Chapitre 64
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 64
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En récupérant l’argent de l’Association des marchands pour le compte de la Guilde des tailleurs de pierre, Ricart s’était solidement fait connaître dans tout Ernberg. Cela avait également contribué à promouvoir la branche de la Guilde de Beringen.
Les habitants avaient naturellement compris qu’ils pouvaient confier leurs demandes à la branche de la Guilde de Beringen en toute confiance. Celle-ci avait rapidement trouvé sa place dans la ville.
Sans l’avoir voulu, elle avait aussi servi de médiatrice entre les deux grandes puissances de la ville : la Guilde des tailleurs de pierre et l’Association des marchands. La branche avait parfaitement joué son rôle de contrepoids entre les deux.
Grâce aux efforts de Volka et des autres, ils s’étaient aussi rapidement liés d’amitié avec les marchands du coin.
Ils pouvaient désormais se procurer sans difficulté de la nourriture, des provisions de voyage et du matériel de combat, tandis que les marchands avaient gagné des clients réguliers. Tout le monde y trouvait son compte.
Il ne leur restait qu’une chose à faire avant de pouvoir vraiment s’installer ici.
Du temps.
À mesure que les enfants grandiraient, que les couples amoureux se marieraient, auraient des enfants, les élèveraient puis vieilliraient, le Clan Viola finirait naturellement par faire partie de cet endroit.
Quand Volka et Delphi se marieraient et auraient un enfant, celui-ci grandirait peut-être un jour en entendant une histoire comme celle-ci :
« Il y a très longtemps, cinq méchants vivaient ici, et mon ami les a vaincus. »
Une route pavée montait au centre d’Ernberg, et de petites rues s’en détachaient à intervalles réguliers de chaque côté.
Le mont Ern, qui n’était pas très élevé, avait été artificiellement aménagé en terrasses sur lesquelles on avait construit des bâtiments. La montagne entière ressemblait à un immense complexe.
Au sommet du mont Ern se dressait un tout petit château, bâti il y a fort longtemps. Il était si insignifiant qu’on pouvait à peine l’appeler un château, mais quelques bâtiments l’entouraient.
Depuis le sommet, on voyait clairement les environs du Main. Les membres de la Guilde des tailleurs de pierre et leurs familles avaient repris leurs activités, tandis que les navires de l’Association des marchands naviguaient enfin sur le Main.
Les navires marchands avançaient d’abord à la rame, mais quand le vent leur était favorable et qu’ils hissaient leurs voiles, ils disparaissaient au loin en un rien de temps.
Dans un coin du sommet du mont Ern, Ricart se tenait sans cape, un simple poignard à la ceinture, et regardait les bateaux qui avançaient lentement, puis rapidement, en contrebas.
À un moment, les rayons du soleil se brisèrent en éclats scintillants à la surface du fleuve. La brise fraîche qui en venait fit voleter les cheveux de Ricart.
« Hein ? Ricky se la coule douce. »
Une jeune voix s’éleva derrière Ricart, qui admirait le paisible paysage au bord du fleuve. Lorsqu’il se retourna, il aperçut Bennybenny, la fille de Benny.
Il était courant de répéter le nom d’un parent lorsqu’un enfant le reprenait. Puis, à la mort du parent, l’enfant abandonnait une moitié du nom et gardait l’autre.
La fillette de six ou sept ans traînait souvent autour du bâtiment des aventuriers. Elle prétendait aider, mais ne faisait en réalité qu’embêter les gens. Tout le monde la trouvait adorable, malgré tout.
Même si chacun voyait bien qu’elle venait surtout pour Ice.
« Je ne me la coule pas douce. Je fais juste une petite pause. »
« Ma maman dit que les heures où le soleil est levé sont des heures en or. Elle dit que paresser, c’est jeter de l’or par les fenêtres. »
« Je t’ai dit que je ne paressais pas. »
« Mais tout le monde travaille. Volka te cherchait, tu sais ? »
« Oh, allez… »
Comme d’habitude, Ricart échappa aux taquineries de Bennybenny et prit le sentier à l’arrière de la montagne pour redescendre.
On appelait cela un sentier, mais il n’y avait pas eu de chemin au départ. Les gens étaient simplement passés par là si souvent qu’une sorte de sentier avait fini par se former.
La pente était raide et assez dangereuse, mais la descente était nettement plus rapide par là.
« Ne me suis pas. Tu vas te faire mal. »
« Ricky s’enfuit ! Marie ! »
Bennybenny cria depuis les hauteurs. Sans lui prêter attention, Ricart disparut rapidement dans les arbres touffus et marcha le long de la berge.
À côté de la forge, une roue à eau actionnait les soufflets. Couic, couic. Il entendait aussi le bruit du marteau sur le fer.
Après l’avoir dépassée et contourné le pied de la montagne, il arriva au chantier de la Guilde des tailleurs de pierre. C’était une sorte d’atelier à moitié couvert : il n’y avait qu’un toit, sans murs.
La majeure partie de l’espace était occupée par des blocs de pierre, et des sculptures de toutes tailles étaient éparpillées çà et là. La plupart semblaient inachevées ou abandonnées en cours de route.
Mason se tenait sur une estrade et travaillait un bloc de marbre aussi haut qu’un homme. Il posa son ciseau contre la pierre et le frappa doucement avec son marteau, en retirant soigneusement de petits éclats.
L’œuvre était loin d’être terminée, mais Ricart observa une forme se dessiner peu à peu, comme si l’on insufflait la vie à une pierre qui, jusque-là, n’avait rien signifié.
Mason ne remarqua Ricart qu’au bout d’un long moment. Bien qu’il ait à peine transpiré, il s’essuya le front et prit la parole.
« Quoi ? Si tu es là, dis quelque chose. »
« Je te regardais travailler. Qu’est-ce que tu fabriques ? »
À la question de Ricart, Mason se contenta de rire doucement.
« Qui sait ? »
Ne voulant pas interrompre son travail, Ricart le laissa tranquille. L’atelier était assez vaste ; il se promena donc lentement et examina les œuvres inachevées, disposées comme dans une exposition.
Puis, dans un coin, il remarqua un vieux livre en piteux état. Pensant qu’il s’agissait peut-être d’un plan, il y jeta un coup d’œil sans y réfléchir davantage, mais son titre était écrit en caractères anciens.
<Les limites du Maître de l'Épée>
C’était exagéré de parler d’un livre. Il s’agissait en réalité d’un très long parchemin, plié en sections égales, empilées les unes sur les autres et attachées avec une ficelle.
Pour le lire, il fallait défaire le lien et déplier les sections une à une. Ricart desserra la ficelle sans hésiter.
<Le mana des mages et celui des combattants ont la même origine. Pourtant, tout comme un enfant devient un garçon ou une fille dans le ventre de sa mère, la manière dont on approche le mana pour la première fois lui confère des propriétés entièrement différentes. Cela ne peut être changé.
Ainsi, seuls ceux qui suivent la voie du combattant peuvent devenir des Maîtres de l'Épée. L’Épée de lumière d’un Maître de l'Épée diffère par ses propriétés et par sa nature même de la magie d’enchantement des mages.
Un Maître de l'Épée est celui qui insuffle du mana dans une arme et pousse les qualités innées de celle-ci à leur limite absolue.
Le tranchant et la résistance de l’arme augmentent considérablement, au point qu’elle peut fendre d’un seul coup même les armures les plus solides. C’est pourquoi il est difficile pour un Maître de l'Épée de trouver un adversaire à sa mesure.
Pourtant, si la définition d’un Maître de l'Épée est claire, la voie qui permet de le devenir est obscure, complexe et insaisissable, si bien qu’il est difficile de la définir.
De nombreuses familles d’épéistes renommées dissimulent jalousement leurs arts secrets, ce qui rend les recherches difficiles. Des Maîtres de l'Épée apparaissent aussi parfois en dehors des cercles établis, ce qui complique l’élaboration d’une théorie unique.
Beaucoup de combattants désespèrent devant le seuil du Maître de l'Épée. Certains affirment que l’aptitude à le devenir est déterminée à la naissance. D’autres prétendent qu’on le devient lorsque le talent et les efforts s’épanouissent après avoir atteint ses limites absolues. Mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude.
Je souhaite ici avancer une proposition. Il est inutile de parler de ce que nous ignorons ; commençons donc par éclaircir ce que nous savons.
Premièrement, il existe bel et bien un seuil qu’il faut franchir pour devenir un Maître de l'Épée.
Nous ignorons si, pour franchir ce seuil, il faut une aptitude innée, du talent ou des efforts. Mais pourquoi ne pas nous concentrer uniquement sur le passage de ce seuil ?
C’est en partant de cette idée que j’ai trouvé un indice : la méthode d’entraînement pratiquée par l’Église du Vide.
......
Il faut donc payer un prix pour franchir le seuil. Il faut faire un sacrifice. Ce prix, ce sacrifice, c’est une part de son humanité.
Il reste encore beaucoup de recherches à mener, mais j’en suis certain.
......>
Ricart parcourut rapidement la suite du livre, à partir du milieu. Pour une raison ou une autre, il se sentit mal à l’aise, presque écœuré. Le texte exhalait un parfum de folie et d’obsession.
Pourtant, il n’expliquait pas clairement comment franchir ce seuil et devenir un Maître de l'Épée.
L’auteur était convaincu qu’il fallait, au moyen d’un rituel religieux quelconque, arracher quelque chose à son être intérieur.
Devenir un Maître de l'Épée valait-il vraiment la peine d’aller aussi loin ? Ricart n’arrivait pas à le comprendre.
Il avait tout de même appris une chose grâce à ce livre. Il existait une voie légitime pour devenir un Maître de l'Épée, mais aussi celle des gens comme l’auteur, qui ignoraient cette voie et ne cherchaient qu’à le devenir par n’importe quel moyen.
« Ricky, tu arrives à lire ça ? »
Mason l’interpella en passant derrière lui.
« Oui. J’ai appris les caractères anciens, autrefois. »
« Vraiment ? Alors, tu peux le garder. »
« Vraiment ? Ça ne te dérange pas ? »
« À vrai dire, on m’a souvent fait faux bond pour le paiement. Trop souvent pour que je puisse compter. Cette fois, la somme était juste plus importante que d’habitude. J’avais construit une chapelle pour la maison d’un baron, et quand ils n’ont pas pu me payer entièrement, j’ai pris ce livre à la place. Mais il ne se vendra pas. Qui achèterait un livre qu’il ne peut même pas lire ? »
Ricart baissa les yeux vers le livre qu’il venait de replier.
Le titre, <Les limites du Maître de l'Épée>, lui paraissait désormais différent.
D’une certaine manière, c’était aussi un Codex. Tous les livres écrits dans l’Antiquité étaient appelés des Codex.
Ce qu’il venait de lire ne renfermait aucun savoir extraordinaire, mais il transmettait des connaissances à la fois dangereuses et intrigantes.
Cela ne lui semblait pas particulièrement utile, mais puisque Mason le lui donnait, Ricart le prit pour l’instant.
« Merci. »
Il quitta l’atelier et fit le tour des abords d’Ernberg. Ce ne fut qu’en fin d’après-midi qu’il remonta la route centrale.
Lorsqu’il arriva au bâtiment de la branche, les aventuriers entraient et sortaient désormais à intervalles réguliers. Des marchands étaient également là pour livrer de la nourriture et d’autres produits de première nécessité.
Certains étaient venus déposer des demandes, tandis que des habitants du coin étaient assis dehors sur des nattes, à bavarder tranquillement.
À la vue de Ricart, plusieurs personnes le saluèrent çà et là.
« Salut. »
« Volka te cherchait, Ricky. »
En dehors des combats, Ricart était plutôt facile à vivre ; tout le monde se sentait à l’aise avec lui.
Ricart se contenta de leur faire signe et d’acquiescer en entrant. À l’intérieur, des aventuriers se reposaient autour des tables et devant la cheminée.
« Ricky. »
Quelqu’un l’appela dès qu’il entra. C’était Delphi, qui portait de la nourriture.
« Je t’avais dit d’engager du personnel. »
« Hé, payer des gens coûte plus cher que tout le reste. »
« Pourquoi ne pas engager Bennybenny, alors ? »
« Elle est trop jeune. Il arrive qu’on rapporte des têtes coupées. Et des blessés, aussi. »
« Je peux faire quelque chose pour aider ? »
« Tu es devenu doué pour dire des choses que tu ne penses pas. »
Delphi sourit en se détournant. À vrai dire, Ricart passait souvent son temps à paresser. À l’Académie aussi, il n’avait pas suivi les cours sérieusement.
Ricart se contenta de sourire et se dirigea vers le bureau privé de Volka, qui lui servait également de chambre. Après tout, Volka le cherchait.
« Volka, tu me cherchais ? »
Volka était assis à son bureau. Il examinait des papiers et faisait ses comptes. Devant lui s’entassaient des pièces d’argent et de cuivre, ainsi que quelques pièces d’or.
Boribori et Marie se tenaient à côté de lui, classant des documents et l’aidant dans diverses tâches.
« Bon sang, j’ai dit que j’avais besoin d’aide. À ce rythme, je vais passer ma vie à faire ces trucs et mourir à mon bureau. »
Compter l’argent n’avait rien de difficile en soi, mais il fallait envoyer et recevoir correctement des paiements depuis différents endroits, puis vérifier sans cesse les comptes.
« Tu t’amélioreras en maths à force de pratiquer. C’est juste que tu calcules lentement. »
Ricart calculait et remarquait les moindres détails avec une précision presque inhumaine. Quand il aidait, il était donc vraiment utile. Mais il le faisait rarement. Ce genre de travail l’ennuyait.
« Laisse tomber. Dunkel a donné de ses nouvelles. Il dit que les négociations ont commencé. »
« Quelles négociations ? »
« Celles pour mettre fin à la guerre. »
Ricart s’était attendu à des combats fréquents, puisque l’endroit était censé se trouver en première ligne, mais il n’en avait rien été. Peut-être l’ennemi ne venait-il pas parce qu’il le craignait depuis le début, ou peut-être n’en avait-il pas les moyens.
Et une simple Guilde des aventuriers ne pouvait pas facilement déployer du personnel dans tout Sigpringer.
Plutôt que de gaspiller de l’argent et de perdre des hommes des deux côtés, les négociations n’étaient pas une mauvaise chose. Mais elles ne se concluaient pas en un jour ou deux. Négocier, c’était mener une autre sorte de guerre.
Ricart n’avait aucun rôle à jouer dans cette guerre-là.
C’était un peu décevant, mais c’était tout de même une bonne nouvelle. Pour des soldats épuisés, la fin d’une guerre était la plus grande des récompenses.
« Au fait, tu ne devrais pas retourner à l’Académie avec Boribori et Marie ? »
« On en a vraiment besoin ? »
« Il faut que vous obteniez votre diplôme. C’est comme ça que vous deviendrez officiellement des aventuriers. Voyez ça comme le minimum requis, même si l’endroit est géré n’importe comment. »
« Vraiment ? »
« Vraiment. Ils pourraient venir vous chercher dès le début de l’automne. Retournez-y avant qu’ils ne débarquent. Vous avez bien travaillé. Merci. »
Ricart répondit aux remerciements de Volka par un sourire. Puis il s’assit sur le lit et s’adressa à Boribori et Marie, qui étaient occupées :
« Et vous deux ? »
« Nous ? Quoi, nous ? On a déjà fait nos bagages. »
Marie lui répondit.
Elle avait peut-être été trop occupée à travailler pour éprouver le moindre regret. Ils venaient à peine de s’installer et de commencer à bâtir cet endroit.
Mais la remise des diplômes approchait ; ils pourraient bientôt revenir. Ricart était peut-être le seul à se laisser inutilement gagner par la nostalgie.
« C’est quoi, ça ? »
Boribori désigna le Codex que Ricart tenait à la main.
« Oh, ça ? Mason me l’a donné. Il m’a dit que je pouvais le garder. »
« Vraiment ? Je peux le voir ? »
« … Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas, mais c’est un livre plutôt sinistre. »
« Ça parle de quoi ? »
« Selon lui, il faut renoncer à son humanité pour devenir un Maître de l'Épée. »
« Alors, je ne le lirai pas. »
À ces mots, Boribori répondit sans même se retourner. À part Ice, aucun d’eux ne cherchait à devenir un Maître de l'Épée ; Boribori ne semblait donc pas y accorder beaucoup d’importance.
Ricart regagna sa chambre et prépara ses affaires. En rangeant le Codex dans son sac, il s’arrêta et contempla le vieux livre décoloré.
Il se rappela l’objectif qu’il s’était fixé en entrant à l’Académie. Il voulait savoir si la guerre qui avait eu lieu un peu plus d’un siècle auparavant avait valu la peine d’être menée, si sa cause avait vraiment été ce qu’on appelait un Codex, et ce qu’était réellement un Codex.
C’était pour cela qu’il avait appris les caractères anciens.
Il n’avait pas vu tous les Codex, mais si leur contenu ressemblait à celui-ci, c’était décevant.
Pourtant, il était difficile de répondre à la question de savoir si cette guerre avait valu la peine d’être menée. Sans cette guerre, sans les Codex, l’Académie des aventuriers n’aurait jamais été fondée.
Ricart plaignait les enfants qui avaient si longtemps souffert dans cet endroit qui ressemblait à un poulailler. Mais, sans ce poulailler, aurait-il rencontré ses amis tels qu’ils étaient aujourd’hui ?
La question de savoir si cette guerre avait valu la peine d’être menée n’était donc pas une question à laquelle il pouvait répondre à la légère.
Quoi qu’il en soit, Ricart fit ses bagages. Il resta quelques jours à la branche, où il aida Volka dans son travail et lui permit de souffler un peu.
Quand Volka put enfin respirer un peu plus facilement malgré sa charge de travail excessive, Ricart partit vers l’est avec Boribori et Marie.
Ils retournaient à l’Académie.
Comme le vent frais du fleuve qui pousse une voile vers l’avant, leurs pas étaient légers sur le chemin du retour.
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