Chapitre 65
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 65
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Ricart, Boribori et Marie traversèrent des champs, des vallées et la région de Kaits. Lorsqu’ils étaient partis, le printemps était dans l’air, mais, sans qu’ils s’en aperçoivent, le temps était devenu chaud et lourd.
Dans le nord, les températures restaient plutôt stables tout au long de l’année, mais cela ne signifiait pas que les étés n’y étaient pas chauds ni les hivers froids.
Le vent portait une forte odeur d’herbe. Assise dans un champ de fleurs, Boribori avait les yeux fermés et humait l’air, le visage levé.
Elle identifiait chaque plante dissimulée parmi les effluves mêlés.
« Hmm… Ça, c’est du souci. Ça, c’est… du bleuet. Ça, c’est l’odeur de Ricky. Et ça… de la gentiane ? »
Pendant ce temps, un jeune homme et une jeune femme se faisaient face dans un autre champ de fleurs. Ricart et Marie.
On aurait dit qu’ils s’entraînaient au combat, mais ils tenaient de véritables épées et non des armes d’entraînement, ce qui rendait la scène plutôt dangereuse.
Marie se tenait les genoux fléchis, l’épée de Ricky au côté. Ricart avait légèrement reporté son centre de gravité vers l’arrière, comme s’il s’apprêtait à frapper en diagonale, du bas vers le haut, en partant de la gauche.
Un vent frais soufflait entre eux, chargé d’un parfum délicat. Il ne faisait qu’effleurer leurs cheveux. Ni le vent ni l’odeur ne parvenaient à troubler leurs regards rivés l’un sur l’autre.
Quand on était profondément concentré, on pouvait oublier le passage du temps. Personne n’aurait su dire depuis combien de temps ils se faisaient face, mais Marie finit par s’avancer hardiment d’un grand pas.
Puis elle s’arrêta à l’extrême limite de la portée de Ricart.
Si elle avait avancé ne serait-ce qu’un peu plus, Ricart aurait contre-attaqué. Mais elle n’était pas encore à portée, alors il ne réagit pas. La précision avec laquelle Ricart évaluait la distance, tout en restant immobile, était elle aussi impressionnante.
Marie marqua une pause à la limite de sa portée, puis s’y aventura lentement, comme si elle retenait son souffle et s’enfonçait peu à peu sous l’eau. Dès qu’elle pénétra dans son périmètre, elle sentit pleinement un frisson lui parcourir le corps.
Son cœur battait à tout rompre, mais son esprit ne vacillait pas. Sa maîtrise d’elle-même était, elle aussi, impressionnante.
Cela dit, cette méthode était très inhabituelle, comparée au fait d’enchaîner les feintes dans toutes les directions ou de charger aussi vite que possible.
Elle allait attaquer, mais, en vérité, elle cherchait à pousser son adversaire à frapper pour pouvoir le contrer.
Puisque Marie s’y prenait ainsi, leur entraînement ressemblait à un défi : « Vas-y, montre-moi ce que tu as dans le ventre. »
La distance entre eux ne cessait de diminuer. Dans un vrai combat à mort, la situation aurait été extrêmement dangereuse.
C’était pourquoi il était si important de garder son calme. Elle ne devait pas s’impatienter. Mais elle ne devait pas non plus se relâcher. Il lui fallait simplement réagir avec précision au moindre signe, comme la surface d’un lac lisse comme un miroir.
Ricart et Marie semblaient attendre que l’autre attaque, et la distance entre eux n’était plus que de trois pas.
Il faut que je frappe maintenant. Il sera trop tard pour contrer.
L’inquiétude de Marie troubla son esprit, lisse comme un miroir. Elle était faible, mais elle hésita.
À cet instant, Ricart bondit dans un froissement d’air.
Il fit un brusque pas sur la droite, mais Marie n’était pas une adversaire ordinaire. Comme l’éclair, elle abattit son épée selon un angle qui lui permettait à la fois de barrer la trajectoire de la lame de Ricart et de l’attaquer.
Dans un chuintement, elle trancha un peu d’herbe. Ricart pivota le haut du corps encore plus à droite et esquiva le coup de justesse, avant de se rapprocher de nouveau. Il saisit le poignet de Marie, celui qui tenait l’épée.
Marie mobilisa son mana et résista, mais Ricart savait retourner la force de son adversaire contre lui. À vrai dire, il n’en avait même pas besoin. Il lui accrocha simplement la jambe et la balaya.
Quand il lui faucha sa jambe d’appui, celle de Marie se souleva et le haut de son corps bascula en arrière. Ricart la rattrapa par le dos.
Ridiculement, on aurait dit un pas de danse, et leurs visages se rapprochèrent.
Pour une toute autre raison, le cœur de Marie se serra. Elle n’avait plus envie de poursuivre le combat.
« Tu es trop près », dit Ricart avec un sourire.
« C-C’est toi qui es trop près, non ? »
« Hmm ? Ah, ce n’est pas ce que je voulais dire. »
Ricart l’aida à se relever et rengaina son épée. Marie rajusta ses vêtements sans raison.
« Tu as beaucoup progressé. Mais, au bout du compte, tout se joue dans ta tête. Tu t’es bien débrouillée, mais tu as perdu tes moyens à la fin. »
Ricart avait remarqué avec précision l’impatience et l’anxiété qui avaient ébranlé Marie. En réalité, il aurait pu la maîtriser bien plus tôt s’il l’avait voulu. Cela tenait davantage du test que de l’entraînement.
« Si tu arrives à maîtriser ton esprit à ce point, tu n’es peut-être pas humaine. »
« Peut-être. »
« Au fait, je ne réussirai vraiment jamais à te battre avant que tu obtiennes ton diplôme ? »
Ricart n’était plus loin de la fin de ses études. Ce serait peut-être dans deux ou trois mois, ou cinq tout au plus.
« Eh bien, ça ne dépend pas de toi, Marie ? »
« Mais, d’après toi, qu’est-ce que tu ressentirais si je te battais vraiment ? »
« Je ne crois pas que je ressentirais quoi que ce soit. »
« Pourquoi ? Tu n’as donc ni frustration ni esprit de compétition ? »
« Un vrai combat, c’est une question de vie ou de mort. Il n’y a pas de place pour la compétition. Un entraînement ne fait qu’imiter un vrai combat, alors je ne crois pas qu’il serve à grand-chose. On ne se découvre vraiment que lorsque la mort approche. »
Ricart parla en contemplant le champ. La plaine verdoyante s’étendait jusqu’à l’horizon, couverte de fleurs rouges, jaunes et blanches, entassées à perte de vue.
Les fleurs et l’herbe ondulaient doucement sous le vent, tandis que des papillons et des abeilles voletaient au-dessus d’elles.
L’air était lourd, mais le vent empêchait la chaleur de devenir étouffante.
« Mais moi… »
« Hmm ? »
Marie semblait vouloir dire quelque chose, mais elle hésita et ne parvint pas à ouvrir la bouche.
Elle avait une mission qui n’en était pas tout à fait une. Elle devait soit vaincre Ricart, soit le séduire pour l’épouser. Ce n’est qu’en accomplissant l’un de ces objectifs qu’elle pourrait accéder à la véritable liberté.
Elle-même jugeait impossible de vaincre Ricart. Il ne lui restait donc qu’une possibilité : gagner son cœur.
Mais Ricart était incapable de croire en l’amour. Marie le savait mieux que quiconque.
Pourtant, en y réfléchissant davantage, Marie sentit qu’elle n’était pas honnête avec elle-même. Qu’elle vainque Ricart ou qu’elle gagne son cœur, les deux n’étaient que des moyens d’obtenir sa liberté.
Cela signifiait-il qu’elle devait renoncer à son désir de liberté ?
C’était une question bien trop difficile pour une jeune fille.
« Vous avez fini de vous entraîner ? »
Boribori, qui était restée assise dans le champ à humer l’air, posa la question. Ricart passa son épée sur une épaule, sa cape rouge drapée dessous, puis s’adressa à Marie.
« Allons-y. »
Marie poussa un profond soupir et se prépara à repartir.
Boribori s’approcha alors soudain de Marie et la renifla.
« Pourquoi ? »
« Hmm, Marie sent la gentiane. C’est bizarre. J’ai été désorientée un instant. »
Ricart et Marie reniflèrent tous deux, comme s’ils n’en croyaient rien.
Beringen se trouvait juste devant eux. S’entraîner, c’était bien, tout comme profiter des champs au début de l’été, mais rien ne valait le repos à la maison.
Beringen était divisée en quatre quartiers : nord, sud, est et ouest. Les colons nords vivaient au nord, les habitants installés là depuis des générations à l’ouest, les marchands et artisans de l’Académie principalement à l’est, et les voyageurs de passage séjournaient surtout au sud.
Assez de temps s’était écoulé pour qu’ils se mêlent les uns aux autres, mais cela ne s’était pas produit. Vivre séparément tout en se respectant était aussi une façon de cohabiter, après tout.
Ils n’étaient pas ennemis, mais si quelqu’un s’aventurait dans un autre quartier et s’exprimait ou se comportait sans réfléchir, il risquait de se faire rouer de coups.
Ricart, Boribori et Marie traversaient le quartier sud quand ils aperçurent des gens qui allaient bientôt en faire l’expérience.
« Hé, espèce de putain d’ordure. Si tu te bourres la gueule, va cuver comme il faut ou crève. Pourquoi tu fous ce bordel ? »
L’homme qui parlait portait des vêtements sales et tachés, les manches retroussées. Il était plutôt baraqué et semblait tenir l’auberge. Le problème, c’était l’énorme couteau de cuisine qu’il avait à la main.
Ses adversaires avaient l’air jeunes et ils étaient trois en tout.
L’un portait une veste bleu foncé, tandis que les deux autres avaient retiré les leurs et portaient des chemises blanches.
« Quand est-ce que j’ai foutu le bordel, moi ? Tout ce que j’ai dit, c’est qu’on devrait sortir prendre l’air ! »
« Tu crois que ton couteau nous fait peur ?! »
« La serveuse de l’auberge t’appartient, peut-être ? Tu es son maquereau ? Qu’est-ce qu’il y a de mal à lui parler ?! »
On aurait dit des chiens errants qui aboyaient contre une grosse bête. Le spectacle de leurs jappements bruyants n’avait rien d’agréable.
La dispute semblait avoir commencé à cause d’une serveuse. Où qu’on aille, l’argent et les femmes menaient souvent les hommes à la mort.
Quoi qu’il en soit, l’homme baraqué avait une arme encore plus efficace que son couteau pour mettre fin à la dispute.
« C’est ma femme, bande de petits cons ! »
À ces mots, les élèves de l’Académie qui aboyaient à tout-va se turent soudain.
Mais, après avoir échangé un regard, ils se mirent à sortir des absurdités.
« Elle avait l’air jeune. »
« Tu l’as enlevée, non ? »
« Tu dois la menacer pour la garder avec toi. »
« Ouais. Ça ne tient pas debout. »
On aurait dit qu’ils niaient ses paroles juste pour trouver un autre prétexte à la bagarre. Pendant ce temps, des habitants du quartier sud commencèrent à se rassembler. Certains portaient des gourdins.
C’était exactement le genre de situation où l’on pouvait se faire salement tabasser. Si les habitants se jetaient sur eux et les passaient à tabac, ils pouvaient même y laisser la vie.
Mais, qu’ils aient compris ou non dans quelle situation ils se trouvaient, les élèves semblaient prêts à se jeter de nouveau sur l’aubergiste.
C’est alors que Ricart intervint.
« Hé, arrêtez. »
Tous les présents se tournèrent vers lui. Plusieurs paires d’yeux le détaillèrent de la tête aux pieds, puis s’écarquillèrent en remarquant l’extraordinaire beauté de Marie à ses côtés.
Ricart leur adressa quand même un avertissement.
« Vous pourriez vraiment y rester si vous continuez. Rentrez chez vous. »
Mais la réponse fut inattendue.
« C’est qui, ce putain de type ? »
« De nos jours, n’importe qui peut porter une cape rouge. »
« Tu ne vois pas nos vestes ? On est élèves de la Grande Académie de Beringen. On a deux cents camarades à l’Académie. »
La Grande Académie de quoi ? Des camarades ? Ricart eut l’air d’avoir mordu dans un insecte, incapable de comprendre quelles conneries ils racontaient.
Et il semblait qu’ils ne savaient pas qui était Ricart. Comme il s’était absenté plusieurs mois, c’étaient peut-être des nouveaux arrivés entre-temps.
Mais les nouveaux avaient-ils toujours été aussi arrogants ?
« Je vous le demande gentiment : arrêtez et fichez le camp. Regardez autour de vous. »
Les élèves ne jetèrent alors un coup d’œil autour d’eux. Des gens arrivaient de toutes les ruelles, avec une mine menaçante.
Ils semblèrent enfin effrayés et décontenancés. Pourtant, ils ne renoncèrent pas à leur fierté jusqu’au bout.
« H-Hmph ! Je viens de me rappeler que j’ai quelque chose à faire. »
« O-Oui. On a un rendez-vous. »
« La prochaine fois, on reviendra avec nos camarades, alors vous avez intérêt à être prêts. »
Là-dessus, ils s’éloignèrent à la hâte. Ricart se demanda à quels idiots il avait affaire, puis présenta ses excuses à l’aubergiste en leur nom.
« Je suis désolé. Ils n’ont pas l’air d’être de parfaites ordures, alors je vais essayer de leur faire entendre raison. »
« Hmm… »
En vérité, l’aubergiste et les habitants présents connaissaient tous Ricart. Autrement dit, ils savaient mieux que quiconque à quel point il pouvait être effrayant.
Heureusement, dès que les élèves se furent retirés, les habitants qui s’étaient rassemblés se dispersèrent eux aussi.
« La guerre des guildes est terminée ? » demanda l’aubergiste.
Ils n’étaient pas proches, mais ils se connaissaient au moins de vue.
« Ils négocient pour y mettre fin. »
« J’ai entendu parler de ce qui s’est passé à Kaits. Tout le monde en a entendu parler. »
« Je ne faisais que me battre pour survivre. Bref, qu’est-ce qui se passe ici ? »
« On dirait qu’un agitateur complètement cinglé, un certain Kalli, est devenu leur chef pendant ton absence. Ils ne menacent plus les marchands et ne leur extorquent plus d’argent comme avant, mais ils se promènent en bandes et sèment le trouble partout. Ils se croient vraiment tout permis. »
Kalli était le surnom de Carlich, le diminutif que les gens employaient pour parler de lui.
Les habitants l’appelaient le chef, car ils ne connaissaient pas grand-chose à l’Académie et semblaient croire qu’il s’agissait d’une sorte d’organisation de combattants.
Ils n’étaient ni des mercenaires ni des aventuriers, seulement une bande de gamins qui se déplaçaient en groupe. Rien de plus. Alors les habitants appelaient chef l’élève qui semblait dominer la hiérarchie, ou leur meneur.
« Je suis désolé. Je vais me renseigner. »
« Ouais. Merci. »
Ricart s’excusa pour les élèves et régla l’affaire avant de prendre la direction du quartier est, où se trouvait le bâtiment de la guilde.
« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Boribori, incrédule.
C’étaient forcément des nouveaux s’ils ne connaissaient pas Ricart. Quand Boribori était nouvelle, elle n’aurait même pas imaginé faire une chose pareille. On l’avait juste entassée dans le poulailler ; elle observait prudemment les autres et se faisait tabasser.
« À les entendre parler de camarades, je dirais qu’ils sont très solidaires », dit Marie.
Elle n’était pas à l’Académie depuis longtemps, mais elle en avait déjà bien compris l’ambiance.
Les élèves avaient tendance à se regrouper en clans et à défendre farouchement leur individualisme ; le mot « camarades » leur était donc étranger.
« Oui, la solidarité, c’est bien… »
Ricart poussa un soupir en parlant.
À commencer par lui, l’Académie avait changé beaucoup trop vite. Et le changement avait toujours des effets secondaires.
Les uniformes que Ricart avait achetés aux élèves leur avaient donné de la fierté et un sentiment d’appartenance. Carlich avait contribué à renforcer cela plus que quiconque. Mais quand ça allait trop loin, voilà ce qui arrivait.
En moins de deux ans, tant de choses avaient changé, et tout changeait encore plus vite. Même Ricart avait du mal à suivre.
Il ne savait plus ce qui se passait.
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