Chapitre 99
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 99
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Voyager sur une longue distance était vraiment épuisant et difficile.
Marcher longtemps était déjà assez pénible, mais il fallait aussi supporter les écarts de température entre le jour et la nuit, les couchages inconfortables, la soif et la faim. Tout cela à la fois.
Il n’y avait pas de cartes. Ils ne savaient pas jusqu’où ils iraient, et donc pas combien de temps le voyage durerait.
À cette époque, beaucoup de simples paysans croyaient qu’ils mourraient s’ils quittaient leur village. La plupart des gens ne dépassaient jamais les limites de leur lieu de vie, même au cours d’une vie entière.
Partir pour un long voyage revenait donc à se préparer à mourir.
Dans de telles conditions, les enfants grandissaient vite. Ils pleuraient ou se plaignaient rarement, car ils savaient inconsciemment qu’on pourrait vraiment les abandonner s’ils le faisaient.
Ils savaient que la patience des adultes était aussi à sec qu’une rivière en saison sèche. Ils savaient aussi que, dès qu’elle se remplirait un peu, les adultes leur tendraient spontanément la main.
La patience était une armure que même un enfant de six ans devait porter.
Roy, le fils de Hartmann, marchait sans se plaindre. Quelle que fût sa fatigue, il ne la laissait jamais paraître.
Au contraire, il voulait vite grandir pour pouvoir porter les affaires de sa sœur, puis grandir encore pour porter celles de sa mère, et davantage encore pour porter celles de son père. Il était seulement frustré que le temps ne passe pas plus vite.
On apprenait naturellement certaines choses en suivant les adultes. Il fallait traverser les terrains découverts le plus vite possible. Dans les forêts, il valait mieux longer les lisières. Les cols de montagne étaient difficiles à franchir, mais au moins on y risquait moins de tomber sur des bandes de brigands à cheval.
Voilà pourquoi ils franchissaient en ce moment même un col difficile. Naturellement, les roues de la charrette à bœuf cahotaient plus violemment que d’habitude.
Soudain, un craquement retentit et une roue se détacha.
Les gens se retournèrent, surpris, tandis que le bœuf continuait à tirer la charrette un moment, sans se rendre compte qu’elle était cassée.
« Doucement, doucement. »
« Bon sang. »
Le convoi s’arrêta. Roy se dit que les réparations prendraient sans doute longtemps. Il pourrait se reposer.
Merci, bœuf. Merci de me laisser me reposer.
Les bœufs avaient de si jolis yeux.
Les adultes avaient l’air grave. Remettre la roue en place ne servirait à rien : c’était l’essieu lui-même qui avait cassé.
Il avait quand même tenu longtemps.
« Jetez ce qui doit l’être. »
Bremen observa les affaires éparpillées en parlant.
« C’est ma richesse. Je ne peux pas la jeter. »
Geyser fronça les sourcils, l’air légèrement agacé. Son ton semblait dire : De quel droit me dites-vous ce que je peux faire de mes affaires ?
Bremen n’avait pas vieilli pour rien ; il ne se laissait pas facilement déstabiliser.
« Vous ne mourrez pas de faim sans quelques meubles. Puisque nous en sommes là, je vous conseille de les utiliser comme bois de chauffage. On dirait qu’on peut établir le campement un peu plus loin. »
« … »
« Si vous ne voulez pas les jeter, faites-les porter par vos enfants plutôt que par le bœuf. »
L’un des jeunes hommes du groupe lança cette remarque moqueuse. Il n’avait pas de famille et restait toujours près de deux amis à peu près du même âge que lui.
Geyser hésita, incapable de décider quoi faire. Hartmann, qui observait la scène d’un peu plus loin, s’approcha de lui.
« Y a-t-il quelque chose que vous devez absolument emporter ? Je vais vous aider. »
Hartmann portait lui-même une charge loin d’être légère. Malgré cela, il proposait de porter une partie des affaires si Geyser tenait absolument à en garder certaines.
« … »
Geyser ne répondit pas. Il appela ses trois filles et son fils, puis jeta tous les meubles et ne conserva que le nécessaire : marmites en étain, louche, bols, sacs de provisions, sel, tente et couvertures.
Il remit ces affaires sur le bœuf et décida de porter le reste lui-même.
« Je pourrais vous emprunter votre hache ? »
Hartmann lui prêta sa hache à fendre le bois et Geyser se mit à débiter les meubles qu’il avait chéris si longtemps. Mais fendre du bois était plus difficile qu’il n’y paraissait quand on n’en avait pas l’habitude, et il n’y arrivait pas aussi bien qu’il l’avait espéré.
Il ne faisait que gaspiller ses forces et haleter. Hartmann reprit alors la hache sans un mot et fendit chaque pièce d’un seul coup, dans le sens du fil du bois.
Crac ! Tac ! Crac ! Crac !
Il attacha ensuite les morceaux avec une corde, comme de véritables bûches, et les posa sur sa propre charge. Une fois le tout sur son dos, le tas dépassait largement sa tête.
« On dirait qu’on a un autre bœuf. »
Bremen sourit. Hartmann incarnait vraiment la force et la robustesse.
Le groupe reprit la route. Pas après pas, ils gravirent péniblement le col.
Bremen avait dit qu’ils trouveraient un endroit où camper non loin de là, mais même après avoir franchi le col, ils marchèrent encore deux heures.
Ce ne fut qu’en fin d’après-midi, alors que le soleil était déjà bas, que Bremen proposa de se reposer au pied de la montagne. Même s’il était robuste, Hartmann posa sa charge et se frotta les épaules.
Roy accourut et se mit à masser les épaules de son père. Ça ne faisait pas vraiment grand-chose, mais les mains appliquées de son fils firent tout de même sourire Hartmann.
« Ça fait du bien. »
Les femmes ramassèrent du bois, allumèrent un feu, posèrent des marmites dessus et préparèrent le dîner.
Mais c’est là que la différence entre ceux qui avaient une famille et les autres sautait aux yeux. Les premiers avaient chacun leur rôle, et formaient un petit cercle à part.
Pour une mère célibataire sans mari et avec un enfant, ces moments étaient particulièrement embarrassants. Le jour, elle pouvait simplement voyager avec les autres, mais la nuit, sa solitude devenait évidente.
Ce n’étaient que de petites choses, mais elle n’avait pas ce que tout le monde tenait pour acquis. Cela la faisait se sentir insignifiante et honteuse.
Elle allait donc à l’écart avec du grain grossièrement moulu, le trempait dans de l’eau et le mangeait en silence.
C’était moins un repas qu’un moyen de se remplir le ventre. Ensuite, elle allaitait son fils.
Elle avait dix-huit ans.
Ce soir-là, alors qu’elle s’apprêtait à faire comme d’habitude, quelqu’un l’interpella.
« Madame, venez manger avec nous. »
Dalia ne se rendit pas compte qu’on l’appelait et ne répondit pas.
« Madame. Madame. »
Elle ne se retourna que lorsqu’elle comprit qu’on s’adressait à elle, et aperçut Elia, la femme de Hartmann.
« Oui ? Moi ? »
« Oui, madame. La soupe est chaude. Venez en goûter. »
Dalia cligna des yeux, l’air hébété. Elle avait si rarement reçu de la gentillesse dans sa vie qu’elle ne comprenait pas ce qui se passait.
À la fin, Elia dut se lever et la prendre par la main.
Quand Dalia s’assit, le regard vide, à une extrémité du feu de camp, Roy lui demanda : « Comment s’appelle le bébé ? »
« … Hein ? Ah, Riche. Il s’appelle Riche. »
Beka, la sœur de Roy, lui demanda :
« Ça veut dire qu’il deviendra riche ? »
« Non… Je veux qu’il devienne quelqu’un de digne… »
Dalia répondit timidement. Elle savait que le mot « digne » ne convenait pas à une prostituée. Mais une mère voulait que son fils soit différent.
« C’est un joli prénom. »
« Comment vous appelez-vous, madame ? »
« Ah, je m’appelle Dalia. »
C’était exactement le genre de prénom qu’aurait porté une prostituée. Mais la famille de Hartmann connaissait mal ce milieu et le trouva simplement exotique et joli.
Elia servit de la soupe à Dalia et lui tendit le bol. En vérité, ce n’était guère plus qu’une bouillie claire et fade.
Dalia prit le bol en bois à deux mains. Après avoir observé les autres avec méfiance un moment, elle en but une gorgée.
C’était chaud.
Tandis qu’elle sentait la chaleur l’envahir, une larme roula sur sa joue sans qu’elle s’en aperçoive.
« À partir de maintenant, mange avec nous. »
Elia prit la parole, mais Dalia fut incapable de répondre, même si elle l’avait voulu. Sa gorge était trop serrée. Si elle parlait, elle sentait qu’elle éclaterait en sanglots.
La famille de Hartmann comprit et n’ajouta rien.
Les autres se contentèrent de regarder la famille de Hartmann témoigner de la bonté à cette mère célibataire, autrefois prostituée.
Eux aussi sentirent quelque chose remuer en eux. Mais le monde était si cruel qu’ils traitèrent cela comme une émotion passagère et passèrent à autre chose.
Le crépuscule tomba, puis la nuit s’installa. Chacun étendit sa literie auprès des siens et tenta de dormir, tandis que les hommes se préparaient à monter la garde à tour de rôle, comme convenu.
C’est alors qu’ils entendirent quelqu’un approcher dans l’obscurité.
Ils se tendirent d’abord, mais en comprenant qu’il n’y avait qu’une seule paire de pas, ils se dirent qu’il s’agissait peut-être d’un voyageur.
Mais ce n’était pas le cas.
C’était un homme vêtu d’un habit de cuir, une épée à la ceinture.
Même en voyant combien ils étaient nombreux, il ne montra aucune crainte. Au contraire, il les fixa sans détour. Appuyé nonchalamment sur une jambe, il lança : « C’est bien vous, hein ? Ceux qui ont tué Bilki. »
« … »
Certains reculèrent devant l’attitude provocatrice de l’inconnu, tandis que d’autres se raidirent.
« Nous ne connaissons personne de ce nom, répondit Bremen. »
« Vieil homme, je suis venu en sachant déjà tout. Quelqu’un de votre groupe a tué Bilki. »
L’homme que Hartmann avait tué s’appelait donc Bilki. On pouvait se demander comment l’inconnu l’avait appris, mais il lui aurait suffi de poser quelques questions pour le découvrir.
Plus de gens savaient que l’ignoraient qu’un homme armé d’une hache avait suivi Bremen.
« Nous vous avons dit que nous ne le connaissions pas. N’accusez pas des innocents pour rien. Nous sommes six hommes. Si vous voulez vous battre, vous aurez aussi des pertes à déplorer. »
L’inconnu eut un petit rire.
« On dirait que ce vieil homme a vraiment perdu la tête. Mais ne tirez pas de conclusions hâtives. Je suis venu faire une proposition tout à fait raisonnable. Livrez-moi celui qui a tué Bilki, ou bien une femme, ou encore un bœuf. Et nous ferons comme si rien ne s’était passé. Vous avez trois choix. Une offre comme celle-là, ça ne se refuse pas tous les jours. Choisissez ce que vous voulez. »
« Et si nous refusons ? »
« Dès demain, à l’aube, les choses vont mal tourner. »
Ce n’était pas une proposition. C’était une simple menace.
Hartmann était resté silencieux, mais il semblait ne plus pouvoir se retenir. Juste ou non, sa nature ne supportait pas l’injustice.
« Je l’ai tué parce qu’il s’en est pris à ma famille. Pourquoi devrions-nous négocier ? »
Le brigand observa calmement Hartmann et sa famille avant de répondre.
« Votre femme et vos enfants sont en vie, alors que notre compagnon est mort. Je trouve que notre offre est très clémente. »
« Il avait une fille ? »
« Quoi ? »
« Ce Bilki avait-il une fille ? »
« Aucune idée. Qui sait où il a répandu sa semence ? »
« Alors il n’y a pas lieu de négocier. Pas tant que sa fille n’aura pas subi la même chose. »
« … Hum. C’est comme ça que ça marche ? Je n’en sais rien. Enfin, vous avez jusqu’au matin. Réfléchissez bien. »
Ce n’était pas une époque où les notions d’équité ou de justice étaient bien établies. Il ne servait à rien d’argumenter.
Le brigand s’éloigna dans l’obscurité et disparut. Un silence inquiet traversa le groupe. Seul le feu de camp crépitait.
Bremen, leur guide et une sorte de chef, prit la parole le premier.
« Je vais vous le dire tout de suite. Nous ne livrerons personne. »
« Comment ça ? »
« Parce que j’ai promis à chacun d’entre vous de vous conduire à la Frontière orientale. »
« Qu’est-ce que vous racontez ? On devrait tous mourir ensemble ? »
« Inutile de préciser que le bûcheron est le plus fort d’entre nous. Si nous le livrons, nous serons plus faibles et ils ne laisseront pas un groupe affaibli tranquille. Ne croyez pas les brigands sur parole. Ensuite, nous ne pouvons pas livrer une femme. Comme je l’ai dit, j’ai fait une promesse à chacun d’entre vous. Le prix le moins lourd, c’est le bœuf. »
« Ne racontez pas de telles absurdités ! »
Geyser cria dans la nuit silencieuse.
C’était compréhensible. À cette époque, un bœuf avait plus de valeur qu’une vie humaine. C’était la plus grande richesse qu’un roturier pouvait posséder.
« Pourquoi ne pas leur livrer cette putain ? »
L’un des trois jeunes hommes qui voyageaient toujours ensemble prit la parole.
Dalia se figea de terreur.
« J’ai… j’ai payé. J’ai bien payé. »
« Y a-t-il quelqu’un ici qui n’a pas payé ? Mais toi, tu ne sers à rien. Ce que tu as payé, c’était simplement le prix du voyage. Pas une protection. Tu as de l’argent pour acheter des provisions en chemin ? Tu vas continuer à vivre à nos crochets ? »
« L’argent, je… je trouverai un moyen d’en avoir. »
« Tu vendras ton corps quand on arrivera en ville ? C’est vrai, on ne change pas sa nature. Quelle putain se joint à un groupe de voyageurs ? »
« Surveillez votre bouche ! »
Elia cria.
Si elle allait aussi loin pour Dalia, c’était parce que ces derniers jours, elle avait vu avec quel sérieux celle-ci s’occupait de son fils. En tant que mère elle-même, Elia ne pouvait pas le supporter.
D’une certaine manière, Hartmann était responsable de la situation. Pourtant, personne ne proposa de le livrer.
Parce que le groupe avait plus que jamais besoin d’un homme adulte et fort. Non, à cette époque, partout, on avait désespérément besoin d’hommes comme lui. Les hommes en bonne santé mouraient sans cesse à la guerre ou dans toutes sortes d’autres conflits.
Quand une crise survenait, un groupe avait tendance à sacrifier d’abord les plus faibles. On ne pouvait pas simplement dire que c’était bien ou mal : c’était la nature ordinaire des êtres humains.
Et pourtant, il y avait toujours des gens capables de s’élever au-dessus de cela.
On appelait ces gens des héros.
« Où est le berger qui s’appelle Ricky ? »
Une jeune voix coupa court à la dispute des adultes.
C’était Roy.
Quelques personnes froncèrent les sourcils, se demandant pourquoi un gamin se mêlait de leurs affaires ; d’autres claquèrent la langue devant son manque d’éducation.
Mais Bremen, lui, écouta Roy.
« Chut. Attendez. Tout le monde, silence. »
Après s’être crié dessus en pleine nuit, tous se turent un instant. Bremen calcula la distance entre leur position et les endroits où le berger qu’il connaissait menait ses moutons.
Un berger parcourait une vaste région ; ils auraient donc du mal à le rencontrer sans se rendre chez lui. Mais Bremen ne l’avait croisé que par hasard autrefois et ne savait pas où il habitait.
Il pensa néanmoins qu’ils n’avaient plus d’autre choix. Quoi qu’il arrive, il n’abandonnerait personne.
« Préparez-vous à partir. Si nous marchons toute la nuit, nous pourrons peut-être retrouver ce berger. »
« Putain, qu’est-ce que ça veut dire… »
Geyser n’arrivait pas à croire qu’ils devaient placer leur dernier espoir dans un berger complètement loufoque. Il suffisait de livrer une putain et tout serait réglé.
Mais la famille de Hartmann approuva d’abord la décision de Bremen et commença à rassembler ses affaires. Dalia les suivit naturellement et, comme Hartmann semblait le plus fiable, les trois jeunes hommes décidèrent eux aussi de les suivre.
« Père… »
L’une des filles de Geyser l’appela.
Geyser jura entre ses dents et rassembla ses affaires.
Marcher toute la nuit sans dormir était une épreuve indescriptible. Et même s’ils savaient que les torches risquaient de révéler leur position, ils durent en porter pour avancer.
Ils n’avaient pas marché quelques heures que les enfants commencèrent à fatiguer. Hartmann se débarrassa d’affaires les unes après les autres et porta les enfants sur son dos. Il jeta même des provisions précieuses.
Ils devaient d’abord survivre.
Elia aussi se débarrassa de ses affaires et porta l’enfant de quelqu’un d’autre. Dalia tenait son fils devant elle et portait un autre enfant sur son dos.
On aurait pu croire qu’il valait mieux les mettre sur le bœuf, mais celui-ci était déjà chargé de bagages.
Cette marche nocturne aurait été éprouvante même pour des soldats ordinaires. Et, malheureusement, les brigands les suivaient.
Comme prévu, ils devaient attendre dans les environs. Ils auraient sans doute attaqué même si le groupe leur avait donné un bœuf ou une femme.
Peut-être trouvaient-ils le combat trop difficile dans l’obscurité : les brigands se contentaient de les suivre à distance constante. Pour les poursuivis, c’était épuisant physiquement, mais plus encore moralement.
« Putain. Putain », leur échappait-il sans qu’ils y pensent.
À un moment, ils furent si épuisés qu’ils perdirent la notion du temps et continuèrent simplement à marcher.
Ils finirent par avancer les jambes presque autonomes, tout en piquant du nez. Chaque fois qu’ils fermaient les yeux un instant et les rouvraient, un paysage inconnu s’étendait devant eux.
Enfin, après la nuit noire, le jour se leva lentement.
Quand ils purent à peine distinguer ce qui les entourait, les brigands derrière eux accélérèrent et se ruèrent sur eux.
Pris de court, Hartmann confia précipitamment à sa fille le fils qu’il portait.
« Quoi qu’il arrive, protège ton frère ! »
« Père ! »
Sa fille l’appela, désespérée, mais Hartmann empoigna sa hache et fit face à une dizaine de brigands.
Beka ne savait pas quoi faire. Dalia la saisit alors et l’entraîna avec elle.
« Lâche-moi ! Père ! »
Mais ce n’était pas le moment de s’inquiéter pour son père. Elle devait d’abord penser à elle-même.
Les brigands savaient que Hartmann ne serait pas facile à vaincre. Ils faisaient semblant de l’affronter tout en le maintenant à distance.
Les autres continuaient de poursuivre le groupe.
Ce n’est qu’alors que Beka se mit à courir. Son petit frère, qui s’était réveillé à un moment donné, courut lui aussi à travers le champ en lui tenant la main.
« Attendez ! Je me rends ! Je me rends ! »
Quelqu’un cria qu’il se rendait. On aurait dit l’un des jeunes hommes qui voyageaient ensemble.
« Pas mon bœuf ! Bande d’ordures ! »
Comme prévu, les brigands en voulaient surtout au bœuf.
Geyser tenta de le défendre jusqu’au bout et reçut un coup d’épée. Était-il mort ? Ou seulement blessé ? Personne ne le savait.
Hartmann avait essayé de couvrir leurs arrières, mais quand les brigands l’ignorèrent presque, il rebroussa chemin et abattit sa hache à l’aveuglette sur ceux qui tentaient de voler le bœuf.
Mais les brigands lâchèrent les rênes et battirent rapidement en retraite. Ils n’étaient pas assez stupides pour l’affronter de front.
Ce n’étaient pas des hommes qui n’avaient commis un vol qu’une ou deux fois.
Le ciel s’éclaircit peu à peu et prit une teinte bleu profond.
Effrayé, le bœuf s’enfuit à toute allure, plus vite que les hommes. À présent, les brigands ne savaient plus s’ils devaient s’en prendre aux gens ou au bœuf.
Leur objectif devenu incertain, leurs mouvements jusque-là coordonnés le furent aussi. Ils poursuivirent tout le monde dans la confusion, et malheureusement, Beka et Roy étaient les plus en retard.
Les mains des brigands se rapprochaient de plus en plus des deux enfants.
Hartmann, qui balançait sa hache de toutes ses forces, les vit et cria au point de sentir son cœur se déchirer.
« Roy ! Beka ! »
Roy jeta un regard en arrière en courant.
Les mains les plus terrifiantes du monde étaient juste derrière lui.
Il accrocha alors son pied à une pierre et manqua de tomber en avant.
Au moment où son visage allait heurter le sol, quelqu’un le rattrapa avec légèreté.
C’était sa sœur ?
Non. La poigne était bien trop ferme pour être celle de sa sœur.
La main du brigand qui tendait le bras vers Roy s’immobilisa.
Puis ses pas s’arrêtèrent.
L’homme qui avait rattrapé Roy aida le garçon à se remettre debout. Au loin, Roy aperçut plusieurs moutons.
En levant les yeux, il vit un jeune homme blond, vêtu de vêtements usés et tenant une houlette de berger.
Les autres cessèrent eux aussi de courir et se retournèrent.
Plus précisément, ils regardaient le berger.
« Ferme les yeux, petit. »
Le berger gardait les yeux rivés sur le brigand tout en s’adressant à Roy.
Roy obéit et ferma les yeux. Même dans cette situation désespérée, alors qu’il haletait, il se sentait étrangement calme.
Les brigands, qui les poursuivaient à toute allure, se demandaient ce qu’un berger faisait là. Ils levèrent leurs armes pour l’intimider, mais contrairement à Hartmann, ils ne pouvaient pas se contenter de rester à distance en attendant une ouverture.
Le berger se déplaçait comme le vent et fondit sur eux en un instant.
Fouuush !
Le sifflement d’une houlette fendant l’air retentit, et le brigand qui avait tenté de saisir Roy eut le cou proprement tranché.
Les yeux toujours fermés, Roy entendit quelque chose de lourd tomber dans le champ, puis un corps s’écrouler.
Aucun cri d’agonie ne retentit.
Ceux qui poursuivaient ou fuyaient s’arrêtèrent comme si le temps s’était figé. Tous fixèrent le berger.
Et le corps décapité.
Ce n’était pas seulement un berger qui savait bien se battre. C’était un berger dont le talent frisait la magie.
Les gens restèrent hébétés, incapables de croire ce qu’ils venaient de voir.
Mais le temps ne s’était pas vraiment arrêté.
Le soleil se levait lentement.
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