Chapitre 7
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 7
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* * *
Une tunique de lin, une ceinture, des chaussures de cuir, un manteau de laine et une cape de voyage, un poignard et une besace. Voilà tout ce que possédait Ricart.
Il n’avait plus de foyer où retourner, et rien ne lui garantissait qu’il reverrait sa famille.
En voyant les choses du bon côté, un nouvel avenir et un nouveau monde s’ouvraient à lui. En les voyant du mauvais, il s’engageait sur une route semée d’épreuves comme il n’en avait jamais connu.
Avoir vécu une première vie s’avérait parfois utile. Quoi qu’il fasse, rien ne l’effrayait vraiment.
Ricart franchit la frontière de Stormhertz, qu’il n’avait jamais quittée depuis sa réincarnation, et marcha toute la journée, à l’exception de deux courtes pauses.
La nuit tomba tôt sur le col de montagne, et la brise fraîche se fit glaciale. Le coursier se mit en quête d’un endroit où camper.
L’endroit semblait fréquenté par les voyageurs de passage. Il les abritait assez bien du vent, et un tas de cendres noires reposait dans un foyer improvisé, entouré de grosses pierres.
Le coursier frotta habilement son silex contre les brindilles sèches et la paille qu’il avait apportées. Clic, clic. Quand la flamme prit, il l’alimenta avec du bois ramassé dans les environs.
Bientôt, le feu grandit et se mit à crépiter. Crépite, crépite.
Ricart s’installa confortablement et sortit de sa besace les provisions de voyage enveloppées dans un tissu.
Sa belle-sœur les avait préparées en mélangeant des céréales, du miel, du sel et d’autres ingrédients, puis en cuisant le tout à la vapeur avant de le faire sécher.
Elles étaient si dures qu’il devait les attaquer avec ses incisives ou les briser. Croc, croc. Puis il les ramollissait dans sa bouche avec sa salive. Elles avaient un goût de noix, salé et sucré à la fois.
L’équilibre des saveurs était tel qu’elles étaient bien plus que simplement mangeables : c’était un vrai régal. Ricart sentait toute l’attention de sa belle-sœur dans ces bouchées.
« Tu as déjà voyagé ? »
Le coursier lui posa soudain la question.
« Non. »
« Tu peux me parler plus simplement. Sinon, ça me met mal à l’aise. »
« Ah bon ? D’accord. »
« C’est drôle. De nos jours, il y a plein de gens qui ne sont pas nobles, mais qui se donnent des airs parce qu’ils ont de l’argent. Alors que les véritables nobles de naissance sont souvent polis. »
« Je fais simplement ce que ma mère m’a appris. Elle m’a dit de respecter les adultes. »
« Enfin, c’est vraiment la première fois que tu voyages ? »
« Oui. Pourquoi ? »
« Eh bien… tu n’as pas l’air inquiet ni anxieux. »
C’était une époque où l’on pouvait se faire tuer par des bandits sur la route sans qu’il soit possible de retrouver les coupables. La traite des êtres humains était monnaie courante dans l’ombre, et les nobles étaient souvent enlevés contre rançon.
Pourtant, ce garçon de dix ans quittait son foyer pour la première fois et s’engageait dans un long voyage sans montrer le moindre signe d’inquiétude ou d’anxiété. Était-il simplement ignorant du monde ?
Ricart se contenta d’un léger sourire. Il finit son repas, puis posa à son tour une question.
« Ça vaut le coup, le métier de coursier ? »
« Ça vaut le coup ? Avoir un travail, c’est une bénédiction. Ça règle le problème de mettre de quoi manger sur la table. J’ai rencontré beaucoup de monde grâce à ce métier et, même si je l’arrêtais, j’ai assez de relations pour trouver une place quelque part. Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis affilié à l’Empire. Hahaha. »
« Tant mieux. »
« Au fait, tu comptes devenir aventurier ? »
« Pour l’instant. »
« Je ne sais pas. De nos jours, même les nobles deviennent aventuriers. Tu le savais ? Autrefois, les aventuriers livraient même des lettres, comme moi. À bien y réfléchir, je suis donc un aventurier, moi aussi. »
« Aventurier ou pas, je me fiche du nom qu’on donne à ça. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si cette guerre valait la peine d’être menée. Le territoire de l’expédition à l’est… Il s’appelle Fernland, maintenant, non ? Enfin, peu importe. »
« … Quoi ? Ça t’intéresse, ce genre de choses ? »
« C’est personnel. Je sais que tu ne comprendras peut-être pas. »
Le coursier avait l’air de ne vraiment pas comprendre. Mais que pouvait-il faire, puisque Ricart lui disait que c’était ce qui l’intéressait ?
« Mais l’Académie n’a pas très bonne réputation. Je ne sais pas si je devrais te dire ça. »
« Pourquoi ? Il y a un problème ? »
« Oui et non. Je ne sais pas exactement ce qui se passe là-bas. Mais on raconte que les élèves de l’Académie meurent souvent ou finissent à moitié estropiés. Je l’ai vu de mes propres yeux. Les académies se comportent comme si elles se vouaient une haine héréditaire. Elles n’hésitent pas à faire couler le sang. Elles se battent jusqu’à se mettre en pièces, font la paix, puis recommencent. Tu es encore jeune, jeune maître, alors tu ne seras pas entraîné dans ces conflits tout de suite. Mais quand tu seras plus grand, qui sait ? À mon avis, les guildes tirent les ficelles derrière tout ça. »
« Tu veux dire que les élèves de l’Académie sont utilisés dans les conflits entre guildes ? »
« C’est ce que je pense. Au fond, les aventuriers m’ont toujours mis un peu mal à l’aise. La différence, c’est qu’avant, les gens les méprisaient. Maintenant, ils leur font un peu peur. »
Bien qu’il ne fût pas si âgé, le coursier n’arrêtait pas de parler du « bon vieux temps ». Peut-être prenait-il des airs de vieux sage devant le jeune Ricart.
Ricart ne prit donc pas ses paroles au pied de la lettre. Mais il ne les rejeta pas non plus. Il les accepta simplement comme un aperçu du fonctionnement du monde.
« Il doit bien y avoir une raison. Qu’elle soit ridicule ou importante. »
« Tu n’as pas peur, jeune maître ? »
« Pourquoi ? Tu voudrais que j’aie peur ? »
« Pas du tout. Mais à ta place, je rentrerais tout de suite, j’attraperais le seigneur par la jambe de son pantalon et je le supplierais de m’envoyer dans un monastère. Être moine, c’est mieux qu’on ne le croit. Le week-end, on va au village s’amuser avec de gentilles filles de la campagne. Même si on en met une enceinte, pas besoin d’assumer. On peut boire, on ne paie pas d’impôts et on n’a jamais à se soucier de ce que pense le seigneur. »
« Les moines que j’ai rencontrés n’étaient pas comme ça. »
« Sans vouloir te vexer, Stormhertz est un peu paumé, non ? Les gens des régions centrales ont aussi tendance à être têtus et étroits d’esprit. Ceux de l’ouest sont passionnés et ouverts. Il te suffit donc d’entrer dans un monastère de la région occidentale. »
« Vraiment ? Stormhertz se trouve dans la région centrale ? »
« Plutôt dans le centre-sud. »
« Tu me trouves têtu et étroit d’esprit ? »
« Hahaha, pas du tout. Tu es encore jeune, jeune maître. Bref, dès que j’aurai assez d’argent de côté, je partirai vers l’ouest et j’ouvrirai une cave. »
En vérité, le coursier n’était jamais allé dans l’ouest. Il n’avait fait que livrer des lettres dans la région centrale.
Il avait dû entendre des histoires racontées par quelqu’un et bâtir son rêve autour d’elles : de belles femmes ouvertes d’esprit, du bon vin, un climat agréable, des terres fertiles, ce genre de choses.
Ce n’était pas un mauvais rêve, pensa Ricart. Qu’il soit grandiose, modeste ou terre-à-terre, peu importait, tant qu’il donnait à cet homme une raison de continuer à vivre.
« Comment tu t’appelles ? Je ne peux pas continuer à t’appeler “coursier”. »
« Arno. Quand j’étais jeune, on m’appelait Pied-de-Lapin. Je suis doué pour prendre la fuite, tu vois. C’est pour ça que ce métier me convient. Tu savais que les coursiers prêtent serment, comme les chevaliers ? »
« Quel genre de serment ? »
À la question de Ricart, Arno se redressa soudain et prit un ton solennel.
« Au nom de Dieu et de l’Empereur, je jure de ne pas boire pendant mon service, de ne maltraiter personne, de livrer le courrier quoi qu’il arrive et d’accomplir mon travail avec honnêteté et diligence, sans en ouvrir le contenu. Si je manque à ce serment, je deviendrai un criminel de l’Empire et tomberai en enfer à ma mort. »
Cela semblait excessif d’imposer un tel serment à un simple coursier, mais ce métier ne pouvait exister sans confiance.
C’était pourquoi les nobles confiaient leurs lettres à leurs serviteurs ou à des personnes de confiance, plutôt qu’à un employé du Bureau de la Guilde impériale.
Pourtant, le serment était clairement différent de celui des chevaliers. Il n’y était pas question de combat, ni de ne jamais reculer face à l’ennemi ou de risquer sa vie pour défendre son honneur.
Malgré tout, Arno semblait éprouver une certaine fierté professionnelle.
Ils ne feraient route ensemble que peu de temps, mais après avoir marché côte à côte toute la journée et partagé un feu de camp ce soir-là, ils ne purent s’empêcher de se rapprocher un peu.
Dans le cadre de son métier, Arno avait voyagé partout et entendu de nombreuses histoires. Il avait de quoi parler.
Il semblait lui aussi heureux d’avoir quelqu’un à qui parler. Une nuit à l’abri de la solitude s’écoula.
Tôt le lendemain matin, ils étouffèrent soigneusement les dernières braises en les écrasant sous leurs pieds, puis se remirent en route. Ils franchirent le col et prirent la direction du nord-est.
Ricart était assez jeune pour que la marche continue l’épuise, mais il le suivit sans se plaindre. Même sans entraînement physique particulier, il avait passé son enfance à courir dans les bois et les champs.
À la campagne, il n’y avait pas grand-chose à faire, alors il faisait souvent des courses à pied. Comme ses adversaires étaient tous des garçons plus âgés, Ricart avait toujours dû se dépasser.
Pourtant, même épuisé, il dormait toute la nuit et se réveillait frais et dispos le lendemain. Puis il repartait courir partout.
Mais même si l’endurance n’était pas un problème, un voyage réservait bien des imprévus.
À cause de son travail, Arno empruntait souvent des raccourcis que seuls les initiés connaissaient. À l’entrée d’un autre col, ils tombèrent sur un groupe de personnes.
Des carrosses et des charrettes étaient arrêtés au bord de la route, et les gens avaient planté des tentes autour pour y vivre.
Certains ressemblaient à de jeunes mariés. D’autres semblaient appartenir à de grandes familles, des grands-mères aux petits-enfants en passant par les cousins. Il y avait aussi un marchand et deux hommes armés chargés de le protéger. En tout, ils étaient un peu plus de vingt.
Même Arno, qui livrait des lettres pour gagner sa vie, trouvait étrange de voir des gens aussi différents réunis en un seul endroit. Ce n’était pas un lieu où l’on s’installait.
Ils dévisagèrent Arno et Ricart, qui passaient sur cette route isolée.
« Bonjour. Je suis coursier pour le Bureau de la Guilde impériale. Vous organisez une fête du printemps ? »
Arno s’approcha avec un sourire détendu et leur demanda ce qu’ils faisaient là.
Personne ne répondit. Tandis que le silence gênant s’éternisait et que le sourire amical d’Arno commençait à se figer, le marchand, qui se réchauffait près d’un feu un peu plus loin, prit la parole.
« Nous attendons des gens. »
« Vraiment ? Ça doit être quelqu’un d’important. Puis-je vous demander qui vous attendez ? »
« Nous n’attendons personne en particulier. Nous essayons simplement de réunir assez de monde. Mais après trois jours entiers, nous n’avons trouvé qu’un jeune homme et un petit garçon. Ça ne rime pas à grand-chose. »
Arno jeta un coup d’œil à Ricart, qui se tenait à côté de lui, puis se tourna de nouveau vers le marchand.
« Réunir assez de monde ? Pourquoi ? »
« Plus nous sommes nombreux, moins les bandits risquent de s’approcher. »
« Des bandits ? Il y en a par ici ? »
« Pourquoi crois-tu que je reste assis ici à perdre mon temps ? Chaque jour me coûte de l’argent. »
Le marchand désigna un endroit d’un mouvement de tête. Plusieurs monticules de terre s’y dressaient, surmontés de croix de bois grossières. Des tombes fraîchement creusées.
Arno n’avait pas emprunté cette route depuis quelque temps, mais des bandits y avaient fait leur apparition.
Les voleurs et les bandits n’avaient rien de rare. C’était une époque où il était difficile de gagner sa vie et où les punitions étaient sévères ; beaucoup choisissaient donc de devenir bandits.
« On devrait faire demi-tour ? »
demanda Ricart.
« Comme tu l’as vu en venant, c’est la seule route, jeune maître. Si nous faisons demi-tour, nous aurons du mal à arriver à temps. »
Ricart devait arriver à l’Académie le quatorze. Leur départ avait déjà été un peu juste, et faire un long détour risquait de lui faire manquer l’échéance.
De plus, Arno ne l’accompagnait pas jusqu’à destination. Ils devraient trouver un autre guide à Rainfurt.
« S’ils ont tué des gens, c’est qu’ils sont allés jusqu’au bout… »
marmonna Arno, l’air contrarié. Rainfurt se trouvait juste après ce col.
« On n’est qu’au début du printemps, alors le trafic commercial ne doit pas être très important. Sinon, les marchands auraient pu se regrouper et passer. Je ne pense pas que ça serve à quelque chose d’attendre. »
Ricart prit la parole. Le coursier ne voyait pas comment un enfant pouvait savoir ce genre de choses, mais il avait raison.
Le marchand semblait être arrivé à la même conclusion. Il avait attendu plusieurs jours, au cas où, mais seuls Arno et Ricart s’étaient présentés. Il ne pouvait plus retarder son départ.
S’il restait, il finirait seulement par épuiser ses provisions. Dans le commerce, le temps et la distance, c’était de l’argent. Plus les marchandises parcouraient rapidement une longue distance, plus elles rapportaient. Plus un court trajet prenait de temps, plus les pertes augmentaient.
Mais le marchand n’aimait pas l’idée de prendre le risque seul. Il observa les autres et prit la parole.
« De toute façon, le seigneur vous fera arrêter et tuer si vous rentrez. Vous ne feriez pas mieux de risquer votre vie là où vous avez au moins une chance de vous en sortir ? »
Ricart ignorait ce qui leur était arrivé, mais ceux qui ressemblaient à de simples gens du peuple semblaient être des fugitifs.
« Nous sommes déjà assez nombreux. Si nous attendons davantage, tes vivres ne feront que s’épuiser. Prenons une décision. Je passerai devant. »
Il avait clairement l’air de vouloir répartir le danger entre tous pour trouver une occasion de s’en tirer seul. Mais tout le monde pensait la même chose ; inutile donc de traiter le marchand de lâche.
Fidèle à son métier, il leur proposa une sorte de marché. Le mot « vivres » fit mouche : ils démontèrent leurs tentes et se préparèrent à partir.
Il n’y avait que deux hommes armés et, Arno mis à part, seulement cinq ou six hommes adultes.
« Chance ou malchance, on dirait que nous n’avons pas le choix, jeune maître Ricky. »
« On ne peut pas juger la chance à son seul résultat. C’est à nous de la fabriquer. »
« C’est vrai ? Ce serait bien si on pouvait vraiment fabriquer sa chance. J’en ferais des tonnes et je deviendrais riche à crever en jouant aux dés. Reste près de moi. Je vais essayer de nous porter chance. »
« D’accord. Merci. »
À la mention des paris aux dés, Ricart répondit en riant, incrédule. Puis ils rejoignirent le groupe et gravirent le col.
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