Chapitre 32
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 32 : Seule une âme pure
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Les élèves de l’Académie vivaient dans leur propre monde, loin des préoccupations des adultes. Comme des fleurs sauvages poussant dans un champ.
Les adultes n’étaient pas toujours de bon conseil, mais sans accompagnement, les enfants finissaient par s’égarer.
Et parfois, ils s’attiraient un sort cruel.
L’Empire comptait au moins des dizaines de guildes d’aventuriers, dont plusieurs dirigeaient des académies.
Personne ne savait ce qu’était la vie dans chacune d’elles, mais l’Académie de Beringen avait au moins une chose : l’espoir.
Les élèves pouvaient gagner de l’argent par leur travail, s’entraîner aux arts martiaux, se soutenir entre amis et, une fois diplômés, avoir la possibilité de tracer leur propre voie.
Même si le désespoir et la mort planaient sur eux, les enfants étaient plus forts qu’on aurait pu le croire.
Bien sûr, les gens méprisables ne manquaient nulle part. Mais, comme les fleurs sauvages résistaient aux parasites et aux maladies, une atmosphère positive régnait heureusement à l’Académie de Beringen.
Ricart était celui qui entretenait cette bonne ambiance.
Tout comme les bandits ne se rassemblaient pas tant qu’un seigneur occupait son poste, tandis que les vauriens s’enhardissaient naturellement en son absence, la seule présence de Ricart suffisait à instaurer une bonne ambiance à l’Académie.
Même s’il ne le faisait pas exprès.
Volka, Molty, Ice, Lara, Delphi, Pallen, Jerome et Melson, qui avaient participé avec Ricart à la poursuite des déserteurs, avaient maintenant l’âge de paraître presque adultes.
Ces huit-là, avec Ricart, se situaient à un tout autre niveau que les autres élèves. Tous ensemble, ils façonnaient l’atmosphère de l’Académie.
Leur supériorité écrasante et les horizons vers lesquels ils se tournaient servaient d’exemple aux autres élèves.
Je veux devenir comme eux.
Quoi qu’il en soit, avec les années, les garçons et les filles grandissaient, et le départ des huit approchait peu à peu. Ils étaient entrés à l’Académie environ dix mois à un an avant Ricart.
Le cursus de l’Académie durait deux ans, mais la plupart des élèves obtenaient leur diplôme un peu après ou un peu avant. C’était ainsi que les choses se passaient dans un établissement aussi peu strict.
Ils partaient souvent en petits groupes accomplir des missions, sans pour autant y aller tous ensemble. Ils discutaient aussi avec des aventuriers en activité pour savoir s’ils rejoindraient un clan existant ou en fonderaient un nouveau.
Après l’enfance, les chemins des frères et sœurs se séparaient.
Après la jeunesse, ceux des amis aussi.
« Alors, qu’est-ce que vous pensez de fonder notre propre clan ? »
Volka prit la parole. Il avait toujours eu le naturel d’un meneur et posa la question sans hésiter.
Il était tard. Un feu de joie brûlait dans la clairière entre le château intérieur et le dortoir des filles, où les neuf élèves s’étaient rassemblés.
Les insectes nocturnes chantaient dans l’herbe, tandis que les étoiles brillaient en silence dans le ciel noir.
Ils étaient censés dormir, mais les neuf meilleurs élèves, Ricart compris, jouissaient d’un peu plus de liberté que les autres.
« Je ne peux pas. J’ai quelque chose à faire. »
Ice secoua la tête. Jerome et Melson étaient avec lui. Les trois étaient ensemble depuis le début ; c’était donc compréhensible.
« Qu’est-ce que tu dois faire ? Tu peux nous le dire ? »
« Je dois passer l’examen final. »
« Pourquoi ? »
« C’est mon destin. »
L’examen final consistait à atteindre le Rang spécial et à se rendre à Fernland. Selon la légende, quiconque le réussissait devenait un Maître de l’Épée.
Personne, à part ceux qui l’avaient réussi, ne savait ce qui se passait exactement pour qu’une telle chose soit possible.
Mais presque personne ne le réussissait.
L’examen final lui-même était extrêmement rare. Personne ne savait qui le supervisait, quand il avait lieu ni pourquoi.
On savait seulement qu’il existait.
Une seule personne le réussissait tous les quelques décennies, et, en soixante-dix ans d’existence, l’Académie de Beringen n’avait jamais vu un seul diplômé passer l’examen final.
Se présenter à l’examen final et le réussir relevait, à vrai dire, de l’impossible.
Malgré tout, Ice parlait de destin. Qu’auraient-ils pu répondre ?
Les neuf amis et compagnons se respectaient. Pour une raison ou une autre, Ice semblait un peu amer.
« Hmm… On n’y peut rien, alors. Et vous autres ? »
Volka promena son regard sur les élèves. Molty n’était pas plus enthousiaste.
« Je vais arrêter d’être aventurier. J’aime travailler le fer. Désolé. »
« Moi non plus, je ne peux pas. J’ai décidé de vivre avec Molty. Désolée. »
Lara prit la parole.
On aurait dit qu’ils allaient se marier. Ils étaient déjà adultes, alors c’était tout à fait possible.
« Euh, désolé, mais je passe aussi mon tour. Je connais un aventurier plus âgé que moi, et j’ai décidé de rejoindre son clan. »
Pallen prit la parole. Il avait brièvement voyagé avec Ricart et Ice pendant la poursuite des déserteurs. Il manquait d’assurance, mais avait largement le niveau pour tenir son rôle.
« Non, pas besoin de t’excuser. »
Volka le dit, mais sa déception était évidente.
Il n’en restait que trois : Volka, Delphi et Ricart.
Le problème, c’était que Ricart était encore loin d’obtenir son diplôme.
Volka regarda Delphi d’un air presque suppliant.
Il avait l’air si pitoyable que Delphi ne put retenir un rire.
« Bon, bon. J’ai compris, alors arrête de faire cette tête. Je sais bien que je suis la seule à veiller sur toi. »
« Delphi… »
« Mais qu’est-ce qu’on fait de Ricky ? »
Delphi, qui avait attaché ses cheveux courts en arrière, posa la question.
« Faisons aussi entrer Bori dans le clan. »
« Hein ? »
« Bori a dit qu’elle voulait devenir aventurière. Ce serait mieux qu’on le fasse ensemble. »
« Ça ne me dérange pas, mais tu sais que c’est dangereux, pas vrai ? »
« Bori et moi avons encore un peu de temps avant d’être diplômés. D’ici là, on devrait continuer à progresser. Et je suis sûr que Bori s’en sortira bien. Elle est plus coriace qu’on ne le croit. »
« Eh bien, si tu le dis… Alors, qui sera le chef du clan ? »
« Volka devrait s’en charger. C’est toi, le chef. »
Ricart sourit sans la moindre hésitation. Il n’avait jamais eu l’ambition de se lancer dans ce genre de choses.
La force de Ricart et sa capacité à mener les autres au combat n’avaient pas d’égales, même parmi les aventuriers en activité. Mais, dans la vie de tous les jours, il n’était pas particulièrement doué pour gérer les choses.
Gérer, c’était gérer des gens.
La confiance et le leadership comptaient davantage que le fait de tenir les gens en main avec de l’argent, et Volka était meilleur dans ce domaine. Il avait aussi des relations un peu partout.
Et chaque fois qu’ils accepteraient une mission, Ricart pourrait prendre temporairement la tête du groupe sur le terrain. Rien n’était encore décidé.
C’étaient eux qui en décidaient.
« Très bien. Alors, comment devrait-on appeler le clan ? »
Delphi posa la question.
Volka et Ricart échangèrent un regard. Aucun des deux ne parla, mais ils semblèrent se comprendre, et un sourire éclaira leurs visages.
« Viola. Le clan Viola. »
Viola signifiait violette.
Delphi ne comprenait pas pourquoi, mais ne protesta pas. Elle trouvait simplement le nom étonnamment féminin.
Les clans portaient généralement des noms comme Hache de feu, Faiseurs de veuves, Loups noirs ou Rugissement du lion.
Quoi qu’il en soit, le clan Viola venait de naître.
Ricart avait onze ans, Volka et Delphi en avaient seize, et Boribori en avait treize.
Ils avaient pris cette décision, mais ne se sépareraient pas pour autant tout de suite.
Les diplômés partaient quand quelqu’un de la Guilde venait les chercher, vers la fin de l’automne ou en hiver.
On était en été, et plusieurs mois restaient encore.
Ceux qui avaient accompli des missions ensemble s’affairaient chacun à leur manière pour préparer leur départ.
Après leur diplôme, ils entreraient dans un monde impitoyable, avec leurs propres objectifs ou sans le moindre objectif.
À partir de l’été, l’Académie devint quelque peu agitée.
Il n’y avait presque plus de cours. Certains élèves économisaient désespérément leur argent, tandis que beaucoup s’inquiétaient de savoir où aller et comment gagner leur vie.
Tandis que tout le monde s’activait, Boribori brandissait une épée d’entraînement dans la cour située derrière l’ancien dortoir.
Mais Ricart, allongé sur le côté à l’ombre, la tête appuyée sur une main, l’observait sans grand intérêt. Il ne savait pas si Boribori maniait vraiment son épée ou si elle jouait simplement avec. Son visage se plissa légèrement en une moue contrariée.
« Qu’est-ce que tu fais ? »
« Hein ? Ah, j’écrivais des lettres. En écriture ancienne. Comme ça, je peux étudier et m’entraîner en même temps. Hé hé hé. »
« Bori, tu as entendu dire qu’on avait aussi fondé un clan, pas vrai ? »
« Oui. Tu me l’as dit l’autre fois. »
Ricart fut si décontenancé qu’il faillit répliquer, mais se retint.
Ce n’était pas comme si dire quelque chose allait changer quoi que ce soit.
Boribori recommença tout de même à fendre l’air de son épée. En l’observant de près, Ricart trouva que ça ressemblait en fait davantage à de l’escrime ordinaire qu’à ce qu’il avait vu jusque-là.
Hein ? Attends. Qu’est-ce que c’est que ça ?
Ricart avait maîtrisé l’épée, et il sentit quelque chose d’étrange.
Mais il n’arrivait pas à déterminer de quoi il s’agissait.
Il n’avait jamais rien vu ni entendu de semblable.
« Ricky, regarde. Je peux faire ça maintenant. »
Boribori saisit son épée et se concentra.
Le cœur de Ricart s’emballa un instant.
Il ignorait pourquoi.
Puis l’épée de Boribori fendit l’air à toute vitesse.
Elle traça des caractères anciens dans le vide. Une trace noire de mana demeura derrière la lame, laissant les lettres suspendues un bref instant dans les airs.
« Oh ! »
Ricart ouvrit de grands yeux et s’exclama sans même s’en rendre compte.
Les lettres formées par la trace de mana disparurent aussitôt, mais le spectacle était indéniablement stupéfiant.
« Qu’est-ce que c’était ? Qu’est-ce que c’était, Bori ? »
Ricart se redressa d’un bond.
Même lui, qui perdait rarement son sang-froid, était assez surpris pour s’emporter.
Quoi qu’il en soit, Boribori était la seule à pouvoir bouleverser ainsi les émotions de Ricart.
Elle le rendait fou de frustration, puis le surprenait de cette façon.
« Hé hé hé. »
« Hé ! En plus, tes gestes étaient nets ! C’est encore mieux. On va garder ça ! »
« Vraiment ? »
« Oui ! C’est ça, la réponse ! Je n’ai jamais rien vu de pareil, moi non plus ! »
Ricart n’avait sans aucun doute jamais vu une telle escrime, même dans sa vie précédente.
« Vraiment ? Alors, on devrait donner un nom à cette technique ? »
« … Pas encore. C’est trop tôt pour parler d’escrime. Ce n’est qu’une astuce. Ne t’emballe pas. »
Ricart répondit sèchement, convaincu que ce n’était pas encore au point.
« … D’accord… »
« Non, en fait, on pourrait quand même lui donner un nom. Pourquoi pas ? »
« Oui, oui. Alors, on l’appelle comment ? »
« Évidemment, l’escrime de Boribori. On donne à une technique d’escrime le nom de son inventeur. L’Art de l’épée de Bori ! »
« Mais mon nom n’est pas très classe. »
« Maintenant, si. Il sera classe. »
« Tu crois ? »
« Oui. Alors, on s’entraîne ? Moi aussi, je me suis beaucoup amélioré au combat. »
Ricart avait maîtrisé une épée conçue uniquement pour tuer ; il n’avait donc jamais su retenir ses coups lors d’un entraînement.
Mais après s’être entraîné avec Ice, il avait appris à sa manière à se battre sans blesser son adversaire.
Au début, Ice avait été sévèrement battu et avait même parfois eu des os fêlés.
À cet égard, Boribori devait beaucoup à Ice, non seulement pour la Conduite du mana, mais aussi pour bien d’autres choses.
Ricart prit une épée d’entraînement et se plaça face à Boribori.
Son regard brillait de cet éclat particulier qu’il avait lorsqu’il se préparait à combattre, et il arborait un sourire assuré.
« Vas-y. Fais ce que tu veux. »
Boribori déglutit nerveusement, mais, contrairement à Ice, elle ne se raidit pas.
Elle savait simplement que quoi qu’elle fasse, elle ne pourrait pas blesser Ricart.
Alors, elle se mit à brandir son épée sans la moindre gêne.
Aucune trace de mana ne subsista. Cela demandait trop d’effort mental.
Ricart esquiva aisément l’épée de Boribori.
Il inclinait légèrement la tête ou tournait le corps, continuant d’esquiver à l’intérieur de sa portée.
Puis Ricart s’écarta un peu.
Boribori voulut le suivre à tout prix, s’emmêla les pieds et manqua de tomber toute seule.
Ricart n’avait pas frappé une seule fois avec son épée.
Il rattrapa Boribori au moment où elle tombait et lui dit :
« C’est beaucoup mieux. Les traits sont des coups tranchants, et les points, des estocs. Même un même caractère peut produire des effets très différents selon la façon dont tu le traces. Fais juste un peu plus attention à tes pas. »
Ricart comprit aussitôt les principes de cette escrime inconnue.
Et il en aperçut le potentiel illimité.
« D’accord. »
Boribori hocha vigoureusement la tête.
Puis ils reprirent leur entraînement.
Boribori commença par imaginer un caractère qu’elle aimait.
Puis elle en traça les traits et y plaça les points.
Tantôt avec force, tantôt avec douceur.
Personne ne le lui avait appris. Elle le faisait simplement d’elle-même.
Puis Boribori se sentit plus à l’aise en tenant son épée d’une seule main ; sa posture changea naturellement, elle aussi.
Comme par magie, Boribori progressait d’un instant à l’autre à une vitesse incroyable.
L’écart entre le coup qu’elle venait de porter et le suivant était immense.
C’était possible parce qu’il ne s’agissait ni d’un entraînement ni d’un exercice.
C’était tout simplement un jeu.
Boribori peignait librement sur la toile sans limites qu’était Ricart, tandis que celui-ci, montagne et océan à la fois, accueillait tout ce qu’elle y déposait.
Bientôt, Boribori se mit à rire sans s’en rendre compte.
Ricart éclata lui aussi de rire.
« Ha ha ha ha ha ! »
Qui avait dit que ceux qui atteignaient l’illumination riaient à gorge déployée ?
Les deux enfants semblaient en être là.
Ricart avait l’impression de pouvoir s’envoler.
Il n’avait jamais rien ressenti de tel.
Il pouvait donc être aussi heureux en tenant une épée.
Une épée forgée uniquement sur des champs de bataille où l’on se battait pour sa vie.
Une épée trempée dans le feu et l’acier, le sang et la mort.
Une épée qui s’était impitoyablement consumée sur le bûcher…
Quand cette épée rencontra celle de Boribori, elle se sentit libérée.
Comme une épée démoniaque qui se débarrassait d’une malédiction tenace pour se transformer en épée sacrée.
Depuis l’affaire des déserteurs, quelque chose qui était resté noué dans un recoin du cœur de Ricart sembla enfin se défaire.
Il ignorait pourquoi.
Mais il n’avait pas besoin de le savoir.
S’il pouvait expliquer pourquoi, ce ne serait pas l’illumination.
Ricart inspira chez certains matière à méditer ; d’autres, devant lui, se heurtèrent à un mur et en souffrirent, tandis que d’autres encore n’y trouvèrent que de la joie.
Personne ne savait ce qui distinguait ces trois réactions.
Pour l’heure, seul le rire des deux enfants résonna longuement dans la cour de l’ancien dortoir, qui avait autrefois ressemblé à un poulailler, plus fraîche que le vent.
Fin du chapitre 7 : Seule une âme pure.
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