Chapitre 45
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 45
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« Il existe des récompenses mises sous séquestre. Une mission est proposée, mais on ne peut pas identifier son commanditaire. N’importe qui ne peut pas en proposer une : seuls des individus ou des groupes jouissant d’une grande influence en ont le pouvoir. Les rumeurs circulent, mais impossible d’en avoir le cœur net. Alors, si tu as vraiment accompli la mission, la récompense sous séquestre te sera versée. »
Dunkel parlait, assis devant une petite table, dans la chambre où Ricart avait passé la nuit. Une douce lumière blanche baignait la pièce sans agresser les yeux.
Ricart et Boribori étaient assis sur le lit et l’écoutaient. Boribori semblait toutefois plongée dans ses pensées ; Ricart était donc le seul à suivre vraiment la conversation.
« Donc, il faut vérifier les faits, en plus des preuves que nous avons apportées. »
Dunkel acquiesça aux paroles de Ricart.
Mais la mission n’était pas le problème le plus urgent. Dunkel déglutit avec difficulté avant de reprendre la parole.
« Tu es sûr que X le Nameless One et Steiner le Chien fou sont morts ? »
Au lieu de répondre, Ricart tira légèrement du fourreau l’épée de Steiner, posée sur le lit, et la lui montra. Un faible éclat bleu parcourut la lame lorsque le soleil qui entrait par la fenêtre l’effleura.
Il la rengaina et déclara : « C’est l’épée dont se servait Steiner. »
« … »
Apprendre la mort d’Erze et de Reto avait déjà été un choc. La suite fut encore plus stupéfiante. Dunkel était si abasourdi qu’il peinait toujours à parler.
L’exploit incroyable de Ricart expliquait en partie son sérieux, mais ce n’était pas la seule raison.
« La guilde est sur le point de s’effondrer ou quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? »
À la question de Ricart, Dunkel parvint à calmer un peu son cœur qui battait encore à tout rompre.
« C’est un vide de pouvoir. Les Cinq d’Ernberg contrôlaient des territoires dans le centre-nord. On pouvait les traverser, mais la Guilde des aventuriers ne pouvait pas simplement y établir des antennes et agir comme bon lui semblait. Maintenant qu’ils ont disparu, à ton avis, que va-t-il se passer ? »
Le Nameless One ne possédait pas de territoire en particulier. Il errait à travers l’Empire, traquant des criminels recherchés ou se vengeant de ses ennemis.
Les Cinq d’Ernberg, en revanche, avaient leur propre zone d’influence, qui comprenait notamment Sigpringer. Et, à présent, ce territoire était vacant.
Autrement dit, des terres sans maître venaient d’apparaître.
Bien sûr, des seigneurs régnaient sur ces lieux et des organisations criminelles agissaient dans l’ombre. Mais la Guilde des aventuriers était une force indépendante qui s’étendait à la fois dans le monde officiel et dans les bas-fonds.
S’assurer une zone d’influence ne signifiait pas seulement gagner de l’argent. Cela permettait aussi de profiter de ses voies d’approvisionnement, de sa main-d’œuvre et de bien d’autres ressources.
Et à une époque où les routes reliant les villes étaient plus importantes que tout, étendre son territoire permettait aussi de réduire considérablement les frais de transport.
Acquérir une nouvelle zone d’influence serait avantageux à tous les niveaux. Et, surtout, ces avantages ne seraient pas ponctuels, mais durables.
« La question, c’est donc de savoir qui va s’en emparer. »
Ricart comprit immédiatement, et Dunkel acquiesça de nouveau, le visage grave.
« Tu te souviens des problèmes qu’on a eus avec ces salauds de Rubens ? On peut plus ou moins régler et étouffer ce genre d’affaire. Mais pas celle-là. Nous pourrions déployer nos forces… Non, nous devons le faire. Les convocations sont déjà parties. Les maîtres de clan, les chefs de clan et tous les aventuriers de rang intermédiaire ou supérieur se rassemblent. »
Une guerre entre guildes risquait donc d’éclater.
Non, elle semblait presque inévitable.
C’était ironique. On pouvait passer sous silence des morts, mais les intérêts, eux, suffisaient à déclencher une guerre.
« Il faut donc agir vite, mais prudemment. Dis-moi où la mission a été accomplie. La guilde vérifiera les faits, puis passera à l’action. Comme nous avons été les premiers à l’apprendre, il faut tirer le meilleur parti de ce temps d’avance. Et, bien entendu, c’est une information strictement confidentielle. N’en parle à personne. »
Ricart n’était pas du genre à se vanter de ses exploits ; il acquiesça donc aussitôt. Malgré tout, il se sentait un peu accablé.
Le Maître de guilde et les hauts responsables devaient probablement être plongés dans des réunions si tendues qu’ils en avaient mal à la tête. Faut-il frapper d’abord une organisation hostile, s’emparer du centre-nord en premier, lancer une opération sur deux fronts, et ainsi de suite.
Mais était-ce vraiment si important ?
Assez important pour que des jeunes gens versent leur sang ?
La question lui vint à l’esprit, mais interroger le Maître de guilde ne lui apporterait aucune réponse. Celui-ci avait des responsabilités à assumer, et il aurait été insensé de ne pas agir maintenant.
Qu’il l’ait voulu ou non, ce que Ricart avait accompli pendant l’hiver provoquait un bouleversement.
Ses efforts pour empêcher les élèves de l’Académie de mourir de faim semblaient désormais devoir attirer sur eux un vent mauvais.
À quel moment y avait-il le plus de morts ?
Peut-être quand l’équilibre des forces basculait et que les zones d’influence changeaient de mains.
Parce que l’avenir était en jeu.
Se laisser dominer et vivre dans l’humiliation ? Ou prendre l’avantage et asseoir son autorité ?
La peur de disparaître faute de force. Le désir de devenir plus fort et de survivre. Décider de faire la guerre ou non n’était pas une question que l’on pouvait régler avec des mots.
En écoutant la situation se dessiner, Ricart le comprit.
« Les corps de Reto et d’Erze doivent se trouver près du laboratoire de Reto, à Sidria, sauf si quelqu’un s’en est occupé entre-temps. Les autres sont dans un village en ruines appelé Lindveil. La ville la plus proche est Rigenhafen. Tu la trouveras en allant vers le nord depuis là-bas. Mais je ne peux pas te dire où j’ai enterré le Nameless One. C’est une affaire profondément personnelle. J’espère que tu comprendras. »
Le plus important était de confirmer la mort des Cinq d’Ernberg ; Dunkel acquiesça donc sans hésiter.
Vérifier leur mort signifiait exactement cela : s’assurer qu’ils étaient morts. La présence de l’épée de Steiner et de l’Épée fantôme entre les mains de quelqu’un convainquit Dunkel que tous les membres des Cinq d’Ernberg avaient péri.
« Mais, euh… »
Boribori, qui avait écouté en silence jusque-là, prit la parole. Vu la gravité de la situation, l’atmosphère était tendue, mais l’expression de Boribori ne laissait pas croire qu’elle en avait conscience.
« Si les aventuriers expérimentés se rassemblent, est-ce qu’on pourra revoir Volka, Ice et les amis qui ont été diplômés les premiers ? »
Cette question innocente donna à Dunkel l’impression de pouvoir respirer de nouveau. Il lui adressa plutôt un doux sourire.
« Ils ne resteront pas longtemps en ville. Dès que les responsables auront pris leur décision, ils seront envoyés sur le terrain. Si les circonstances s’y prêtent, tu les verras peut-être. Sinon, non. Il faut agir vite. Si trop de monde se met en mouvement, les autres guildes comprendront qu’il se passe quelque chose. »
« Y a-t-il quelque chose que je doive faire de mon côté ? »
demanda Ricart.
« Non. Ce n’est pas que je ne te fasse pas confiance, mais… comment dire ? Pour l’instant, tu es quelqu’un qu’il faut surveiller. À l’intérieur comme à l’extérieur de la guilde. Reste à l’Académie quelque temps. Tu as désormais dépassé le simple statut d’élève. Tu sais ce que ça signifie ? »
« Qu’il faut marcher sur le fil d’une épée. »
Ricart regarda par la fenêtre en parlant. Sa vie antérieure lui revint en mémoire. Une vie passée à marcher sur le fil d’une épée. Il connaissait bien cette sensation, mais elle ne lui plaisait pas. Rien n’avait donc changé ? Il n’en savait rien.
« C’est ça… Alors repose-toi. Ne pense à rien d’autre. Et… tu me fais un peu peur, maintenant. »
Il avait l’impression qu’il aurait pu s’abstenir de le dire. Mais c’était sincère.
Ricart continua de regarder par la fenêtre et se contenta d’esquisser un léger sourire.
Dunkel ne parvenait pas à deviner ce que signifiait ce sourire. Il avait tué un Maître de l'Épée à douze ans ? Qu’arriverait-il quand il serait adulte ? Deviendrait-il encore plus fort ? Était-ce seulement possible ?
Peut-être assistait-il aux débuts d’un héros de légende.
Pour Dunkel comme pour la guilde, savoir comment traiter Ricart était l’une de leurs préoccupations les plus sérieuses. Il dépassait littéralement tout entendement.
Dunkel quitta la chambre baignée d’une lumière blanche et limpide.
À peine fut-il parti que Boribori, visiblement mal à l’aise assise, se laissa tomber sur le lit. Elle remuait les jambes à tour de rôle quand elle demanda à Ricart : « Qu’est-ce que tu comptes faire quand tu auras reçu la récompense sous séquestre ? »
« Je ne sais pas. Et toi, qu’est-ce que tu voudrais faire ? »
« Acheter des vêtements pour tous les élèves de l’Académie ? »
« Hein ? »
« Ils pourraient tous porter la même tenue. Celle des filles serait un peu différente, évidemment. Ce ne serait pas amusant ? »
Ricart imagina brièvement tous les élèves habillés de la même façon. Il n’arrivait pas à se représenter ce que cela donnerait, puisqu’il ne savait pas quels vêtements ils porteraient.
Cela dit, Boribori semblait douée en couture et aimait les fleurs, entre autres choses.
« D’accord. Faisons ça. »
Ricart accepta à la légère, sans trop y réfléchir. Boribori arborait déjà un grand sourire, comme si l’idée l’amusait, et Ricart sourit à son tour.
La lumière dans la chambre était limpide, mais, au loin, les vents de la guerre se levaient. Ils ne pouvaient pas rire sans se soucier de rien, mais il arrivait qu’une décision prise à la légère perdure davantage.
Ricart et Boribori firent visiter Beringen à Marie.
Comme Volka l’avait fait avant eux, ils lui expliquèrent comment la ville était divisée en quartiers est, ouest, sud et nord, ce dont elle devait se méfier et où se trouvaient les principaux commerces.
Ils vendirent l’armure et achetèrent des vêtements ainsi que d’autres affaires nécessaires à la vie à l’Académie. Le marchand de tissus parut perplexe quand ils lui vendirent le surcot, mais ils en tirèrent tout de même un bon prix, vu qu’il était d’occasion.
Ils auraient pu acheter une épée à Marie, mais elle décida de garder celle de Steiner pour le moment.
« Je te la donnerai si tu arrives première. D’ici là, je te la prête seulement. »
« Ça veut dire que je dois te battre, Ricky ? »
« J’imagine. Enfin bref. »
« Elle a quand même l’air d’être une sacrément bonne épée. Je m’y connais assez pour le voir. »
« C’est presque un problème qu’elle soit aussi bonne. On ne trouve pas d’endroit convenable pour la vendre. »
À vrai dire, c’était pénible. Il fallait aller jusqu’à une grande ville et la mettre aux enchères, toute une histoire.
Ricart avait envisagé de la vendre par l’intermédiaire de la guilde, mais dans les circonstances actuelles, celle-ci ne semblait pas avoir le temps de s’en occuper.
« Merci. Je peux lui donner un nom ? »
« Quel nom ? À quoi ? »
« À l’épée. »
« C’est le genre de chose que seules les filles font. »
« … Pardon ? »
« Oh. »
Ricart comprit aussitôt qu’il avait dit une bêtise. Marie était une fille.
« Désolé. »
Mais Marie ne sembla pas s’en formaliser. Elle lui adressa un sourire malicieux.
« Alors ça va, puisque je suis une fille. Je vais l’appeler Ricky. La célèbre épée Ricky. »
« Ha ha… »
Ricart ne put que rire, gêné, en se sentant coupable.
« Quoi ? Moi aussi, moi aussi. Je veux donner un nom à la mienne. »
Tandis que Ricart ne savait plus où se mettre, Boribori s’empressa de participer à la conversation.
« Elle a déjà un nom, non ? L’Épée fantôme. »
« Non. Ce n’est pas mon genre. Comment je pourrais l’appeler ? Hmm… Épée sans nom. Épée sans nom, c’est bien. Son nom, c’est qu’elle n’en a pas. »
« … »
Connaissant son histoire, Ricart ne pouvait pas plaisanter à la légère. Pendant un instant, il ne sut pas quoi dire.
Mais Boribori n’était ni triste ni abattue. Elle était simplement enthousiaste. Comme pour entretenir cet enthousiasme, elle s’adressa à Ricart.
« Ricky, tu devrais donner un nom à la tienne aussi. »
« Ça ne m’intéresse pas. Ce n’est pas la peine. »
« On dit qu’il faut traiter son épée comme son meilleur ami ou comme l’être qu’on aime le plus. Ce ne serait pas bien de lui donner au moins un nom ? »
Marie appuya la suggestion de Boribori. Ricart ignorait où elle avait entendu une chose pareille, mais Marie avait un côté un peu vieux jeu.
« Non. Inutile de se laisser aller à ce genre de sentiments. Une épée reste une épée. »
« Des fois, Ricky, tu parles comme un petit vieux. »
« Moi ? »
Ricart ouvrit de grands yeux devant l’accusation sans détour de Marie. Boribori éclata de rire en disant qu’elle avait raison.
Peut-être parce qu’ils avaient affronté ensemble les épreuves de leurs nuits à la belle étoile, les trois étaient déjà proches au bout de quelques jours seulement. Bien sûr, ils n’y seraient pas parvenus s’ils ne s’étaient pas entendus sur certains points. Mais ils s’entendaient bien.
Leur conversation ne s’arrêtait jamais, et aucun d’eux n’hésitait à taquiner les autres. Ceux qui se faisaient charrier se contentaient d’en rire.
Quand Marie acheta des vêtements, Boribori s’en mêla et lui conseilla une tenue d’entraînement semblable à un habit d’équitation. Elle voulait sans doute s’en inspirer plus tard pour choisir les vêtements des élèves de l’Académie.
Marie était grande, ce qui faisait d’elle un excellent modèle. Et ses vêtements légèrement ajustés laissaient voir sa silhouette entraînée. Ses cuisses fermes, ses chevilles fines et sa taille droite donnaient l’impression qu’elle pourrait manier une épée redoutable.
Ce n’était pas vrai pour tout le monde, mais on pouvait peut-être se faire une idée générale du niveau de quelqu’un rien qu’en observant sa posture habituelle. Ricart, en tout cas, le pouvait.
Ils achetèrent des vêtements pour le combat, l’entraînement et plusieurs tenues de tous les jours. Comme ils avaient vendu l’armure, ils avaient de l’argent en réserve. Ce n’était pas une grosse dépense.
Tous trois mangèrent une soupe au poulet frais et du pain dans le bâtiment de la guilde, puis prirent la route de l’Académie.
Ils suivirent une route qui traversait les champs. Les vastes terres humides s’étendaient à perte de vue, offrant un spectacle rafraîchissant ; c’était sans doute la plus belle campagne des environs. Quelques fleurs que Boribori aimait poussaient ici et là.
Des violettes, des narcisses, des campanules étoilées… Attends. Les violettes, d’accord, mais pourquoi est-ce que je connaissais ces fleurs ?
Après six heures de marche, ils arrivèrent à l’Académie vers le soir. L’air était froid, mais la grande fleur de lune qui se dressait au-dessus des champs lointains dégageait une douce impression.
Sous les étoiles, ils gravirent le long escalier qui longeait la falaise, franchirent la porte et arrivèrent enfin à l’Académie.
Ricart désigna l’un des bâtiments de la cour et expliqua à Marie : « Là, c’est le dortoir des filles. Les garçons logent dans celui-là. Il fait peut-être nuit, c’est pour ça que personne n’est venu nous accueillir. Les élèves de garde vont bientôt sortir. Enfin, je suppose qu’on se reverra demain. »
« Oui. Merci. »
« Ce n’est rien. Si tu as le moindre problème, viens me voir quand tu veux. »
« D’accord. »
Ricart esquissa un léger sourire, puis entra dans le château intérieur avec Boribori.
Mais l’atmosphère lui parut étrange.
Un élève qui traversait le couloir aperçut Ricart et s’exclama, surpris :
« Ricky ! »
« Ça fait un moment. Tu vas bien ? »
Ricart se contenta de le saluer d’un ton décontracté, mais, au son de son nom, les élèves se mirent soudain à sortir en masse du dortoir. Ils se précipitèrent sur lui comme s’ils voulaient s’accrocher à lui.
« Ricky ! »
« Qu’est-ce qui vous prend, à tous ? »
« Je croyais que tu étais mort. »
« Pas moi. Je savais que Ricky s’en sortirait. »
« Grâce à toi, il n’y a pas eu beaucoup de morts parmi les élèves. »
« Où étais-tu passé ? Qu’est-ce que tu as fait ? »
Ricart était si déconcerté qu’il se demanda s’il avait vraiment été aussi proche des autres élèves.
Mais ça ne lui déplaisait pas.
Je suis content qu’ils aillent bien. Ça veut dire que j’ai réussi ce que je voulais faire.
Une fierté sincère perçait dans son sourire embarrassé.
Pourtant, chacun disait ce qu’il avait sur le cœur, si bien qu’il ne savait pas quoi répondre.
Et comme les élèves lui barraient la route, Ricart peinait à regagner sa chambre.
Mais une fois arrivé, il remarqua quelque chose d’étrange.
Chaque chambre aurait dû accueillir vingt personnes, mais il n’y en avait qu’une dizaine à l’intérieur.
En plus, les couchettes du haut des dix lits superposés avaient toutes été arrachées.
Les dix élèves qui se trouvaient dans la chambre regardèrent Ricart. Ceux qui l’avaient entouré se turent et reculèrent.
Quelque chose clochait.
Ricart observa les dix élèves en silence, décrocha l’épée qu’il portait à l’épaule, la tendit à l’un de ceux qui se trouvaient près de lui et entra.
« Où est passé mon lit ? Et qui êtes-vous ? »
« Tu es Ricky ? »
Un élève lui répondit. Il était impeccablement vêtu et, contrairement aux autres élèves, ses habits semblaient coûteux.
« Qui es-tu ? »
demanda Ricart.
L’élève retroussa les lèvres en un rictus méprisant.
« Je suis Carlich, le quatrième fils de la noble famille Rosten. Enchanté, mais nous aimerions nous reposer tranquillement pour l’instant. Tu pourrais sortir ? »
C’était un noble.
On avait annoncé l’arrivée de nobles, et il semblait qu’ils s’étaient inscrits pendant l’absence de Ricart.
Mais Ricart se contenta de fixer Carlich d’un air qui semblait demander ce qu’il était censé en faire.
Puis il prit la parole.
« Tu as passé l’initiation ? »
« Pfft. Nous n’avons aucune envie de participer à une épreuve aussi minable. »
« Dommage. Ce n’est pas à toi de décider si tu y participes. »
« Quoi ? »
À l’instant où Carlich fronça les sourcils et répéta sa question, quelque chose passa devant ses yeux.
Claque !
Une gifle terrifiante envoya Carlich s’étaler sur le côté.
Les élèves qui étaient à moitié allongés ou assis sur les lits se redressèrent d’un bond, tandis que ceux qui s’appuyaient contre le mur s’en éloignèrent.
Et tous les élèves qui observaient depuis l’extérieur de la chambre retinrent leur souffle.
Inspiration brusque.
Il venait de frapper un noble. C’était un crime grave.
Mais l’initiation de Ricart n’était pas terminée.
« Ce n’est pas fini. »
Il attrapa Carlich par les cheveux et lui asséna une nouvelle gifle sur chaque joue.
« T-toi… Attends ! »
Claque ! Claque !
Après deux autres gifles, le regard de Carlich se brouilla tandis qu’il frôlait l’évanouissement. De la salive mêlée de sang coulait de sa bouche fendue.
Ricart lui donna des coups de pied et le piétina.
Boum ! Boum ! Paf !
« Espèce de faible. Et vous ? Quelqu’un d’autre n’a pas encore passé l’initiation ? »
Ricart observa les nobles qui restaient.
« T-toi, toi, toi… »
Les autres élèves nobles bafouillaient, trop choqués pour parler.
Ricart s’approcha du plus proche et lui asséna un puissant coup de pied bas.
Paf !
« Argh ! »
L’élève s’effondra, la bouche ouverte, après un seul coup.
Ricart continua de le frapper.
Boum ! Boum ! Boum !
« Salaud ! »
Quelqu’un cria.
Alors ils se jetèrent tous sur lui en même temps, ce qui ne fit que raccourcir leur initiation.
Tel un tigre enragé, Ricart les mit tous à terre.
Boum ! Craquement ! Paf ! Boum ! Boum !
Les bruits des élèves roués de coups résonnèrent dans le château intérieur silencieux.
Les élèves ordinaires observaient en silence.
Carlich, qui avait à peine repris ses esprits, prit alors la parole, les deux joues sévèrement gonflées.
« S-salaud. Tu sais qui est mon père ? Tu oses faire ça à un noble… »
Sans un mot, Ricart donna un nouveau coup de pied au garçon qui tentait de se relever.
Boum !
« Urgh ! »
Puis il saisit Carlich par les cheveux, le traîna dehors, ouvrit la porte du château intérieur et le jeta à l’extérieur.
Il désigna Carlich, étendu là dans un état pitoyable, et dit : « Amène ton père ici. D’ici là, tu n’as pas le droit d’entrer. »
« A-attends, attends. »
Clac.
Ricart referma froidement la porte du château intérieur.
Roué de coups et abandonné dehors, Carlich sentit sa vie menacée par le froid mordant. Oubliant tout de son rang, il tambourina à la porte et supplia.
« H-hé. Attends un peu. Hé. »
Boum. Boum. Boum.
Mais personne ne répondit à l’intérieur.
Ricart retourna dans la chambre et s’adressa aux élèves nobles qui restaient.
« Vous avez détruit les lits. Alors vous dormirez par terre jusqu’à ce que vous les répariez vous-mêmes ou que vous payiez quelqu’un pour le faire. Quelqu’un a une objection ? »
« … »
Les élèves qui gémissaient sur le sol ne purent formuler la moindre objection.
S’ils ouvraient seulement la bouche, ils risquaient de finir comme Carlich.
Face à une violence écrasante, le rang ne signifiait rien. Tout le monde était égal.
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