Chapitre 53
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 53
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Sous la douce chaleur du soleil, les environs des Hautes Terres de Kaits grouillaient de monde, comme si l’on y célébrait un festival de fin de printemps.
Une auberge se dressait au bord de la route, sa roue à aubes entraînée par l’eau de la vallée. Elle ne pouvait accueillir tout le monde, alors beaucoup avaient planté leur tente dehors et s’y étaient installés.
Pourquoi tant de gens s’étaient-ils rassemblés ?
Ils étaient venus assister à des combats.
À une époque où même la décapitation des criminels servait de divertissement, personne ne voulait manquer le spectacle rare d’un duel entre combattants chevronnés.
Là où les gens affluaient, les marchands accouraient naturellement, attirés par l’odeur de l’argent. Comme une boule de neige dévalant une pente, la foule ne cessait de grossir.
Au milieu de cette ambiance de fête, quelqu’un avait apparemment amené une chèvre, l’avait dépouillée et la faisait rôtir entière au-dessus d’un feu. Une foule compacte s’était rassemblée autour d’un conteur.
L’odeur de la viande grillée leur mettait l’eau à la bouche, mais l’homme qui parlait à tue-tête attirait tout autant leur attention.
« Je l’ai vu ! Je vous jure que c’est vrai ! J’étais là, ce jour-là ! La Cape Rouge a massacré des dizaines de personnes à lui tout seul, puis un démon est apparu ! »
Le conteur parlait comme s’il plaidait avec toute son âme. Il était si convaincant qu’il aurait peut-être mieux fait de renoncer à l’aventure pour se consacrer à ce métier.
Certains l’écoutaient attentivement, tandis que d’autres ne prêtaient qu’une oreille distraite, un sourire en coin. Un démon ? Quelle absurdité.
« À quoi ressemblait ce démon ? »
Quelqu’un posa la question.
« La Cape Rouge n’est pas si grand, mais son ombre est devenue énorme, aussi énorme que… que cette montagne, là-bas ! Si ce n’était pas un démon, alors qu’est-ce que c’était ?! »
Selon l’angle et l’intensité de la lumière, une ombre pouvait s’allonger et devenir immense. Dans la panique et la peur, il était facile de la voir ainsi.
Surtout quand on n’avait ni connaissances scientifiques ni instruction.
« Laissons ça de côté. Comment Eberstein est-il mort ? La deuxième épée du clan des Trois Épées. Raconte-nous ça en détail. »
Quelqu’un d’autre prit la parole. Les histoires de démons ne semblaient pas l’intéresser.
Mais le conteur avait été trop loin, et il faisait nuit. Il n’avait pas grand-chose à raconter.
Pourtant, devant les regards curieux de la foule, il ressentit un devoir aussi vain qu’inexplicable et se mit quand même à parler.
« Au début, j’ai cru qu’ils se battaient en duel, mais quelqu’un d’autre s’en est mêlé en plein combat. Ensuite, ils ont dû mal lancer un truc et toucher l’un des leurs. Alors la Cape Rouge les a tués tous les deux. Trois Épées ou Trois Pelles, ces salauds sont les plus lâches qui soient. Même moi, j’en suis resté bouche bée. Je me suis dit : “Qu’est-ce que c’est que ça ? Ils ont le droit de faire ça ?” J’étais complètement paumé. C’est pas à cause de cette confusion qu’on a été repoussés et qu’on a perdu toutes nos provisions dans les flammes ? Ça veut dire qu’on a perdu ce jour-là à cause de ces salauds des Trois Pelles. »
Le récit du conteur comportait une erreur. Personne n’avait mal lancé quoi que ce soit en touchant un allié. Ricart avait attrapé un poignard de lancer avant de le renvoyer aussitôt sur Eberstein.
Cela dit, le conteur se trouvait à une certaine distance et il faisait nuit. Il avait pu voir les choses ainsi. Il ne mentait pas délibérément.
Il exagérait simplement et interprétait les événements à sa guise.
Le problème, c’était que les gens comme lui se moquaient de la victoire ou de la défaite de la guilde. À leurs yeux, ce n’était pas eux qui perdaient. Étonnamment, c’était vraiment ainsi qu’ils raisonnaient.
Le conteur n’était qu’un aventurier de bas rang. La prospérité de la guilde ne lui rapportait rien, et son effondrement ne lui coûtait pas grand-chose.
Il n’avait donc jamais eu l’intention de risquer sa vie au combat. S’il voyait que la défaite était inévitable, il n’aurait qu’à prendre la fuite.
En revanche, ceux qui avaient quelque chose à perdre dans la réussite ou l’échec de la guilde étaient au moins des aventuriers de rang intermédiaire.
Il y avait aussi ceux dont la subsistance dépendait de leur réputation et de leur renommée. Si la rumeur disait qu’un clan célèbre était lâche ou incompétent, les conséquences pouvaient être désastreuses.
Cela ne nuisait pas seulement à leur gagne-pain. Parfois, leur orgueil, qui comptait plus encore que leur subsistance, ne le supportait pas.
« C’est impossible. »
Quelqu’un réfuta sèchement les propos du conteur. Une cape dissimulait son apparence, mais le renflement à sa taille laissait penser qu’il portait une épée.
« Euh… vous étiez là, vous aussi, ce jour-là ? »
« Non. Je le sais, c’est tout. Et je vous préviens : racontez toutes les absurdités que vous voulez, mais surveillez votre langue quand vous parlez du clan. À moins que vous ne teniez à ce qu’on vous la coupe. »
Sous la capuche, un regard meurtrier brillait dans l’ombre. Le conteur eut assez peur pour se taire.
Les gens se tournèrent naturellement vers la silhouette encapuchonnée, mais celle-ci les évita et disparut bientôt dans la foule.
Quand l’odeur de la chèvre rôtie se mêla à d’autres parfums avant de s’évanouir au loin, l’homme atteignit l’entrée de la route qui montait vers les Hautes Terres.
Une palissade provisoire barrait le passage, devant laquelle s’étirait une longue file d’attente.
« Le prochain duel aura lieu avant que le soleil ne se pose sur la crête ! Entrez maintenant si vous voulez y assister ! »
Quelqu’un criait dans un porte-voix, comme un crieur public.
Bien sûr, l’entrée n’était pas gratuite. Il fallait payer, et le tarif augmentait chaque jour.
Ceux qui n’avaient pas d’argent grimpaient sur la montagne d’en face pour regarder de loin. On pouvait encore apercevoir des gens qui, montés tôt, observaient la scène depuis les hauteurs.
À voir tout ça, la guilde avait vraiment l’air absurde. Comptait-elle faire la guerre, oui ou non ?
Il fallait tout de même écarter les vauriens comme le conteur et garder la zone sous contrôle. Tant qu’à faire, gagner de l’argent au passage n’était pas une mauvaise chose non plus.
L’homme encapuchonné ignora la longue file et se dirigea vers la palissade. Les regards se tournèrent naturellement vers lui, mais personne ne l’arrêta, tant il dégageait une aura singulière.
Le garde posté à la palissade le dévisagea et demanda :
« Votre clan ? »
« Les Trois Épées. Gramshwitz, la Première Épée. »
« Hm. Il y a aussi un ordre pour les duels. Pour l’instant, contentez-vous de regarder. »
L’aventurier ouvrit la palissade sans lui faire payer l’entrée. Les aventuriers de rang intermédiaire ou supérieur dont le statut était établi, en particulier ceux qui en voulaient à la Cape Rouge, pouvaient entrer librement.
Après avoir avancé un peu, il aperçut enfin le sommet de la tour de défense, qui se dressait plus haut. Le terrain où il se trouvait était encore couvert de nombreuses traces de brûlure.
Les aventuriers s’étaient dispersés dans les environs, regroupés avec leurs connaissances. Les gens fortunés qui avaient payé leur entrée avaient réservé les meilleures places dès le matin et étendu des nattes. C’étaient des amis ou des amoureux.
En balayant les alentours du regard, Gramshwitz repéra d’autres personnes venues seules, comme lui. Leur visage impassible et leur air sinistre leur donnaient un aspect dangereux, même de loin.
La foule semblait divisée en trois groupes : ceux qui étaient venus uniquement pour le spectacle, ceux qui voulaient tuer la Cape Rouge pour acquérir de la renommée, et ceux qui voulaient simplement le tuer, renommée ou pas.
Ils avaient tous un point commun : la guerre des guildes passait au second plan. Leur attention était entièrement tournée vers la Cape Rouge.
La rumeur selon laquelle la Cape Rouge avait tué l’une des Neuf Épées de l’Empire s’était déjà répandue partout.
Au début, les avis avaient été partagés. La rumeur était-elle vraie ou fausse ? Si elle était vraie, n’était-ce que de la chance ? Les faits avaient-ils été exagérés ?
Mais avec le temps, les gens ne se contentèrent plus de dire qu’il avait tué l’une des Neuf Épées de l’Empire. Ils affirmèrent qu’il méritait peut-être lui-même d’en faire partie.
Ricky, la Cape Rouge. Ce nom prenait chaque jour davantage de poids. On le qualifiait même de plus grand génie de l’histoire : un génie qui, à douze ans, avait tué l’une des Neuf Épées de l’Empire et pris sa place.
À première vue, cela semblait impossible à croire.
Pourtant, il en apportait la preuve. Pas une fois, mais à plusieurs reprises, en quelques jours. Aujourd’hui marquait le premier anniversaire de la première bataille.
« Gramshwitz, la Griffe du Faucon ? C’est bien vous ? »
Quelqu’un lui adressa la parole par-derrière. Quand Gramshwitz se retourna, il vit un homme d’âge mûr aux cheveux courts et à la barbe brune, accompagné de trois ou quatre personnes.
« C’est bien moi. Je suis Wolfgen, chef de clan de la Guilde Heigen. Vous êtes venu vous venger ? »
Un chef de clan était placé sous les ordres du Maître de guilde et supervisait plusieurs clans. Il occupait le même rang que Lorenz, que Ricart avait tué auparavant.
Le clan des Trois Épées ne comptait que trois membres, qui étaient frères. Gramshwitz, la Première Épée, était la Griffe du Faucon. Eberstein, la Deuxième Épée, était l’Aile du Faucon. Elrich, la Troisième Épée, était le Poignard volant.
En réalité, leur technique secrète consistait à ce que les deux aînés attirent l’attention tandis que le cadet lançait un poignard pour achever l’adversaire.
Leur méthode était si subtile et si habile que personne n’en réchappait. Peu de gens la connaissaient, et les frères s’étaient fait un nom en ne manquant jamais une mission qu’ils acceptaient.
Mais deux des frères étaient morts le même jour. Il ne restait plus que l’aîné.
Le clan était de fait dissous.
« … »
« Si vous voulez vous venger, rejoignez-nous. Vous n’aurez aucune chance en duel. La Cape Rouge est un véritable monstre. Regardez-le d’abord, puis vous déciderez. »
Wolfgen laissa ces mots derrière lui et s’éloigna. Gramshwitz garda le silence.
Le temps passa. Le soleil atteignit son zénith, puis descendit peu à peu vers la crête de la montagne.
Un groupe descendit des Hautes Terres. Parmi eux, un garçon portant une cape rouge attira le regard de Gramshwitz. Il avait les cheveux blonds et un visage empreint d’une innocence juvénile.
Il était grand et bien bâti pour son âge. Mais sa croissance n’était pas terminée et sa carrure n’avait pas encore atteint sa pleine maturité.
À l’apparition de Ricart, les conversations s’éteignirent tout autour. Le grand moment du jour allait bientôt commencer.
Il y avait un duel par jour, parfois deux. C’était le douzième duel en une semaine.
Au total, seize personnes avaient trouvé la mort. Ricart avait accepté les duels, quel que soit le nombre de ses adversaires.
Les résultats parlaient d’eux-mêmes. Peu importait son jeune âge, il méritait sa place parmi les Neuf Épées de l’Empire.
Plus étonnant encore, il se battait en public. La plupart des gens organisaient leurs duels en privé, avec le moins de témoins possible, de peur que leurs techniques secrètes ne soient révélées ou que leur escrime ne soit contrée.
Était-il arrogant ou audacieux ?
Ils allaient le découvrir.
Ricart ôta sa cape et la tendit à une jeune épéiste qui se tenait à proximité. Il entra dans l’aire de duel, une seule épée à la main. Son adversaire était torse nu et portait une épée ainsi qu’un bouclier rond.
Des membres de la Guilde de Beringen et de l’alliance dégagèrent l’espace pour le duel et empêchèrent la foule de s’approcher.
Sous le doux soleil, l’homme torse nu fit rouler ses épaules et prit délibérément de profondes inspirations. Puis il poussa un cri de guerre.
« Hup ! Hup ! Allez ! Allez ! Allez ! »
Il cherchait sans doute à se détendre avant un combat qui déciderait de sa vie. Ricart ne tremblait pas et n’affichait pas non plus une confiance débordante. Il tira simplement son épée.
L’adversaire de Ricart écarta largement les bras, son épée dans une main et son bouclier dans l’autre, puis lança :
« Je suis Rishlen, le Graveur de cœur de Muorheim ! Aujourd’hui, je vais te vaincre et devenir l’une des Neuf Épées de l’Empire ! »
Il cria d’une voix rauque, mais son agitation était évidente. Ricart tira son épée, lança son fourreau à ses alliés et répondit :
« Ricky, du Clan Viola. »
Une fois les présentations faites, le duel commença. La foule retint son souffle.
Ceux qui avaient déjà assisté à plusieurs duels n’avaient aucune idée de l’issue. Ils se demandaient seulement quelle technique Ricart allait montrer cette fois.
Bouclier levé devant lui, Rishlen avança avec prudence, comme s’il traquait une bête sauvage. Il progressait à petits pas hésitants, levant à peine les pieds pour pouvoir réagir à tout instant.
Ricart ne bougeait pas, son épée pointée vers le sol. Rishlen prit peur et recula précipitamment, avant de s’avancer de nouveau à pas furtifs.
Il répéta la manœuvre cinq fois.
« Hah ! Hah ! Hah ! »
Ils n’avaient pas échangé une seule attaque, pourtant Rishlen transpirait et respirait bruyamment, tendu à l’extrême.
Ricart pencha la tête, l’air de s’ennuyer. Rishlen chargea alors avec férocité, bouclier en avant, comme s’il ne voulait pas laisser passer cette ouverture.
Mais Ricart se déporta sur le côté. Malgré sa nervosité, Rishlen réagit avec une grande souplesse. Il projeta son bouclier dans la direction où Ricart avait esquivé, puis balança son épée.
Fff ! Fsh !
Ricart se contenta de reculer et d’incliner légèrement le buste pour éviter les attaques. Rishlen se replia précipitamment, son bouclier devant lui.
Soudain, Rishlen sentit un coup sur la tête et perdit connaissance.
Ricart venait de lui donner un coup de pied à la tête.
Le bouclier de Rishlen lui bouchait la vue. Ricart avait profité de cet instant pour lui décocher un coup de pied haut depuis son angle mort.
Crac !
Rishlen s’effondra sans pouvoir se retenir et heurta le sol de la tête. Il avait apparemment perdu connaissance sous ce seul coup. Il gisait là, inerte.
Ricart le regarda un instant, puis se retourna et partit sans un mot.
Il n’avait même pas donné un seul coup d’épée.
Il rejoignit ensuite la tour de défense avec les membres de la Guilde de Beringen.
Le duel du jour terminé, ceux qui avaient payé pour y assister se mirent à protester.
« C’est tout ? »
« Faites venir un vrai adversaire ! »
« Vous demandez trois pièces d’argent pour cette merde ? »
« Tant qu’à faire, décapitez le perdant ou pendez-le ! »
Mais les aventuriers de l’alliance des guildes se moquèrent de leurs plaintes et les chassèrent.
« Hé, monsieur, parlez-moi. »
« N-non, ce n’est pas ce que je voulais dire. Franchement, c’est abusé. »
« Mesdames et messieurs ! Le duel est terminé ! Dehors ! Circulez ! »
Les aventuriers poussèrent les gens du peuple hors des Hautes Terres comme on chasse des moutons. Les spectateurs mécontents continuèrent de grommeler en partant. Ils disaient s’être fait arnaquer, que la Guilde Heigen et les autres guildes étaient lamentables.
Rishlen avait à peine repris connaissance, mais il ne pouvait pas se tenir debout. Ses compagnons l’aidèrent à s’éloigner.
Gramshwitz observait tout en silence quand Wolfgen revint vers lui.
« Qu’en pensez-vous ? »
« … Il est trop tôt pour se prononcer, mais il n’a ni manies ni habitudes. Rien ne le contraint. On ne voit pas la moindre trace d’un enseignement reçu de qui que ce soit. Honnêtement, j’ai du mal à y croire. Atteindre ce niveau à son âge… »
C’était une remarque impressionnante. Même après avoir assisté à un duel presque pitoyable tant il était creux, il avait aperçu quelque chose qui se rapprochait de la vérité.
« Hm… »
Wolfgen hocha gravement la tête, en accord avec lui.
« Tous ceux qui valaient quelque chose parmi les participants aux duels sont morts il y a trois jours. Il ne reste que des gens comme lui. Les autres combattants capables se désintéressent des duels. Qu’allez-vous faire ? Si vous voulez vous battre en duel, je peux vous en organiser un dès demain. »
Autrement dit, les seuls combattants capables encore en vie étaient ceux qui voulaient tuer Ricart pour se venger plutôt que pour acquérir de la renommée.
Quel qu’en soit le moyen.
Qu’il s’agisse de retrouver l’honneur perdu, de régler une rancune personnelle ou de faire pencher la guerre en leur faveur, leurs objectifs respectifs convergeaient enfin vers un seul but.
Après un instant de réflexion, Gramshwitz demanda d’un ton presque conciliant :
« Quel est le plan ? »
« Suivez-moi. »
Gramshwitz suivit Wolfgen, le chef de clan de la Guilde Heigen, jusqu’à un endroit à l’écart.
Ricart les observait attentivement depuis les hauteurs.
La tour de défense servait également de poste d’observation, ce qui lui permettait de voir toute la zone alentour.
La foule était épaisse comme un nuage et il était difficile de distinguer les individus. Mais le regard perçant de Ricart lui permettait de séparer sans peine les vauriens ordinaires de ceux qui dégageaient une aura inquiétante.
Ricart l’avait bien compris, lui aussi. Les combattants capables qui valaient la peine d’être affrontés en duel étaient tous morts trois jours plus tôt, et les autres préparaient quelque chose.
Il lui faudrait réfléchir sérieusement pour comprendre ce qu’ils mijotaient, mais une chose était certaine.
Les véritables combattants, ceux qui étaient prêts à mourir, allaient bientôt passer à l’action.
Ricart comprit d’instinct qu’il devait les arrêter pour défendre la tour jusqu’au bout.
Il savait aussi que des gens animés d’une détermination hors du commun étaient plus difficiles à affronter que ceux qui avaient simplement atteint un haut niveau à l’épée.
Pour affronter de telles personnes, il devait avoir cette même détermination, plus encore que de l’adresse ou du talent.
Mais qu’avait Ricart entre les mains, à présent ?
Il n’avait ni la rancœur brûlante et la colère contre le monde de sa vie antérieure, ni cette haine féroce de lui-même.
La loyauté envers la guilde ? Pas plus que les autres, Ricart n’en avait.
Seules les paroles de Volka s’étaient installées dans un recoin de son cœur.
« On défrichera un terrain et on y bâtira notre propre domaine. Je vais y vivre avec Delphi. Jusqu’à ce que nous vieillissions et mourions. »
Oui. Un jour, moi aussi.
Ricart avait lui aussi un rêve modeste, même s’il restait vague. Il se représentait en pensée ses amis vieillissants, le sourire aux lèvres.
Pour cela, il pouvait risquer sa vie.
La rancœur et les rêves se croisèrent dans les Hautes Terres de Kaits.
Même si, pour quelqu’un d’autre, tout cela n’était qu’un spectacle.
Qui avait raison, qui avait tort ? Qui était dans son bon droit, qui était coupable ?
Inutile de se poser ce genre de questions.
Chacun avait sa propre histoire et, lorsqu’un épéiste mourait, il n’y avait surtout pas de place pour les excuses.
Nul besoin de s’attendrir.
Même s’il perdait et mourait, il n’éprouverait ni rancœur ni regret.
Telle était la détermination de Ricart.
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