Chapitre 79
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 79
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C’était une belle forêt, ombragée juste ce qu’il fallait et baignée par une lumière solaire généreuse sans excès. Le vieux château se fondait parmi les arbres anciens, comme s’il faisait partie de la forêt.
Un rayon de soleil tomba droit du ciel à travers la forêt, tel une lance, et frappa l’épée de Ricart. La lumière coula le long de la lame, de la garde jusqu’à la pointe.
Une goutte de lumière se forma à son extrémité, faisant plisser les yeux à plusieurs personnes.
Le troisième prince était plus âgé que Ricart et déjà adulte, mais il avait grandi sous serre. Face à une bête sauvage élevée dans les contrées sauvages, il ne savait pas comment réagir.
Personne ne lui avait jamais crié dessus de la sorte. Et Ricart dégageait une assurance difficile à croire chez quelqu’un de son âge.
À vrai dire, il n’avait guère envie de tourmenter Marie. Il aimait simplement montrer à tout le monde qu’il était supérieur au prince héritier.
Mais lorsqu’il se retrouvait face à un véritable problème, il était tout aussi incapable de le résoudre. Un duel ? Il n’en avait entendu parler que par les autres.
Le prince héritier, âgé de neuf ans, fut surpris, mais la curiosité l’emportait sur la peur dans son expression. La scène l’intriguait et l’excitait. Les yeux écarquillés, il cligna des paupières sans pouvoir détacher son regard de Ricart.
Bellator, qui était venu avec Ricart, l’observait de loin. Jamais il n’avait vu une telle assurance au Palais impérial. Cela le bouleversa, mais il se sentit aussi attiré par elle.
En somme, c’était la première fois que Bellator trouvait quelqu’un cool. Au Palais impérial, personne n’avait jamais eu l’air viril, guerrier ou digne d’admiration.
Tout le monde s’inclinait et se montrait poli en apparence, mais il était évident qu’au fond, tous le méprisaient. C’est pourquoi Bellator avait cru que chacun était différent à l’extérieur et à l’intérieur.
Mais à présent, quelqu’un qui n’était pas ainsi se tenait devant lui. Et Bellator trouvait une telle personne vraiment impressionnante.
Confusion, curiosité et stupeur. Chacun des trois princes impériaux ressentit quelque chose de différent en regardant Ricart.
Ceux que la situation mécontentait le plus étaient les épéistes venus participer au tournoi. Une vague intention meurtrière émanait d’eux. Mais en présence du prince héritier et des princes impériaux, ils se retinrent.
Tous ceux qui séjournaient au Palais impérial avaient réussi l’évaluation de Hellawman et étaient donc très doués. Ricart n’était pas le seul à avoir livré des combats où sa vie était en jeu. Eux aussi avaient franchi leurs propres limites face à la mort.
Ils évaluèrent avec attention les capacités de Ricart : sa posture, sa respiration, son regard et son mana.
Plus on maîtrisait la Conduite du mana, plus on pouvait jauger précisément le mana d’autrui. Même s’ils n’atteignaient pas le niveau de Hellawman, les personnes présentes étaient capables de l’évaluer avec une quasi-précision.
Pourtant, étrangement, ils ne parvenaient à percevoir aucun mana chez Ricart. Alors même qu’un peu plus tôt, il avait clairement intercepté le poignard en plein vol.
C’était une technique presque divine. Même en maîtrisant la Conduite du mana, il était presque impossible de toucher avec précision un objet en plein vol en lui lançant un autre objet depuis un angle différent.
Cela suffisait à prouver que Ricart méritait de séjourner au Palais impérial. Sa précision et ses réflexes étaient extrêmement développés, presque surhumains.
Mais si je l’affrontais, qui l’emporterait ? Pourrais-je le vaincre sans être blessé ? Il semble manier l’épée longue, mais cette lame n’est-elle pas un peu trop grande pour sa carrure ? Quel genre d’escrime pratique-t-il ? Un style féroce, axé sur l’attaque, propre au Nord ?
Les épéistes avaient oublié jusqu’à l’idée d’impressionner le prince héritier et le troisième prince. Tels des bêtes face à un adversaire inconnu, ils fixaient Ricart.
Aucun n’avait peur, mais personne ne s’avança à la légère.
Puis quelqu’un s’avança. C’était Liberio, le Sauteur de pierres. N’était-ce que de l’assurance, ou avait-il évalué Ricart à sa manière ? Nul ne le savait.
« Je t’avais dit de rester humble. Tu es un sale petit garnement désobéissant. Enfin, il reste du temps avant le tournoi. Un peu de divertissement ne nous ferait pas de mal. »
Gardant une bonne distance avec Ricart, qui avait le château dans son dos, il se mit à tourner lentement autour de lui comme un loup en chasse.
Il dégaina de la main droite une longue épée latérale et tint un poignard dans la gauche. On aurait dit qu’il maniait deux épées. C’était un style extrêmement difficile, mais, bien maîtrisé, il était rare qu’on puisse lui tenir tête.
« J’ai entendu dire que tu avais tué un Maître de l’Épée. Mais sais-tu que ceux qui deviennent Maîtres de l’Épée finissent parfois par régresser, parce qu’ils ne combattent que des adversaires plus faibles qu’eux ? J’ai entendu dire que le Chien fou n’avait fait que massacrer des fermiers. Je peux juger de la valeur d’un type pareil sans même l’avoir vu. »
« Désolé, mais je n’ai jamais entendu parler de toi. »
Ricart avait répondu. Autrement dit, quelqu’un comme Liberio n’avait même jamais mérité son attention.
« Hmph. Laisse-moi me présenter à nouveau. Je suis Liberio, la quatrième épée de la famille d’escrime Bonatelli. Tu as appris l’escrime auprès de ta famille ? Ou à cette Académie ? Quoi qu’il en soit, ton escrime n’a aucune lignée. Je vais te montrer la différence entre une escrime aux racines solides et celle d’un gamin qui parade en ne comptant que sur son talent. »
Il s’était comporté de la même façon lorsqu’ils s’étaient croisés dans le couloir. Ricart ne comprenait pas de quoi il parlait. Il voyait que l’homme était très fier de lui, mais qu’importait la lignée dans un duel où l’on risquait sa vie ?
Liberio prit sa posture à bonne distance. Le pied gauche en avant, il tendit son poignard devant lui, leva son épée latérale au-dessus de sa tête et en pointa la pointe sur Ricart.
À chacun de ses pas, pourtant, il lui arrivait de ramener le poignard en arrière et d’avancer l’épée latérale. Le mouvement semblait insignifiant, mais il rendait difficile de deviner quelle arme servait aux feintes et laquelle portait l’attaque principale.
Le problème, c’est qu’un escrimeur inexpérimenté ne ferait que s’embrouiller en agissant ainsi. Mais puisque Hellawman avait remarqué Liberio, il était évident qu’il maîtrisait parfaitement cette technique.
Un pas en avant, un pas de côté. En inversant la position de ses mains, l’une devant l’autre puis derrière, Liberio s’approcha lentement de Ricart.
L’épée latérale et le poignard étaient de longueurs si différentes qu’il était difficile d’évaluer la distance dès qu’il changeait ses mains de position. Du moins, cela aurait été le cas pour n’importe qui d’autre.
Ricart plia légèrement les genoux et tint son épée près de son visage. De son regard glacial habituel, il plongea les yeux dans ceux de Liberio.
Puis, en plein changement de posture, Liberio lança soudain son épée latérale droit devant lui. Le duel commença.
Ricart abattit son épée de front. Elle était bien plus rapide et puissante qu’auparavant. Mais l’épée de Liberio, qui fonçait droit sur lui, dévia instantanément, comme un caillou ricochant sur l’eau.
Elle effleura la lame de Ricart et entailla légèrement le tissu qui couvrait son bras droit. Au même instant, Liberio s’écarta et esquiva de justesse l’épée de Ricart.
Fouh ! Clang !
Une traînée rose demeura dans les airs. Liberio semblait sur le point de devenir un Maître de l’Épée.
Il lança son poignard vers le haut, depuis le bas, en direction du ventre de Ricart. C’était l’arme cachée, celle qui devait réellement mettre fin à une vie. De loin, on aurait dit qu’une chose écarlate fonçait en avant.
Mais, à la stupéfaction générale, Ricart ramena en un éclair l’épée qu’il avait lancée et frappa le poignard avec une précision parfaite, à l’aide du pommeau.
Clang !
Le poignard imprégné de mana se brisa. Avant même que Liberio ait pu ressentir la douleur à son poignet, il bondit en arrière et creusa rapidement la distance.
Son cœur s’était arrêté un instant, mais sa réaction immédiate méritait des éloges. Malgré tout, il ne put cacher sa confusion. Était-ce seulement possible ?
Imprégner une arme de mana en augmentait le tranchant et la résistance. À une époque où la qualité des objets en fer, armes comprises, variait énormément, cela conférait déjà une puissance considérable. Un Maître de l’Épée pouvait fendre boucliers et armures comme du fromage.
Mais briser une lame imprégnée de mana avec un pommeau ? C’était un moment qui défiait le bon sens.
Les épéistes qui assistaient au combat étaient tout aussi stupéfaits. Ils ne percevaient toujours aucun mana chez Ricart.
Ricart le pouvait parce qu’il avait reçu le pouvoir d’Ilya, l’héroïne légendaire qui, disait-on, avait tué un dragon. Sa seule force physique dépassait celle de la plupart des gens qui utilisaient la Conduite du mana.
Ricart poursuivit Liberio qui reculait. Plutôt que d’attaquer, il semblait vouloir d’abord réduire la distance. Malgré sa force monstrueuse, il ne comptait pas uniquement sur elle.
Liberio s’écarta vivement et balança son épée latérale vers le poignet de Ricart. Celui-ci fit pivoter sa lame et bloqua l’attaque, rapide comme le vent.
Clang !
Du mana rouge jaillit comme une explosion. Puis suivit un assaut ininterrompu, aussi fluide que la respiration.
Fouh ! Thud !
Ses cheveux noirs, élégants et luisants, et son rubis suspendu à une oreille. La tête de Liberio se détacha de son corps.
Son corps, agité de violents soubresauts, perdit le contrôle, tourna sur lui-même et s’effondra dans un boum. Le sang gicla en cercle. La tête, projetée dans les airs, retomba dans un ploc après que le corps se fut écroulé.
Ainsi, l’épéiste aux racines solides mourut décapité, et le duel prit fin.
Les épéistes qui avaient assisté au combat frissonnèrent. Ils venaient de voir une méthode qu’ils n’avaient jamais entendue ni observée, suivie d’une défaite sans appel et d’un coup mortel. Pendant un instant, ils restèrent sans voix.
Ils savaient que la scène avait paru facile, mais elle était loin de l’être. Surtout, Ricart n’avait ni paniqué ni perdu son sang-froid. Du début à la fin, il n’avait pas fait un seul geste inutile.
Même une fois le duel terminé, Ricart ne manifesta aucune excitation. Il se contenta de baisser les yeux sur le tissu déchiré de son bras droit. Il ne saignait pas, car sa peau n’avait pas été coupée.
« Waouh… »
Le prince héritier fixa le duel, les yeux écarquillés, et laissa échapper un souffle admiratif.
« Quoi ? Quoi ? Je n’ai pas bien vu, mais c’était incroyable ! »
Le prince héritier tenta de courir sans crainte vers l’épéiste qui venait de terminer le duel. Les chevaliers de garde qui se tenaient à proximité le soulevèrent précipitamment et l’arrêtèrent.
« Qu’est-ce que vous faites ? Lâchez-moi ! »
« Votre épée n’est pas encore rengainée, Votre Altesse. »
Aux paroles du chevalier, Ricart essuya d’abord le sang sur son épée, puis la rengaina. Le prince héritier courut à nouveau vers lui, leva les yeux et lui parla.
« C’était incroyable ! C’est la première fois que je vois un vrai duel. Tu as dit que tu étais Ricart, de la famille Calderbern, c’est ça ? Tu participes au tournoi, toi aussi ? »
« Oui, Votre Altesse. »
Ricart baissa la tête en répondant.
Un cadavre décapité se trouvait à proximité, mais le prince héritier n’y prêta aucune attention. Il en avait vu bien d’autres lors d’exécutions.
Pour l’instant, il était simplement fasciné par le combat lui-même, où les épéistes avaient mis toute leur vie dans la lutte.
Bien sûr, Ricart ne s’était pas battu à pleine puissance, mais pour quelqu’un qui ne connaissait rien à l’épée, le combat avait tout de même été impressionnant.
« Tu n’as pas peur ? »
demanda le prince héritier.
« Au début, tout le monde a peur. Mais quand on s’y habitue, on n’a plus peur. »
« Vraiment ? Alors, combien de temps dois-je m’entraîner pour me battre comme toi ? »
« Je ne le sais pas non plus. Mais à force de t’entraîner et de te mesurer aux autres dans des compétitions, tu finiras par prendre confiance en toi. »
« Ah bon ? Très bien. Alors, apprends-moi l’escrime. Viens dans ma chambre tous les matins. J’ai déjà un professeur d’escrime, mais il n’est pas aussi cool que toi. »
« … »
C’était inattendu. Ricart avait l’impression de s’être fourré dans un sacré pétrin. Mais il n’avait pas le choix. Il devait protéger Marie.
« Alors, pourriez-vous faire sortir la princesse Martellia du château et vous assurer que personne ne puisse la tourmenter ? »
« Hmm… J’aimerais accéder à ta demande, mais c’est le comte palatin qui a pris cette décision. Je dois donc en parler à grand-mère. Ce ne sera probablement pas possible. Désolé. »
D’autres personnes détenaient un véritable pouvoir au Palais impérial : l’impératrice douairière et Hellawman. Le prince héritier était encore trop jeune pour prendre des décisions.
« … Je comprends. À demain matin. »
« Non. Je veux encore parler avec toi. Suis-moi. »
Le prince héritier prit la main ensanglantée de Ricart et l’entraîna. Le troisième prince et Bellator ne purent que les regarder. Le prince héritier emmena Ricart, suivi par les chevaliers de garde.
Les épéistes du camp du prince héritier s’étaient donné un mal fou pour gagner ses faveurs. À présent, Ricart avait accaparé toute son attention d’un seul coup, les laissant bouche bée.
Au-delà de la forêt, le prince héritier conduisit Ricart jusqu’à sa chambre. Elle était immense et décorée avec un luxe excessif. Pourtant, le résultat était raffiné plutôt que vulgaire.
Des mobiles pendaient au plafond, tandis que toutes sortes de jouets étranges s’entassaient comme des montagnes. Chacun avait été soigneusement fabriqué par les meilleurs artisans.
« Tu vois un jouet qui te plaît ? Tu en veux un ? »
demanda le prince héritier avec un sourire innocent. Était-il naïf ou pur ? À l’âge du prince héritier, Ricart avait quitté la maison, vaincu des bandits et erré de champ de bataille en champ de bataille.
Le prince héritier ne semblait pas savoir comment gagner les gens à sa cause. Il offrait simplement de belles choses à ceux qu’il aimait et parlait de ceux qu’il n’aimait pas à sa grand-mère, pour qu’elle les punisse. C’était peut-être normal, puisqu’il n’avait jamais eu de véritable ami.
C’est pourquoi, à l’exception des princes impériaux, tout le monde cherchait à lui plaire.
Mais Ricart était différent. À cet instant, il ne pensait qu’à Marie.
« Ils sont remarquables, mais ne m’intéressent pas. Je ne suis qu’un épéiste venu participer au tournoi. Je dois me ressaisir et me concentrer sur les prochains combats, alors je devrais partir. Je viendrai vous voir chaque matin, mais je ne pense pas pouvoir jouer avec vous. »
« Hein ? Euh… Euh… »
C’était la première fois que le prince héritier vivait une telle situation. Pendant un instant, son esprit se vida. Ricart était poli, mais pas servile. Il ne cherchait pas non plus à le flatter. Il n’avait vraiment jamais rencontré quelqu’un comme lui.
Le prince héritier s’inquiéta alors : comment faire pour que Ricart l’apprécie ?
« Euh, je peux aussi te donner une bonne épée. Et des chevaux. J’ai également une armure. Tu aimes ça, non ? »
Ricart secoua la tête. Il aimait ce genre de choses, mais ne pouvait pas les accepter de cette façon. L’amitié ou l’amour ne s’échangeaient pas contre des biens ou de l’argent.
« On ne peut pas acheter le cœur de quelqu’un avec de l’argent ou des biens. Ne sois pas impatient. Apprenons à nous connaître petit à petit. Il y aura toujours demain. »
« Je dois attendre jusqu’à demain ? »
Ayant toujours obtenu ce qu’il voulait sur-le-champ, le prince héritier manquait de patience.
« Si l’attente te semble pénible, pourquoi ne pas faire autre chose ? Le temps passera plus vite. »
« Comme quoi ? »
« Lire un livre, par exemple. Tu as dit que tu voulais apprendre l’escrime, alors tu pourrais t’entraîner. Reprends une à une les choses que tu as laissées de côté parce que tu t’en étais lassé. Tu y trouveras peut-être un plaisir que tu n’avais pas remarqué. »
« … Je devrais essayer ? D’accord. Je vais le faire. »
« Je vais vous laisser, Votre Altesse. »
« D’accord… »
Le prince héritier répondit d’un ton abattu. En le regardant, Ricart se dit que ce n’était pas un mauvais enfant. Il lui manquait simplement quelque chose, à cause de son milieu.
Le statut du prince héritier ressemblait à une malédiction. Comme s’il l’avait privé de toute occasion d’apprendre, d’endurer la douleur, de surmonter l’adversité, de comprendre et de grandir.
Tel un bel oiseau, Ricart captura le cœur du prince héritier, puis échappa à son emprise. Il reprit ensuite le chemin du château d’Irmin.
À son arrivée, le cadavre avait été emporté et il ne restait que des traces de sang. Personne ne se trouvait près du château. Les gens s’étaient rassemblés pour gagner les faveurs du prince héritier et du troisième prince ; une fois ceux-ci partis, tout le monde s’en était allé naturellement.
Ricart leva les yeux vers la fenêtre. Ils étaient si proches, mais ne pouvaient pas se voir. Il s’adossa donc au mur du château et s’assit sans rien faire. Devrait-il l’appeler, au moins ? Est-ce que ce serait bien ?
Mille pensées lui traversèrent l’esprit, mais il ne parvint pas à se décider. Il hésita, laissa le temps passer, et le soleil finit par se coucher.
Ricart se leva pour retourner au Palais impérial. Puis, saisi par une brusque envie de n’en faire qu’à sa tête, il agrippa les lianes et escalada le mur du château. C’était extrêmement dangereux.
Si les lianes cédaient, il pouvait tomber et se blesser grièvement. Et, comme on pouvait s’y attendre, elles faillirent rompre plusieurs fois dans un crac. Pourtant, Ricart parvint jusqu’à la fenêtre.
Le clair de lune pénétrait dans la pièce. Le lit était drapé de soie, et une silhouette se dessinait derrière.
« Marie. »
Debout sur les lianes, appuyé contre le cadre de la fenêtre, Ricart l’appela. Mais la silhouette assise sur le lit ne répondit pas.
« Marie, c’est moi. Ricky. Ça va ? Je suis venu parce que je m’inquiétais pour toi. »
Ricart lui parla à nouveau, mais n’obtint aucune réponse. Non… Après un long moment, elle finit par répondre.
« En quoi ça te concerne ? »
Ses paroles étaient froides, mais sa voix tremblait légèrement. Entendre la voix de Marie après tout ce temps serra étrangement le cœur de Ricart.
« J’ai quelque chose à te dire. Tu peux sortir un instant ? »
« … »
Marie resta immobile un long moment, puis écarta la soie et sortit. Elle portait une fine chemise de nuit, ses longs cheveux dénoués.
La douce lumière de la lune qui tombait sur Marie semblait être un vêtement taillé pour elle.
Elle était d’une beauté à couper le souffle, mais son expression était froide comme la glace. Son attitude semblait dire : « Vas-y, dis ce que tu as à dire. » Ricart se força à prendre la parole le premier.
« D’abord, euh… Je suis aussi venu participer au tournoi. »
« … Si tu gagnes, ce n’est pas ce que tu voulais, non ? »
Gagner signifiait être fiancé à Marie. Mais Ricart avait auparavant rejeté ses sentiments. Voilà ce qu’elle voulait dire.
« Non, c’est bien ce que je veux. Moi aussi, je t’aime bien. »
Avec un sourire, Ricart dévoila simplement ses sentiments. Marie eut l’air déconcertée. Il n’était pas du genre à plaisanter avec ce genre de choses. Que se passait-il ?
Mais Ricart n’avait pas terminé sa confession.
« Tu sais, j’ai une blessure profonde. Alors j’avais peur que si je finissais par aimer quelqu’un pour de vrai, cette blessure ne s’aggrave et que je perde pied. Honnêtement, je suis encore très inquiet. Je crois que j’avais besoin d’un peu de temps pour me rapprocher de toi. Mais ça, je peux te l’affirmer sans hésiter : je t’aime bien, Marie. »
Marie fixa Ricart. Surtout ses yeux. Ses yeux noisette, sereins. Des yeux plus purs que tout, des yeux qui ne connaissaient pas le mensonge. Marie le savait mieux que quiconque.
Marie cligna des yeux. Puis elle se mit à cligner rapidement des paupières, le visage étrangement bouleversé.
Elle semblait sur le point de pleurer et, en même temps, de rire. Son cœur se déchaînait si fort qu’elle ne savait pas si elle était triste ou heureuse.
Peut-être honteuse de sa propre réaction, Marie se détourna et cacha son visage derrière ses longs cheveux dorés, qui scintillaient au clair de lune.
Toute la douleur qu’elle avait endurée, au point de croire qu’elle allait mourir, s’effaça comme si elle n’avait jamais existé, remplacée par de la joie. Une joie si intense qu’elle risquait de s’évanouir si elle se laissait aller.
Marie essaya de sourire comme si de rien n’était, mais ses mains tremblantes n’arrêtaient pas d’essuyer ses larmes. Chaque larme qui tombait semblait être une goutte de clair de lune.
« Je peux essuyer tes larmes ? »
Ricart, qui l’observait en silence, prit la parole.
« Qu’est-ce que tu racontes, idiot ? Je vais les essuyer moi-même. »
« Hmm, je crois que Bori avait raison. »
« Hein ? »
« Bori a dit que tu étais Ricky au féminin. »
Les larmes de Marie disparurent aussitôt, tant elle n’en croyait pas ses oreilles. Elle eut un rire sans joie et se tourna vers Ricart. Ses yeux saphir baignés de larmes scintillaient.
Ricart la regardait avec le sourire le plus doux du monde.
« Qu’en dis-tu ? Ça te paraît juste ? »
« Non. Pas du tout. Tu es le pire. »
« Et tu m’aimes même si je suis le pire. »
« Ha ! »
Marie laissa échapper un souffle incrédule. Mais elle ne pouvait pas le nier et, sans même s’en rendre compte, un sourire s’était dessiné sur ses lèvres.
« Alors, ça veut dire que je suis Marie au masculin ? »
« Arrête, Ricky. Ce n’est pas drôle. »
« Pourtant, tu as déjà ri. »
« J’ai ri parce que c’était ridicule. Pas parce que c’était drôle. »
« D’accord, disons que c’est vrai. Bref, comment ça va ? Et l’Académie ? »
« C’est juste ennuyeux. Kalli veut devenir professeur. Tu savais qu’il était secrètement très doué à l’épée ? »
« Vraiment ? Je ne le savais pas. »
« Le livre que Boribori a écrit, tu sais ? Il semble beaucoup aider. »
« Et le mien ? »
« Celui-là… »
Marie ne parvint pas à avouer que personne ne le lisait, faute de comprendre ce qu’il voulait dire.
« Je ne crois pas que beaucoup de gens le lisent. On dirait que seuls les élèves les plus avancés s’y intéressent. »
« Je m’en doutais. Mon livre était vraiment meilleur. »
« … O-ouais. Mais toi, comment ça va ? »
« Ah, oui. Marie, tu as déjà vu un vampire ? Un grand vampire. »
« Un vampire ? »
« Quand on obtient son diplôme, on reçoit sa première mission. Tu connais Sally, n’est-ce pas ? Cette femme… »
Ricart commença à lui raconter la mission de Rang spécial de l’année précédente. L’expérience avait été extraordinaire et, peut-être, était-il là grâce à Armand. Armand lui avait dit de se confronter à lui-même, et Ricart avait peu à peu surmonté sa peur et révélé ses sentiments.
Pourtant, Ricart et Marie continuèrent simplement à discuter, comme s’ils ne s’étaient quittés que la veille. C’était si agréable, et cela suffisait à rendre l’instant merveilleux.
Ils n’avaient besoin de rien d’exceptionnel. Il suffisait qu’ils se regardent pour que chaque petite chose devienne spéciale.
Bientôt, Marie s’assit sur l’appui de la fenêtre et écouta Ricart en baissant les yeux vers lui.
On aurait dit que des étoiles jaillissaient des regards qu’échangeaient le garçon et la fille.
Puis, sans qu’aucun d’eux s’en rende compte, leurs lèvres se rencontrèrent.
Pour que personne ne puisse les épier, des nuages dérivèrent et cachèrent la lune un moment.
Chapitre 15 : La princesse de la forêt de chênes. Fin.
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