Chapitre 66
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 66
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Comme il fallait normalement six heures pour aller à pied de Beringen à l’Académie, Ricart, Boribori et Marie décidèrent de passer la journée à se reposer dans le bâtiment de la guilde.
C’était ce qu’ils faisaient toujours après une mission sur le terrain. Ils se lavaient tranquillement à l’eau chaude, puis dormaient aussi confortablement que possible dans des draps propres.
Mais en approchant du bâtiment de la guilde, ils aperçurent pas mal d’élèves dans les environs. Leurs uniformes les rendaient faciles à reconnaître.
Pourtant, aucun ne portait correctement le sien. Certains avaient posé leur veste sur leurs épaules sans même passer les bras dans les manches. D’autres l’avaient complètement enlevée à cause de la chaleur, laissant leur chemise ouverte sur une épaisse toison de poils qui avait de quoi dégoûter.
Seuls leur pantalon bleu foncé et leurs bottes assorties les distinguaient des autres.
La guerre n’étant peut-être pas tout à fait terminée, il y avait visiblement un nombre inhabituel d’élèves autour du bâtiment de la guilde, sans aucun aventurier en activité à l’horizon. En temps normal, les élèves n’avaient pas le droit d’aller et venir à leur guise dans le bâtiment.
Il y avait quelques exceptions, comme Ricart et Volka, mais c’était uniquement parce que Dunkel les y avait autorisés.
Ricart avait appris plus tard que Dunkel était le Maître de guilde. S’il leur donnait son accord, tout devenait possible.
Encore troublé par ce qui s’était passé un peu plus tôt devant la taverne, Ricart s’approcha du bâtiment de la guilde.
Tous les élèves le regardèrent. Avec leurs vêtements différents, Ricart et ses compagnons détonnaient aussitôt. Leurs regards semblaient dire : « C’est notre territoire. Pourquoi vous venez ici ? »
L’un d’eux dévisagea ouvertement Ricart et ses compagnons avant de leur lancer sans préambule : « Des aventuriers ? »
Ricart fronça légèrement les sourcils devant le ton de l’élève.
« … Des aventuriers ? Qu’est-ce que tu veux dire par là ? »
« Je veux dire, vous êtes des aventuriers ? »
« Je suis un élève, comme toi. Mais tu ne devrais pas parler ainsi aux aventuriers. Montre un peu de respect. Ils sont tous tes aînés. »
« Un élève ? Tu es nouveau ? Tu ne sais sans doute pas que ces soi-disant aînés ont perpétué les vieilles horreurs du passé. Nous, on est différents. On est nés de nouveau. »
« … ? »
Ricart ne comprenait rien à ce que racontait ce putain d’élève. Il cligna des yeux, sans même savoir s’il devait se mettre en colère ou répondre. C’était quoi, ces conneries ?
Et ce n’était pas tout à fait faux de dire que les anciennes générations avaient transmis de mauvaises habitudes. L’ancienne Académie avait vraiment été un lieu où régnait une violence abominable.
Mais ceux qui n’avaient pas vécu ça ne pouvaient pas comprendre. En entendre parler ne suffisait pas à rendre la chose réelle.
« Vous êtes plutôt bien armés. Vous vous êtes joints à nous en chemin ? Curieux. Si vous nous aviez prévenus, quelqu’un serait venu vous chercher pour vous mettre en sécurité. »
L’élève de l’Académie continuait de débiter ses inepties comme bon lui semblait. Alors Boribori, qui intervenait rarement quand Ricart parlait, prit la parole.
« Hé, mon pote. »
« Hmm ? »
« Si tu ne veux pas mourir, tu ferais mieux de moins parler. On est un peu fatigués. On passe, d’accord ? »
Boribori affichait une expression parfaitement innocente. Ricart se tourna vers lui, surpris, en se demandant ce qui lui prenait.
C’était bien que Boribori ait mûri au fil des épreuves qu’ils avaient traversées ensemble et qu’il se soit forgé ses propres opinions, mais pas comme ça. Il avait appris ça de Volka ?
Boribori ne dégageait aucune intention meurtrière, mais l’élève hésita. Leur équipement était trop beau pour qu’il puisse les prendre de haut comme de simples nouveaux venus.
Quoi qu’il en soit, Ricart entra dans le bâtiment. C’était absurde, mais ils étaient venus se reposer. Il se dit qu’ils auraient beau continuer à discuter, aucun des deux camps ne comprendrait l’autre.
Mais dès qu’il pénétra dans le bâtiment de la guilde, il remarqua que l’agencement avait quelque peu changé. Une petite estrade, comme une scène de théâtre, avait été installée contre un mur.
Et comme il s’y attendait, les élèves avaient pratiquement pris possession du bâtiment. Ils buvaient de l’alcool et jouaient aux dés.
« Hein ? Ricky ? »
Heureusement, l’un d’eux reconnut Ricart. Enfin.
Dès qu’un élève le remarqua, les regards se tournèrent vers lui dans toute la salle.
« Hein ? »
« C’est Ricky. »
« C’est Ricky ! »
Puis ils se ruèrent sur Ricart.
En voyant des visages familiers, Ricart eut enfin l’impression d’être rentré chez lui.
« Vous allez tous bien ? »
« La guerre est finie ? »
« J’ai entendu dire que tu avais tué cent personnes dans les Hautes Terres de Kaits ! »
« C’est bien Ricky, ça. Ces enfoirés de Rubens ont dû en prendre plein la gueule. »
« Tu es blessé ? »
Ricart leur avait simplement demandé s’ils allaient bien, mais les élèves se mirent aussitôt à lui poser une foule d’autres questions. C’était toujours comme ça, mais ça n’en restait pas moins étourdissant. C’était quoi, cette histoire de cent personnes tuées ? Et qui étaient ces enfoirés de Rubens ?
« Cent personnes, mon cul. Enfin, cet endroit a l’air d’avoir bien changé. Vous aimez vos uniformes ? »
« Bien sûr. C’est notre honneur et notre fierté. Ils montrent qu’on est élèves de la Grande Académie de Beringen. Aucune autre Académie n’a quelque chose de pareil. »
« C’est quoi, cette histoire de Grande Académie de Beringen ? »
« La Grande Académie de Beringen. On a brisé les chaînes de la soumission et on est nés de nouveau. Nous sommes tous frères et sœurs, unis comme un seul. Il n’y a ni nobles ni bâtards. Sous la direction de Kalli, on bâtit l’Académie que tu voulais, Ricky. »
Depuis son arrivée à Beringen, tout le monde avait l’air fou ou racontait des choses qu’il ne comprenait pas. Ricart avait presque envie de pleurer.
« Qu’est-ce que tu racontes ? Je n’ai jamais voulu ça. »
« Mais tu as dit que tous les élèves de l’Académie étaient égaux, Ricky… »
« Non, je voulais dire que vous ne deviez pas vous harceler ni vous discriminer les uns les autres. Je voulais dire que vous deviez bien vous entendre ! »
« C’est justement ce qu’on fait. »
« Ha… Bon, d’accord, mais c’est quoi, cette histoire de direction de Kalli ? »
« Si toi, Ricky, tu es le pionnier, alors Kalli est le chef. Il met tes enseignements en pratique, les incarne et rassemble les élèves. C’est un excellent délégué. »
Pionnier ? Chef ? Ricart ferma les yeux très fort. C’était quoi, ces conneries ?
« Kalli fera un discours ce soir. Tu devrais l’écouter aussi, Ricky. Ça te plaira. »
« Laisse tomber. Préparez de l’eau pour le bain. Il est où, le petit employé ? »
Le petit employé dont parlait Ricart était l’enfant qui avait gardé seul le bâtiment de la guilde quand ils avaient quitté l’Académie pour participer à la guerre des guildes.
« Le petit employé ? Chet ? »
L’élève regarda ailleurs. En suivant son regard, Ricart vit l’enfant assis à une table avec des élèves de l’Académie, en train de boire de l’alcool et de jouer aux dés. Chet semblait déjà agréablement éméché.
« Hé hé hé… J’ai raflé le gros lot. J’ai raflé le gros lot. »
Ricart écarquilla les yeux. Il se précipita vers la table et la renversa dans un fracas.
« Qu’est-ce que vous foutez, putain !? »
Les élèves, stupéfaits, semblaient ne rien comprendre à ce qui se passait.
« Comment avez-vous pu donner de l’alcool à un enfant !? »
« … »
Tous étaient déconcertés par l’éclat soudain de Ricart. Un silence gêné s’installa, puis quelqu’un finit par dire : « … Parce que boire, ça fait du bien ? Et si on se sent tous bien ensemble, c’est encore mieux… ? »
Même Dunkel n’avait pas proposé d’alcool à Ricart, mais les élèves semblaient croire que si quelque chose était bien, il suffisait d’en avoir davantage.
La plupart ne savaient même pas lire et étaient ignorants ; ils ne semblaient donc pas comprendre ce qui clochait.
Pour la première fois de sa vie, Ricart sentit l’arrière de sa tête se crisper et sa respiration se faire courte.
Une fois les aventuriers partis, les enfants, même s’ils avaient été confiés à des adultes indifférents, avaient complètement dégénéré.
Les aventuriers mouraient sur le champ de bataille, et d’énormes sommes d’argent changeaient de mains chaque jour pour financer la guerre. Personne n’avait le temps de s’occuper des enfants.
Ricart parvint de justesse à se maîtriser et prit la parole aussi calmement que possible.
« À partir de maintenant, l’alcool est interdit jusqu’à votre majorité. Les jeux d’argent aussi. Si quelqu’un a une objection, qu’il la fasse maintenant. Si je vous surprends à faire l’un ou l’autre, je vous tuerai de mes mains. Compris ? »
Les élèves présents dans le bâtiment se contentèrent de cligner des yeux. Ils étaient peut-être ignorants, mais ils avaient tendance à obéir aux ordres quand on leur en donnait. Le problème, c’était qu’avec le temps, tout finissait par prendre une tournure bizarre.
« Emmenez l’enfant et couchez Chet. Et vous, ne buvez plus. Sortez faire quelque chose, ou, si vous n’avez rien à faire, allez courir et jouer. Si vous voulez boire et jouer aux dés, sortez. Allez-vous-en tous ! »
Quand Ricart cria, les élèves sursautèrent et se précipitèrent dehors.
Ricart resta au milieu du désordre, parmi les objets renversés et éparpillés, à bout de souffle. Toute la fatigue qu’il avait accumulée semblait lui tomber dessus d’un seul coup.
Marie s’approcha et lui frotta le dos pour le réconforter.
« Ça devient un peu effrayant. Je crois que tout le monde est devenu fou. »
« Ne t’inquiète pas. Quand les aventuriers reviendront, ils redeviendront sages comme des images, comme si rien ne s’était passé. »
Boribori était étonnamment détendu. Les élèves avaient beau être dans un état lamentable, il pensait que ce ne serait que temporaire.
Au bout du compte, Ricart n’eut d’autre choix que de se laver à l’eau froide. Marie remplit un baquet à part pour prendre son bain, puis chacun gagna sa chambre et s’endormit aussitôt.
Mais Ricart eut l’impression de n’avoir fermé les yeux qu’un instant quand le bruit dehors le tira de son sommeil réparateur. Des voix fortes et animées lui parvenaient.
En sortant, Ricart vit que le rez-de-chaussée, en contrebas de la balustrade, était bondé d’élèves. Ils occupaient les tables, mais aussi tout le sol, assis ou debout jusque dans les coins.
Le seul endroit libre était la petite estrade.
« Ricky, par ici. »
Boribori, qui avait dû se réveiller plus tôt, aperçut Ricart depuis le coin où il était assis avec Marie et l’appela.
L’ambiance était si bruyante et chaotique que les autres élèves ne remarquèrent même pas Ricart. Il se fraya un chemin dans la foule et descendit les escaliers avec peine, jusqu’à rejoindre le coin sombre où se trouvait Boribori.
« Qu’est-ce qui se passe ici !? »
La salle était si bruyante qu’il dut crier, même pour se faire entendre de Boribori, juste à côté de lui.
« Il va y avoir un discours ! »
« De qui !? »
« De Kalli ! Il n’est pas encore arrivé ! »
« Ah, oui. »
Ricart se rappela ce qu’il avait entendu dans l’après-midi. Un discours devait avoir lieu le soir même.
À vrai dire, il était un peu curieux. Quelles inepties ce type allait-il bien pouvoir débiter ? Après avoir dormi, Ricart avait l’esprit un peu plus clair.
Les élèves continuaient de parler fort. Le vacarme ne faisait qu’augmenter. Ricart se demanda si le bâtiment n’allait pas s’écrouler sous le bruit.
La salle était plongée dans la pénombre, éclairée seulement par des lanternes et des bougies. Mais la fougue de la jeunesse semblait chasser les ténèbres.
Était-ce une bonne ou une mauvaise chose ? Au moins, ils avaient de l’énergie à revendre.
À force d’entendre ce brouhaha, Ricart en avait mal aux oreilles. Puis, juste au moment où le bruit atteignit son paroxysme, les portes du bâtiment de la guilde s’ouvrirent.
La salle se tut instantanément, comme des vaguelettes qui se propagent à la surface de l’eau. Carlich entra, accompagné de plusieurs élèves qui semblaient lui servir d’assistants.
Les mains dans le dos, Carlich monta lentement sur l’estrade. Il balaya les élèves du regard avant de prendre la parole.
« Salutations, camarades, frères et sœurs. Je suis infiniment heureux de vous voir si nombreux réunis une fois encore aujourd’hui. »
Carlich était d’un sérieux remarquable. Il ne parlait même pas fort. Un instant plus tôt, les gens avaient dû crier pour se faire entendre de leur voisin, et voilà que tous l’écoutaient attentivement.
Carlich sembla savourer un instant la musique de ce silence, puis reprit la parole.
« Camarades. Vous est-il déjà arrivé de vous retrouver seuls, perdus dans vos pensées ? Nous connaissons tous des moments de silence. Moi aussi. Pourtant, quand je m’assieds en silence pour méditer, j’entends un bruit. Savez-vous lequel ? »
Carlich lança la question aux élèves.
« Le chant des oiseaux ? »
« Le bruit des gens qui baisent ? »
« Ha ha ha. J’entends ces bruits-là aussi, mais je parle du son qu’on entend dans le silence absolu. J’entends le cliquetis des chaînes. Vous ne les entendez pas ? »
Tous le regardèrent, perplexes devant ses paroles soudaines et incompréhensibles. Ricart l’avait déjà pensé, mais il se demanda si Carlich n’avait pas un problème dans la tête.
Carlich serra soudain le poing et se mit à crier. Comme il avait parlé à voix basse jusque-là, tout le monde sursauta.
« C’est le bruit des chaînes qui nous entravent ! Le bruit de l’oppression ! De la persécution ! De la soumission ! Je ne le supporte plus ! Aucun de vous ne ressent la même chose !? »
Carlich cria avec véhémence, promena son regard sur la foule, puis reprit d’une voix calme. Les élèves l’écoutaient déjà attentivement, mais à présent, ils semblaient comme ensorcelés.
« Que vous soyez noble ou bâtard, vous êtes tous pareils. Vous avez vécu sous la pression et le mépris de vos familles. Moi aussi. Mais même après avoir quitté la maison, ces chaînes qui vous entravent ne vous retiennent-elles pas encore ? Une colère inexplicable ne monte-t-elle pas parfois en vous, ne vous accable-t-elle pas ? Nous devons briser ces chaînes ! C’est le devoir qui nous a été confié ! »
Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Il conclut sur un nouveau cri puissant. Les applaudissements éclatèrent, et Carlich sembla en profiter tranquillement un moment avant de lever la main pour les faire taire.
« Pour briser ces chaînes, nous devons nous battre ! Contre quoi ? Nous devons combattre les idées qui sont ancrées dans vos esprits et dans ceux de tous les autres ! Bâtard ? Deuxième fils ? À quoi pensez-vous quand vous entendez ces mots ? Un bon à rien, quelqu’un qui n’aurait jamais dû naître, une pièce de rechange, un maudit bâtard. Allez-vous laisser les choses ainsi ? Nous devons le montrer au monde ! Unis comme un seul ! Battons-nous contre tout ce qui nous écrase et nous opprime ! »
Comme grisé par ses propres paroles, Carlich renversa la tête en arrière et ouvrit grand les bras. Tous les élèves se levèrent et applaudirent à tout rompre.
Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
Les applaudissements étaient assourdissants. Ils semblaient faire trembler tout le bâtiment. Certains élèves frappaient même la table avec leurs gobelets en bois.
Bam ! Bam ! Bam !
L’alcool giclait et se répandait partout.
Mais Boribori se leva lui aussi et applaudit avec enthousiasme. Marie semblait également émue par le discours et applaudissait à côté de Ricart. Celui-ci les attrapa tous les deux et les força à se rasseoir.
« Qu’est-ce que vous faites ? Reprenez-vous. »
« Mais c’est mieux que ce à quoi je m’attendais, non ? »
« Mieux que prévu, mon cul. C’est dangereux. »
« Qu’est-ce qui l’est ? »
« Qu’est-ce qu’il entend par se battre contre le monde ? Même s’ils se battent, il leur faut la force pour appuyer leurs paroles. S’ils s’y prennent mal, ils vont tous mourir. »
Ses paroles pouvaient sembler belles, mais à bien y réfléchir, elles n’avaient rien de réaliste. Voilà pourquoi elles étaient dangereuses.
Puis un événement inattendu se produisit. Carlich pointa Ricart du doigt et cria :
« Je vais écourter le discours d’aujourd’hui. Car nous avons un invité de marque parmi nous. Notre sauveur ! Notre pionnier ! Notre héros ! Le grand guerrier de la Grande Académie de Beringen ! Ricky ! Accueillons-le sous vos applaudissements ! Tout le monde ! »
Ricart sursauta. En regardant autour de lui, il vit que tout le monde le fixait et applaudissait à s’en brûler les mains.
Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !
C’était la première fois de sa vie qu’il se retrouvait dans une situation aussi absurde. Même Ricart, qui gardait d’ordinaire son sang-froid, était déconcerté et ne savait pas quoi faire. Ces applaudissements muets l’encerclaient.
« Ricky ! Ricky ! Ricky ! Ricky ! »
Bientôt, les élèves se mirent à scander son nom.
Ricart n’eut pas le choix. Il ne pouvait pas rester là plus longtemps, alors il emprunta le passage ouvert par les élèves et monta sur l’estrade.
Carlich s’écarta et applaudit, l’air profondément satisfait. On lui avait dit qu’un agitateur cinglé était devenu le chef. Voilà ce qu’ils voulaient dire.
La salle était sombre, mais cela ne faisait qu’enivrer davantage les élèves, grisés par l’ambiance.
Quand les applaudissements finirent par s’éteindre, tous les regards se posèrent sur Ricart. Les yeux des élèves brillaient d’impatience.
Ceux qui connaissaient Ricart le regardaient en souriant, tandis que ceux qui ne le connaissaient pas le contemplaient avec admiration.
Ricart était monté sur l’estrade, mais il ne savait pas quoi dire. Il avait gardé son calme même devant les regards meurtriers de ses ennemis lors de combats à mort, mais il n’avait jamais connu une situation pareille. Il se sentait dépassé.
Il ne pouvait pas combattre à l’épée les attentes des élèves.
Mais il ne pouvait pas non plus inventer des paroles auxquelles il ne croyait pas.
Et, à vrai dire, le comportement des élèves de l’Académie depuis son arrivée à Beringen n’avait rien eu de bon. Ils étaient unis, mais dans la mauvaise direction.
Pourtant, comment aurait-il pu trahir ces regards pleins d’espoir ? Chacun d’eux le regardait comme s’il accueillait un dieu.
Peut-être que Boribori et Marie avaient été touchés par le discours de Carlich, tandis que Ricart était le seul à garder les idées claires parce qu’il avait grandi dans la seule famille harmonieuse parmi eux.
Pourtant, grâce aux souvenirs de sa vie précédente, il pouvait comprendre les sentiments des élèves autrement.
Tandis que Ricart s’efforçait de rassembler ses pensées, le temps continuait de passer. Le silence s’éternisait. Les élèves commencèrent à sentir que quelque chose clochait et à murmurer.
Alors Ricart prit la parole. L’occasion semblait exiger un peu de solennité ; il adopta donc malgré lui un ton étrange.
« Moi, Ricky, je suis déçu par vous, les élèves. »
Les élèves se seraient déchaînés pour un simple geste, mais ses paroles plongèrent la salle dans un silence si complet qu’on n’entendait même plus respirer.
Leurs regards pleins d’espoir se troublèrent. Tels des moutons égarés, ils ne savaient pas comment réagir. Était-ce une blague ? Fallait-il rire ?
À l’inverse, après avoir prononcé ces mots, Ricart se sentit enfin libéré de cette pression. Il promena lentement le regard sur les élèves qui remplissaient le quartier général de la guilde.
Il avait l’impression de voir leur malaise, leur confusion et leur ressentiment.
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