Chapitre 73
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 73
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Les vagues s’étalaient sur la plage de sable. En se retirant, elles laissaient derrière elles une surface lisse et plane.
À les regarder en silence, Ricart eut l’impression que les résidus au fond de son cœur s’en allaient eux aussi, laissant son esprit propre et ordonné.
Ricart releva la tête.
Devant lui s’étendait une vaste étendue d’eau, jusqu’aux confins du monde.
C’était la mer, dont il avait entendu parler sans jamais l’avoir vue de sa vie.
Ricart resta un moment à contempler, ébahi, l’horizon sans fin. Quelle pouvait bien être cette grandeur ? Qui, sinon un dieu, aurait pu créer une telle harmonie ?
Il éprouvait à la fois du choc et de l’admiration. Il avait du mal à y croire. La voir de ses propres yeux le bouleversait bien plus que de rencontrer un vampire en chair et en os.
Le vent marin souffla et décoiffa rudement Ricart. Ses cheveux partirent dans tous les sens, mais il n’avait pas le loisir de s’en soucier.
Ce n’était pas la saison idéale pour venir à la mer, mais peu importait. Le vent était peut-être froid, mais il restait doux comparé aux bourrasques hivernales du nord, qui semblaient arracher la chair des os.
Il faisait froid, et pourtant pas vraiment.
Il avait le cœur léger et se sentait parfaitement revigoré.
De petits nuages cotonneux flottaient dans le ciel bleu. Le soleil ne dardait pas sur eux, il les réchauffait simplement de sa lumière.
Et le bruit des vagues ressemblait vraiment au vent qui soufflait sur une plaine.
Ffffff…
« C’est incroyable… »
Ice, qui contemplait la mer un peu plus loin, prit la parole. Lui aussi la voyait pour la première fois.
Les deux jeunes épéistes observèrent longuement la mer. Jusqu’où s’étendait-elle ? S’ils atteignaient son extrémité, tomberaient-ils dans le vide ?
« C’est le bout du monde. »
Ice s’exprima.
« Non. Peut-être que le paradis se trouve quelque part au-delà. Pas dans le ciel. »
L’idée de Ricart lui paraissait plus plausible que celle d’une terre idéale flottant dans les cieux. Il était plus facile d’imaginer une île inconnue, quelque part, où les attendrait un endroit parfait.
Ricart posa doucement le pied sur le sable humide et lisse. Comme dans la neige, ses pas y laissèrent des empreintes. Puis une mince vague roula jusqu’à lui et lui recouvrit la plante des pieds.
Il recueillit un peu d’eau de mer et la goûta.
Bon sang. Elle était vraiment salée !
La plupart du sel que les gens mangeaient était du sel gemme, alors Ricart avait cru que tout le sel provenait des montagnes. Pourtant, cette étendue d’eau infinie était entièrement salée.
Il n’arrivait vraiment pas à y croire. Le sel coûtait cher, et il avait l’impression que même sa notion de l’argent venait d’être bouleversée.
Il reporta son regard sur la mer.
Il aurait beau la contempler des heures, il ne pensait pas s’en lasser. Il se surprit aussi à souhaiter que ses autres amis puissent voir la mer, au moins une fois.
Cette vue rafraîchissante le remplissait d’enthousiasme. Il cria en direction de la mer :
« Waaaaah ! »
Ice se retourna en voyant Ricart se comporter bizarrement et se mit à rire. Puis il poussa lui aussi un cri.
« Waaaaah ! Hahahaha ! »
Le rire leur échappa tout naturellement.
Puisqu’ils étaient déjà venus jusque-là, Ricart se débarrassa de son équipement et plongea dans l’eau salée.
Splash, splash.
Le froid qui semblait lui comprimer le cœur, leurs éclats de rire et ce sentiment de liberté.
Ice se jeta à son tour dans l’eau. Tous deux s’éclaboussèrent comme des enfants.
Depuis l’Antiquité, l’immersion dans l’eau salée revêtait une signification sacrée. Autrement dit, Dieu avait préparé le salut de tous les hommes.
Mais, quoi qu’il en soit, il était difficile de gérer les conséquences.
Au bout d’un moment, ils allumèrent un feu de camp pour se sécher. L’automne était déjà bien frais, et ils risquaient facilement d’attraper une pneumonie s’ils ne faisaient pas attention.
Ricart et Ice suspendirent leurs vêtements mouillés près du feu et grelottèrent.
Cela dit, tout seul, ç’aurait été pitoyable. Puisqu’ils avaient fait les idiots ensemble, ils ne pouvaient que rire.
« Qu’est-ce que tu feras quand tu deviendras Maître de l’Épée ? »
En temps normal, Ricart ne cherchait pas à savoir ce que ses amis préféraient garder pour eux, mais, pour une raison quelconque, il pouvait lui poser la question sans cérémonie.
« Eh bien, je ne sais pas. »
« Tu devras retourner à l’église quand tu seras Maître de l’Épée ? »
« Probablement… »
« C’est dommage. J’aimerais qu’on puisse rester tous ensemble pour toujours. »
« Moi aussi. Mais si je ne fais pas ce que je dois faire, la mort de mon cadet n’aura servi à rien. »
« Tu peux me parler de ton cadet ? »
Ice ne répondit pas tout de suite. Il contempla le feu de camp pendant un moment. Les flammes vacillantes n’étaient pas vives, mais douces.
« Il souriait souvent. Mais c’est à cause de ça qu’il a commis un péché. Il a été puni et il est mort. J’ai dû cracher sur le cadavre de mon cadet. Seule la dévotion à Dieu peut donc le sauver. »
Ricart ne comprenait pas, mais par égard pour Ice, il ne critiqua pas sa religion.
Pourtant, peut-être que l’amour d’Ice pour son cadet était plus fort encore que sa foi.
Ice semblait souffrir d’avoir assisté à la mort de son cadet sans rien pouvoir faire. Pire encore, au lieu de récupérer son corps, il avait craché dessus.
Sa douleur était trop profonde pour que Ricart puisse se contenter de lui dire que c’était du passé et qu’il devait oublier. D’ailleurs, une telle remarque aurait pu profondément l’offenser.
Ice semblait aussi culpabiliser à l’idée d’être heureux alors que son cadet était mort dans des conditions si misérables. Avait-il seulement le droit de l’être ?
Une douleur à laquelle il ne pouvait échapper.
Ice était prisonnier d’une cage sans barreaux, et s’y débattait en vain.
« … Sourire était devenu un péché. Alors qu’il y a tant d’eau salée dans le monde. »
« Oui. J’aurais aimé que mon cadet puisse voir la mer, lui aussi. »
« Peut-être qu’il l’a déjà vue avant toi. »
« Hein ? »
« Quelque part, au loin, il doit y avoir une île pour les âmes malheureuses. Un endroit sans douleur ni souffrance. Il t’y attendra. Si vous vous retrouvez un jour, il t’accueillera avec le sourire. »
Ice regarda Ricart en silence, puis se contenta de sourire.
Des étoiles innombrables scintillaient au-dessus de la mer noire. Oui, il y avait tant de belles choses en ce monde.
Les vagues murmuraient doucement, le feu crépitait et les étoiles brillaient dans le ciel.
Le lendemain matin, Ricart et Ice secouèrent le sel de leurs vêtements secs et les enfilèrent. Ils s’équipèrent à nouveau et prirent la route vers le sud, le long de la côte.
Ils partirent à l’aube et arrivèrent à Harlen dans la matinée.
Comme la veille, où ils avaient découvert la mer pour la première fois, Ricart et Ice découvrirent une grande ville.
Ernberg était une petite ville d’environ mille habitants. Rainfurt était la plus grande cité qu’ils eussent vue jusque-là, mais elle ne faisait pas le poids face à Harlen.
Ricart n’arrivait même pas à estimer l’étendue de Harlen. La ville comptait apparemment bien plus de dix mille habitants. Son port était immense, ses navires gigantesques et son marché regorgeait de toutes sortes de marchandises exotiques.
Ricart avait cru que Stormhertz était un trou perdu, mais il semblait que tout le nord n’était qu’une contrée arriérée.
Ricart aborda d’abord un poissonnier au marché pour lui demander son chemin. L’odeur de poisson qui émanait des piles sur l’étal lui donnait le tournis, mais il ne fit pas la grimace.
« Excusez-moi. Savez-vous où je pourrais trouver la Troupe acrobatique Rose ? »
« … Eh bien, le nom ne me dit rien, mais si vous voulez voir des acrobates, il faut aller plus loin dans la ville. »
« Ah bon ? Vous pourriez m’indiquer à peu près où ? »
« Commencez par trouver le Grand Temple, puis allez vers le sud. Demandez aux gens du coin, ils vous renseigneront. »
« Je vois. Merci. »
Ricart tendit une pièce de cuivre au poissonnier, puis s’éloigna.
Il ne fut pas difficile de trouver le Grand Temple de Harlen. C’était l’un des bâtiments les plus importants de la ville, et on le voyait de loin tant il était imposant.
Une place s’étendait devant le Grand Temple. En son centre se dressait un échafaud maculé de sang. Aucune exécution publique n’y avait lieu pour l’instant, alors les enfants de la ville l’utilisaient comme terrain de jeu.
Après avoir marché un moment vers le sud, ils aperçurent des bateaux qui circulaient dans les canaux. Les maisons étaient étroites et longues, serrées les unes contre les autres. Les canaux dégageaient une légère puanteur, mais rien de terrible.
Ricart s’arrêta auprès d’un autre passant et l’interrogea.
« Excusez-moi, où peut-on voir la Troupe acrobatique Rose ? »
« Hein ? Vous êtes des voyageurs ? »
« Oui, plus ou moins. »
« Alors, vous aurez du mal à assister au spectacle. Il vous faut une invitation pour entrer. L’endroit se trouve près d’une entrée des catacombes. Prenez la route là-bas, tournez à droite et continuez tout droit. Vous devriez trouver. »
Les catacombes étaient des cimetières souterrains qui existaient depuis l’Antiquité. Elles différaient d’une ville à l’autre, mais certaines étaient si vastes et labyrinthiques qu’on pouvait s’y perdre.
« Je vois. Merci. »
« Je vous en prie. Bon voyage. »
Le passant leur adressa un grand sourire. Contrairement aux gens du nord, francs et rudes, ceux d’ici semblaient plus détendus.
Ricart et Ice suivirent ses indications. Après avoir marché un moment, ils trouvèrent une entrée des catacombes condamnée par une grille de fer. Un très grand bâtiment se dressait juste à côté.
Comme prévu, une enseigne fixée au mur portait le nom de Jardin des Roses.
« Je crois que c’est là. Trouvons d’abord une auberge. »
« Oui. »
Maintenant qu’ils avaient repéré les lieux, il était temps de s’installer et d’établir un plan.
Ricart et Ice trouvèrent un logement non loin du Jardin des Roses. Ils défirent leurs bagages, mangèrent du hareng fumé, puis parcoururent les ruelles pour repérer les environs.
« Ces catacombes ne te paraissent pas suspectes ? »
Ricart posa la question alors qu’ils traversaient une ruelle où le soleil perçait rarement.
« Ça ne fait presque aucun doute. »
« Ils n’opèrent sans doute pas au grand jour. Ce serait l’endroit idéal pour attirer les soupçons. »
« Mais comment se faire inviter ? On devrait se faufiler à l’intérieur cette nuit ? »
« C’est une race nocturne. Agir de nuit, ce serait leur céder l’avantage. »
« Hmm… »
« Observons les lieux pour l’instant. Rien ne presse. Nous devrons peut-être affronter un vampire supérieur. Restons prudents. »
« Tu veux aller voir la Guilde des voleurs ? »
Toutes les villes avaient une Guilde des voleurs, telle une ombre là où il y avait de la lumière. Ses membres savaient peut-être quelque chose sur les vampires.
Mais Ricart secoua la tête.
« Observons aussi la situation de ce côté-là. Je ne pense pas qu’il soit judicieux de révéler qui nous sommes. »
Même une bête redoutable commençait par se dissimuler et observer en silence lorsqu’elle chassait une proie plus petite. Ricart n’était pas du genre à fanfaronner en se fiant uniquement à son talent à l’épée.
Le premier jour, ils explorèrent donc les environs de leur logement et repérèrent les portes de la ville, ainsi que leurs heures d’ouverture et de fermeture.
Plus tard, ils retournèrent à l’auberge et observèrent le Jardin des Roses depuis la fenêtre, cette nuit-là.
Comme prévu, une fois la nuit tombée et les gens ordinaires couchés, des lumières s’allumèrent dans le bâtiment et des visiteurs commencèrent à arriver un à un. Certains venaient en carrosse et semblaient riches.
Tous portaient pourtant une longue cape noire qui leur couvrait presque tout le corps, des gants blancs et un chapeau élégant. Leur tenue était extrêmement formelle.
Ricart et Ice observèrent simplement la scène en silence. Peu après, les portes se refermèrent une fois que tout le monde fut entré.
Bien plus tard, les gens commencèrent à ressortir. Ils riaient de bon cœur, peut-être parce qu’ils avaient assisté à un spectacle divertissant. Ceux qui étaient venus en carrosse repartirent dans leur véhicule, tandis que les autres rentrèrent à pied.
« Il en manque huit. »
« Hein ? »
« Le nombre de personnes qui entrent et qui sortent ne correspond pas. Huit personnes ont disparu. »
Ice était souvent impressionné par les capacités de Ricart, mais celui-ci parvint une nouvelle fois à l’épater. Il avait compté tous les visiteurs et comparé le nombre d’entrées à celui des sorties.
Et il faisait nuit, alors on distinguait mal les gens.
« Pourtant, ils riaient. »
Ice prit la parole. Les visiteurs avaient eu l’air de s’amuser tellement qu’il était difficile d’imaginer qu’il se soit passé quelque chose à l’intérieur.
« Pour des vampires, ce serait facile d’éliminer quelques personnes sans que personne ne s’en aperçoive, non ? »
« Hmm… C’est vrai que c’est suspect. »
« Mais n’oublie pas que notre mission consiste uniquement à tuer le vampire nommé Armand. »
« Oui. »
Ice acquiesça.
Le lendemain, Ricart et Ice se contentèrent de parcourir les environs une nouvelle fois. Toutefois, les catacombes ne possédaient pas qu’une seule entrée. Il y en avait plusieurs.
Certaines n’étaient pas condamnées, et des vagabonds s’étaient installés à proximité, avec des feux allumés et des tentes dressées.
Ils semblaient extrêmement vulnérables aux attaques des vampires, mais ne paraissaient pas avoir de problèmes pour vivre là. Et, pour des vagabonds, ils étaient plutôt propres, aussi bien de visage que de tenue.
Cette nuit-là, Ricart et Ice observèrent de nouveau le Jardin des Roses depuis la fenêtre de leur auberge. Des gens se rassemblèrent pour assister au spectacle et, une fois encore, moins de personnes ressortirent qu’il n’en était entré.
Cette nuit-là, il en manquait cinq.
Le lendemain, ils continuèrent de la même façon, à discuter de la marche à suivre : entrer dans les catacombes ou tendre une embuscade aux spectateurs en pleine nuit pour leur voler leurs invitations.
Puis, après que tout le monde fut entré dans le théâtre, un gentilhomme sortit. Il regarda droit vers l’endroit où se trouvait Ricart, retira son chapeau et s’inclina poliment.
Comme s’il savait parfaitement qu’ils l’observaient.
Puis il remit son chapeau et rentra dans le bâtiment. La porte se referma.
Ricart et Ice écarquillèrent les yeux et se regardèrent.
Ricart eut un grand sourire.
« Hé hé, on s’est fait repérer. Comment a-t-il su ? »
« Ils ont l’œil, dis donc. »
Ils semblaient les avoir remarqués, alors que Ricart et Ice n’avaient rien fait de suspect. L’auberge et le théâtre n’étaient même pas si proches l’un de l’autre. Bien sûr, ils n’avaient pas observé les lieux avec une lumière allumée dans leur chambre.
Le lendemain, l’aubergiste remit à Ricart et Ice une invitation de la Troupe acrobatique Rose.
On aurait dit une invitation à entrer dans l’arène.
Ricart savait se montrer prudent quand il le fallait, mais aussi audacieux. Il estima que c’était peut-être la meilleure solution.
Curieux de voir à quoi ils ressemblaient, il se rendit aussitôt chez un tailleur, se fit confectionner des vêtements de cérémonie, puis attendit la nuit.
Au fil des heures, le soleil disparut peu à peu.
À l’heure où la race nocturne s’éveillait, Ricart et Ice enfilèrent des gants blancs, des costumes élégants et de longues capes noires. N’emportant chacun qu’une dague, ils prirent la direction du Jardin des Roses.
Ce soir-là, les étoiles dans le ciel ne semblaient pas belles.
Elles paraissaient ricaner de façon sinistre.
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