Chapitre 36
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 36
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Ricart et Boribori suivirent le Nameless One jusqu’à une petite ville appelée Magdestadt. Malgré sa taille modeste, elle avait une longue histoire.
Beaucoup de ses bâtiments avaient été construits il y a fort longtemps. Bien qu’ils fussent des vestiges historiques, les gens s’en servaient encore au quotidien. La ville dégageait un charme ancien tout naturel.
Mais contrairement à la ville, qui exhibait sa beauté antique, les habitants avaient le visage plein d’inquiétude. La vie semblait tout aussi difficile ici.
Un chien maigre errait dans la rue, le nez au sol. Peut-être avait-il senti la nourriture dans le sac de Ricart, car il releva la tête et le regarda.
Il remua faiblement la queue. C’en était déchirant. Mais alors que les gens eux-mêmes mouraient de faim, Ricart ne pouvait pas donner à manger à un chien.
Cependant, Ricart et Boribori avaient un autre grave problème : cette ville se trouvait sur le territoire de la Guilde des aventuriers de Brabant.
En gros, toutes les guildes d’aventuriers se livraient concurrence. La rivalité était particulièrement sanglante entre celles dont les zones d’activité se chevauchaient.
Au souvenir du combat à l’épée désespéré contre la Guilde Rubens, Ricart comprit que lui et Boribori n’étaient pas en sécurité ici.
Pourtant, le Nameless One se dirigea droit vers une antenne de la Guilde des aventuriers de Brabant. De nombreux aventuriers armés se tenaient naturellement autour du bâtiment.
Ricart n’avait pas particulièrement peur, mais il se sentait mal à l’aise à l’idée qu’ils devaient cacher leur identité.
Après tout, ils n’avaient pas « élèves de l’Académie des aventuriers de Beringen » écrit sur le front. Il se dit que tout irait bien s’ils se faisaient discrets.
Mais lorsque le Nameless One entra dans le bâtiment et que Ricart et Boribori voulurent le suivre, quelqu’un les arrêta.
« Vous êtes qui, vous deux ? »
L’homme les détailla. Ils avaient l’air jeunes, et il trouvait peut-être étrange qu’ils portent des armes.
« Euh… La personne qui vient d’entrer, c’est notre père. Pas vrai, grand frère ? »
Boribori mentit avec tant de naturel que Ricart tourna vers elle des yeux écarquillés.
En plus, Boribori avait deux ans de plus que Ricart, mais l’appelait grand frère. Bien sûr, ils avaient à peu près le même âge en apparence, alors ce n’était pas très important.
L’homme qui leur barrait le passage pencha la tête, l’air de trouver quelque chose bizarre. Mais il se dit que les enfants portaient des armes pour aider leur père et s’écarta sans un mot.
C’est ainsi que Ricart et Boribori pénétrèrent sans hésiter au cœur de ce qui pouvait être considéré comme un territoire ennemi.
Le Nameless One avait posé deux têtes sur une table et recevait son paiement. En dehors de sa vengeance, il semblait vivre de primes.
Un aventurier sortit les têtes, vérifia leur apparence et leurs traits, puis les fit rapidement disparaître, tant la vue était déplaisante. Il tendit un papier qui ressemblait à un reçu.
Ricart et Boribori se penchèrent pour regarder. Comme prévu, la signature du Nameless One était un X.
Même après l’avoir vu, l’aventurier ne le reconnut pas. Il n’avait probablement jamais imaginé que X le Sans-Nom, l’une des Neuf Épées de l’Empire, se montrerait au beau milieu d’une journée ordinaire et paisible.
C’était parce que la plupart des gens ne savaient pas écrire. Quand ils devaient signer un document, ils se contentaient de faire un point, un cercle ou un X. Ce n’était pas une signature propre au Nameless One.
En outre, ce n’était pas une époque où les médias existaient. Même si quelqu’un avait entendu un nom jusqu’à en avoir les oreilles rebattues, il pouvait ne pas reconnaître la personne qui se tenait devant lui.
« Vous voulez qu’on vous donne une partie en pièces d’or ? Ou plutôt en pièces d’argent et de cuivre ? »
Les pièces d’or étant une monnaie de grande valeur, on les utilisait rarement en dehors des transactions importantes entre marchands. Les pièces d’argent et de cuivre étaient assez lourdes, d’où la question de l’aventurier.
Mais le Nameless One ne répondit pas. Son casque habituel lui couvrant toute la tête, il se contenta de fixer l’aventurier en silence.
« … »
« À la place de l’argent, je voudrais des médicaments de premiers soins, des provisions de voyage, une pierre à aiguiser, du silex et du bois de chauffage. »
Ricart prit la parole à côté du Nameless One. L’aventurier le regarda comme s’il se demandait qui il était, puis tourna les yeux de Ricart au Nameless One. Comme celui-ci ne disait rien, il se contenta de hocher la tête.
« Tu sais que la nourriture coûte une fortune en hiver, pas vrai ? »
« Tu veilleras à nous en donner une quantité correcte. Si tu veux qu’on continue à faire affaire avec toi, du moins. »
L’audace de Ricart fit ricaner l’aventurier. Il emballa ensuite dans du papier du jambon et du fromage de qualité, de la viande séchée, des rations, de l’alcool et d’autres provisions, puis les leur tendit. Comme il s’agissait d’une guilde d’aventuriers, les fournitures de voyage ne manquaient jamais.
Après avoir vu Ricart prendre des provisions plutôt que de l’argent, le Nameless One traversa la pièce et s’approcha du mur. Il parcourut les avis de prime épinglés sans ordre apparent, puis en arracha un au hasard.
« Hé ! Tu ne peux pas juste prendre ça… »
« Garde la monnaie. »
Ricart lança cela comme s’il avait payé, puis se dépêcha de suivre le Nameless One qui quittait le bâtiment.
Une fois arrivé en ville, le Nameless One aurait pu s’arrêter dans une auberge, prendre un bain chaud et se reposer confortablement. Mais la pensée ne lui traversa même pas l’esprit, semblait-il : il quitta aussitôt la ville. Comme si le temps lui était précieux, ou qu’il ne lui en restait plus beaucoup.
Sans laisser paraître son malaise ni ses blessures, le tigre poursuivit sa route, entièrement consumé par la vengeance.
Ricart et Boribori le suivirent, plus près de lui qu’auparavant.
« Au fait, cet homme n’a rien mangé depuis hier, pas vrai ? »
Boribori posa la question à Ricart, qui acquiesça. Elle sortit les provisions qu’ils venaient de recevoir et les apporta au Nameless One.
« Euh… Je ne crois pas que tu aies mangé depuis hier… »
Le Nameless One tendit la main, attrapa un morceau de viande et le fourra sous le tissu qui lui couvrait le bas du visage. Il mâcha bruyamment. La viande devait être terriblement salée.
Mais il fit passer le sel en avalant de grandes gorgées d’alcool fort. Il vida même la bouteille d’un trait avant de la jeter.
« … Tu peux manger moins vite… »
Le Nameless One mangeait tant et si vite qu’on pouvait se demander si cela n’allait pas nuire à sa santé.
Voyant qu’il ne refusait pas la nourriture, Ricart s’approcha à son tour et lui adressa la parole.
« Euh, qui est ta prochaine cible ? C’est la personne sur cet avis de prime ? »
Le Nameless One jeta un coup d’œil à Ricart, puis détourna la tête et l’ignora. Était-ce parce qu’il ne leur faisait pas confiance, ou parce qu’il préférait s’en charger seul ? Comme il ne pouvait pas parler, impossible de le savoir.
Mais peu après leur sortie de la ville, des gens se mirent à suivre le groupe de Ricart.
Ils gardaient assez leurs distances pour qu’on les distingue à peine. Impossible de savoir s’ils allaient simplement dans la même direction ou s’ils avaient une autre idée derrière la tête.
Mais Ricart les remarqua immédiatement. Ils les suivaient depuis que le groupe avait quitté la guilde après avoir touché sa prime. Il se souvenait de leur apparence, car il les avait croisés plus tôt. Voilà pourquoi il valait mieux rester au moins un jour dans une ville après y être passé.
Quitter une ville juste après être passé par une antenne de la Guilde des aventuriers revenait à annoncer qu’on venait de toucher une grosse somme.
Leurs poursuivants guettaient une ouverture comme des loups affamés. Plus ils avançaient, plus leurs intentions devenaient évidentes. Ils en voulaient à leur argent ou à leur nourriture.
Soudain, le Nameless One poussa légèrement Ricart. Il désigna une direction et leur fit signe de partir.
Ce n’est qu’alors que Ricart comprit. Ah, cet homme s’inquiétait pour nous.
Ricart sourit légèrement, tapota l’épée accrochée à son épaule et dit :
« On ne connaît pas si mal le monde. On ne s’est pas lancés sur la route à l’aveuglette, en ne comptant que sur nos armes. Je te l’ai dit, non ? On va tuer Reto the Experimenter et Erze the Skin Collector. »
« … »
Le Nameless One baissa les yeux vers Ricart en silence. Puis, après avoir sans doute contourné le groupe, les poursuivants surgirent devant eux.
Ils étaient plus de dix. Aucun n’était aussi lourdement armé que le Nameless One, mais ils portaient des lances ordinaires, des lances à crochets, des épées et des massues.
Ce n’étaient pas des aventuriers. Leurs armes étaient trop rudimentaires pour ça. Et ce n’étaient pas de simples voyous du coin.
Ils avaient l’air du genre à dépouiller les gens de temps en temps, sans pour autant vivre entièrement du vol.
Autrement dit, ce n’étaient pas des voleurs professionnels ni des bandits, mais ils semblaient avoir déjà fait ce genre de coup.
Ils s’arrêtèrent à une certaine distance et leur crièrent :
« Hé ! Posez vos armes et on vous laissera la vie sauve ! Vous savez compter, hein !? Vous êtes trois ! Et nous, quinze ! »
Rien n’était plus ridicule qu’un voleur qui prétendait vous épargner si vous déposiez votre arme.
Le Nameless One regarda tranquillement Ricart et Boribori, puis reporta son attention sur les hommes. Il tira de sa ceinture une hache de lancer.
Sans prévenir, il la lança, tout simplement.
Fouuu, fouuu, fouuu, fouuu, fouuu !
La lourde hache fendit l’air dans un sifflement terrifiant. Elle était rapide et précise. Le Nameless One se battait par la force et la précision, plutôt qu’avec des techniques raffinées.
Mais la distance était un peu trop grande. L’ennemi qui se tenait devant eux sursauta, tomba sur les fesses et esquiva le projectile par chance.
« Aïe ! »
Fouuu, fouuu, fouuu, fouuu, fouuu ! Crac !
Mais il ne put éviter la seconde hache. Elle s’enfonça dans sa tête, qui bascula violemment en arrière.
Le Nameless One saisit la corde qu’il portait à la taille et la fit tournoyer en s’avançant vers les ennemis. Un crochet pendait à son extrémité. Ce n’est qu’alors qu’ils levèrent leurs armes.
« Tony ! »
« Espèce d’enfoiré ! Tu veux te battre, c’est ça !? »
Le Nameless One lança la corde vers l’homme qui voulait se battre. Celui-ci la bloqua maladroitement avec sa lance, mais ce n’était pas une arme qu’on pouvait parer. Il fallait l’éviter.
La corde s’enroula autour du manche de la lance, puis s’en servit comme pivot pour serrer le cou de l’homme. Le crochet s’enfonça dans sa clavicule.
« Aaaah ! »
Le Nameless One était si fort qu’il tira vers lui un homme adulte. Ce n’est qu’alors que les hommes armés se ruèrent sur eux.
« Merde ! Attrapez-les ! »
« Salauds ! »
Ils s’étaient contentés de marcher, alors Ricart ne comprenait pas pourquoi ils étaient devenus des salauds. Mais c’était un combat pour leur survie, inutile de s’en plaindre.
Le Nameless One dégaina sa hache de guerre et fendit le crâne de l’homme qu’il avait attiré à lui. Il allait s’occuper des hommes qui chargeaient derrière lui lorsqu’un cri retentit :
« Foncez sur les gamins ! »
Ricart prit alors l’épée posée sur son épaule et la tira de son fourreau. Le faible motif ondulé de la lame brillait sous le soleil froid de l’hiver.
Ricart s’avança calmement dans la neige. Un ennemi, incapable d’évaluer correctement la distance, se rua sur lui. Ricart esquiva sur la droite et lui trancha profondément la taille.
Il esquiva aussitôt sur la gauche, fit décrire un arc à son épée dans l’autre sens et abattit un deuxième ennemi. Il ne recula pas d’un seul pas. Au contraire, il avança. Du sang chaud éclaboussa la neige froide, y creusant des trous aux contours exacts des gouttelettes.
Le suivant lui porta un coup de lance. Ricart se contenta de pivoter, repoussa le manche avec son épée et percuta la poitrine de l’homme de l’épaule. Quand l’ennemi bascula en arrière, Ricart abattit son épée et lui fendit le crâne.
Crac !
Dans l’intervalle, un autre ennemi lui porta un coup d’épée sur sa gauche. Ricart esquiva la pointe, mais leurs corps se heurtèrent.
À un moment donné, Ricart avait pourtant tiré une dague. De la main gauche, il trancha le ventre de l’homme en remontant obliquement. Ses intestins se répandirent au sol. Ricart recula vivement, comme s’il craignait qu’ils ne salissent ses vêtements.
Tandis que Ricart en abattait quatre en un instant, un ennemi chargea Boribori.
Une épée bâtarde dans une main, Boribori se tenait là, naturellement, la tête baissée, en marmonnant pour elle-même.
Puis, au moment où la hachette de l’ennemi l’atteignit, elle releva la tête et brandit son épée.
Fchit, fchit ! Fwouh !
Floc. Ploc.
On entendit deux objets tomber dans la neige.
L’ennemi était certain d’avoir frappé Boribori, mais il se trompait. Il n’avait plus de poignets. Des gouttes de sang giclèrent des moignons et éclaboussèrent Boribori.
Les deux mains tranchées étaient déjà tombées dans la neige, tandis que des images rémanentes sombres papillonnaient devant les yeux de l’homme.
« Euh… ? »
Avant même la conséquence fatale, avant même qu’il ait pu accepter la douleur, l’homme semblait incapable de comprendre ce qui venait de lui arriver. Ses deux mains avaient disparu en un clin d’œil.
Mais l’épée rapide de Boribori ne s’arrêta pas. Elle traça une nouvelle ligne. Dans un dernier fchit !, elle trancha parfaitement à l’horizontale, et la tête de l’homme tomba avec un bruit sourd.
Membres compris, on aurait dit qu’il y avait plus de cinq morceaux du corps de l’homme éparpillés sur la neige. Le spectacle était atroce.
Ricart, qui avait plus ou moins achevé les ennemis, s’approcha. Il observa en silence les morceaux de corps devant Boribori, puis dit :
« Je crois que tu y es allée un peu fort. »
Ricart préférait tuer d’un seul coup, vite et proprement. À ses yeux, Boribori était clairement allée un peu trop loin.
« Mais je dois écrire les lettres… »
« C’est vrai. Mais tu t’en es bien sortie pour une première fois. »
« Héhéhé. »
Boribori sourit timidement tandis que le Nameless One s’approchait. En chemin, il jeta un bref regard aux cadavres que Ricart avait laissés derrière lui.
Arrivé près des deux enfants, il baissa silencieusement les yeux vers le corps que Boribori avait un peu trop découpé.
Ricart lui demanda :
« Qu’est-ce que tu en penses ? On est plus capables que tu ne le croyais, pas vrai ? »
Le Nameless One sembla réfléchir un instant. Puis, enfin, il laissa échapper un son.
« Hmm. »
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