Chapitre 51
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode des braves ◈
Chapitre 51
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Le soleil rouge du couchant semblait teinté de sang, ou peut-être en flammes. Plus d’une centaine de paires d’yeux observaient le duel, chacun avec ses propres sentiments.
Certains regardaient avec l’espoir au cœur. D’autres avec impatience. D’autres encore par curiosité. Et quelques-uns…
Marie vit le dos de Ricart. Le garçon qui s’était avancé pour le duel ne tremblait pas. Il n’avait pas l’air courageux, mais plutôt de quelqu’un qui n’avait aucun attachement à la vie.
C’était l’impression qu’il lui donnait.
Les ennemis avaient grimpé sur les hauteurs pour mieux voir le duel. Ils étaient éparpillés çà et là, mais s’étaient approchés au point que leur présence devenait inquiétante.
Pourtant, le garçon ne leur prêtait aucune attention.
Comme si cela ne changeait rien qu’une centaine ou un millier d’hommes se jettent sur lui.
Le soleil rouge se trouvait entre Ricart et son adversaire, Eberstein. Au loin, il flottait au-dessus de la crête et descendait lentement.
Le couchant teignait de rouge le flanc gauche de Ricart et le flanc droit d’Eberstein, tandis que leurs côtés opposés s’assombrissaient à contre-jour.
Qui bougerait le premier ?
Dans un duel à l’arme blanche, c’était toujours la question essentielle.
Une technique supérieure ne faisait pas durer un combat plus longtemps. Au contraire, la plupart s’achevaient en un instant.
Nombre d’entre eux se terminaient dès le premier mouvement. Même le vainqueur pouvait être grièvement blessé. C’était ainsi que se déroulait un combat à l’épée.
Quiconque entrait dans un vrai duel devait donc miser toute sa technique et sa vie entière sur la pointe de sa lame.
Parfois, même sa mort.
Le soleil rouge descendait toujours plus bas. Les spectateurs commençaient à craindre que la nuit ne tombe avant le début du duel.
Tandis que le monde perdait peu à peu sa lumière, un bref instant survint où l’obscurité s’épaissit visiblement.
À cet instant, Eberstein fit un pas en avant.
Le geste fut léger et vif.
Mais l’épée ne pouvait s’abattre qu’après le pas. C’était vrai pour toutes les épées : autrement, le coup perdait de sa puissance.
Ricart surveilla donc les yeux de son adversaire tout en observant son environnement. Avant même que le pied qui avançait d’Eberstein ait touché le sol, il se décala légèrement vers la droite.
Puis, dans ce très bref instant, Ricart sentit que la distance n’était pas bonne.
Autrement dit, Eberstein n’avait pas mis toute son intention dans l’attaque.
Quand le pied d’Eberstein toucha de nouveau le sol, quelqu’un surgit de derrière un rocher, à la droite de Ricart.
Voilà donc leur plan.
Le pied d’Eberstein se posa.
Alors, deux lames fendirent le vide sans se rencontrer.
Fouish ! Fouish !
« Ricky ! »
« L-Là ! »
Les spectateurs poussèrent des cris d’alarme.
Les assaillants avaient simulé un duel singulier pour préparer une embuscade.
La personne qui venait de surgir se précipita sur Ricart. Celui-ci se tourna vivement vers elle.
Mais cette ruée n’était qu’une feinte.
L’embusqué ne s’approcha pas jusqu’à Ricart. Il courut plutôt autour de lui à toute vitesse, en lançant des dagues des deux mains.
Fouish ! Fouish ! Fouish !
Les dagues étaient chargées de mana. Elles semblaient capables de transpercer des plaques de fer.
Avec une telle méthode, l’embusqué avait dû se faire un nom quelque part.
Mais le plus effrayant, c’était que la première dague obligeait Ricart à esquiver, la deuxième lui barrait la retraite et la troisième constituait la véritable attaque.
Tout était calculé au millimètre.
Ricart évita bien les deux premières dagues, mais pas la troisième.
Il tordit le haut de son corps et se cambra brusquement en arrière. De loin, on aurait cru que la dague l’avait atteint.
« Ricky ! »
Ses amis crièrent.
Mais Eberstein était le plus proche de Ricart. Il se rua sur lui pour l’achever à coup sûr.
Mais qu’est-ce que… ?
La pointe d’une dague apparut soudain devant ses yeux.
Ricart avait attrapé la troisième dague et la lui avait renvoyée.
Attends, c’était possible ?
Ça ne pouvait pas l’être.
L’espace d’un instant, Eberstein eut l’impression que le temps ralentissait. Mais comme il savait mieux que quiconque qu’il ne pourrait pas esquiver, la terreur et le désespoir de mourir n’en durèrent que plus longtemps.
Floc !
La dague se planta avec une précision parfaite entre les sourcils d’Eberstein.
La lame entière s’enfonça, ne laissant dépasser que la poignée, et atteignit son cerveau. La force du coup lui rejeta la tête en arrière.
À cet instant, l’autre personne, qui s’apprêtait à se joindre à l’attaque avec une dague pour tuer Ricart, hésita devant ce retournement inattendu.
À ses yeux, la cape de Ricart semblait tourner comme une toupie au milieu de ses mouvements violents.
La cape rouge fouetta l’air et s’écarta ; de derrière elle jaillit la pointe d’une épée, droit vers l’assaillant.
« Urk ! »
La situation était inimaginable. Ses pas s’emmêlèrent et il chancela, comme s’il allait tomber à la renverse.
Au bout du compte, il ne put que tendre la main. Ce n’était même pas une défense.
L’épée de Ricart lui transperça la paume, poursuivit sa route et lui traversa la gorge avec une précision parfaite.
« Ghk ! »
Comme s’il n’avait pas besoin de vérifier que sa victime était morte, Ricart retira aussitôt son épée et la secoua dans les airs pour en faire tomber le sang.
Puis il rajusta d’une main sa cape un peu défraîchie et balaya les environs du regard, comme pour voir si quelqu’un d’autre allait se jeter sur lui.
Deux cadavres gisaient au sol.
Malgré cette embuscade soudaine, Ricart avait tué deux adversaires chevronnés et se tenait maintenant là, calme, sans le moindre signe de panique.
Il ne cherchait même pas à frimer.
Amis comme ennemis ne purent que pousser des exclamations admiratives. Même une scène de cascade soigneusement chorégraphiée n’aurait pu être exécutée aussi parfaitement.
C’était la maîtrise à son apogée.
« Waouh… »
Ses amis, qui couraient à son secours, s’arrêtèrent et restèrent bouche bée.
Qu’est-ce qui venait de se passer ?
Mais un autre problème se posait.
Reinhart, le chef du Clan Widowmaker.
« Bande de lâches, fils de putes ! »
Fou de rage à cause de cette embuscade lâche au beau milieu d’un duel sacré, il descendit la pente en traînant son énorme massue sur le sol.
Le sol ne tremblait pas réellement, mais il était si imposant que ses pas lourds donnaient cette impression.
« Hé, bande de merdes ! Vous vous prenez pour des hommes !? Vous n’avez pas honte !? Hein !? Qu’est-ce que vous regardez, bande de fils de putes !? »
Le soleil s’était déjà couché et les environs baignaient dans la pénombre. Mais sa voix tonitruante rendait sa présence impossible à ignorer.
Et quand leur chef se mit en mouvement, ses hommes dévalèrent la pente derrière lui.
Ricart fut un instant décontenancé.
Attends. Ça ne tournait pas rond.
Qui gardait la tour de défense ?
Puis des hommes se ruèrent sur Ricart.
C’étaient des imbéciles qui rêvaient qu’en tuant Ricart, ils prendraient la place vacante parmi les Neuf Épées de l’Empire.
Mais ils partageaient tous la même ambition : ils n’étaient donc pas des alliés, mais des rivaux.
« Pousse-toi ! Dégage ! »
« C’est moi qui passe en premier ! »
Ricart observa rapidement les alentours, puis se jeta sur eux au lieu d’attendre.
Il prit un angle vers le bord extérieur et balança son épée sous le ciel du soir assombri.
Fouish !
Un sifflement retentit lorsque l’épée de Ricart croisa l’arme de son adversaire.
L’autre arme fendit le vide, tandis que Ricart tranchait les tendons sous le bras de son adversaire.
Le bras de l’ennemi pendait, presque arraché.
« Argh ! »
À partir de là, les ennemis se ruèrent sur lui sans réfléchir et s’emmêlèrent les uns aux autres.
Reinhart, qui dévalait les hauteurs à grands pas, fit alors tournoyer sa massue et réduisit un ennemi en bouillie.
« Bande de sans-honneur ! »
Crac !
Son attaque écrasa simplement armes, armures et tout le reste sous son poids colossal.
Après en avoir tué un, il fit aller et venir sa massue.
On aurait dit qu’il la brandissait à l’aveuglette, mais ses coups étaient si puissants que les ennemis n’osaient pas s’approcher à la légère.
Les hommes de Reinhart se jetèrent alors sur les ennemis qui reculaient.
« Bande de fils de putes ! »
« Si vous ne voulez pas qu’on fasse de vos femmes des veuves, dégagez ! »
« Vive le Clan Widowmaker ! »
La Guilde de Beringen comptait bien moins d’hommes que les ennemis, mais la situation avait déjà sombré dans le chaos et la nuit était trop noire pour y voir clair.
La centaine d’ennemis se partageait entre ceux qui fonçaient sur Ricart, ceux qui fuyaient le Clan Widowmaker et ceux qui restaient à distance pour regarder.
Le spectacle le plus absurde était celui de gens se jetant sur les cadavres de leurs alliés pour les dépouiller de leur équipement.
La victoire ou la défaite dans la guerre des guildes leur importait-elle si peu, tant qu’ils pouvaient se faire un peu d’argent ?
Chacun faisait simplement ce qui lui chantait. Cela ressemblait moins à une bataille qu’à une rixe entre gens armés de lames.
Au milieu de tout ce désordre, les ennemis les plus malins tentaient tout de même de profiter de la confusion pour s’emparer de la tour de défense.
Même s’il était difficile de comprendre ce qui se passait dans chaque direction, Ricart repéra leurs mouvements avec précision.
Ceux qui fonçaient sur lui étaient trop occupés à s’emmêler les uns aux autres pour attaquer correctement ; il n’avait donc pas trop à s’en soucier.
En revanche, ceux qui se précipitaient vers la tour de défense représentaient une menace sérieuse.
« Je vais bien ! Empêchez-les d’atteindre la tour de défense ! »
À vrai dire, Ricart ne savait même pas où se trouvaient ses amis.
Le soleil s’était couché et l’obscurité les enveloppait à toute vitesse.
Au cœur du chaos, Ricart évalua rapidement la situation. Il était trop tard pour arrêter Reinhart, et trop tard pour retourner défendre la tour.
Il se jeta donc simplement dans le tas.
Tout était sombre et confus autour de lui ; il abattit donc son épée partout où il le pouvait.
Des bras furent tranchés. Des flancs lacérés. Des têtes s’envolèrent.
Les ennemis ne distinguaient ni leurs alliés de leurs adversaires, ni celui qui les abattait.
« Putain ! »
« Aaargh ! »
« C’est qui, ça !? Bougez ! »
Profitant de l’ouverture, Ricart traversa les rangs ennemis et dévala les hauteurs.
Pendant ce temps, Boribori reconnut distinctement la voix de Ricart malgré le vacarme.
Boribori tint bon sur le chemin étroit menant à la tour de défense et en barra l’accès pour la protéger.
La faiblesse de Boribori, c’était que son escrime reposait sur la calligraphie, ce qui rendait ses déplacements moins agiles et limitait sa mobilité dans les espaces ouverts.
Mais lorsqu’il s’agissait de tenir sa position, Boribori était véritablement terrifiante.
Comme prévu, Boribori balança vivement son épée contre les ennemis qui se ruaient en avant.
La lame chargée de mana traçait des sillons noirs, plus sombres que la nuit.
Fouish, fouish. Taillade, taillade.
On aurait dit un boucher qui découpait de la viande.
Des têtes et des membres tombaient lourdement devant Boribori.
Boribori reculait peu à peu en maniant calmement son épée. Les ennemis, qui ne voyaient pas les corps mutilés à leurs pieds, trébuchaient dessus et s’effondraient en tas.
« Boribori ! Boribori, la Démembreuse ! »
Quelqu’un cria.
C’était agaçant que tout le monde lui donne des surnoms aussi affreux, mais la personne affublée d’un sobriquet n’y pouvait rien. C’étaient les autres qui les inventaient.
Mais un problème se posait.
Boribori pouvait se défendre contre les ennemis qui fonçaient droit sur elle, mais ceux qui restaient en retrait pour lancer des poids de fer ou des filets lui donnaient du fil à retordre.
Peut-être parce qu’ils s’étaient tous fait un nom dans leur région, aucun n’était novice dans le maniement des armes les plus diverses.
Un poids de fer frappa les doigts de Boribori qui tenaient son épée.
Crac !
« Aïe ! »
L’index et le majeur de la main droite de Boribori se brisèrent sur-le-champ.
Boribori serra les dents et resserra sa prise avec ses doigts encore valides et son autre main, réussissant heureusement à ne pas lâcher son épée.
Mais dans ces conditions, elle ne pouvait pas déployer tout son talent.
« Bori ! »
C’était la voix de Marie.
On ne la voyait pas derrière les ennemis. Elle devait se trouver quelque part de l’autre côté.
« Ça va ! »
Elle n’allait pas bien, mais cria qu’elle allait bien.
Elle devait faire savoir à ses alliés qu’elle était toujours en vie, sans quoi ils perdraient courage. De plus, ce n’était pas une blessure mortelle. En serrant les dents et en continuant à se battre, elle tiendrait bien le coup.
Clang ! Clang ! Clang !
Le choc des lames résonnait tout près et au loin. De temps à autre, un cri d’agonie s’élevait.
Les respirations s’accéléraient, et des lueurs jaillissaient çà et là dans la nuit noire, telles des lucioles.
C’étaient les traces laissées par ceux qui maîtrisaient suffisamment le mana pour s’en servir au combat.
Ce n’étaient pas des Maîtres de l’Épée, mais ils pouvaient infuser leurs armes d’une certaine quantité de mana.
La situation semblait se stabiliser autour d’eux, et Marie se trouvait parmi ces combattants.
Quand ils frappèrent dans le dos les ennemis qui tentaient de grimper jusqu’à la tour de défense, ceux-ci commencèrent à se disperser de part et d’autre.
Aucun plan n’avait été préparé à l’avance et leur combativité n’était pas particulièrement forte. Dès qu’ils comprirent que la situation tournait mal, ils se dispersèrent dans toutes les directions et dévalèrent les hauteurs.
Des cadavres démembrés s’entassaient jusqu’aux genoux le long du chemin étroit, et Marie parvint tout juste à rejoindre Boribori.
« Ça va ? »
« M-Mes doigts. Où est Ricky ? »
« Je ne sais pas… »
« Il va s’en sortir. »
Boribori l’affirma avec assurance.
Marie se demanda comment Boribori pouvait en être aussi sûre, mais une tâche plus urgente les attendait.
« Commençons par te donner les premiers soins. »
« D’accord. »
Elles se dirigèrent toutes deux vers la tour de défense.
Soudain, les flammes jaillirent en contrebas des hauteurs.
Toutes deux tournèrent aussitôt la tête dans cette direction.
Ricart avait mis le feu.
Quand la mêlée avait éclaté, c’était la meilleure décision à prendre dans ces circonstances.
Puisque personne ne distinguait les alliés des ennemis, Ricart s’était rué dans le camp adverse pour incendier leurs provisions.
Il avait pris par surprise et tué les ennemis restés loin des combats dans leur camp improvisé, persuadés d’y être en sécurité. Puis il avait utilisé les feux de camp et les torches alentour pour mettre le feu à tout ce qu’il voyait.
L’incendie prit rapidement de l’ampleur et illumina les Hautes Terres de Kaits à la place du soleil.
Une lueur rouge et sinistre monta à mi-hauteur des collines, dévoilant le chaos que les ténèbres avaient dissimulé.
Les ennemis qui combattaient sur les hauteurs furent durement ébranlés quand les flammes jaillirent soudain.
Peu importait qu’ils soient les plus nombreux ou non : une pensée leur vint brusquement, celle qu’ils n’avaient nulle part où retourner.
La plupart des cadavres éparpillés autour d’eux étaient clairement ceux de leurs alliés.
Dans l’obscurité, ils ne s’en étaient peut-être pas rendu compte, mais à présent qu’ils y voyaient, la peur les saisit.
Étaient-ils en train de perdre ?
Alors Ricart se remit à gravir les hauteurs, l’épée à la main.
Il ne courait pas. Il avançait lentement.
Ce qui stupéfiait, c’était qu’il n’avait pas lancé une attaque surprise avant de se fondre à nouveau dans les ténèbres. Sous les yeux de nombreux ennemis, il gravissait audacieusement la pente pour venir à leur rencontre.
Sa cape rouge flottait au vent.
Elle le faisait paraître plus grand et son ombre immense, à ses pieds, s’étirait comme celle d’un géant, ondulant furieusement.
Ricart haletait lourdement.
Tel une machine, il calculait combien d’ennemis il pouvait encore tuer avec les forces qui lui restaient.
Des dizaines de tactiques lui vinrent alors à l’esprit.
Celui-là est maladroit. Celui-là sait se battre. Celui-là est presque à bout de forces. Si je pars sur la droite pendant le combat, je pourrai profiter de l’avantage du flanc.
Ces pensées tournaient dans son esprit comme une machine.
Même sans y penser consciemment, il remarquait les armes des ennemis et leur état, puis traitait ces informations.
Ricart contempla ses ennemis, le regard absorbé par des pensées qui n’étaient ni de la peur, ni du courage, ni de la folie.
Pour ceux qui restaient là, stupéfaits, à le fixer, Ricart n’avait plus rien d’humain.
Une aura indescriptible émanait de lui.
Ce salaud n’est pas humain.
Alors, quelqu’un prit la fuite.
Les autres ne prirent pas la peine de l’attendre. Tous s’enfuirent.
Ricart, qui gravissait les hauteurs, s’immobilisa tandis que les ennemis fuyaient devant lui. Il contempla les alentours comme s’il inspectait la scène.
Des cadavres étaient éparpillés autour de Ricart, que les flammes terrifiantes brûlant en contrebas éclairaient.
Pour ceux qui l’observaient de loin, le spectacle était terrifiant, comme s’il avait été mis en scène.
Une ombre gigantesque qui semblait danser de joie.
Ceux qui étaient tombés, morts. Ceux qui avaient fui. Et cet homme seul, debout.
Le contraste entre eux était saisissant.
Reinhart aussi observait Ricart de loin.
Il était lui aussi presque couvert de sang ennemi, mais l’apparence de Ricart lui rappela la première fois qu’il avait vu Steiner.
Il existait dans ce monde des créatures qui n’étaient pas humaines.
Un homme ne pouvait pas tuer un monstre.
Seul un autre monstre pouvait en tuer un.
C’était ce que pensait Reinhart.
Au bout du compte, ce garçon à la cape rouge n’était pas humain non plus.
Mais le paysage autour de Ricart lui était familier.
Non, c’était une scène familière qu’il avait oubliée pendant un temps.
Le feu et l’acier, le sang et la mort.
Il voyait tout cela et en sentait aussi l’odeur.
Le passé et le présent se superposaient sous ses yeux.
Peut-être à cause de l’épuisement, l’ouïe de Ricart s’était assourdie.
Il n’entendait presque plus rien d’autre. Seuls les battements de son cœur et le bruit de sa respiration résonnaient fort.
Il eut l’impression qu’une main surgissait soudain des abysses, lui agrippait la cheville et l’entraînait vers le fond.
Dans les profondeurs.
Ou dans le passé.
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