Chapitre 86
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 86
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C’était comme une lumière qui fendait les ténèbres. Voilà ce qu’était la lame d’un Maître de l’Épée. Comme si elle avait tranché un morceau de la nuit, un éclat violet brillait avec netteté, ni clair ni sombre.
« Ouah… »
Pour la première fois depuis longtemps, Ricart avait allumé un feu de camp et dormait à la belle étoile. Assis côte à côte avec Marie, il admirait son épée.
À vrai dire, ce n’était pas parce qu’elle était impressionnante. Il était simplement fasciné. Dans sa vie précédente, il avait lui-même été le premier Maître de l’Épée à faire jaillir des flammes dorées de sa lame. Mais cela remontait à loin, et désormais, quelqu’un de proche était un Maître de l’Épée.
Marie, un peu gênée, dissipa la lumière et rengaina son épée.
« Qu’est-ce que ça fait ? »
« Je ne sais pas trop. C’est juste que… pourquoi est-ce que je ne le savais pas avant ? Comme si j’étais née avec un bras ou une jambe en plus et que je venais seulement de le découvrir. »
« Donc, même si tu es devenue Maître de l’Épée, tu ne sais pas ce qui vient après ? »
« Oui. »
« Alors, c’est juste une épée qui coupe bien. »
« Oui. C’est ce que je pense aussi. »
Ricart et Marie ne semblaient pas accorder beaucoup d’importance au fait d’être Maître de l’Épée. Mais, à y regarder autrement, peut-être que les gens les surestimaient tout simplement.
Les Maîtres de l’Épée avaient toujours faim et se fatiguaient comme tout le monde. Ils étaient faits de chair et d’os, les lames pouvaient les blesser et ils pouvaient mourir comme n’importe qui.
Malgré tout, on les jugeait extraordinaires pour deux raisons.
Premièrement, à une époque où la qualité du fer variait beaucoup, les épées étaient difficiles à manier sur le champ de bataille. Il n’était pas rare qu’elles se brisent après un ou deux coups ; elles servaient donc surtout d’armes secondaires.
Dans ces conditions, posséder une épée capable de trancher les armures et les boucliers comme du fromage était déjà un pouvoir absurde en soi.
La deuxième raison, c’était qu’un homme avait laissé derrière lui un précédent absolument écrasant.
Ricky, le premier Maître de l’Épée.
Ceux qui avaient connu Ricky croyaient vaguement que devenir Maître de l’Épée permettait de vaincre seul même les troupes d’élite de l’Empereur et de devenir invincible.
Mais si quelqu’un remontait le temps et demandait à Ricky, à cette époque, pourquoi il était si fort, il aurait peut-être répondu ainsi :
« À mon avis, il est essentiel de savoir comment se servir de soi-même comme d’une pièce sur l’échiquier. Si tu arrives à comprendre l’ensemble d’un combat et à te placer comme il faut, tu peux déployer une puissance incroyable sans être Maître de l’Épée. Mais si tu l’es ? À ce stade, tu es pratiquement une armée à toi tout seul. »
« On dirait que tu dis que devenir Maître de l’Épée n’est que le début. »
« D’abord, quel est l’objectif ? Ensuite, comment gagner ? Enfin, comment se battre ? Ça semble évident, mais j’ai rarement vu quelqu’un garder vraiment ces questions en tête et les mettre en pratique. À part Caldebert. »
« Hein ? »
Marie fut déconcertée par ce nom qui ne lui disait rien. Ou plutôt, elle l’avait déjà entendu, mais elle n’avait pas imaginé que le Caldebert dont parlait Ricart était le chevalier héroïque qui avait vécu plus d’un siècle auparavant.
« Ah, je connais quelqu’un qui porte ce nom. Bref, ces trois principes, c’est par là qu’on commence. D’abord, quel est notre objectif ? »
« Tuer Lucky Luiginant. »
« Et ensuite ? »
« Comment gagner ? Euh… Il ne faudrait pas lui couper la tête ? »
« Ah, non. Il faut réfléchir à l’ennemi. Premièrement, c’est un étranger. Même s’il a rassemblé des hommes, ils ne doivent pas être nombreux et leur discipline doit être déplorable. Et puis, tu crois que ceux qui le suivent lui sont fidèles ? »
Ricart parlait comme un professeur. Quand il expliquait l’escrime, il restait vague et difficile à comprendre. Mais là, c’était assez simple à suivre.
Marie l’écouta donc attentivement.
« Non. »
« Alors, on n’aura pas besoin d’affronter tous les hommes qu’il a rassemblés. Ceux qui se réunissent facilement se dispersent tout aussi facilement. »
« Alors, comment on s’y prend ? »
« Voilà la deuxième question. Comment gagner ? N’oublie jamais ceci : observe d’abord. Tout. Peu importe le nombre d’ennemis ou leur force, observe d’abord. Il faut recueillir autant d’informations que possible, vite et avec précision. À force de pratique, tu t’amélioreras. »
Après ces explications détaillées, Marie fixa son fiancé.
« Quoi ? »
« … Comment tu sais tout ça, professeur ? »
« Qui sait ? »
« Au fait, comment va ta poitrine ? »
« Pareil. J’ai mal quand je prends une grande inspiration. »
« Tu es sûr de ne pas vouloir consulter le docteur Reno ? »
« Je n’ai pas vraiment envie de passer au manoir principal. »
« Pourquoi ? »
« C’est juste gênant. Et ce n’est pas un médecin. Il a seulement un doctorat. Autant consulter un vrai médecin plus tard. »
Marie observa de nouveau Ricart. Cette fois, quelque chose avait changé. À son expression, Ricart devina ce qu’elle pensait.
Marie voulait toujours voir le docteur Reno. Mais cet entêté l’écouterait-il si elle le lui disait ? Et si elle insistait, cela risquait de tourner à la dispute.
Marie le savait, et Ricart aussi. Un étrange silence s’installa.
« Très bien. Quand on aura fini, on passera un moment chez lui. »
Marie sourit de toutes ses dents.
« Ton père nous l’a demandé, tu te souviens ? Je ne te force pas. »
« Oui, oui. »
Ricart hocha la tête comme s’il avait compris.
N’était-il pas inquiet du tout, alors qu’il n’était pas en forme ? Et ils allaient tuer un homme qui avait escroqué et menacé des seigneurs nobles.
Cela dépassait l’insouciance. C’était vraiment étrange. Comment pouvait-il être comme ça ? Mais Marie aimait cette facette de Ricart.
Une personne ordinaire se serait agitée, aurait perdu courage ou sombré dans le désespoir. Lui, pourtant, continuait simplement comme si rien de grave ne s’était passé.
Elle se disait que même le malheur ne pouvait pas le tourmenter.
Marie se glissa naturellement dans les bras de Ricart et, malgré le bonheur qu’elle ressentait, lui lança :
« Idiot. »
« Comme ça, sans raison ? »
« Idiot. »
« D’accord. Je suppose que ça se peut. »
Ricart la serra lui aussi dans ses bras. La nuit d’automne était froide, mais avec le feu et la chaleur de l’autre, ils n’eurent pas le temps d’avoir froid.
Luiginant menaçait et escroquait des gens partout où il passait ; il ne fut donc pas difficile à trouver.
Ils se trouvaient sur la route qui quittait le comté Calderbern en direction de Rainfurt. Ce n’était pas celle que Ricart avait empruntée avec Arno trois ans plus tôt. À l’époque, ils avaient pris un chemin de traverse, tandis que celui-ci était très fréquenté.
Un poste de contrôle se dressait juste à un carrefour. Deux mercenaires montaient la garde, hallebarde en main. Après avoir observé les alentours, Ricart s’adressa à Marie.
« Montons là-haut. »
Ricart emprunta un sentier de montagne envahi de branches basses. Une fois assez haut, ils purent voir le poste de contrôle et, derrière, ce qui semblait être un poste de garde provisoire.
Après avoir observé les lieux pendant une dizaine de secondes, Ricart interrogea Marie comme un professeur son élève.
« Qu’est-ce que tu vois ? »
« Hum, ils ne sont que… sept ou huit ? Je pourrais m’en charger toute seule. »
« Allons, allons. On ne fonce pas tête baissée dans un combat simplement parce qu’on a confiance en son épée. Regarde mieux. »
« Hum… Leurs vêtements sont propres, ils portent des habits colorés, ils sont bien armés et… cette personne, c’est leur chef ? »
Marie n’avait jamais connu de véritable bataille ; il était donc normal qu’elle ne sache pas. Ricart lui expliqua chaque point l’un après l’autre.
« Les vêtements colorés indiquent qu’ils sont mercenaires. Quand ils sont assez nombreux, ils se battent plutôt bien. Les mercenaires aiment se mettre sur leur trente et un, mais dès que le combat commence, ils sont vite en loques. Donc, s’ils ont l’air débraillés mais que leurs armes sont bien entretenues, c’est qu’ils sont dangereux. Mais ceux-là ? »
« Ils sont beaucoup trop propres. »
« Exactement. Ça veut dire qu’ils n’ont pas vraiment envie de se battre. Ils vont juste rester près de Luiginant, gagner un peu d’argent et repartir. Tu comprends ? »
C’était un savoir qu’on ne pouvait acquérir qu’après avoir connu d’innombrables combats.
Ricart reprit :
« Et quoi d’autre ? »
« Tu ne peux pas simplement me le dire ? »
« Réfléchis, Marie. »
« Comment veux-tu que je sache si je ne sais pas… ? »
« Sept ou huit hommes adultes mangent beaucoup chaque jour. Tu crois qu’ils cultivent la terre, là-bas ? À vue de nez, ils n’ont apporté que peu de provisions et se relaient pour monter la garde parce qu’une ville se trouve à proximité. De toute façon, menacer des seigneurs avec si peu d’hommes n’a aucun sens. »
« Maintenant que tu le dis, c’est vrai. »
« C’est la saison des récoltes : les gens vendent leurs surplus et les marchands circulent beaucoup. En bloquant la route et en prélevant des péages, ils peuvent faire de bons profits. Mais savais-tu que les mercenaires ne courent pas seulement après l’argent ? »
« Vraiment ? Alors, après quoi courent-ils ? »
« L’argent est leur principale motivation, mais ils sont aussi très attentifs à la position politique de celui qu’ils suivent. Autrement dit, même s’ils se battent quand il le faut, il ne faut pas que ça leur retombe dessus ensuite. Ils ne peuvent pas devenir des rebelles. S’ils se rebellent, ils ne peuvent pas simplement quitter le champ de bataille. On les traque jusqu’au dernier et on les exécute sauvagement. »
Marie comprit seulement assez pour se dire : *Ah, je vois.* Elle n’imaginait pas comment tirer parti de cette information.
« Devenons des agents de la paix. »
« Hein ? »
« Nous serons des agents de la paix officiels, envoyés par la Cour impériale. Luiginant deviendra alors forcément un imposteur. Comment ose-t-il se faire passer pour un agent de la paix impérial ? Quelle est la peine pour ça ? »
« Falsifier des documents impériaux ou se faire passer pour un fonctionnaire est passible d’une exécution par démembrement. »
Même sans impliquer la Cour impériale, ceux qui se faisaient passer pour d’autres étaient condamnés à être écartelés. Enfant, Marie avait vu quelques cas de ce genre.
« Mais ils vont nous croire ? »
« Tu peux leur montrer ton épée. »
« Hein ? »
« Dis-leur que la Maître de l’Épée à l’épée lumineuse est la nouvelle Championne de l’Empereur. Et que tu es ma garde du corps. »
« Euh… »
Marie n’avait aucun sens de l’autorité ou de sa propre supériorité, mais elle n’était pas sûre qu’il soit juste de se servir ainsi de l’épée d’un Maître de l’Épée. Ricky disait pourtant qu’ils devaient le faire.
« Je n’ai même pas besoin de dégainer pour tuer un type comme lui. Allons-y. »
Ricart redescendit le sentier. L’épée à la ceinture, il marcha d’un pas assuré vers le faux poste de contrôle.
Les mercenaires, qui traînaient sans se presser, leurs hallebardes posées sur les épaules, le regardèrent approcher.
Ils lancèrent aussitôt :
« Le péage, c’est la moitié de tout ce que vous possédez. »
C’était du grand n’importe quoi. Comme prévu, ce n’étaient que des brigands de grand chemin.
Ricart ouvrit de grands yeux et leur cria aussitôt :
« Alors, canailles ! Vous savez à qui vous avez affaire ? Je suis un agent de la paix envoyé par Sa Majesté l’Empereur ! Vous êtes donc cette racaille qui sème le désordre dans toute la région ! »
Les mercenaires clignèrent des yeux au cri de Ricart. Au lieu de se prosterner aussitôt, ils examinèrent prudemment son apparence.
« J’ai entendu dire que l’Empereur était mort… »
« Comment osez-vous ! L’Empereur défunt a tiré sa révérence, le prince héritier va donc naturellement monter sur le trône ! Comment osez-vous parler de la mort de Sa Majesté ! C’est inadmissible ! Championne ! »
Ricart cria avec assurance, sans savoir que Bellator avait tué le prince héritier. Bien sûr, personne ici ne le savait non plus.
Marie se demandait encore si tout cela était bien raisonnable, mais elle dégaina son épée et la fit luire.
Ce n’est qu’alors que les yeux des mercenaires s’écarquillèrent. Un Maître de l’Épée. Elle devait être la Championne de l’Empereur. Mais c’était une jeune femme. Que se passait-il ?
« Pour avoir insulté Sa Majesté l’Empereur ! Pour avoir suivi un homme qui se faisait passer pour moi ! Championne ! Abats ces traîtres ! »
« A-Attendez ! Nous ne vous avions pas reconnue ! »
« Attendez, je vous en prie ! Nous ne savons rien ! C’est vrai ! »
« N-Nous pensions qu’il était un véritable agent de la paix ! Nous avons seulement été engagés ! Nous n’avons jamais voulu nous opposer à la Cour impériale ! »
Aux ordres furieux de Ricart, les mercenaires jetèrent leurs armes, tombèrent à genoux et baissèrent la tête. Ah, le pouvoir avait vraiment un goût délicieux.
Mais lorsque Marie voulut leur trancher la tête pour de bon, Ricart lui attrapa vite la manche et secoua la tête. Ne les tue pas vraiment.
Ricart fronça les sourcils et fit mine d’y réfléchir avant de répondre :
« Hum… Très bien. Le nouvel Empereur vient à peine de monter sur le trône. Répandre trop de sang ne serait pas de bon augure. »
« O-Oui ! Dieu voudrait qu’on lui offre le sang de vierges ou d’agneaux, pas celui de types aussi répugnants que nous ! »
Ricart ne comprit pas ce que cela venait faire là, mais il comptait les faire conduire jusqu’à Luiginant.
« Cependant, nous ne pouvons pas laisser un imposteur impuni. Conduisez-moi jusqu’à lui. Nous devons le capturer, le démembrer et le tuer. Et démontez ces installations grossières. »
« Compris ! Nous obéirons à vos ordres ! »
Persuadés d’avoir échappé à la mort, les mercenaires se relevèrent avec entrain et démontèrent le poste de contrôle et le poste de garde provisoire, qu’ils réduisirent presque en pièces.
Puis, leurs armes à la main, ils conduisirent Ricart et Marie vers la ville. Ils avaient dû escorter des nobles de haut rang ou des gens fortunés par le passé, car ils formèrent autour d’eux un dispositif de protection impeccable.
Le dos droit et les gestes précis, ce qu’ils ne s’embêtaient jamais à faire d’ordinaire, ils protégèrent l’agent de la paix de l’Empereur. Il n’était pas nécessaire d’en faire autant, mais Ricart se sentit lui aussi prendre de l’importance.
Lorsqu’ils entrèrent ainsi dans la ville, tous les passants les regardèrent. Ils avaient tout l’air de gens importants.
Les autres mercenaires étaient dispersés dans la ville, où ils importunaient les femmes du coin ou s’amusaient. En voyant soudain leurs camarades escorter quelqu’un d’un air solennel, ils comprirent que quelque chose clochait.
Ils sentirent que tout avait très mal tourné. Les mercenaires étaient sensibles aux questions de vie et de mort ; leur instinct en la matière frôlait le surnaturel.
Ils reprirent donc aussitôt leurs esprits ou relâchèrent les femmes du coin qu’ils tourmentaient. Puis ils se cachèrent ou rejoignirent maladroitement le groupe, en faisant semblant de participer à l’escorte.
Lorsqu’ils arrivèrent à la plus grande taverne de la ville, le mercenaire armé d’une hallebarde ouvrit la porte à Ricart. Une odeur de poudre et d’alcool lui sauta aussitôt au visage.
À l’intérieur, Ricart vit un homme qui dépensait littéralement son argent à flots, ivre de jeux et de femmes. Il comprit d’un seul regard qu’il ne pouvait s’agir que de Luiginant.
« La bêtise ne connaît pas de rang, je vous le dis ! Le problème des gens, c’est de croire que les nobles savent tout simplement parce qu’ils sont nobles. En réalité, ce sont des idiots négligents. Des abrutis. »
Ses escroqueries ayant peut-être bien marché et se croyant important, il parlait fort comme s’il savait tout.
Mais les gens autour de Luiginant aperçurent Ricart et les mercenaires, et leurs visages se figèrent, alarmés.
« Quand j’étais dans l’ouest, j’ai dû coucher avec une dizaine de nobles ! Mais ensuite… »
Luiginant fut le dernier à remarquer l’étrange atmosphère. Il tourna lentement la tête en suivant le regard des autres.
Il vit un jeune homme armé d’une épée, une femme et les mercenaires sous ses ordres, tous en train de le fixer.
Ricart lui adressa un léger sourire. Puis il s’approcha lentement, tira une chaise et s’assit à côté de lui.
« Ah… Luiginant. Les nobles sont-ils si faciles à duper ? J’aimerais en savoir plus. »
« Euh… Qui êtes-vous… ? »
« L’agent de la paix de l’Empereur. »
« … L’Empereur devrait être mort… »
« Oui, il est mort. Et toi aussi, tu vas mourir. Mais selon ce que tu feras, je pourrais t’épargner. »
Dans la taverne silencieuse comme une tombe, Luiginant jeta un nouveau regard autour de lui. En voyant le visage crispé des mercenaires, il comprit que les choses avaient mal tourné et qu’ils s’étaient déjà retournés contre lui. Les nobles n’auraient pas dû pouvoir réagir aussi vite. Ils n’en étaient pas capables.
Le temps que les seigneurs rassemblent des troupes pour riposter, il aurait déjà filé avec l’argent. Luiginant était doué pour ce genre de choses.
Mais maintenant que ses affaires marchaient bien, il ne s’était pas attendu à une réaction aussi rapide. L’Empereur venait à peine de mourir, et ils avaient déjà envoyé un agent de la paix ?
Luiginant regarda de nouveau Ricart.
« Euh, quoi… ? »
« Qui tire les ficelles derrière toi, et où est l’argent ? »
« D-Derrière moi ? Personne. Et l’argent… »
« Tu y tiens trop ? Alors, meurs. »
« N-Non ! Attendez ! L’argent est dans le coffre-fort de la Guilde des orfèvres de Rainfurt. Laissez-moi juste y aller… »
Ricart vit à ses yeux qu’il mentait. Il n’y avait pas d’argent. Il avait tout dépensé en divertissements.
Ricart réfléchit un instant, puis hocha la tête comme s’il avait compris.
« Très bien. Je t’attends ici. Va chercher l’argent et rapporte-le. Si tu t’enfuis, je te poursuivrai jusqu’au bout. »
« Bien sûr ! Bien sûr ! Je vais récupérer l’argent et revenir, c’est promis ! »
Croyant avoir eu la vie sauve, Luiginant se leva en hâte. Puis il quitta la taverne, où un silence pesant s’était installé.
Ricart s’adressa aux mercenaires.
« Capturez cet homme, démembrez-le, puis coupez-lui la tête. Suspendez chaque morceau de chair arrachée devant la porte de la ville et envoyez sa tête à Stormhertz. Ensuite, vous serez graciés. »
Avant même qu’il ait fini de parler, les mercenaires se précipitèrent dehors. Ricart examina les restes du repas étalés sur la table, prit une coupe et goûta un alcool coûteux.
Puis il se tourna vers le tavernier et lui demanda d’un ton détendu :
« Remboursez ce qu’il reste. »
« Pardon ? »
« Il reste de la nourriture, non ? »
« Ah… o-oui. Compris. »
« Et rendez l’argent dépensé pour les femmes. Je n’ai couché avec aucune d’elles. »
Au lieu de se contenter de rembourser le reste, le tavernier apporta tout l’argent dépensé par Luiginant ce jour-là. Pas moins de dix pièces d’or. Quand il s’agissait de divertissements, l’argent avait tendance à filer comme l’eau.
Ricart prit aussi tout l’argent qui traînait sur la table, celui des jeux.
Les gens ne purent que regarder en silence l’agent de la paix de l’Empereur. Ils espéraient seulement qu’il prendrait tout l’argent qu’il voulait et partirait au plus vite.
À ce moment-là, un cri retentit dehors.
« Pourquoi ? Pourquoi ? J’ai dit que je rapporterais l’argent ! Attendez ! Je… Aaaaaah ! »
En écoutant les cris d’agonie de Luiginant, Ricart mangea le reste du repas.
Puis, apparemment dégoûté, il jeta un os de poulet sur la table. Clac ! Il se leva. Les gens qui le regardaient en silence sursautèrent.
Dehors, les mercenaires suspendaient le corps démembré de Luiginant à des perches.
« Nous mettrons sa tête dans un sac de sel et la livrerons. »
Un mercenaire s’approcha et prit la parole. Il avait l’air d’un professionnel, comme s’il avait déjà fait ça une ou deux fois.
Les mercenaires avaient le côté brutal des vulgaires voyous, mais c’étaient aussi des professionnels. Quand il fallait agir, ils s’y prenaient correctement. Ils coûtaient cher et étaient difficiles à gérer, mais c’était une autre question.
Ricart passa au Bureau de la Guilde impériale et renvoya dans sa ville natale l’argent pris à la taverne. La somme était modeste, mais plus que suffisante pour couvrir les pertes.
Puis il quitta discrètement la ville avec Marie et prit la route du manoir principal.
Pour voir le docteur Reno.
« Tu l’as vraiment tué sans même dégainer ? »
Marie prit la parole. Elle s’était inquiétée parce que Ricart n’était pas en bonne santé, mais il avait réglé l’affaire sans lever le petit doigt.
« Les gens intelligents comprennent souvent bien les autres, mais se comprennent mal eux-mêmes. Il disait que les nobles étaient négligents, sans se rendre compte qu’il l’était tout autant. Il devait croire que le monde était facile. Mais c’est comme ça que la chance tourne. »
« Professeur, il n’y a rien que tu ne saches pas. »
« Ce n’est que le début, mon disciple. Perfectionne-toi avec assiduité. »
Il avait dit ça à moitié pour plaisanter, mais c’était vrai. Si Marie, un Maître de l’Épée, apprenait les stratégies, les tactiques, les connaissances du combat, les capacités et les techniques de Ricart, elle pourrait vraiment devenir aussi invincible que Ricky l’avait été dans sa vie précédente.
Les Maîtres de l’Épée que Ricart avait vaincus, tout comme ceux qui vivaient encore, n’avaient pas dépassé les limites de simples épéistes.
Pour devenir de véritables armes de guerre, il n’y avait pas d’autre moyen que d’accumuler d’innombrables expériences sur le champ de bataille. Le problème, c’était qu’on pouvait mourir en les acquérant.
Voilà pourquoi les connaissances transmises par quelqu’un d’expérimenté valaient plus que l’or.
Mais Marie se contenta de sourire et de plaisanter.
« Je n’en ai pas envie. »
« Hein ? »
« Ricky peut tout faire à ma place. »
Marie lui sourit en le taquinant, et Ricart éclata de rire à son tour.
« Quel disciple déplorable. »
On pouvait aussi considérer Bellator comme le disciple de Ricart, mais il n’avait rien à voir avec Marie. Bellator n’avait pas laissé passer l’occasion de sa vie : il avait suivi les enseignements de Ricart et commis un meurtre audacieux et admirable.
L’un était un excellent disciple, l’autre un disciple peu appliqué. Mais impossible de savoir lequel avait raison. Était-il préférable de suivre fidèlement les enseignements ou de simplement s’amuser ?
À vrai dire, en examinant attentivement ce que Ricart enseignait, on découvrait quelque chose de glaçant et d’effroyable. Bien sûr, tout dépendait de l’usage qu’en faisait l’élève.
Tandis qu’ils marchaient ensemble, Marie ne cessait de donner de petits coups d’épaule à Ricart pour le taquiner. C’était une disciple plutôt effrontée, toujours accrochée à lui.
Chapitre 17 : De retour chez soi. Fin.
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