Chapitre 98
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 98
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L’Église du Jugement n’existait plus. Il restait peut-être encore des fidèles quelque part dans l’Empire, errant comme des fantômes, mais au moins le temple de l’Église avait disparu.
Peu de gens savaient ce qui s’était passé dans le temple de l’Église. Seuls quelques-uns avaient survécu, et ils n’en parlaient guère.
Une chose était sûre : Hellawman, comte palatin de Kelbron et commandant en chef de la campagne, était mort au combat. Son corps avait été si atrocement mutilé qu’il avait été difficile de le récupérer.
Il aurait peut-être dû recevoir des honneurs, mais l’occasion ne se présenta pas. Sa famille régla l’affaire discrètement.
Bellator, le cinquième prince, proclama haut et fort qu’il avait vengé l’ancien Empereur et qu’en tant que prochain Empereur, il avait établi sa légitimité. Mais cela eut moins d’effet que prévu.
Les rois, les ducs, les margraves et les autres puissants n’étaient pas du genre à se laisser facilement influencer par les symboles.
Ils n’agissaient qu’en vue de gains réels et certains, ou lorsqu’ils faisaient face à une force capable de leur infliger de lourdes pertes. En outre, chacun était déjà occupé à tenir ses propres vassaux en laisse.
Lotharius, le deuxième prince, était toujours en vie. Il était le premier dans l’ordre de succession.
Le fils aîné était mort jeune, et le petit-fils de l’Empereur avait dû devenir prince héritier. En conséquence, Lotharius avait été tenu à l’écart, puis fait comte après avoir quitté très tôt la capitale impériale.
Il n’avait aucune base politique dans la capitale. Il vivait dans son coin et n’était pas particulièrement sociable ; il ne bénéficiait donc pas non plus d’un soutien évident parmi les vassaux.
On savait peu de choses sur sa personnalité. En bref, il n’avait guère que sa légitimité.
Le cinquième prince, en revanche, arrivait au deuxième rang dans l’ordre de succession, mais disposait d’une faction politique solide dans la capitale. On ne savait pas non plus quel soutien il recevait des vassaux, mais il s’efforçait au moins de les rallier à lui.
L’Empereur était élu par les princes ayant droit de vote. Sauf raison particulière, la tradition avait toujours voulu que l’on choisisse un membre de la famille Nibelungen, la maison du premier Empereur. En réalité, toutefois, tout noble titré pouvait être élu.
Autrement dit, les princes électeurs devaient se réunir pour procéder à l’élection. Mais il n’y avait pas de prince héritier, et les deuxième et cinquième princes étaient en conflit. Personne ne savait qui serait élu.
Pour faire simple, l’un des deux princes devait mourir. Même s’ils ne convoitaient pas personnellement le pouvoir, tel était le destin de ceux qui naissaient fils de l’Empereur.
Les hors-la-loi sévissaient toujours dans tout l’Empire. Certains endroits étaient parfaitement paisibles, tandis que d’autres étaient chaque jour le théâtre d’atrocités.
La rébellion du royaume d’Adelorne ne fut pas facile à mater non plus, et la guerre s’éternisa.
Voilà dans quel genre de monde ils vivaient. D’un point de vue historique, rien d’exceptionnel. C’était le genre de chaos qui éclatait dès qu’on l’avait presque oublié. Mais pour ceux qui le traversaient, c’était une tragédie.
Pendant plusieurs années, une étrange stabilité se maintint : elle ressemblait à la paix, sans en être tout à fait une. Le trône impérial ne pouvait rester vide éternellement, et pourtant, pour le moment, il le demeurait.
Dans ce contexte, Ricart et ses amis se séparèrent après la campagne contre l’Église. Ils ne s’étaient pas éloignés les uns des autres dans leur cœur. Ils souhaitaient simplement suivre des chemins différents.
Était-il vraiment si étrange que des amis prennent des chemins différents en vieillissant ? Tout le monde ne vivait-il pas ainsi ?
La famille impériale vendit à Volka, à bas prix, des terres sans propriétaire quelque part à l’est. C’était un territoire auquel on avait reconnu le droit de s’administrer lui-même, à l’instar d’un domaine chevaleresque ou monastique. On aurait peut-être pu parler d’un domaine clanique.
La famille impériale ne fournit que les terres. Leur sécurité et l’instauration de l’ordre dans ce territoire sauvage reposaient entièrement sur Volka.
Quelques personnes suivirent Volka jusqu’au bout, et Boribori l’accompagna.
Boribori put enfin se débarrasser de son encombrant surnom de Démembrement quintuple. Désormais, on l’appelait l’Épée noire.
Maître de l’Épée de nom comme de fait, il se fit connaître comme le gardien du Clan Viola et un maître du sabre.
Grâce à ses relations à Ernberg, Volka emprunta et acheta tout ce qu’il put, puis recommença obstinément à zéro.
C’était un travail difficile, dangereux et accaparant, mais il avait un sens. Volka n’appartenait plus à la guilde. Tout cela était à lui. Non, cela appartenait à tout le monde.
Volka et Delphi eurent un enfant. Contrairement à eux, qui avaient été abandonnés, ils aimèrent et bénirent la nouvelle génération.
Ice acheta un vieux monastère abandonné et y ouvrit un orphelinat avec Daisy, les nonnes prophétiques et les enfants qui avaient survécu.
On l’appelait l’ordre du sabre de Mikela. Ce n’était pas seulement un lieu de culte, mais une sorte de monastère armé.
Pour l’instant, Ice était le seul moine en armes, mais il enseignait le sabre aux enfants.
On appelait Ice l’Épée de pureté, ou l’Épée blanche. On disait qu’il était l’égal de Bori, l’Épée noire.
« Louez Dieu et soyez courageux face à l’amour. »
Telle était la devise de l’ordre, qui considérait qu’il avait pour devoir de protéger les faibles, et surtout les enfants.
Eux aussi avaient du mal à joindre les deux bouts, mais chaque journée avait son importance.
Voir les enfants sourire avec tant de joie et les regarder grandir d’année en année procurait un profond sentiment d’accomplissement.
Ceux qui avaient été abandonnés bâtissaient tous, chacun à leur manière, une famille et une foi, ou étaient en train de le faire.
Et Ricart…
Le langage de Dieu était le silence. Il n’avait pas besoin de mots pour faire comprendre aux gens que les saisons avaient changé. La neige qui fondait, les pousses qui bourgeonnaient, les créatures qui sortaient d’hibernation et la chaleur du soleil suffisaient.
Dieu montrait tout. Les gens choisissaient simplement de ne pas voir.
Mais certains n’avaient pas le temps de regarder le printemps renaissant. La vie était tout simplement trop dure et trop pénible.
C’était particulièrement vrai pour ceux que la tyrannie de seigneurs violents, de prêtres corrompus et de hors-la-loi avait chassés de chez eux.
À moins d’avoir de la famille ailleurs, s’installer dans un nouvel endroit n’avait rien de facile. C’était une époque particulièrement hostile aux étrangers.
Alors une rumeur se répandit parmi ceux qui n’avaient nulle part où aller et que tout le monde rejetait.
La frontière orientale. On racontait que les terres y étaient offertes, qu’il n’y avait pas de seigneurs violents et que chacun se sauvait grâce à sa propre foi.
De plus en plus de gens crurent ces paroles et prirent la route.
Il existait un lieu où ces gens se rassemblaient, et des guides qui menaient les voyageurs jusqu’à la frontière orientale.
Difficile de savoir s’il s’agissait d’escrocs. Même si c’était le cas, il n’y avait aucun recours ni personne à qui se plaindre.
Près de la frontière entre les parties centrale et méridionale de l’Empire se trouvait un établissement qui n’était ni un village ni une ville. Il s’était simplement formé là où les gens s’étaient rassemblés. Il n’avait pas de nom. On l’appelait simplement le Carrefour.
On y trouvait quelques bâtiments miteux et une vaste écurie. La plupart des gens vivaient simplement dans des huttes ou des tentes.
Un cimetière se trouvait à proximité, et le métier de fossoyeur semblait être le plus lucratif. Les malades se rassemblaient près du cimetière pour attendre la mort.
Une famille arriva en ce lieu sinistre. Il y avait un père large d’épaules, à la barbe épaisse, une mère qui paraissait très jeune à côté de son mari, une fille aînée et un fils cadet qui semblait avoir sept ou huit ans. Une famille de quatre personnes.
Ils avaient sûrement leur histoire, mais ici, ce n’avait rien d’exceptionnel. Les histoires qu’on ne pouvait entendre sans pleurer étaient aussi nombreuses que les ordures au bord de la route.
Le père tenait une hache de bûcheron dont la lame était enveloppée dans un tissu. Il portait un lourd paquet d’affaires sur le dos. Sa femme et sa jeune fille portaient elles aussi des charges ; seul le plus jeune garçon avait les mains libres.
Après avoir contemplé les lieux, misérables et désolés, il se dirigea vers un bâtiment nommé Lily Lily.
On aurait dit une auberge délabrée, mais elle faisait office de bureau administratif sans en être un. On y recrutait des gens qui souhaitaient partir pour la frontière orientale, puis on les mettait en route une fois le groupe assez nombreux.
À peine entré, il fut assailli par une puanteur infecte. À l’intérieur, il n’y avait que des voyous, des criminels et des prostituées.
Le père alla droit au comptoir.
« Je veux partir pour la frontière orientale. »
La personne derrière le comptoir essuyait une chope en bois avec un chiffon crasseux. Elle leva brièvement les yeux vers l’homme, puis reprit son ouvrage comme pour le congédier.
« Votre nom ? »
« Hartmann. »
« Vous faisiez partie de l’Église du Jugement ? »
« Non. »
« Criminel ? »
« Oui. »
« Quel crime avez-vous commis ? »
« J’ai tué un prêtre. »
« … Alors, vous êtes un hors-la-loi. »
« Non. »
La personne derrière le comptoir posa la chope avec un bruit sourd.
Puis elle regarda Hartmann et sa famille.
Sa femme portait un paquet sur le dos. La fillette et le petit garçon se cramponnaient de chaque côté de sa jupe et levaient les yeux vers la personne derrière le comptoir.
« Trois adultes et un enfant. Trois pièces d’argent et une pièce de cuivre. »
« Il y a deux enfants. »
« Ici, après dix ans, on n’est plus un enfant. »
La personne désigna la fille d’un mouvement du menton.
Discuter ne ferait pas baisser le prix. La somme était loin d’être négligeable, mais c’était peut-être un prix raisonnable pour tenter sa dernière chance.
Hartmann posa sur le comptoir trois pièces d’argent et une pièce de cuivre. Elles étaient ébréchées et légèrement déformées.
La personne empocha l’argent, puis indiqua quelqu’un du regard.
« Ces deux-là, là-bas. Riman et Yap partiront bientôt. Et ce vieil homme, dans le coin, Bremen, mettra un peu plus de temps. À vous de choisir. »
Hartmann observa les gens assis près du mur. Riman et Yap étaient jeunes et portaient quelques armes. À en juger par leurs compagnons de table, ils semblaient aussi avoir des amis avec eux.
Bremen, en revanche, était seul à sa table. Coiffé d’un camail, le vieil homme était assis, la tête baissée. Impossible de savoir s’il dormait. Une épée courte pendait à sa ceinture.
Les guides ne se contentaient pas de montrer le chemin. Il leur fallait aussi suffisamment de talent au combat pour protéger, dans une certaine mesure, les voyageurs pendant le trajet vers la frontière orientale.
À ce compte-là, Bremen semblait le moins fiable.
Pourtant, Hartmann s’approcha du vieil homme. Il n’avait pas d’autre raison que celle-ci : si Riman et Yap se retournaient contre lui, il ne pourrait pas leur tenir tête.
Je protégerai ma famille. Il me suffit d’avoir quelqu’un pour me montrer le chemin.
Lorsque Hartmann arriva à sa hauteur, Bremen releva lentement la tête et leva les yeux vers lui. Sa moustache d’un blanc terne était remarquable.
Bremen jeta aussi un bref regard à la famille de Hartmann.
« Vous savez manier cette hache ? »
« J’ai passé toute ma vie à en brandir une. »
« Pas pour couper des arbres. Vous savez trancher un homme ? »
« C’est pour ça que je suis venu jusqu’ici. »
« … Je vois. Votre nom ? »
« Hartmann. »
« Moi, c’est Bremen. J’ai besoin d’une paire de bras en plus, alors donnez-moi un coup de main. Il y a beaucoup de choses à charger. »
« Avant ça, comment savoir si je peux vous faire confiance ? »
Bremen n’était ni un homme officiellement nommé par un seigneur, ni membre d’un groupe offrant ne serait-ce que la fiabilité minimale de la Guilde des aventuriers. Ce n’était qu’un guide.
Bremen fixa Hartmann.
« Vous cherchez quelqu’un de fiable à notre époque ? Ici, vous n’avez que deux choix : faire confiance ou ne pas faire confiance. »
Hartmann ne répondit pas.
Cette fois, Bremen lui posa une question.
« J’ai moi aussi une question. Neuf personnes sur dix qui partent vers la frontière orientale meurent en chemin. Vous comptez quand même y aller ? »
Hartmann pensa à sa famille. Rien que cela l’empêchait de répondre facilement. Mais il ne pouvait rien faire d’autre que hocher la tête.
Bremen se leva lentement. Il ne semblait pas avoir de mal à bouger, mais ses gestes avaient la lenteur grinçante d’un vieillard.
Pensant qu’il devrait rester un jour ou deux, Hartmann loua une chambre. Il n’y en avait aucune de libre, mais la personne derrière le comptoir en libéra une en jetant dehors quelqu’un qui n’avait pas payé sa nuitée.
La chambre avait été laissée sale et en désordre par son précédent occupant. Elia, la femme de Hartmann, la nettoya du mieux qu’elle put, posa les lourds sacs et reprit son souffle.
Hartmann suivit Bremen et rencontra les gens qui vivaient dans les tentes à l’extérieur. Ils comptaient tous suivre Bremen jusqu’à la frontière orientale. Ils feraient le voyage ensemble.
Il y avait un autre homme comme Hartmann, accompagné de plusieurs enfants, trois jeunes gens qui avaient l’air de voyous, et une mère célibataire.
Avec les enfants, ils étaient quatorze en tout. Personne ne savait d’où ils venaient, ce qu’ils avaient fait ni quelles histoires ils portaient en eux. Ils avaient une chose en commun : ils voulaient recommencer leur vie.
Ils se montraient maladroits et méfiants les uns envers les autres. Pourtant, ils s’aidaient à ranger leurs affaires, achetaient des provisions pour le voyage et proposaient discrètement leur aide à ceux qui en avaient besoin.
Un homme nommé Geyser avait à peu près l’âge de Hartmann. Sa femme était morte et il avait trois filles et un fils.
Étonnamment, il possédait deux bœufs et trois veaux. Le bétail étant la plus grande richesse qu’un roturier puisse posséder, il était riche. Pourtant, nul ne savait quelle histoire l’avait poussé à prendre la route vers la frontière orientale.
Dalia, une ancienne prostituée, tenait dans ses bras un nouveau-né. Elle n’avait pas de mari. Qu’elle soit sincère ou qu’elle joue la comédie, elle semblait intimidée par les hommes et se montrait timide.
Quand Hartmann eut à peu près mémorisé les visages de chacun, rangé les bagages et appris ce qu’il faudrait faire sur la route, le soir était tombé.
Épuisée par le rude voyage, Elia s’endormit en serrant les enfants contre elle. La porte s’ouvrit alors dans un grincement. Au bruit lourd des pas, elle comprit que c’était un homme et supposa qu’il s’agissait de son mari.
Il s’allongea avec leur fille et leur fils entre eux. Un instant plus tard, la fillette appela sa mère d’une voix tremblante.
« M-Maman… »
Ce n’est qu’alors qu’Elia ouvrit les yeux.
Dans la pénombre, un inconnu crasseux lui souriait. Sa main tripotait sa fille. Un frisson lui parcourut l’échine.
« Aaah ! »
L’homme plaqua une main sur la bouche d’Elia. C’était celui qu’on avait chassé de sa chambre parce qu’il n’avait pas payé sa nuitée.
« La ferme, salope. Si tu ne veux pas crever. »
Il sortit un couteau rouillé. Elia était trop terrorisée pour faire le moindre bruit.
Alors la fillette parvint à se libérer et cria :
« Papa ! Papa ! »
« Petite salope ! »
L’homme attrapa la fillette alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir la porte et la jeta sur le côté. Un fracas retentit.
Il défit la ceinture autour de sa taille.
« Les enfants désobéissants, ça mérite une bonne raclée. »
La porte s’ouvrit alors à la volée dans un fracas.
Il se retourna. Un bruit sourd fendit l’air.
Fouish ! Paf !
La lame de la hache s’enfonça droit dans son crâne.
Il s’effondra lourdement, sans pouvoir se défendre.
Hartmann se tenait là, sa barbe épaisse, les dents serrées de rage. Ce n’est qu’alors que sa fille éclata en sanglots et se jeta dans ses bras. Le cadavre gisait sur le sol, le sang coulant de sa tête.
« Papa… Papa… »
Hartmann serra longtemps sa fille contre lui. Puis il saisit le cadavre par la nuque et le traîna dehors. L’homme n’était pas petit, mais Hartmann le tirait d’une seule main. Ses avant-bras épais ressemblaient à des troncs noueux.
Les chambres n’étaient pas insonorisées et les occupants des pièces voisines avaient entendu le fracas. Ils ouvrirent leurs portes et regardèrent dans le couloir.
Sans leur prêter attention, Hartmann traîna le corps jusqu’aux escaliers et le jeta en bas.
Un grand fracas retentit, et tous ceux qui se trouvaient dans la salle à manger levèrent la tête.
Hartmann hurla d’une voix tonitruante :
« Quel autre putain d’enfoiré veut s’en prendre à ma famille ?! »
Les gens regardèrent tour à tour le cadavre et Hartmann. Ils n’étaient pas effrayés. La scène leur semblait familière, et leurs expressions changèrent à peine.
Bremen était parmi eux. Il fixait le cadavre en silence.
Hartmann retourna dans la chambre, la hache ensanglantée à la main. Sa femme essuyait la traînée de sang sur le sol.
Hartmann garda sa fille et son fils effrayés contre lui jusqu’à ce qu’ils se rendorment. Il ne dormit pas une seule seconde cette nuit-là, veillant sur sa famille.
Le lendemain, la famille de Hartmann quitta le Carrefour avec Bremen. Leur départ sembla quelque peu précipité. Les roues de la charrette tirée par les bœufs cahotaient sur la route.
Contrairement aux autres groupes qui se dirigeaient vers le nord, Bremen les mena vers l’est. Intrigué, Geyser lui demanda :
« Pourquoi allons-nous vers l’est ? »
« La route est plus difficile par là, mais plus sûre. Nous nous arrêterons à Wertheim pour nous ravitailler. »
« Plus sûre ? Il y a vraiment une différence ? »
« L’homme qui est mort hier soir appartenait à une bande de brigands du coin. S’ils veulent se venger, il nous faudra de la protection. »
Geyser jeta un coup d’œil à Hartmann.
Il avait tué cet homme pour une bonne raison. Mais cela risquait tout de même de les mettre en danger.
« Qui nous protégera ? Si des gens comme ça existaient, cet endroit ne serait pas un enfer sans foi ni loi. »
« Comment veux-tu que je le sache ? Ils veulent sans doute seulement vivre tranquilles. »
« De qui tu parles, exactement ? Ces gens qui nous protégeront ? »
« Un jeune couple de bergers. Au lieu d’attendre qu’ils nous protègent, si quelque chose arrive, on pourra courir jusqu’à eux. »
« Quoi ? »
« Ils ont commencé à garder des moutons il y a environ quatre ans. Depuis, pas un seul mouton n’a été volé. Ça veut dire que ce ne sont pas des bergers ordinaires. »
« Tu as choisi cette route pour ça ? »
Geyser fronça les sourcils. Un berger, même pas un mercenaire à la retraite. L’idée ne lui plaisait clairement pas.
« Et puis, je l’ai vu. »
« Vu quoi ? »
« J’ai vu quelqu’un tuer cinq brigands chevronnés avec un simple bâton de bois. »
Geyser fronça encore plus les sourcils. Ça ressemblait à des conneries absolues.
Lui aussi avait évité de choisir un autre guide parce qu’il possédait des bœufs. Il s’était dit que si les guides se retournaient contre lui, il aurait du mal à les protéger. Mais il commençait à regretter son choix.
« Comment s’appelle ce berger ? »
Dalia, qui prenait rarement le bébé dans ses bras, posa la question.
Sachant que quoi qu’il dise, ces gens ne le croiraient pas, Bremen poussa un profond soupir.
« Ricky… »
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