Chapitre 37
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 37
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Ricart, Boribori et le Nameless One formaient désormais presque un groupe.
Ils n’avaient conclu aucun accord ni fait de promesse explicite, mais, pour l’instant, ils semblaient s’être associés afin d’atteindre leurs objectifs respectifs.
Ou peut-être s’étaient-ils simplement rapprochés sans s’en rendre compte.
Tous trois se dirigèrent vers l’ouest, en direction d’Ernberg.
Pour le moment, toutefois, ils ne poursuivaient pas les Cinq d’Ernberg. Ils avaient d’abord quelqu’un à régler dans les environs.
Ils se mirent en route.
Le soleil était encore loin de se coucher, mais le groupe se mit tôt en quête d’un endroit où passer la nuit. À en juger par les vieilles traces qui s’y trouvaient, les voyageurs devaient souvent s’y arrêter.
Ricart balaya les toiles d’araignée avec son fourreau, puis chassa les insectes en raclant le sol du pied. Ensuite, il alluma un feu dans un vieux foyer de fortune.
Par chance, plusieurs bûches traînaient non loin de là.
Ricart s’assit et déplia l’avis de recherche que portait le Nameless One.
On y voyait un homme énorme et obèse, au visage vraiment atroce, qui affichait un sourire répugnant.
En dessous figuraient une brève description, des signes distinctifs et son casier judiciaire.
[Hasphil : également connu sous le nom de « Celui qui attriste les mères ». Chef de l’organisation criminelle appelée la Guilde des assassins.
Casier judiciaire : meurtre de membres du clergé, viol et meurtre de nombreuses femmes, meurtres multiples, raids contre des monastères, tortures privées, traite d’êtres humains, recel.
Principale zone d’activité : Sigpringer. Peut se trouver ailleurs. A peut-être collaboré avec d’autres organisations criminelles dangereuses.
Pour Dieu et l’Empire. Récompense de 40 pièces d’or pour la capture du criminel vivant, ou de 10 pièces d’or pour sa tête.]
« Ouah… »
Cet homme était si cruel que Ricart ne put retenir une réaction spontanée.
Indépendamment de la vengeance personnelle du Nameless One, Ricart ne pouvait s’empêcher de se demander à quel genre d’ordure ils avaient affaire.
Le problème, c’était la difficulté.
À certains égards, s’occuper de Hasphil semblait plus compliqué que d’affronter les Cinq.
Ricart ne pensait pourtant pas que ce fût impossible.
Difficile et impossible étaient deux choses bien différentes. Ricart était convaincu qu’on pouvait tuer n’importe quel être humain.
Plusieurs plans sommaires lui venaient déjà à l’esprit. Il connaissait plus d’une manière pour un petit groupe d’affronter une force supérieure en nombre, et savait parfaitement quelles étaient les faiblesses de types comme ceux-là.
Les groupes composés de criminels étaient généralement peu organisés.
Dépourvus de véritable discipline, ils manquaient de structure. D’ordinaire, ils parlaient sans cesse de loyauté et de fraternité, mais, à l’heure décisive, ils se trahissaient aussi facilement qu’on retourne sa main.
Il existait deux grandes façons de les abattre.
La première consistait à semer la discorde pour affaiblir leur cohésion.
La seconde, à devenir une menace plus terrifiante que leur chef.
Ricart décida qu’ils devaient d’abord recueillir des renseignements dans les environs de Sigpringer.
Le plan général consistait à aider le Nameless One à se venger, puis à affronter ensemble les Cinq d’Ernberg.
Il ne l’aidait pas uniquement par pure bonté.
Son véritable objectif était de mener la requête à bien, afin que les élèves de l’Académie ne manquent pas de nourriture et puissent passer l’hiver en sécurité.
Alors que Ricart réfléchissait au plan et à la stratégie à venir, Boribori revint au camp après s’être éloignée.
Elle avait les deux mains jointes comme si elle tenait quelque chose.
Avait-elle attrapé un insecte ou quelque chose du genre ?
Boribori sourit et s’adressa à Ricart et au Nameless One.
« Devinez ce que j’ai rapporté. »
« Tu nous as trouvé des larves à grignoter ? »
« Non. Regarde. »
Boribori ouvrit délicatement ses mains jointes.
Un camélia rouge vif reposait dans sa paume. La neige y avait déposé quelques gouttes d’humidité, lui donnant un air particulièrement frais.
« Ta-da ! Même en hiver, les fleurs s’épanouissent ! »
Ricart se montra curieux un instant, mais son expression redevint vite indifférente.
Il respectait les goûts de Boribori, mais ne les partageait pas.
Soudain, le Nameless One s’empara de la fleur et la glissa sous le tissu fixé à son casque.
Puis il se mit à mâcher.
Crounch, crounch.
« M-mais ça ne se mange pas… »
Boribori était déconcertée, mais le Nameless One l’avala quand même.
C’était complètement absurde, mais, pour garder des forces au cours d’un long voyage, il fallait bien manger à sa faim, des fleurs ou autre chose.
Ils firent griller au feu des provisions comme des pommes de terre, du maïs et des patates douces. Ils firent fondre de la neige dans un bol, y mélangèrent de la farine de céréales et burent le tout. Ils tranchèrent aussi du jambon.
Ce n’était pas un festin, mais leur repas était plutôt équilibré.
En mangeant, Boribori s’en mit partout autour de la bouche.
Le Nameless One leva lentement la main et essuya la tache.
Hein ?
Ricart, qui les observait à côté d’eux, se sentit un peu perplexe. Qu’est-ce que c’était que ça ?
Pourtant, il en fut étrangement ému.
Un simple petit geste pouvait en dire long.
On aurait dit qu’il avait noué un lien avec une bête féroce incapable de communiquer.
Boribori ne semblait nullement embarrassée. Elle arborait simplement son sourire habituel, lumineux comme le soleil.
Après avoir passé la nuit dehors, les trois partirent pour Sigpringer le lendemain.
En chemin, ils s’arrêtaient parfois dans des villages et proposaient des pommes de terre ou d’autres denrées en échange du droit d’emprunter une grange.
Dans chaque village traversé, ils se renseignaient sur Hasphil et son organisation criminelle, la Guilde des assassins.
Mais les habitants qui n’avaient jamais quitté leur village assuraient n’en avoir jamais entendu parler.
Puis, à mesure qu’ils approchaient de Sigpringer, un fermier prit la fuite, horrifié, lorsque Ricart l’interrogea.
Ricart le regarda s’éloigner en courant, bien qu’il lui eût proposé de précieuses provisions d’hiver en échange de ses réponses.
Ils étaient tout près, maintenant.
Il cessa donc de poser ses questions aussi ouvertement.
Ils apprirent que Hasphil opérait principalement à Lunenberg, une ville de la région de Sigpringer.
La Guilde des voleurs locale était à la solde de Hasphil, tandis que les bandits installés sur le mont Lunen, tout proche, étaient réputés être ses hommes de main.
Il se promenait généralement en ville sous la protection de la Guilde des voleurs. Quand la situation devenait dangereuse, il se réfugiait quelque temps dans les montagnes.
Il semblait que la Guilde des voleurs et les bandits formaient ensemble ce qu’on appelait la Guilde des assassins.
Comme son nom l’indiquait, leur principale activité était le meurtre à gages.
Mais ils ne travaillaient ni avec professionnalisme ni avec finesse.
Quand quelqu’un leur confiait une mission, ils ne la commençaient souvent même pas. À la place, ils menaçaient leur client et lui extorquaient de l’argent et des objets de valeur.
En somme, ils se faisaient appeler la Guilde des assassins, mais ce n’étaient que des voyous.
Est-ce qu’on pouvait vraiment appeler ça une activité professionnelle ?
Une entreprise gérée de cette façon ne finirait-elle pas par faire faillite ?
« Soyons honnêtes. Quand la Guilde des aventuriers accepte des contrats douteux, elle ne traite qu’avec des gens riches ou haut placés. Mais n’importe qui peut vouloir la mort de quelqu’un, quel que soit son statut. Une femme peut détester son mari infidèle au point de vouloir le faire tuer. Qui est censé exaucer les vœux de gens comme elle ? Quand on déteste quelqu’un au point de vouloir sa mort, on n’arrive plus à penser rationnellement. Alors, même si leur réputation est mauvaise, beaucoup de gens leur apportent des montagnes d’argent. Ça ne s’arrête jamais. Pour que cette organisation pourrie fasse faillite, il faudrait que les gens deviennent plus gentils. Mais gagner sa vie est difficile, et les gens en qui vous avez confiance, ceux que vous aimez, finissent forcément par vous enfoncer des clous dans le cœur. Voilà pourquoi ils ne coulent pas, malgré une gestion aussi lamentable. »
Un marchand qui rangeait ses marchandises dans un chariot leur expliqua tout cela.
Ricart lui donna une pièce d’argent pour le remercier de ces renseignements.
Le marchand sembla trouver la somme assez généreuse et leur livra une information supplémentaire.
« Hasphil est un joueur invétéré. Si vous allez dans une taverne appelée Le Chagrin de Mère, vous devriez le trouver facilement. À moins qu’il ne se cache dans les montagnes, bien sûr. »
« Merci. Bonne chance à vous. »
Ricart acheta une cape au marchand, puis partit pour Lunenberg avec les autres.
Il en choisit une assez grande pour recouvrir entièrement le Nameless One.
Elle avait appartenu à un membre corpulent de la caravane du marchand ; celui-ci n’avait pas prévu de la vendre. Elle sentait un peu, mais ils se contentèrent de la secouer pour en enlever la poussière, puis l’enfilèrent.
Le Nameless One s’en moquait complètement.
À leur arrivée à Lunenberg, Ricart n’entra pas tout de suite en ville. Il commença par observer les abords.
Comme prévu, une montagne s’élevait au sud.
Une rivière séparait la montagne de la ville.
Après avoir fait le tour des environs, Ricart trouva un endroit où ils pourraient se cacher et prit la parole.
« Voilà ce qu’on va faire. D’abord, on trouvera des chambres en ville. Bori et moi, on se fera passer pour des clients et on ira à la salle de jeu. Monsieur, vous resterez là-bas pour nous servir de garde du corps. On va d’abord voir comment ça se passe, puis on retournera à l’auberge pour préparer un plan. Le jour où on passera à l’action, on se retrouvera ici. Qu’en pensez-vous ? »
Boribori n’avait appris que quelques rudiments d’escrime et ne connaissait rien à ce genre d’opérations.
Elle se contenta donc d’acquiescer, sans protester.
Le Nameless One, en revanche, resta immobile, peut-être mécontent du plan, peut-être pour une autre raison.
Ricart savait pourquoi.
Il était facile de le deviner en observant le style de combat du Nameless One.
« Je sais que quelque chose d’imprévu peut arriver. Vous pourriez ne pas réussir à vous retenir et le tuer sur place. Ce n’est pas grave. Bori et moi, on couvrira vos arrières. Ouvrez-nous une voie de retraite. »
Ce n’est qu’alors que le Nameless One acquiesça.
Ricart et le Nameless One avaient simplement des styles différents. Tous deux étaient des experts dans ce genre d’opération.
Ils ne sauraient à quel point ils feraient une bonne équipe qu’après avoir mené l’opération ensemble.
Ricart connaissait les points forts de chacun et leur attribua leurs rôles en conséquence.
Le Nameless One était meilleur pour enfoncer les lignes, tandis que Ricart savait mieux réagir aux mouvements de l’adversaire.
Ils n’étaient que trois, mais Ricart les répartit entre l’avant et l’arrière.
Après avoir établi un plan sommaire, Ricart, Boribori et le Nameless One entrèrent dans Lunenberg et trouvèrent des chambres dans une auberge aussi proche que possible de la porte de la ville.
Ce soir-là, ils se rendirent à la taverne appelée Le Chagrin de Mère.
Contre toute attente, elle ne se trouvait pas dans un recoin sombre, mais au cœur d’un quartier animé.
Dès qu’ils montrèrent au portier une bourse pleine de pièces d’argent, celui-ci les laissa entrer sans leur poser la moindre question sur leur âge, leur statut ou leur identité.
Dans une salle de jeu, on traitait les pigeons comme des rois.
À l’intérieur, il faisait aussi clair qu’en plein jour.
Des milliers de bougies brûlaient, et l’odeur caractéristique de la cire suffisait à leur donner le tournis.
Mais les gens présents ne semblaient pas le remarquer. Leurs yeux brillaient d’une folie avide.
Des riches, même des nobles, et des gens qui avaient tout vendu jusqu’à leur dernier bien étaient assis aux tables de jeu.
L’établissement fournissait des alcools coûteux et des prostituées.
Les joueurs observaient le croupier d’un air grave. Quand le résultat tombait, ils poussaient des cris capables de faire trembler la salle ou soupiraient comme si le bâtiment allait s’écrouler.
Complètement ivres d’espoirs incertains, ils ne prêtaient aucune attention au groupe de Ricart.
Boribori observait ce monde étrange, les yeux écarquillés.
Ricart, lui, examinait calmement la position des gardes, les endroits d’où des renforts pourraient surgir et les voies de fuite les plus sûres.
Après avoir repéré la disposition des lieux, ils s’assirent à une longue table spacieuse.
Quatre personnes environ s’y trouvaient déjà. Le croupier plaça deux dés dans un bol, le retourna sur la table et demanda aux joueurs de deviner si leur somme serait paire ou impaire.
C’était simple.
À chaque manche, le croupier prenait les deux dés entre ses doigts, soulevait le bol et en montrait les deux faces pour prouver qu’il n’y avait rien de suspect.
À première vue, rien ne semblait louche.
« Pair ! Impair ! »
Peut-être pour mettre de l’ambiance, le croupier lança ces mots d’un ton étrange en faisant glisser les dés dans le bol, qu’il plaqua ensuite sur la table. Il le secoua, les dés cliquetant joyeusement, puis s’immobilisa brusquement.
« La vie ou la mort ! »
Au cri du croupier, tout le monde posa sa mise.
Il n’y avait pas de pièces de cuivre, seulement des pièces d’argent.
C’était une somme assez importante.
Le cliquetis des dés et le tintement des pièces avaient quelque chose d’étrangement agréable.
Au début, Ricart se contenta d’observer la partie.
Une manche, deux manches, trois manches, quatre manches…
À la cinquième, le croupier prit la parole.
« Vous ne jouez pas ? Si vous ne participez pas, il faudra payer votre place. »
« Je joue maintenant. »
Le croupier relança les dés sans un mot.
Ricart fixa le bol retourné, puis misa tout son argent sur le pair.
Vingt pièces d’argent.
Tous les regards se tournèrent vers lui, même celui du croupier, surpris.
Les autres tables étaient bruyantes, mais un bref silence s’installa autour de celle de Ricart.
Le croupier souleva lentement le bol.
Pair.
« Oh ! »
« Ouah ! »
« Bon sang ! »
Les joueurs assis à la même table le regardèrent, les yeux écarquillés.
C’était bien pour ça qu’on jouait, non ?
Mais ce n’étaient pas eux que la chance avait bénis.
Pourtant, le simple fait d’assister à la scène leur faisait battre le cœur.
Le croupier, le visage sombre, sortit de l’argent de sous la table, le joignit aux mises perdues et paya les joueurs ayant parié sur le pair, proportionnellement à leur mise.
Les vingt pièces de Ricart devinrent quarante-deux pièces d’argent.
En un clin d’œil.
« R-Ricky. On est riches. Qu’est-ce qu’on fait ? »
Surexcitée, Boribori saisit Ricky par les épaules et le secoua violemment.
« Hé, calme-toi. Reprends-toi. »
Mais le vrai problème commença ensuite.
Tous les paris de Ricart étaient gagnants.
Il se souvenait du bruit et en déduisait les résultats des dés. En même temps, il surveillait les yeux du croupier pour repérer une éventuelle tricherie.
Il ne pouvait pas se tromper.
Bien sûr, il n’y parvenait que grâce à son sens de l’observation et à ses perceptions surhumaines.
Mais les autres joueurs de la table se moquaient de la façon dont Ricart trouvait chaque fois la bonne réponse.
Ils se contentaient de l’imiter et de miser du même côté que lui.
Le croupier n’eut bientôt plus d’argent.
« Wahahahaha ! »
Incapables de contenir la déferlante de dopamine, les gens éclatèrent de rire.
Quelqu’un saisit soudain Ricart par la tête et se mit à l’embrasser ; le Nameless One, qui se tenait derrière lui, dut repousser cette personne.
Une montagne de pièces d’argent s’amoncela devant Ricart, assez haute pour lui masquer la vue s’il ne se levait pas.
À présent, toute la salle de jeu avait les yeux rivés sur lui.
Les gens s’attroupèrent autour de la table pour regarder.
Alors quelqu’un s’approcha du croupier, lui tapota le bras et prit la parole.
« Poussez-vous. »
Ricart releva la tête et vit la personne qui venait d’apparaître de l’autre côté de la table.
C’était Hasphil, l’homme de l’avis de recherche.
Le Nameless One se tenait juste derrière Ricart.
Hasphil sourit d’un air affable.
Toutes les dents visibles étaient en or.
Ricart se rappela l’avis de recherche et se demanda comment son portrait avait pu représenter Hasphil avec autant de fidélité.
« Intéressant, gamin. »
« C’est tellement ennuyeux que je commence à m’en lasser. »
« C’est vrai. Pour que ça ressemble à du jeu, il faut aussi goûter à la défaite. Mais perdre de l’argent, c’est lassant, non ? Et si on misait autre chose ? »
« Comme quoi ? »
« Tout simplement ce que ça veut dire. La vie ou la mort. N’est-ce pas là l’essence même du pair et de l’impair ? Si tu me captures et me livres à la Guilde des aventuriers, tu gagneras une sacrée somme. »
L’avis de recherche promettait quarante pièces d’or pour la capture de Hasphil vivant.
Cela faisait huit cents pièces d’argent.
« Lance. »
Ricart répondit sans hésiter.
Hasphil écarta les autres joueurs et commença une partie en tête-à-tête avec Ricart.
Tous les gens de la salle de jeu s’approchèrent pour regarder.
La salle, si bruyante quelques instants plus tôt, devint silencieuse comme une tombe.
Hasphil lança les dés dans le bol et le retourna sur la table.
Contrairement au croupier, il ne le secoua pas plusieurs fois.
Il ne le bougea qu’une seule fois.
Clac.
Ricart entendit le bruit et ricana.
Il s’était attendu à mieux, mais l’astuce était bien trop grossière.
« Depuis quand y a-t-il trois dés ? »
« Hein ? »
« Selon ce que je réponds, l’un d’eux va disparaître. Comme ça, tu gagneras à coup sûr. Comment appelle-t-on ça ? »
« Tu prétends que j’ai triché ? »
Il existait dans le monde bien des crimes graves, mais, dans une salle de jeu, le pire de tous était la tricherie.
Tricher était le plus grand des péchés et méritait une punition, quel que fût le statut du coupable.
Ricart observa tranquillement Hasphil, puis tira de ses vêtements une dague à la vitesse de l’éclair.
Il la planta dans le dos de la main de Hasphil, posée sur le bol.
« Vérifie toi-même ! »
Crac !
La dague transperça la main de Hasphil, fendit le bol et s’enfonça dans la table.
Les yeux des témoins s’écarquillèrent.
Trois dés ensanglantés roulèrent sur la table.
Hasphil inspira sèchement.
Alors qu’il allait crier, le Nameless One bondit comme un tigre, posa le pied sur la table et se jeta sur Hasphil.
La hache qu’il venait de dégainer se dressa haut au-dessus de sa tête.
Le chaos.
C’était sur le champ de bataille que le Nameless One combattait le mieux.
Ricart le savait et, à la première occasion, lui avait préparé le terrain.
Sans parler ni même se regarder, ils se comprenaient parfaitement.
Comme des joueurs dont le rythme serait déjà parfaitement accordé.
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