Chapitre 69
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 69
──────
La paume de Ricart le lançait. De légères traces de sang marquaient le bandage, mais elles ne s’étaient pas étendues.
Ricart pensa à Marie. Pourtant, il avait beau y réfléchir, il n’y comprenait rien.
Était-ce de la compassion ? De la sympathie ? De la culpabilité ? De l’intérêt ? De l’amour ?
Il n’en savait rien.
Finirait-il par trouver la réponse en prenant son temps et en y réfléchissant sérieusement ? En matière d’amour, Ricart ne pouvait que reconnaître qu’il n’y comprenait vraiment rien.
L’amour apportait de la joie. L’amour apportait de la douleur. L’amour apportait du bonheur. L’amour apportait du malheur.
Il était plus changeant que le feu, et bien plus brûlant. Aimer quelqu’un, c’était comme faire rôtir son cœur tout entier au-dessus des flammes.
C’était pour cela que Ricart ne pouvait pas comprendre l’amour.
Clac, clac, clac, clac, clac !
Le bruit de quelqu’un qui mangeait goulûment tira Ricart de ses pensées. Il leva les yeux vers la personne assise en face de lui.
Ricart avait déjà vu Sally manger, mais cela tenait davantage du massacre de nourriture que du repas.
Boribori et Delphi la fixaient, interdites, comme si elles se demandaient quel genre de personne elle était.
Sally était plutôt belle, mais la voir fourrer de la nourriture dans ses deux joues comme un écureuil avait quelque chose d’étrange. On aurait dit qu’elle était possédée par le fantôme d’une personne morte de faim.
Le plus étonnant, c’était qu’elle gardait une silhouette aussi fine malgré tout ce qu’elle mangeait.
Après avoir englouti de la nourriture pendant un moment, Sally vida d’une traite un bol de soupe froide, puis s’adossa à sa chaise en lâchant un énorme rot.
« Buuuuurp ! Ouf, c’était bon. »
« … »
« Bref, où en étais-je ? »
« Vous disiez que vous étiez devenue la nouvelle Maîtresse de guilde. »
Delphi répondit. Ricart pencha la tête.
« Et Dunkel ? Il est mort ? »
« Ouais. J’ai tué ce bon à rien. Maintenant, c’est moi la Maîtresse de guilde. »
C’était faux, une simple plaisanterie malicieuse. Mais, comme sa voix ne trahissait pas la moindre amusement, ce n’était pas très drôle.
Apparemment, Sally avait été mise en avant pour servir de figure de proue. L’identité de Dunkel avait été découverte pendant la guerre.
Ils avaient pu le deviner sans qu’on le leur dise.
« Alors, est-ce qu’il y a quelque chose que nous devons faire chacun de notre côté ? »
« Oui. Après avoir obtenu leur diplôme de l’Académie, tout le monde doit accepter sa première mission de la guilde. On pourrait appeler ça le premier et le dernier examen. Ça sert en tout cas à déterminer grossièrement votre rang. Mais vous avez déjà tous les deux un rang, alors… voyons voir. »
Ricart et Boribori étaient déjà des aventuriers de rang élevé. Tant qu’ils avaient été élèves, on les avait simplement considérés comme tels, mais maintenant qu’ils avaient obtenu leur diplôme, ils étaient officiellement des aventuriers de rang élevé.
Sally sortit de sa poche une pile de cartes. D’un geste exercé, elle les fit défiler rapidement une à une, frrt, frrt, frrt, puis en choisit trois en un instant.
Après avoir écarté les assiettes et les bols vides, elle posa les trois cartes face cachée sur la table.
« Il y en a une facile, une difficile et la dernière est dangereuse. Laquelle choisissez-vous ? »
« C’est quoi, la facile ? »
demanda Ricart.
« Je ne peux pas vous donner les détails avant que vous acceptiez la mission. C’est pour ça que les cartes sont face cachée. »
« Et la difficile, à quel point l’est-elle ? »
« Je sais de quoi tu es capable. Mais là, il ne s’agit pas de maniement de l’épée. C’est plutôt du travail physique. Il faut se servir de son corps, alors c’est difficile. »
« Et la dangereuse ? »
« Peu de chances de réussir. Si tu échoues, c’est la mort assurée. »
Ricart regarda Boribori, lui demandant silencieusement son avis.
« Prenons la facile. »
dit Boribori.
« D’accord. »
Mais Sally secoua la tête.
« Non. Vous devez en choisir une chacun. Vous ne ferez pas ça ensemble. Vous pouvez demander de l’aide à d’autres personnes ou à d’autres clans, mais puisque vous avez obtenu votre diplôme en même temps, vous ne pouvez pas travailler ensemble cette fois-ci. Après tout, c’est un examen. »
Ricart n’hésita pas. Il prit la carte facile et la tendit à Boribori, puis choisit la carte dangereuse.
« Euh… »
Boribori fut un peu décontenancée, mais Ricart avait déjà retourné la carte.
<Mission de Rang spécial : éliminer le grand vampire Armand von Banshtein
Client : le comte Leman von Banshtein>
À peine Ricart eut-il lu l’intitulé que Sally lui arracha la carte et la brûla à la flamme d’une bougie. Elle ne toucha pas à celle de Boribori.
Ce n’était qu’une mission d’escorte de caravane.
« Quelle est la récompense ? »
demanda Ricart d’un ton calme.
« Ils disent qu’ils paieront en nature plutôt qu’en argent. »
« Qu’est-ce que c’est ? »
« L’Huile sacrée d’Illya. »
Ricart et Boribori échangèrent un regard. Ils en avaient justement parlé à l’Académie, plus tôt dans la journée.
L’histoire d’un héros qui n’avait pas pu marcher depuis sa naissance jusqu’à l’âge de trente ans.
« Ça ressemble à des conneries. »
« Essaie donc de dire ça en face du comte. »
« Ça existe vraiment, ce genre de chose ? »
« Je n’en sais rien non plus. »
Difficile de croire à un objet dont on ne parlait que dans les légendes.
« Euh, je dois y aller seul ? »
« Une personne de confiance devrait suffire, je pense. Dans tous les cas, gardez ça aussi discret que possible. Je sais que vous vous en occuperez bien. Mais est-ce que tu comprends à quel point c’est dangereux ? »
« C’est vous qui nous avez dit de choisir. »
« C’est vrai, mais tu es beaucoup trop calme. Je ne crois pas que tu comprennes à quel point c’est sérieux. Tu aurais dû choisir la difficile. »
Elle avait dit que les chances de réussite étaient minces et que l’échec signifiait une mort certaine, mais Sally ne s’était pas attendue à ce que Ricart la choisisse vraiment.
Était-ce l’assurance que lui donnait son immense talent, ou était-il simplement aussi audacieux ? Il n’avait pourtant pas l’air arrogant.
« Dans ce cas, vous n’auriez dû proposer que la facile. »
« Ce serait moins amusant. »
« C’est vrai. »
Ricart était exceptionnel, qu’il s’agisse de son talent ou de son courage.
Mais Sally n’était pas exactement quelqu’un de normal non plus.
Peut-être parce qu’elle n’était pas Dunkel, Sally semblait franchement manquer de retenue. Le genre à provoquer des ennuis juste parce qu’une chose l’intriguait.
En réalité, la guilde acceptait rarement les missions de Rang spécial. « Rang spécial » revenait à renoncer à classer la difficulté ; on laissait donc souvent ces missions de côté.
Pour faire simple, une mission de Rang spécial était quelque chose que personne ne pouvait accomplir.
« Donc, je ne suis pas obligé de commencer tout de suite, c’est bien ça ? »
« C’est ça. Parle-en d’abord avec le chef de ton clan. Tu peux aussi renoncer à la mission. Il suffit de nous prévenir. Si tu décides vraiment de t’en charger, nous te fournirons une avance. »
De toute façon, ils appartenaient à un clan. C’était au clan de décider des déplacements d’un aventurier, et la guilde ne pouvait pas leur donner d’ordres.
C’était comme un système féodal.
Seule la première mission après l’obtention du diplôme de l’Académie pouvait être directement attribuée par la guilde. En temps normal, la mission était transmise au chef du clan, qui décidait ensuite de l’attribuer ou d’en discuter avec l’aventurier.
Après avoir bavardé un peu avec Sally, Ricart se leva.
« Nous allons y aller. »
« Félicitations. »
« Pour quoi ? »
« Pour être devenus aventuriers. Rien que survivre à l’Académie, c’est impressionnant. »
Sally semblait penser à l’Académie de l’époque où la violence faisait rage, où les élèves se suicidaient et où on leur confiait des missions dangereuses.
Mais l’Académie avait été différente à l’époque de Sally, quand Ricart s’y était inscrit, et aujourd’hui.
Ricart sourit faiblement et secoua la tête.
« Ce n’est plus comme avant. »
« Hein ? »
« Nous allons y aller. Nous reverrons Dunkel un jour. »
Ricart quitta le bâtiment de la Guilde de Beringen avec ses amis. Ils allèrent ensuite voir Molty et Lara, qui avaient renoncé à devenir aventuriers pour fonder une famille.
Ils avaient une nouvelle vraiment heureuse à leur annoncer.
Ils avaient eu un bébé.
Le bébé de Molty et Lara surprit beaucoup Ricart. Il avait du mal à y croire. L’existence même de cet enfant lui semblait étrange et merveilleuse.
Même s’ils ne possédaient pas grand-chose, Molty et Lara avaient l’air heureux. Les colons nords qui vivaient autour d’eux les avaient aussi reconnus et acceptés comme voisins.
Tous les cinq se réunirent dans leur petit foyer chaleureux et évoquèrent le passé. Le temps fila et le soir tomba.
Ricart, Boribori et Delphi n’eurent d’autre choix que de retourner au bâtiment de la guilde pour y passer la nuit.
Avant de partir, Ricart baissa discrètement les yeux vers le bébé qui dormait paisiblement dans son berceau.
Il n’arrivait toujours pas à y croire.
L’existence même de ce bébé lui semblait tenir du miracle.
Marie lui revint soudain à l’esprit, mais il se força à détourner le regard.
Lorsqu’il essaya de dormir dans le bâtiment de la guilde, le sommeil se fit attendre. Il tenta d’apaiser le trouble inexplicable qui lui serrait le cœur, mais il n’avait nulle part où fuir.
Ça passerait.
Il le fallait.
Rien d’inhabituel ne se produisit en chemin vers Ernberg. Ils marchèrent simplement tranquillement, en profitant des teintes brunes et jaunes de l’automne.
À leur arrivée à la branche d’Ernberg, ils ne s’étaient quittés que depuis trois ou quatre mois. Pourtant, le monde était si dangereux que chacun sourit simplement de les retrouver sains et saufs.
« On dirait que tu es devenu un vrai chef de branche, Volka. »
dit Ricart avec un sourire.
C’était vrai. Volka semblait avoir pris un peu de poids. En tant que chef de branche, il passait plus de temps assis à un bureau que sur le terrain.
Il avait naturellement grossi faute d’exercice.
La plupart du temps, son travail consistait à confier des missions aux aventuriers quand il y en avait, et à tenir des comptes précis.
« Tu me fais penser au chef de branche de Thorweil. »
ajouta Boribori.
Alter, le chef de branche de Thorweil, leur avait donné diverses consignes pendant qu’ils poursuivaient les déserteurs. Il ressemblait davantage à un homme du quartier ordinaire qu’à un aventurier.
Volka n’en était pas encore là, mais son corps semblait prendre cette direction.
« Hé hé. Franchement, au début, c’était juste pénible. Je ne comprends pas pourquoi tout le monde ne ferait pas pareil. »
Sans montrer la moindre fierté, Volka se contenta d’afficher un sourire niais. Enfin, il était peut-être bon qu’il ait l’air aussi heureux.
« Pff, si vous n’avez rien à faire, levez-vous et allez au moins porter quelques tonneaux. »
Delphi, toujours aussi travailleuse, se mit à déballer leurs affaires dès leur arrivée, sans même se reposer. Elle retroussa ses manches, essuya les tables et nettoya les tasses et la vaisselle.
Tout en travaillant, elle leur présenta les enfants employés par la branche. Ils étaient tous occupés à puiser de l’eau ou à porter du linge et ne vinrent pas saluer Ricart et Boribori. Ils les regardèrent simplement de loin, sans comprendre, tout en continuant leur travail.
« Je vais vous présenter les enfants. Lui, c’est Rock ; elle, c’est Remi ; celle-là, c’est Rona. Elga a dû s’absenter un moment. »
Ils semblaient tous avoir une dizaine d’années.
« Et Benny ? »
« Benny est encore trop jeune. »
« Eux aussi ont l’air jeunes. »
« Ils ont au moins dix ans. »
« Et Ice ? »
« Lui aussi se laisse pousser le ventre, comme moi. »
dit Volka.
« Quoi ? »
« Je plaisante. Il est probablement dans ma chambre à faire les comptes. Même s’il ne fait que ça, il n’a pas pris du ventre comme moi. Déballez vos affaires d’abord. Chérie ! Apporte-nous de l’alcool ! »
Volka cria en direction de Delphi.
Ils s’étaient mariés ?
Quelques mois seulement s’étaient écoulés, mais Ricart avait l’impression qu’il lui faudrait un peu de temps pour s’y faire.
Ricart déballa ses affaires dans la chambre qu’il partageait autrefois avec Boribori. Quand il ressortit, il frappa à la porte de Volka. Celui-ci l’ouvrit, et Ricart jeta un coup d’œil à l’intérieur.
Ice était bien assis à un bureau, occupé uniquement à tenir les comptes.
« Oh ? »
Ice ouvrit de grands yeux. Avec le temps, il semblait gagner en expressivité.
« Nous sommes de retour. Viens, sors. On va discuter. »
À l’invitation de Ricart, Ice sourit légèrement et se leva.
Il y avait beaucoup d’autres aventuriers dans la branche, mais le clan Viola de Ricart en était le noyau. Autrement dit, ils étaient les véritables propriétaires du bâtiment. En termes féodaux, ils étaient la famille seigneuriale d’Ernberg.
Ricart, Boribori, Volka et Ice s’assirent devant la cheminée. Delphi arriva en portant d’un coup quatre gobelets en bois remplis d’alcool.
« Je déduis ça de votre récompense de mission ? »
« Vraiment ? »
Boribori ouvrit de grands yeux. Elle avait cru que c’était gratuit, mais Delphi haussa mystérieusement les sourcils et repartit.
« Hé, je paierai, alors ne t’inquiète pas. Bois. »
dit Volka.
« Donc, il y a bien un prix. »
« Rien n’est gratuit dans ce monde. Quand on devient chef de branche, on finit forcément par lésiner sur les dépenses. »
« Beaucoup d’aventuriers se sont installés ici ? »
« Plus ou moins. La plupart sont des vagabonds, mais il y en a quelques-uns de bien. À ce rythme, je pourrais même devenir chef de clan. »
Un chef de clan commandait plusieurs clans. Bien sûr, cela ne signifiait pas que les clans subordonnés lui obéissaient toujours. Tout dépendait des capacités du chef de clan.
« Plus tu commandes de clans, plus ton ventre grossit. »
« Hé hé. Ça m’est égal si je prends du ventre. »
Volka ne semblait pas être devenu paresseux. Il travaillait dur à sa façon, mais il avait vraiment l’air satisfait de sa vie actuelle.
« Vous n’avez pas reçu votre “première” mission, tous les deux ? »
demanda Ice après avoir bu une gorgée.
« Si. La mienne ne pose pas de problème, mais celle de Ricky a l’air compliquée. Sally lui a confié une mission, puis lui a dit de ne pas l’accomplir. »
dit Boribori en désignant Ricart, assis à côté d’elle.
Au nom de Sally, Volka fronça aussitôt les sourcils.
« Cette gloutonne fait encore semblant d’être la maîtresse ? Merde, elle m’a gâché le goût de cette boisson. »
« Pourquoi ? »
« Cette femme ne réfléchit jamais à rien. La dernière fois, elle a confié le même boulot à une autre branche. Ça a failli finir en duel au couteau. On s’est donné tant de mal pour gagner la guerre, alors pourquoi diable elle fait ça ? Pourquoi l’oncle Dunkel a-t-il tout laissé entre les mains de cette femme avant de se cacher ? »
« Alors, c’est quoi, cette mission ? »
demanda Ice.
« Je ne sais pas si je devrais vous le dire, mais gardez ça pour vous. C’est une mission de Rang spécial. Je dois tuer un grand vampire. »
Aux mots de Ricart, Volka se figea, sa coupe penchée vers sa bouche. Il ne recracha même pas l’alcool. Celui-ci lui coula simplement du coin des lèvres.
À ces mots, l’expression d’Ice se mit à disparaître, comme autrefois.
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>