Chapitre 63
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 63
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Un marché aux chevaux se tenait à l’entrée sud-ouest de la ville d’Ernberg. La foule s’y pressait.
Une vaste clairière s’étendait autour d’une colline en pente douce. À côté se trouvaient des écuries provisoires et des enclos remplis de chevaux de toutes sortes, des poneys et bêtes de somme aux chevaux polyvalents, en passant par les montures destinées aux nobles et aux riches.
Les marchands faisaient parfois faire le tour de la clairière à leurs chevaux. Ils les présentaient ainsi, mais montraient aussi leur propre savoir-faire dans l’art de les manier.
S’occuper des chevaux exigeait un savoir et une habileté considérables. Les méthodes de dressage et d’élevage des maîtres d’écurie des empereurs, des rois et des grands nobles, en particulier, étaient presque des secrets d’État. Les révéler à la légère pouvait valoir une exécution atroce.
La plupart des chevaux du marché étaient des bêtes de somme ou des chevaux polyvalents. Les montures bien entretenues étaient rares, et on ne voyait aucun cheval de guerre. Il y en avait peut-être un ou deux quelque part.
Dans tout le marché, les gens marchandaient avec les vendeurs. Certains achetaient un cheval parce qu’ils en avaient réellement besoin, d’autres pour l’élevage.
D’autres encore étaient venus vendre des chevaux appartenant à leur famille, pour des raisons inconnues. Ce n’étaient pas des bêtes de race particulièrement remarquable, mais leurs propriétaires les avaient visiblement lavées et brossées avec soin pour la première fois depuis longtemps, afin de leur donner l’air aussi présentable que possible et d’en tirer un meilleur prix.
Soudain, quelqu’un déboula au galop dans la clairière. Sa cape rouge flottait au vent, attirant tous les regards.
Clac ! Clac ! Clac ! Clac !
« Hé ! »
« A-Attendez ! »
Les gens qui faisaient marcher leurs chevaux dans la clairière paniquèrent et s’écartèrent en toute hâte. Il fallait manipuler les chevaux avec précaution : au moindre accident, leur valeur s’effondrerait.
« Désolé. Je suis pressé. »
Le cavalier n’était autre que Ricart. Toujours en selle, il parcourut la clairière dans tous les sens.
Il avait fière allure. Au début, les marchands le dévisagèrent, incrédules, mais bientôt leur attention se reporta sur sa monture. On aurait dit qu’ils en étaient tombés amoureux au premier regard.
Le cheval de Ricart avait une silhouette harmonieuse et robuste, avec des muscles lisses mais puissants. Un seul coup d’œil suffisait pour reconnaître un cheval de guerre.
Les chevaux de guerre appartenaient à une tout autre catégorie que les chevaux ordinaires, et leurs prix s’envolaient en conséquence. Peu de races s’y prêtaient, et ils exigeaient un dressage spécial dès leur plus jeune âge.
Les chevaux de guerre n’étaient plus de simples herbivores. Il leur fallait un courage farouche, l’endurance nécessaire pour supporter les lances et les lames, l’obéissance et la fidélité envers leur maître, et bien d’autres qualités encore.
Plus ils possédaient aussi de vitesse, d’endurance, d’agilité et de réflexes, plus ils devenaient inestimables.
Bien sûr, il était rare qu’un cheval réunisse toutes ces qualités. Si cela arrivait, même un empereur le monterait avec parcimonie et le chérirait.
Pour un chevalier, sa monture était le commencement et la fin de tout, l’honneur même, la vie même. On racontait même l’histoire d’un roi qui avait acheté un excellent cheval, quitte à vendre son château.
Naturellement, de tels chevaux n’apparaissaient que parmi un millier de montures de guerre. S’ils naissaient à la bonne époque, ils écrivaient des légendes aux côtés des héros.
La monture de Ricart n’atteignait pas tout à fait ce niveau, mais c’était sans conteste le meilleur cheval du marché.
« Vente rapide ! Qui en veut ? Vente rapide ! »
Ricart criait tout en traversant la clairière à sa guise. En principe, il fallait l’utiliser selon un ordre strict, chacun faisant lentement marcher son cheval à son tour, mais Ricart n’en avait cure.
Personne ne le lui fit remarquer non plus. Le cheval était tout simplement trop magnifique. Tout le monde était sous le charme.
Parmi eux se trouvait un homme en robe de soie, entouré de plusieurs personnes. Sa barbe lui descendait jusqu’à la poitrine et il avait une carrure imposante.
Il observa de loin Ricart chevaucher sans retenue, puis s’approcha de lui avec assurance.
« Jeune homme. »
Ricart se tourna vers lui. À cet instant, Boribori accourut, essoufflée, en tenant les rênes d’un autre cheval. Ricart les prit et s’approcha de l’homme.
« En fait, j’ai deux chevaux à vendre. Je préférerais que vous les preniez tous les deux. »
À sa façon de lâcher ces mots, on voyait bien qu’il n’était pas marchand. L’homme en robe de soie laissa échapper un rire sans joie.
Il caressa calmement l’encolure et la tête du cheval de Ricart, tout en examinant son état.
Il était magnifique. À l’évidence, la personne qui s’en occupait l’avait traité avec un dévouement sans faille. Un coup d’œil suffisait pour savoir si un cheval avait été négligé ou soigné avec amour.
Le cheval que Boribori avait amené était un peu inférieur à celui de Ricart, mais il n’était pas mauvais.
Après les avoir examinés, l’homme en robe de soie leva les yeux vers Ricart.
« Tu sais quel genre de cheval c’est, et tu le vends à la hâte ? »
« C’est un assez bon cheval. »
« C’est un cheval de guerre, du genre de ceux que montent les chevaliers. Les chevaux de guerre se divisent en coursiers et en destriers. Même les coursiers se vendent bien plus cher que les autres chevaux. Quant aux destriers, ils coûtent beaucoup plus cher encore. C’est ce que je te demande : tu le sais ? »
Même parmi les destriers, il existait bien des catégories, des montures légendaires à celles que montaient les chevaliers ordinaires.
À en juger par sa seule constitution, le cheval de Ricart comptait parmi les meilleurs destriers. Il faudrait bien sûr mettre son courage et son endurance à l’épreuve.
« Je sais ça. Mon père montait un destrier. »
« … Hm. »
Si son père était chevalier, Ricart venait donc d’une famille de chevaliers. Cela dit, l’homme en robe de soie ne se laissa pas intimider et ne sembla pas particulièrement s’en soucier.
« Je t’en donne cent quatre-vingts pièces d’or pour les deux. »
« Quatre cents. »
« Ha ha ha ! C’est bien d’avoir de l’audace, mais c’est beaucoup trop déraisonnable, jeune homme. J’ai pourtant bien entendu que tu voulais vendre rapidement. »
« C’est vrai. Puisque c’est une vente rapide, voyons… Donnez-moi seulement trois cent quatre-vingt-dix. »
« Merci de m’avoir laissé voir d’aussi beaux chevaux. Trouve-leur un autre bon propriétaire. »
Ricart avait annoncé un prix si exorbitant que l’homme en robe de soie tapota l’encolure du cheval et s’éloigna sans autre mot.
Ricart se hâta de le rattraper.
« D’accord. Deux cents. »
« Cent quatre-vingts. Je n’ai pas l’intention de marchander davantage. »
« Compris. Donnez-moi les cent quatre-vingts. »
Ricart mit pied à terre en parlant. L’homme fit signe à quelqu’un, qui s’empressa d’apporter une bourse. Cette personne en remit deux assez grosses à Ricart, ainsi qu’une petite.
Ricart les ouvrit et vérifia l’argent. En quelques mouvements de doigts, il compta la somme exacte. Il y avait bien cent quatre-vingts pièces d’or.
« R-Ricky, qu’est-ce qu’on fait ? On est riches. »
En voyant une somme d’argent qui dépassait tout ce qu’elle avait imaginé, Boribori écarquilla les yeux. Elle attrapa Ricart et le secoua vigoureusement. Ayant grandi dans la pauvreté, elle aimait peut-être beaucoup l’argent.
Ils entendirent alors le bruit pressant de sabots.
Clac ! Clac ! Clac ! Clac !
C’était Marconis, qui avait oublié son chapeau et laissait voir son crâne à moitié chauve.
« Hé ! Hé ! Ce cheval n’est pas à vendre ! »
Il accourut et s’arrêta devant Ricart et l’homme en robe de soie. Puis il mit pied à terre à la hâte. Il aperçut les bourses dans les mains de Ricart. La transaction était déjà conclue.
« Monsieur, ce cheval n’est pas à vendre. »
Marconis s’adressa à l’homme en robe de soie. Celui-ci regarda tour à tour Ricart et Marconis, puis renifla avec dédain.
Sans répondre, il siffla sèchement : Fiuuu !, puis claqua des doigts en direction des gens autour de lui.
Aussitôt, plusieurs personnes montèrent les chevaux dans l’enclos et s’approchèrent au trot. Elles portaient des armures légères, mais étaient armées de lances et d’épées, comme une bande de brigands à cheval.
Elles avaient aussi l’air étrangères. Ricart et Boribori n’en avaient entendu parler que de loin, mais avec leurs yeux bridés et leur nez bas, elles semblaient appartenir à un peuple nomade vivant quelque part dans les contrées lointaines des Salaman.
C’était la première fois que Ricart et Boribori voyaient des nomades, et ils écarquillèrent les yeux. Des mercenaires ? Qu’est-ce que c’était que ça ?
Quoi qu’il en soit, les cavaliers fixaient Marconis d’un regard glacial, armes à la main. Rien n’était plus effrayant que des gens avec qui l’on ne pouvait pas communiquer.
En outre, des rumeurs sinistres couraient sur les nomades. On disait qu’ils chevauchaient comme des fantômes et qu’ils mangeaient les êtres humains.
Malgré sa précipitation, Marconis déglutit et se raidit sous leurs regards.
« Mille. »
L’homme en robe de soie se contenta de ces quelques mots. Si Marconis voulait récupérer le cheval, il devait payer mille pièces d’or.
N’importe qui aurait compris que le prix était volontairement exorbitant. Écrasé par la présence imposante de l’homme, Marconis resta sans voix.
« Si tu n’as pas l’argent, dégage. »
L’homme en robe de soie avait parlé d’un ton ferme.
Marconis remua les lèvres, comme s’il voulait dire quelque chose, mais aucun mot ne sortit. Il avait l’impression qu’il mourrait s’il disait la moindre chose de travers.
En tant que marchand, il n’avait pas le cran de risquer sa vie. Alors il ne dit rien et recula.
Peut-être à regret, il ne cessa de se retourner en quittant le marché aux chevaux.
Ricart le regarda s’éloigner, puis interrogea l’homme en robe de soie.
« Quoi ? Ce cheval valait vraiment mille pièces d’or ? »
L’homme eut un léger sourire.
« Un bon cheval ne se trouve que si le destin te le met sur la route, quel qu’en soit le prix. Il est insensé de vouloir lui en donner un. »
« Mais vous êtes marchand de chevaux. Vous devriez savoir quel est le juste prix. »
L’homme en robe de soie sourit légèrement à Ricart.
« Est-ce que j’ai l’air d’un marchand ? »
« … Quoi ? »
« Que tu aies volé les chevaux ou non, tu as obtenu ce qu’il te fallait. Notre transaction a satisfait les deux parties, n’est-ce pas ? »
Sur ces mots, l’homme s’éloigna. Sur son ordre, les nomades mirent également pied à terre.
Ricart se dit que cet homme n’était décidément pas un marchand de chevaux ordinaire. Était-il vraiment le chef d’une bande de brigands à cheval ?
Quoi qu’il en soit, ils s’étaient débarrassés des chevaux. Ricart et Boribori se précipitèrent donc vers les docks. Là, ils retrouvèrent Mason, le maître de la guilde des tailleurs de pierre.
« Combien vous devait-on ? »
En réalité, quand il avait fait irruption, s’était emparé des chevaux et les avait vendus, Ricart ne savait même pas combien on leur devait.
« Cent vingt pièces d’or, frais de transport compris. »
Ricart lui remit aussitôt cent vingt pièces d’or. Mason ne s’attendait visiblement pas à recevoir grand-chose, car ses yeux s’écarquillèrent quand il prit l’argent.
« C-Comment avez-vous… ? »
« Comment, sinon ? Je suis entré, j’ai pris les chevaux et je les ai vendus. »
« … »
« Quand quelqu’un vous doit de l’argent, il faut employer la force pour le récupérer. Camper sur les docks ne suffit pas. »
Qu’il fût audacieux ou sans vergogne, Ricart parlait comme si c’était évident. Et c’était la réalité : il était difficile de récupérer une dette sans recourir à la force.
Ricart regarda les gens qui campaient encore sur les docks. Au moins, ils n’auraient plus à vivre dehors, pensa-t-il. Rien que pour ça, cela en valait la peine.
« Au fait, on n’a même pas signé de contrat, pas vrai ? »
Boribori posa la question.
À bien y penser, non. Cela dit, un accord verbal constituait lui aussi un contrat en bonne et due forme.
Les accords verbaux ne posaient problème que lorsqu’un différend survenait. Si les deux parties respectaient leur engagement, il n’y avait pas de souci.
« Il nous reste de l’argent. »
Il leur restait soixante pièces d’or. En moins d’une heure, ils avaient accompli une mission et gagné soixante pièces d’or.
Pourtant, Ricart fixa la bourse pleine de pièces d’or et s’adressa à Boribori.
« Combien d’intérêts devrait-on demander ? »
« Euh… D’après ce que j’ai entendu hier, ils avaient déjà trois jours de retard. Aujourd’hui, ça fait donc le quatrième jour. »
On pouvait fixer le taux d’intérêt comme on le souhaitait, mais le taux habituel était d’un dixième par jour.
Les taux d’intérêt étaient brutaux à cette époque. Mieux valait donc éviter d’emprunter si possible, et si l’on empruntait, il fallait rembourser à temps, quoi qu’il arrive.
Cela dit, comparé à l’usure vraiment impitoyable, un dixième restait tout à fait raisonnable.
« Douze multiplié par quatre, ça fait quarante-huit pièces d’or. Rendons le reste. »
« Hein ? Pourquoi ? »
« Il faut aussi avoir des principes. On ne devrait prendre que ce qu’on a gagné. Sinon, quelle différence avec des voleurs ? »
« Euh… Je crois que tu as raison. »
Boribori avait l’air déçue, mais elle se rangea à la décision de Ricart.
Ricart se rappela les paroles de Mason sur le respect des traditions et des principes. Il estimait qu’il avait raison.
Il n’y avait aucun problème à prendre tout le butin remporté au combat, mais il pensait qu’une mission devait être rémunérée au juste montant.
Ricart et Boribori reprirent donc aussitôt le chemin du manoir.
À leur arrivée, le manoir était sens dessus dessous à cause de Ricart. Pourtant, quand le responsable du remue-ménage reparut, tous ceux qui s’y trouvaient ne purent que le dévisager, incrédules.
Ricart attrapa quelqu’un et lui demanda :
« Où est Marconis, le chef de la compagnie marchande ? »
« O-Oui ? P-Pourquoi vous demandez ? »
« Je viens rendre l’argent qui reste. »
« … Il est dans son bureau, au deuxième étage, mais… »
Ricart entra dans le manoir comme s’il était chez lui. Il monta au bureau du deuxième étage et ouvrit la porte à la volée.
Marconis, assis à son bureau, la tête entre les mains, s’écria avec colère :
« J’ai dit que personne ne devait entrer… ! »
Mais lorsqu’il comprit que Ricart venait d’entrer, il tressaillit et ne put finir sa phrase.
« J’ai vendu les chevaux et reçu cent quatre-vingts pièces d’or. J’en ai rendu cent vingt à la guilde des tailleurs de pierre, et nous avons décidé de garder les intérêts. Vous n’avez pas remboursé pendant quatre jours, alors nous avons appliqué un taux d’un dixième par jour. Nous avons gardé quarante-huit pièces d’or et rendu les douze restantes. »
Ricart étala douze pièces d’or sur le bureau.
Marconis le regarda d’un air hébété, puis laissa échapper un souffle incrédule.
« … Ha ! »
« Quoi ? Vous trouvez ça injuste ? »
« … Tu sais au moins quel genre de cheval c’était ? »
« Non. »
« Qu’est-ce que tu as dit ? »
« Est-ce que j’ai besoin de le savoir ? Tout ce que je sais, c’est que vous n’avez pas payé et que nous avons accepté la mission de récupérer la somme pour la guilde des tailleurs de pierre. On recouvre normalement les dettes par la force, non ? En tant que marchand, vous devriez le savoir. »
« Ha… Très bien. Admettons que tu aies raison. Mais pour qui tu me prends ? Je suis membre de l’Association des marchands d’Ernberg et j’en suis le président. Tu crois que je vais laisser passer une chose pareille ? Il y a des limites à ce qu’on peut accepter. Qu’est-ce que c’est que ça ? Douze pièces d’or ? Ha ! Tu te moques de moi ? »
Marconis semblait perdre de plus en plus la raison. Même lui, pourtant froid et rusé, regrettait visiblement la perte des chevaux, alors qu’il n’était pas chevalier et ne se battait pas.
Pourtant, même les hommes qui n’étaient pas chevaliers avaient leurs rêves. Les épées et les chevaux en étaient les plus courants. C’est pourquoi Marconis montait un destrier, bien qu’une telle monture dépassât largement son rang.
Ricart fixa Marconis, qui respirait bruyamment, sans comprendre sa réaction.
« C’est quoi, cette Association des marchands ? Qu’est-ce que vous allez faire si je ne laisse pas tomber ? Je n’ai pas le sens des convenances ? Si j’étais Steiner le Chien fou, vous croyez que votre tête serait encore sur vos épaules ? Vous voulez que je vous montre ce que c’est, le vrai manque de convenances ? C’est ridicule. »
Au nom de Steiner le Chien fou, Marconis tressaillit. Ce n’est qu’alors qu’il sembla reprendre un peu ses esprits et se rappeler à qui il avait affaire.
Ricart le fixa d’un regard glacial et libéra son intention meurtrière.
Le cœur de Marconis s’emballa et une sueur froide lui coula le long du corps. Sans même s’en rendre compte, il ne pensa plus qu’à l’imminence de sa mort. Les yeux de Ricart n’avaient rien d’humain.
« Écoutez-moi bien, Marconis. Si vous êtes marchand, faites du commerce. Les riches finissent toujours par se croire au-dessus des autres et dépassent les limites. Puis ils meurent. C’est tout. Êtes-vous chevalier ? Allez-vous charger au combat et vous battre à cheval ? Ce cheval vaut-il vraiment autant que votre vie ? Non. Si vous ne voulez pas mourir, restez à votre place. Compris ? »
Ricart lança cet avertissement comme s’il comptait vraiment le tuer, puis quitta le bureau avec Boribori. Avant de sortir, Boribori s’inclina légèrement devant Marconis.
Une fois Ricart parti, Marconis eut enfin l’impression de pouvoir respirer de nouveau. La pression avait été énorme. Il se rappela que le garçon avait exécuté les Cinq d’Ernberg.
Mais, aux yeux de Marconis, Ricart n’était pas normal non plus. En regardant les douze pièces d’or étalées sur son bureau, il se dit que Ricart était un fou d’un autre genre que Steiner le Chien fou.
S’il comptait prendre l’argent, pourquoi ne pas tout garder ? À quoi bon rendre douze pièces ? De la gifle à sa fille à la prise des chevaux, en passant par la restitution du surplus, tout ce que faisait Ricart lui échappait.
Marconis comprit soudain qu’il avait eu tort de croire qu’il pouvait gagner la confiance de la bête qui avait tué les Cinq d’Ernberg, ou l’apprivoiser.
Un animal féroce, comme un lion ou un tigre, était fascinant. Sa démarche tranquille et sa posture détendue lorsqu’il se couchait étaient élégantes, belles et majestueuses.
Mais s’en approcher et tenter de le toucher simplement parce qu’il était fascinant pouvait tourner au désastre. Il montrerait ses puissantes griffes et ses crocs, puis déchiquetterait sa victime.
Le sang giclait partout. Les entrailles se répandaient. Les membres étaient broyés et arrachés.
Quand un tigre disparaissait des montagnes, les renards et les loups prenaient le pouvoir. Marconis comprit qu’il avait lui-même été l’un de ces renards ou de ces loups.
Même les gens intelligents pouvaient perdre leur jugement quand tout leur réussissait. C’était son cas.
Dans ce monde, il existait des gens qui étaient de véritables bêtes. Les provoquer était d’une stupidité absolue.
Marconis répétait toujours qu’avant toute chose, il fallait peser le pour et le contre.
Mais avant de peser le pour et le contre, il fallait d’abord penser à la possibilité de mourir.
Chapitre 12 : Un tigre dans les montagnes. Fin.
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