Chapitre 90
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 90
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L’automne démentiel passa, et l’hiver arriva. Cela ne faisait même pas un an que la famine sévissait, et pourtant, des cadavres affamés jonchaient déjà les routes.
Parmi eux, le corps gelé d’un bébé était particulièrement déchirant. Quel péché ce bébé avait-il commis ? Même un dieu aurait-il pu répondre à cette question ?
Pourtant, ceux qu’un sentiment constant de malaise accablait contemplaient tout cela sans rien ressentir.
Des hors-la-loi. Ceux qui avaient tué les seigneurs des terres où ils vivaient avaient perdu leur chemin. Leur colère aveugle les avait finalement conduits, eux aussi, dans une impasse.
Il n’y avait ni lutte des classes ni arrière-plan idéologique. Ils s’étaient simplement laissés emporter par l’ambiance et avaient commis leur crime, sans savoir quoi faire ensuite.
On ne pouvait pas rattraper l’eau renversée. Ceux qui avaient assassiné des nobles s’étaient réfugiés dans les montagnes. Là, ils s’étaient regroupés avec leurs semblables et étaient devenus des bandits.
Comme si le monde s’était couvert de moisissure, les hors-la-loi étaient partout.
Même si un petit fief rassemblait une armée, elle ne compterait guère plus de dix hommes. À vrai dire, ce n’était pas vraiment une armée. C’étaient simplement des adultes vêtus d’équipements de combat inadaptés.
On disait qu’un chevalier lourdement armé pouvait affronter cent hommes, mais bien des familles de chevaliers avaient troqué leurs épées contre des houes dès la génération de leurs grands-pères.
Certains s’enfermaient dans leur château pour ne sauver qu’eux-mêmes. D’autres se faisaient traîner dehors par les hors-la-loi, qui massacraient toute leur famille et ravageaient leur village.
Qui les punirait ? Non, avant tout, à qui la faute ?
Hélas, ces questions ne servaient à rien. Quand un voleur vous mettait une lame sous les yeux, la loi et la justice se retrouvaient impuissantes avec une facilité déconcertante.
L’hiver passa. Au retour des hirondelles, des violettes d’un violet profond fleurirent dans les champs.
Malgré tout, la situation ne s’améliora pas.
Le printemps commençait, et l’air était frais, mais le soleil semblait d’une violence inhabituelle.
Les cheveux de l’homme au casque à large bord étaient déjà trempés de sueur. Il haletait sous la chaleur, le visage encore plus renfrogné qu’à l’ordinaire.
Vêtu d’un gambison rembourré de coton et armé d’un fauchon, il se tenait au pied d’un sentier de montagne et regardait vers le sommet.
Depuis une forteresse de bandits grossièrement assemblée, ceux-ci les dévisageaient d’en haut.
« Ces putains d’ordures… »
Il les haïssait tant qu’il ne se contentait pas de les insulter. Il articulait chaque mot comme s’il le broyait entre ses dents.
« Tout le monde est là ? »
« Où est le chef ? »
« Personne n’est blessé, hein ? »
Autour de l’homme au casque, ses compagnons s’enquéraient de diverses choses.
Ils étaient sept. Leur équipement était de qualité comparable, mais aucun ne portait exactement la même tenue qu’un autre.
Certains avaient un casque, d’autres non. Quelques-uns portaient seulement une coiffe ajustée en cuir ou en tissu. Leurs armes variaient aussi : lances, épées ou haches.
C’était parce qu’ils étaient des aventuriers, pas des soldats.
Mais ils avaient un sérieux problème. Les bandits étaient cinquante. Sept personnes étaient censées en soumettre cinquante ? C’était une blague ?
Bien sûr, sur un terrain plat, ils auraient pu tuer cinquante bandits mal équipés. Le problème, c’était que les bandits ne descendaient pas de leur forteresse.
Ils n’étaient pas assez nombreux pour encercler les lieux, tandis que les bandits se déplaçaient sans se cacher à la faveur de la nuit.
Le plus dur, dans une bataille, ce n’était pas le combat lui-même. Toutes les activités — manger, se soulager, dormir, monter la garde au bord de la route — les épuisaient mentalement et physiquement.
C’était encore pire quand aucune solution ne se présentait. Ils se contentaient de gravir la montagne une fois par jour, puis de redescendre sous une pluie de pierres lancées d’en haut.
Les pierres n’avaient rien d’inoffensif. Si l’une d’elles, lancée avec une fronde, frappait quelqu’un de plein fouet, elle pouvait lui écraser le crâne et le tuer sur le coup.
Personne ne savait pourquoi ils devaient continuer ainsi, mais, selon leur chef, il leur fallait faire quelque chose pour rendre l’ennemi nerveux.
« Hé, l’arbalète n’est toujours pas réparée ? »
Le chef du groupe arracha une flèche souillée de merde et de pisse, puis la jeta. C’était une flèche empoisonnée. Si elle se plantait dans la chair, la plaie s’infectait et pourrissait.
Heureusement, les arcs des bandits étaient si rudimentaires qu’ils ne pouvaient pas traverser les armures et atteindre la chair.
Mais l’odeur était impossible à supporter. Le chef ramassa donc une poignée de terre et la frotta négligemment sur la tache.
« Chef, je crois qu’il faut la confier à un facteur d’arcs. Le mécanisme ne tient pas. »
Le seul membre du groupe qui s’occupait de l’arbalète prit la parole. Putain, elle avait cassé après seulement cinq tirs. Et elle n’avait touché personne. Le tireur était-il incompétent ou l’arbalète était-elle tout simplement bonne à jeter ?
« Tu peux pas juste la bander de force ? »
« Je vous dis que le mécanisme ne tient pas. »
« Non, tu la bandes, puis tu lâches. »
« Ça a le moindre sens, ce que tu dis ? »
« Ah, et puis merde. Allez, on mange d’abord. »
Sur l’ordre du chef, plusieurs hommes traînèrent un grand chaudron de leurs corps épuisés. Ils le remplirent d’eau, y jetèrent les ingrédients qu’ils avaient sous la main et le mirent à bouillir.
Quand cette soupe sans nom — ou peut-être ce ragoût — se mit à bouillonner à gros bouillons, les aventuriers la versèrent dans des bols en bois probablement mal lavés.
Ils posèrent leurs armes, retirèrent leurs casques, s’étalèrent par terre et mangèrent ou burent avec les mains. Naturellement, ils ne se les lavèrent pas.
Les épices étaient hors de question. Au mieux, ils ajoutaient des herbes cueillies dans la nature ou du sel qu’ils avaient apporté eux-mêmes.
Pour ces hommes épuisés, l’unique petite consolation était que le printemps ne faisait que commencer et qu’ils pouvaient donc vite se rafraîchir. Quand le vent frais chassait leur sueur, il leur semblait plus doux que le miel.
« Chef, on va devoir continuer cette merde encore combien de temps ? »
« Ricky a dit qu’il arrivait, alors tenez encore un peu. »
« Je sais que c’est un épéiste extraordinaire, mais ça changera quoi ? Ce n’est pas comme si ces salauds allaient accepter un duel. »
« J’en sais rien. Il trouvera un moyen. »
« Et s’il arrive sans avoir trouvé de solution ? »
« Alors on verra qui se fatigue le premier. »
« Bon sang… »
« Hé, on n’abandonne pas. Notre réputation, c’est notre vie. Et vous voulez vraiment perdre contre des ordures pareilles ? »
Comme on pouvait s’y attendre d’un chef de groupe, il avait plus de jugeote que les aventuriers ordinaires, qui ne faisaient que râler.
Il comprenait pourquoi ses compagnons se plaignaient. Même s’il ne le montrait pas, il était tout aussi frustré qu’eux.
Malgré tout, un chef était là pour les réconforter parfois, leur hurler dessus à d’autres moments et, d’une façon ou d’une autre, les faire avancer.
Mais c’était aussi pour cette raison qu’on pouvait se battre : pour taper sur les nerfs de l’ennemi.
« Hé ! Vous, là ! »
Quelqu’un cria depuis la forteresse de bandits, qui n’était pas si loin. Les aventuriers, qui avalaient leur repas à grandes gorgées, levèrent les yeux.
« Et si vous déguerpissiez ? On vous donne une pièce d’or par tête ! »
Les négociations étaient fréquentes dans les affrontements qui s’éternisaient. Mais les aventuriers de la branche d’Ernberg de la Guilde de Beringen étaient différents. Ils avaient de la fierté, ou peut-être de l’amour-propre.
L’un d’eux se leva d’un bond et cria :
« Va te faire foutre, espèce d’ordure ! »
« Hé ! Vous gagnez combien, vous autres ? Pourquoi vous ne nous rejoignez pas ? »
« Il est complètement cinglé, ce salaud ? »
« L’hiver dernier, on s’est fait des pièces d’or, des pièces d’or… Combien déjà ? Un sacré paquet ! »
« Alors on va vous tuer et tout vous prendre ! »
« Hé, bande de salauds ! Vous comprenez pas ce que je dis ? Vos mères, vos femmes… ! »
Peut-être parce que les choses ne tournaient pas comme prévu, le bandit se mit à proférer des insultes trop ignobles pour être répétées.
« Espèce de fils de pute ! Je me souviendrai de ta tête ! »
« Et alors, si tu t’en souviens ? Monte ici ! Allez, monte ! »
« Putain ! »
Ils grincèrent des dents, mais ne pouvaient rien faire.
Puis quelqu’un s’adressa aux aventuriers, juste à côté d’eux :
« Qu’est-ce que vous faites tous ? »
Ils se retournèrent et aperçurent un jeune homme blond en cape rouge, planté là, l’air absent. Une épée pendait à sa taille et une armure de plates se devinait sous sa cape.
C’était une cuirasse récupérée comme butin après la reddition de la Guilde Rubens. Sorte de vestige antique, elle était fine et légère, mais possédait un pouvoir défensif absurde.
Elle était aussi en argent jin. Pas seulement composée en partie de ce métal : entièrement faite d’argent jin. Les gens de l’époque ne disposaient pas de la technologie nécessaire pour fabriquer une telle armure.
Pour rendre le fer à la fois fin et solide, il fallait une métallurgie très avancée. De plus, dans tout l’Empire, seule une poignée de forgerons maîtrisaient le travail de l’argent jin.
La plupart des chevaliers portaient une cotte de mailles, même parmi les nobles de haut rang. La cuirasse de Ricart était donc pratiquement un objet magique antique inexplicable.
On l’appelait « la dernière fierté de Rubens », en partie pour se moquer de la Guilde Rubens. Rubens était le fondateur de la Guilde, et c’était lui qui avait découvert l’armure dans des ruines antiques.
Ricart trouvait toutefois les armures brillantes embarrassantes, alors il la dissimulait en partie sous un surcot. Des violettes y étaient brodées.
La cape rouge, l’armure de plates et les violettes étaient devenues les signes distinctifs de Ricart.
C’était ironique : ceux qui avaient ruiné ses poumons lui avaient offert de quoi protéger parfaitement son torse.
« Ricky ? »
« Tu es arrivé quand ? »
« À l’instant. »
« Euh… Comme tu vois, voilà où on en est. »
Le chef prit la parole. Les autres aventuriers, toujours assis par terre au milieu de leur repas, fixaient Ricart d’un air hébété.
« Tu as une idée ? »
« Attends un instant. »
Ricart observa en silence la forteresse des bandits. Après l’avoir examinée un moment, il emprunta à l’un des aventuriers un bouclier en forme d’écu. Il ajusta les courroies de cuir pour le fixer solidement à son avant-bras, puis déclara :
« Je pense pouvoir enfoncer cette porte, elle est trop fragile. Quand je l’aurai brisée, montez tous ensemble. Il faudra vous dépêcher. »
« L’enfoncer ? Cette porte ? Sans bélier ? »
Même grossièrement construite, la porte n’était pas assez fragile pour qu’un homme puisse la défoncer à la force des bras.
Il leur aurait fallu plusieurs hommes pour la heurter avec un tronc taillé en pointe, mais ils n’étaient pas assez nombreux.
« Une fois que vous en aurez fini ici, rassemblez-vous à Ernberg. Le Bureau de la Guilde impériale a envoyé une convocation, au nom du comte palatin de Kelbron. »
Kelbron était le fief de Hellawman, le Champion de l’Empereur. On appelait généralement les seigneurs de haut rang par leur titre plutôt que par leur nom.
« Quelle convocation ? »
« Demande les détails à Volka. On dirait que ça concerne la soumission de l’Église. »
« Ils paient combien ? »
« Je ne sais pas. Finissez de manger et préparez-vous. »
Ricart se mit alors à gravir seul le chemin menant à la forteresse. Les bandits, qui les insultaient jusque-là, le dévisagèrent sans comprendre, puis se mirent à le provoquer.
« Qu’est-ce que tu vas faire ? Hein, qu’est-ce que tu vas faire ? »
« Cape Rouge ? Tu ne serais pas Ricky ? Et alors, tu vas faire quoi ? »
Tels des singes, ils se mirent à lui lancer des pierres. Ricart ne se déroba pas. Le dos droit, il continuait de lever calmement les yeux vers eux tout en esquivant de-ci de-là.
Il poursuivit son ascension vers la forteresse. Ses poumons étaient abîmés ; il ne pouvait pas courir.
« Hé ! Ta copine était délicieuse ! Je me la suis faite hier ! Elle en redemandait tellement qu’elle en crevait d’envie ! »
« Petit merdeux, c’est pas parce que tu sais manier une épée que tu peux te croire supérieur ! »
Leurs insultes étaient ignobles, mais Ricart ne se mit pas en colère. Il savait que toutes sortes d’injures fusaient sur les champs de bataille. S’il réagissait à chacune, le stress l’empêcherait de se battre.
Il n’oubliait pourtant pas leurs visages.
La plupart des bandits lançaient les pierres à la main. Certaines ne l’approchaient même pas, tandis que d’autres étaient assez précises et dangereuses. Quelques-unes partaient de frondes.
Ricart esquivait celles qu’il pouvait et bloquait les autres avec son bouclier.
Thud ! Thud ! Thud !
Comme il esquivait ou bloquait chaque projectile, il ne s’arrêta pas de grimper. Enfin, il atteignit la porte de la forteresse. Sous les yeux des bandits, Ricart puisa dans la force d’Ilya et frappa la porte de toutes ses forces.
Bang !
« Hé, idiot ! Tu crois que ça va servir à quoi ? »
Baaang !
« Hé, apportez une lance ! »
La forteresse n’avait pas des murs aussi hauts que ceux d’un château ; ils pouvaient donc l’atteindre avec des lances depuis les remparts.
Mais avant qu’ils aient le temps d’en apporter une, un bruit inquiétant retentit.
Bang ! Crac !
Ils avaient clairement entendu le bois se fendre. La porte n’avait pas cédé d’un seul coup. La barre de bois fixée derrière elle s’était juste légèrement fissurée.
Un instant, les bandits se demandèrent si c’était possible. Puis ils se persuadèrent que non.
Mais Ricart tira son épée et trancha les cordes qui maintenaient fermement les rondins ensemble. Après en avoir coupé plusieurs, il donna un dernier coup de pied de toutes ses forces dans la porte fragilisée.
Bang ! Craaash !
Un des battants, déjà à moitié brisé, s’ouvrit en lambeaux. La barre de l’autre avait complètement cédé ; il se contenta de le pousser.
Ricart se retourna et cria aux aventuriers :
« Maintenant ! Montez ! »
Mais les aventuriers, qui avaient tout observé d’en bas, étaient aussi abasourdis que les bandits. Ils ne purent que cligner des yeux, bouche bée.
Au moins, leur chef retrouva ses esprits le premier. Il attrapa précipitamment son équipement et s’élança sur le sentier.
« On y va ! »
Ricart reprit son souffle, un peu rauque, puis entra lentement dans la forteresse. Il regarda les bandits qui s’agrippaient encore à la palissade et s’adressa à l’un d’eux :
« Qu’est-ce que tu as dit, à propos de ma copine ? »
« J’avais entendu dire qu’elle était belle… Je disais ça comme ça… »
Ricart eut un rire creux. Il était trop tard pour les excuses. Non seulement le bandit avait parlé de Marie, mais Ricart savait ce que ces bandits avaient fait pendant l’automne et l’hiver précédents.
Ils avaient réduit des villages en ruines et massacré jusqu’aux enfants innocents des nobles. Et ils ne s’étaient pas contentés de les tuer. Ils avaient commis, sans la moindre hésitation, des actes trop horribles pour être racontés.
Ils devaient donc mourir. C’était aussi son travail.
Ricart fit signe à celui qui l’avait insulté d’approcher. Peut-être avait-il compris qu’il ne pouvait pas s’enfuir, car il s’avança plus docilement que prévu.
« H-ha… Comment quelqu’un comme moi aurait-il pu faire quoi que ce soit à monseigneur… »
Avant que le bandit ne puisse trouver une autre excuse, l’épée dans la main droite de Ricart fendit l’air à l’horizontale, de gauche à droite.
Le bandit tressaillit, puis sa tête, tranchée net, pencha lentement sur le côté.
Ce n’est qu’alors que les autres bandits sentirent leurs cheveux se hérisser. À cet instant, les aventuriers arrivèrent, ivres de rage.
Le massacre commença.
Après que les huit hommes, Ricart compris, eurent frappé et tailladé une trentaine de personnes, les autres prirent la fuite. La forteresse des bandits devint une mer de sang.
Tuer des gens sans qu’ils puissent riposter était épuisant, physiquement aussi. Une fois le calme revenu, les aventuriers retirèrent leurs casques et essuyèrent leur visage couvert de sueur et de sang. Puis ils s’assirent et haletèrent.
Après avoir repris des forces un moment, ils fouillèrent la forteresse. Heureusement ou malheureusement, il n’y avait aucun prisonnier. Ils ne trouvèrent que des vivres qui commençaient à pourrir et des objets de valeur, comme de la vaisselle en argent.
Ils pourraient en tirer une somme convenable, mais en partageant le butin entre eux, chacun n’aurait pas grand-chose.
Le chef se tourna vers Ricart pour lui demander comment il souhaitait partager le butin, mais celui-ci avait disparu.
« Où est passé Ricky ? »
« Il est parti il y a un moment. »
Le chef cligna des yeux, puis grimpa sur la palissade et regarda en contrebas. Ricart avait déjà redescendu la montagne et s’éloignait seul, d’un pas tranquille. Sa cape flottait légèrement au gré du vent.
Cette silhouette calme et assurée lui procura un frisson inexplicable.
La fierté qu’il ressentait, avec ses compagnons, venait peut-être du fait qu’ils appartenaient à la même branche que Ricart.
Quand quelqu’un se distinguait et que cela lui donnait fière allure aux yeux des autres, on avait naturellement envie de l’imiter.
Ricart ne clamait pas haut et fort qu’il défendait la justice. Mais il avait un sens élémentaire de la décence. Même quand le monde devenait fou, il ne vacillait pas.
Et surtout, il était fort. À ses côtés, ils n’avaient pas l’impression de pouvoir perdre. Même quand les choses se corsaient, ils tenaient bon, convaincus que tout finirait par s’arranger.
Que Ricart le veuille ou non, c’était ainsi que ses compagnons aventuriers le percevaient. Et ils croyaient en lui.
Parce que, comme cette fois encore, les choses finissaient vraiment par s’arranger.
La branche d’Ernberg fut celle qui participa le plus à l’opération visant à soumettre l’Église du Jugement.
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