicatement leurs phalanges.
C’était une salutation barbare où les deux personnes lançaient un coup de poing en même temps, mettant à l’épreuve leur foi et leur force. Comme elle sollicitait le corps, même les fidèles de l’Église de la Terre Mère hésitaient à s’y prêter quand on le leur demandait vraiment.
Jiseon semblait elle aussi réticente.
« Enfant de la terre. Toi qui cherches à devenir semblable à la Terre Mère. La Terre Mère elle-même a arrangé cette rencontre, mais les veines de cette terre sont déconnectées. Cette humble personne ne souhaite pas affaiblir ta vigueur de cette manière. »
Mais sa raison d’hésiter était différente.
Même si Rashy était immortel, elle ne voulait pas le blesser.
Imprégnée d’une arrogance innée et d’une confiance absolue en sa puissance, Jiseon s’exprimait ainsi.
« Ha ha ! Quel dommage ! J’aurais aimé découvrir votre force ! »
Rashy ne se vexa pas d’être traité comme un inférieur. Jiseon lui sourit en le voyant accepter sans difficulté, puis se tourna vers Callis.
« Et vous avez dit que vous étiez lieutenant-colonel. »
« Lieutenant-colonel Callis Kritz. Oui. »
« L’État militaire m’a attribué un titre, mais je ne suis pas venue aujourd’hui en tant que général de brigade. Je suis venue uniquement comme apôtre suivant la volonté de la Terre Mère ; il n’est donc pas nécessaire de respecter les formalités militaires. »
« Oui, compris…! »
Les habitudes militaires ne l’avaient peut-être pas encore quittée, car Callis salua de nouveau avec une précision impeccable. Jiseon eut un petit rire, puis se tourna vers la personne qu’il lui restait à saluer.
Et alors…
« … »
Quand leurs regards se croisèrent, l’expression douce de Jiseon se durcit. La régressée lui faisait face, elle aussi, les yeux pleins d’une hostilité complexe.
Elles se tenaient à distance, comme deux personnes qui ne pourraient jamais se mêler l’une à l’autre.
La comparaison de l’eau et de l’huile était trop modérée. Elles ne se mélangeaient pas, mais flottaient côte à côte plus paisiblement que n’importe qui d’autre.
On aurait dit deux bêtes féroces qui se rencontraient sur le même territoire.
Elles savaient toutes deux qu’au moindre affrontement, elles devraient se battre à mort. Aucune ne parvenait à s’approcher de l’autre.
Jiseon, l’aînée des deux, prit la parole la première. Avec politesse, mais sans quitter la régressée des yeux, elle dit : « …J’ai entendu dire qu’un épéiste exceptionnel se trouvait dans l’Abîme. »
« J’ai entendu parler de vous aussi. On dit qu’il y a une agente de la Terre Mère plus forte que tout le monde. »
Elles échangèrent des paroles de circonstance, tandis que l’atmosphère s’assombrissait peu à peu.
Comme chacun sentait l’air menaçant et aiguisait ses sens, à la manière de ceux qui pressentent un orage sous un ciel dégagé…
« Nous avons laissé notre invitée debout bien trop longtemps ! Jiseon, entrez donc d’abord ! Vous devez être épuisée après un si long voyage. Mangeons et discutons ! »
Je déchirai le voile du silence et m’avançai dans le champ de vision de Jiseon. Arborant un grand sourire et un regard révérencieux, je pivotai les épaules pour lui indiquer le chemin.
Jiseon détourna bientôt le regard et acquiesça.
« Je vous en serais reconnaissante. Même pour cette humble personne, l’Abîme n’est pas un lieu accueillant. Je semble deux fois plus fatiguée. »
« Quoi ? C’est embêtant. J’avais tant de questions sur vos grands exploits, mais si vous êtes fatiguée, que dois-je faire… ? Vous laisser vous reposer ? »
Jiseon gloussa à ma réponse taquine.
« Vous me couvrez de compliments. Parler ne me dérangera pas. De nos jours, même me vanter de mes exploits serait considéré comme du travail ? »
« Waouh ! Dans ce cas, mettons-nous au travail tout de suite ! Je préfère vous prévenir, on en aura pour un bon moment ! »
« Ouaf ? On va manger ? À table ! »
« Petite peste. Apprends à savoir quand intervenir et quand te tenir à l’écart ! Tu déboules toujours comme une vrille ! »
Jiseon me suivit en direction du bâtiment. Azzy me dépassa aussitôt en filant devant, et Tyr descendit à mes côtés sur son cercueil. Rashy et Callis nous emboîtèrent le pas, admirant Jiseon.
« Oh ? Mais Callis, vous êtes complètement rétablie ? Vous avez l’air en pleine forme ! »
Callis tressaillit.
« …Je me suis un peu forcée parce que le général de brigade était là. »
« Ha ha ! Une invitée de marque comme celle-ci mérite bien qu’on se donne un peu de mal ! »
L’Abîme grouillait d’activité ; il ressemblait moins à une prison qu’à une auberge. Alors que je conduisais tout le monde dans le bâtiment pénitentiaire, je jetai un coup d’œil derrière moi et vis que la régressée n’avait pas l’intention de nous suivre. Elle regardait simplement Jiseon s’éloigner en silence.
« Miaouuu. »
Nabi s’approcha en catimini de la régressée, qui se tenait seule. Tout en se léchant une patte avant, Nabi resta près d’elle et jeta un regard vers l’endroit où les autres avaient disparu, la queue hérissée.
Elles restèrent ainsi un moment.
Bientôt, toutes deux disparurent de mon champ de vision.
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