Chapitre 9
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 9
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Même l’épée la plus tranchante du monde ne déployait pas la même puissance selon la personne qui la maniait.
Dans la main d’un enfant, elle ne ferait que blesser son propriétaire. Dans celle d’un maître, elle pourrait anéantir toute une époque.
Il ne faisait aucun doute que Ricky, premier Maître de l’Épée de l’Empire cent ans plus tôt, possédait un talent inégalé, sans précédent ni équivalent depuis.
Mais ceux qui ne retenaient de Ricky que ses prouesses martiales ne connaissaient que la moitié de l’homme.
Ricky savait faire de ses aptitudes des outils. Qu’il affronte un adversaire seul ou un groupe, il pouvait élaborer le plan le mieux adapté pour infliger des blessures mortelles à ses ennemis, puis l’exécuter comme une machine.
Il avait appris cela naturellement, après avoir frôlé la mort d’innombrables fois au cours de guerres atroces et d’un combat né de sa rage contre le monde.
Vaincre ou mourir. À chaque bataille, ses tactiques et ses méthodes de combat, qui ressemblaient à des paris, gagnaient en précision, jusqu’au jour où elles cessèrent d’en être.
Aussi, malgré son corps encore peu développé, tuer quelques bandits médiocres ne représentait rien pour lui.
« Ils vont revenir ici. Ils viendront un ou deux à la fois, alors tuez-les au fur et à mesure. Ils étaient huit en tout. Il y en a peut-être encore quelques-uns qui gardent la voie de sortie, mais pas beaucoup. »
Avait-il vraiment eu la présence d’esprit de les compter dans une telle situation ? Quoi qu’il en soit, Ricart parla tout en calmant les chevaux de l’attelage au milieu du chaos.
Mais à voir Arno, il avait complètement perdu ses moyens et ne semblait pas entendre Ricart.
« Prends une arme. Pas besoin d’une technique particulière pour tuer des bandits. Ne la balance pas. Reste calme et plante-la dans leur ventre. Pas dans la poitrine, tu pourrais toucher les côtes. »
Arno ne faisait que respirer par à-coups, comme s’il hyperventilait. Il n’arrivait pas à se ressaisir et, même avec le temps qui passait, ne donnait aucun signe de retrouver son calme.
Daisy s’en tirait mieux, mais elle n’était pas dans son état normal non plus. Agrippée au flanc de Ricart, elle ne quittait pas son visage des yeux.
Sans un mot, Ricart détacha l’épée de la ceinture du chef des bandits et la tendit à Arno.
Arno fixa l’épée que lui tendait Ricart, puis tressaillit, surpris avec un temps de retard.
« J-je, je… Je… »
« Ressaisis-toi. Tu n’as pas prêté une sorte de serment de courrier ? »
Le serment consistait à ne pas boire, à ne pas causer d’ennuis et à toujours livrer les colis à leurs destinataires. Il ne disait rien sur le fait de combattre des ennemis.
Cela dit, Arno n’avait pas vécu sans jamais voir de sang. Le monde réservait déjà aux criminels des châtiments suffisamment cruels. Les décapitations sur la place publique étaient monnaie courante.
Ce n’était pas le sang qui le choquait.
Ricart, tout simplement, était assez terrifiant pour lui donner la chair de poule.
Arno finit par reprendre ses esprits et prit l’épée que lui tendait Ricart, les mains tremblantes.
Ce ne fut qu’alors que Ricart s’accroupit près de la voiture et se mit à couvert. Il comptait tuer les bandits à leur arrivée, un ou deux à la fois.
Arno et Daisy s’accroupirent à ses côtés. En les observant, Ricart se dit qu’Arno tremblait si fort qu’il ne parviendrait peut-être même pas à dégainer à temps.
« Dégaines-la d’avance. C’est difficile la première fois, mais tu t’y habitueras vite. »
« … T-tu as reçu un entraînement de chevalier ? »
Arno avait visiblement besoin d’une explication qu’il puisse accepter. Il lui fallait une raison pour qu’un garçon de dix ans puisse tuer des gens avec autant de désinvolture. Sans quoi Ricart ne pouvait être à ses yeux qu’un être possédé par un mauvais esprit, voire le diable en personne.
« Bien sûr. Disons ça. »
Ricart répondit vaguement, puis s’adressa aussi à Daisy.
« Ne reste pas collée à moi comme ça. J’ai du mal à bouger. »
« Oui, mon chéri. »
« … Incroyable. »
Devoir s’occuper d’un enfant et d’un adulte dans une telle situation fit soupirer Ricart intérieurement.
Même alors, des cris et des rires sporadiques leur parvenaient de près comme de loin. Parmi eux, quelqu’un cria : « Le bébé ! Sauvez au moins le bébé ! »
Quelqu’un remonta alors le sentier de montagne. Comme Ricart l’avait prévu, c’était un bandit qui amenait des prisonniers.
Les prisonniers avaient une mine épouvantable, le visage marqué par la résignation et le désespoir. Les deux bandits plaisantaient entre eux.
En arrivant aux voitures et aux charrettes, ils aperçurent les deux corps que Ricart avait laissés derrière lui. Ils cessèrent aussitôt de plaisanter.
« Ils se sont battus, les deux ? »
« On fait quoi ? »
Leurs chefs étaient morts, mais ils n’en éprouvaient aucun chagrin. Ils supposèrent simplement que les deux hommes s’étaient battus et tués l’un l’autre.
Ricart s’approcha alors furtivement par-derrière et fondit soudain sur eux, entaillant profondément l’arrière du genou de l’un des bandits.
« Urk ! C’est quoi, ce bordel ? »
Son genou céda et il tomba à la renverse. Arno se jeta alors en avant dans une charge désespérée.
Il mit trop de force dans son élan, s’emmêla avec l’un des bandits et tomba au sol. Il semblait toutefois avoir réussi à le poignarder dans le dos.
Ricart avait déjà tranché la gorge d’un bandit, mais Arno grimpa sur l’autre, empoigna son épée à l’envers et l’abattit encore et encore.
« Putain ! Toi ! Sale ! Enfoiré ! »
Il était beaucoup trop agité. La pointe de son épée s’émoussa vite contre un os et son angle dérapa, jusqu’à ce qu’il lâche l’arme.
Toujours incapable de se calmer, il ramassa une pierre à côté de lui et s’acharna à l’écraser contre le visage du bandit mort.
Boum ! Boum ! Boum !
« Arrête. Arrête ça. Il est déjà mort. »
Ce ne fut qu’après que Ricart l’eut arrêté qu’Arno tressaillit et se figea. Du sang lui avait éclaboussé le visage et lui couvrait les mains.
Le visage animé d’une excitation incontrôlable, il haletait et fixait Ricart sans comprendre.
En voyant le visage étonnamment calme du garçon, qui ne changeait presque pas d’expression, le cœur battant d’Arno sembla se calmer un peu.
« J’ai… Je l’ai fait. Je l’ai fait. »
« Ouais, tu t’en es bien sorti. Alors ressaisis-toi. »
Ricart ne savait plus combien de fois il le lui avait répété, mais Arno vivait peut-être le moment le plus exaltant de sa vie.
Les deux femmes qu’on avait traînées jusque-là ouvrirent de grands yeux lorsque Ricart et Arno tuèrent les bandits.
« Éloignez les corps, au moins assez pour qu’on ne les voie pas d’en bas, puis cachez-vous de nouveau. Rangez aussi les armes. »
« Bien sûr, jeune maître ! »
Arno répondit avec entrain.
Ils continuèrent à s’occuper des bandits qui remontaient le sentier avec des prisonniers. Comme ils arrivaient toujours par deux, ils semblaient se déplacer en binômes.
Après en avoir tué six, Arno se demanda si cela devait vraiment être aussi facile. Une fois sa peur dissipée, les bandits lui parurent insignifiants. *J’avais peur de ces enfoirés ?*
Il voyait aussi Ricart beaucoup plus clairement, désormais.
Il n’y avait aucune technique spectaculaire. Les mouvements de Ricart étaient courts et simples ; il frappait les points vitaux sans jamais se tromper. Le ventre, l’arrière des genoux, la gorge.
Cela paraissait facile, et ça avait même l’air simple en pratique, mais ça ne l’était pas. S’il manquait sa cible ou s’emmêlait les membres, un enfant ne pouvait pas l’emporter sur un adulte.
Arno n’avait entendu parler de l’entraînement des chevaliers que de loin, mais il ne pouvait s’empêcher de penser que c’était ce qu’on leur apprenait. Les nobles étaient vraiment terrifiants. En apparence, Ricart n’était qu’un petit garçon innocent. Heureusement que je ne lui ai jamais cherché des noises.
Il n’y avait pas un seul homme parmi les prisonniers. Ils avaient peut-être été tués, étaient tombés dans le vide ou avaient réussi à s’échapper. Impossible de savoir.
Au moins, la mère et la famille de Daisy figuraient parmi les personnes secourues.
Le dernier prisonnier qu’on amena était un marchand, le seul homme captif. Les bandits l’avaient probablement enlevé dans l’espoir d’obtenir une rançon.
« Oui, monsieur ! Oui, monsieur ! Vous pouvez obtenir au moins dix pièces d’or pour ma rançon ! Ma compagnie de commerce ne peut pas fonctionner sans moi ! Hé hé hé. »
Il semblait prêt à dire n’importe quoi pour rester en vie. Dix pièces d’or, mon œil. À moins d’être de sang royal ou un grand seigneur, même un noble aurait du mal à rapporter une rançon aussi élevée. Il était pitoyable.
« Vous nous prenez pour des idiots ? Dix pièces d’or, mon œil. Si votre compagnie de commerce ne propose pas au moins cinq pièces d’argent, on vous tue. »
Comme prévu, les bandits n’ignoraient pas tout du monde. Après tout, ils n’en étaient pas à leur premier ou deuxième captif vendu.
« Q-quoi ? M-mais… ! »
« La ferme. Pourquoi ça pue autant le sang, ici ? »
« On dirait que les gars ont encore tué des gens pour rien. »
« Putain, on va tous se faire engueuler. Ils comprennent jamais quand on leur dit quelque chose ? »
Les deux bandits s’approchèrent des charrettes et des voitures en fronçant les sourcils, incommodés par la forte odeur de sang. Ils faisaient tous ça pour gagner de l’argent, mais certains s’emportaient parfois et perdaient la tête.
Quand ils arrivèrent enfin aux charrettes, ils virent des taches de sang éparpillées au sol et des traces qui indiquaient qu’on avait traîné quelque chose. Mais aucun corps.
Non, ils apercevaient des pieds qui dépassaient de derrière une voiture.
Sentant que quelque chose clochait, ils se dirigèrent vers le véhicule. Soudain, quelque chose bondit des buissons à côté d’eux. Surpris, l’un des deux agita les bras et quelqu’un le poussa violemment.
« C’est quoi, ce putain de bordel ? »
Le bandit jura en retombant sur les fesses. Ce ne fut qu’alors qu’il sentit son ventre le brûler. Le sang jaillit et imbiba ses vêtements.
« Quoi… ? »
« Aïe ! »
« Q-qu’est-ce que c’est ?! »
Le marchand, le blessé et l’autre bandit écarquillèrent les yeux.
Ils virent alors le garçon debout devant eux, un poignard taché de sang à la main.
Tandis que leur attention était fixée sur Ricart, Arno surgit de l’autre côté et enfonça son épée dans le flanc du bandit restant.
« Urk ! »
Comme tout à l’heure, les bandits ne purent pas repousser la moindre de ces attaques surprises. Une fois blessés mortellement, il était facile de leur couper le souffle.
Ricart tua l’un d’eux en lui enfonçant sa lame dans la gorge, sans se presser ni traîner, presque comme s’il la posait simplement là. Arno, qui ne tremblait presque plus, acheva l’autre bandit.
Le sang chaud jaillit par saccades et trempa le sol. Le marchand, assis par terre, tremblait sans rien comprendre à ce qui se passait.
Ce ne fut qu’alors que les femmes sortirent de leur cachette. Les yeux écarquillés, le marchand promenait son regard partout, paniqué, en essayant de comprendre la situation. Pendant ce temps, les femmes saisirent les corps par les jambes et les traînèrent derrière la voiture.
Ricart et Arno se tinrent de part et d’autre du marchand assis, le regardant de haut.
« Vous savez vous battre ? » demanda Ricart.
« … Pardon ? »
« Je vous demande si vous savez vous battre. Où est votre garde ? Il vous en restait un. »
« Euh… oui, c’est vrai. Où est-il passé ? Ah ! I-il… il s’est enfui. Ou il est mort ? Je n’en sais rien. »
« Très bien. Alors prenez une arme. Pas une lance, quelque chose comme une épée ou une hache. On va se cacher et tendre une embuscade à ceux qui remonteront. »
« Euh… »
« Levez-vous. On n’a pas le temps. On ne sait pas quand ils vont arriver. »
Arno attrapa le marchand par le col et le força à se relever. Toujours hébété, celui-ci obéit sans savoir ce qu’il faisait.
Il prit une arme et se cacha derrière la voiture avec Arno et Ricart. En tournant la tête, il aperçut les corps des bandits alignés.
Il fut de nouveau sous le choc. Qu’est-ce qui s’était passé ici ?
En analysant les choses étape par étape, ce n’était pas très difficile à comprendre, mais les gens avaient tendance à ne voir que le résultat. Aux yeux du marchand, Ricart et Arno avaient vaincu tous ces hommes à eux seuls.
« Monsieur le héros, je n’ai pas su vous reconnaître et je vous ai manqué de respect. »
Après les avoir observés avec prudence pendant un long moment, le marchand finit par s’adresser à Arno. Il ne pouvait pas imaginer que Ricart avait dirigé toute l’opération.
« Un héros ? Moi ? Le héros, c’est le jeune maître, là. C’est lui qui s’est occupé des deux chefs aussi. »
Le marchand regarda Ricart, puis les deux corps qu’Arno lui désignait. C’était difficile à croire, mais il avait vu le garçon tuer un bandit de ses propres yeux. Il ne trouva rien à répondre.
En observant de plus près les deux chefs, morts les yeux révulsés et la bouche ouverte, il eut l’impression de les avoir déjà vus quelque part.
Deux hommes ? S’ils étaient deux, alors…
« Ce sont les frères Biltun. J’avais entendu dire qu’ils étaient en fuite, mais jamais je n’aurais imaginé qu’ils se cachaient ici. Et le jeune maître les a tués tous les deux ? »
« Je l’ai vu de mes propres yeux et j’ai quand même eu du mal à y croire pendant un moment. Mais c’est vrai. Monsieur le marchand, vous l’avez vu aussi, non ? Il a ouvert le ventre de celui-là. Regardez aussi cet enfoiré. Il avait le ventre fendu et les tripes à l’air, et pendant qu’il était sonné, le jeune maître lui a tranché la gorge. »
Ricart, qui avait fait tout cela, ne dit rien, tandis qu’Arno se vantait comme s’il racontait ses propres exploits héroïques.
Le marchand regarda de nouveau Ricart. Le garçon essuyait son poignard avec un chiffon, et la lame brillait comme si elle était neuve. L’image de Ricart tuant le bandit lui revint à l’esprit et sa peau se hérissa.
« E-excusez-moi, jeune maître, mais puis-je vous demander d’où vous venez ? »
« De Stormhertz. »
« Stormhertz… Ah ! Vous êtes peut-être le jeune héros dont on dit qu’il a battu à mort un sanglier à mains nues ? »
Ricart ignorait jusqu’où la rumeur s’était répandue, mais elle lui semblait exagérée.
« Pas à mains nues. Je l’ai tué avec une lance. »
« C’est déjà remarquable. Je ne savais pas que vous étiez si jeune. À l’image de la famille de Stormhertz, célèbre pour ses talents martiaux. Ah, il y a environ douze ans, j’ai suivi l’armée à la bataille de Briden en tant que marchand de guerre. J’ai amassé mon capital en fournissant des prostituées aux soldats. Votre bannière porte bien une croix blanche sur fond rouge ? Votre seigneur chargeait avec panache sur un cheval brun, comme dans un tableau. L’ennemi s’est dispersé, terrorisé. »
Peut-être parce qu’il avait échappé de peu à la mort, ou parce qu’il croyait sa vie entre les mains de ce jeune garçon, le marchand flatta Ricart avec une aisance telle qu’on aurait dit qu’il avait la langue bien huilée.
Ricart ne savait pas quoi répondre, alors il se contenta d’une réponse vague.
« D’accord… »
« Je fais le commerce des pigments et, pour vous remercier de m’avoir sauvé la vie, je vous offrirai une cape quand nous arriverons en ville. Vous la préférez rouge ou bleue ? »
« Hum… La couleur de ma famille est le rouge, alors je préfère le rouge. »
« Ha, digne d’un jeune maître noble. Vous avez du goût. À l’origine, seul le commandant en chef de l’armée de Sa Majesté l’Empereur avait le droit de porter une cape rouge. Et tous les rouges ne se valent pas. Il existe un minerai appelé cinabre, qui a une teinte rouge. Le rouge qu’on obtient en le broyant est rouge comme le sang. On raconte que ceux qui l’extraient sombrent dans la folie ou meurent peu après. C’est pourquoi on y fait travailler des prisonniers et des esclaves, ce qui le rend plus cher que l’or. »
Mais de quoi parlait-il, au juste ? Le marchand bavardait beaucoup trop. Il avait l’air du genre à parler encore plus quand il était nerveux.
« … De nos jours, les couleurs ne sont plus réservées à certains rangs, mais le violet reste l’apanage de Sa Majesté l’Empereur… »
« Attendez. »
« Oui ? »
« Combien de temps aurait-il fallu pour traverser le col si nous n’avions pas rencontré les bandits ? »
« Nous sommes partis le matin, alors nous aurions franchi le col en fin d’après-midi. »
« Alors, allons-y. »
« Pardon ? »
« Les chefs sont morts et, même s’il reste des bandits, ils devraient être moins nombreux que nous. Nous pouvons partir sans risque. »
À y réfléchir, c’était vrai. Combien de bandits pouvaient encore être en vie ? Un ou deux, peut-être ?
« Avant ça, ne devrait-on pas leur couper la tête ? »
« Quelles têtes ? »
« Les frères Biltun étaient des fugitifs assez connus. Rainfurt n’est pas loin, alors on peut les y emmener sans les saler. Si on les apporte à la Guilde des aventuriers, la récompense devrait être conséquente. »
Ah bon ? Ricart n’y avait pas pensé. Après avoir réfléchi à la marche à suivre, il décida de leur couper la tête. Plus exactement, il les trancha.
Dès qu’il les eut mises dans des sacs en tissu, le sang imbiba rapidement le fond et se mit à goutter. Il plaça les sacs dans un panier et le chargea sur la voiture.
Ils donnèrent beaucoup de carottes aux chevaux et aux ânes. Après tout, ils avaient bien travaillé. Tous ensemble, ils poussèrent la voiture et réussirent de justesse à lui faire franchir les rochers.
Huit corps gisaient en rang sur le site, au milieu des taches de sang. Deux n’avaient plus de tête. Personne ne les enterra.
Après avoir atteint le point culminant du col et commencé à redescendre, des hommes qui s’étaient cachés ou enfuis émergèrent un à un et les rejoignirent.
Même si les hommes s’étaient enfuis en abandonnant leurs familles, les femmes les accueillirent. Elles aussi avaient fui, abandonnant jusqu’à leurs enfants, et sans accepter les hommes, elles auraient eu du mal à gagner leur vie par la suite. Elles n’avaient pas le choix.
C’était une façon de vivre à laquelle ils étaient habitués.
En comptant les morts et les disparus, il semblait qu’il y en avait six ou sept. Les victimes étaient à plaindre, mais les survivants étaient en vie : il leur fallait donc continuer à lutter pour s’en sortir, une fois de plus.
Daisy ne cessait de sourire, tandis qu’Arno marchait le torse bombé, bien plus fier qu’il n’aurait dû l’être.
Ricart se dit que, jusqu’ici, le monde n’avait pas beaucoup changé en cent ans. Il y avait eu des bandits à son époque, des gens sans défense, et la vie était pénible pour tout le monde.
Lorsqu’ils descendirent du col, le soleil s’était couché. Les gens allumèrent des feux et se préparèrent à passer la nuit au campement.
Daisy collée à son flanc comme une sangsue, Ricart s’assit près du feu pour se réchauffer.
Il repensa aux paroles de son père : l’honneur, le salut, la famille et tout le reste.
Il ne s’accrochait pas trop aux paroles de son père, mais ne les laissait pas non plus lui passer au-dessus de la tête.
Ricart se perdit dans ses pensées, laissant toutes sortes d’idées traverser son esprit comme le vent qui entre par la porte de devant et ressort par celle de derrière.
Les regards que les gens posaient sur le garçon étaient étranges. Ils semblaient voir en lui un héros, mais aussi quelque chose qui ressemblait à un démon terrifiant.
Il les avait bel et bien sauvés, mais quelqu’un qui éventrait les gens et leur tranchait la gorge sans sourciller n’avait rien d’un prince sur un cheval blanc.
La nuit s’épaissit et le paysage disparut dans l’obscurité. Les coassements des grenouilles réveillées de leur hibernation, les appels des petits-ducs et le crépitement du feu de camp se firent plus distincts.
Et dans le ciel nocturne, comme cent ans plus tôt, les étoiles brillèrent.
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