Chapitre 31
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 31
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Le printemps était passé et l’été approchait lentement. À chaque changement de saison, le vent tournait le premier, et ce vent de changement avait également atteint l’Académie.
Des rampes en bois avaient été installées le long des escaliers qui longeaient la falaise, et les élèves avaient été répartis dans les chambres du Château intérieur, à vingt par chambre.
Soixante-dix ans après la fondation de l’Académie des aventuriers de la Guilde de Beringen, les élèves avaient enfin quitté leur poulailler.
Tout cela grâce à un seul élève.
Et ce n’était pas tout. La Guilde des maçons envoyée par Hellawman, comte palatin de Kelbron et Champion de l’Empereur, avait installé une poulie au-dessus du puits et réparé les bâtiments. Elle avait même découvert une ancienne citerne souterraine et posé des conduites d’eau.
Un simple coup d’œil à l’apparence et à la structure de l’Académie leur avait suffi pour reconnaître son style architectural et ses particularités, même s’ils ne pouvaient pas déterminer exactement quand elle avait été bâtie.
Ils avaient estimé qu’il devait y avoir une citerne sous terre pour recueillir l’eau de pluie, puis l’avaient tout bonnement trouvée.
Une chose ignorée de tous depuis soixante-dix ans allait enfin pouvoir servir.
Les conduites d’eau étaient des installations coûteuses, qu’on ne trouvait généralement que dans certains quartiers des grandes villes. Mais peut-être parce que la Guilde des maçons travaillait pour un homme aussi influent qu’un comte palatin, elle avait même utilisé de coûteux tuyaux en cuivre.
Même la Guilde aurait eu du mal à financer des travaux d’une telle ampleur. Ricart et les élèves n’avaient pas la moindre idée de leur coût.
Ils pouvaient ainsi se faire une idée, même indirecte, du pouvoir d’un comte palatin et de l’écrasante puissance que devait avoir l’Empereur.
Les changements à l’Académie de Beringen étaient si extraordinaires que le passage des saisons semblait presque insignifiant.
Les élèves eurent du mal à s’y habituer pendant quelque temps.
Ils ne savaient pas s’ils méritaient un tel luxe.
Comme Hellawman l’avait promis, un professeur d’écriture ancienne arriva à l’Académie.
« C’est grâce aux mages que l’écriture ancienne a survécu. On dit que cette écriture est magique en elle-même. Les mages s’en servent pour rédiger des descriptions de sorts ou tracer certains diagrammes. »
L’homme qui parlait avait l’air de n’avoir jamais combattu de sa vie. Il semblait approcher de la trentaine et avait étudié à la célèbre Université de Hantz. Il s’appelait Elrich et était noble.
Pourtant, seuls deux élèves assistaient à son cours.
Ricart et Boribori.
Dans une classe qui ne comptait que deux élèves, l’un d’eux avait les bras croisés, la tête renversée en arrière, et ronflait à poings fermés.
C’était Ricart.
Et dire qu’il n’arrêtait pas de réclamer des cours d’écriture ancienne.
« Alors, si on apprend l’écriture ancienne, on peut utiliser la magie ? »
demanda Boribori.
« Ha ha ha, non, ce n’est pas comme ça que ça marche. Est-ce que j’ai l’air d’un mage ? »
« Pas vraiment. »
« C’est bien ce que je pensais. Écrire, ça reste écrire. La magie a sans doute une longue histoire, alors peut-être qu’elle utilise encore d’anciennes lettres. Mais ce n’est qu’une hypothèse. »
Le professeur Elrich sortit un mince livret de son sac.
« J’ai rédigé ce manuel moi-même. En l’utilisant pendant les cours, vous apprendrez beaucoup de choses en peu de temps. »
« Un livre ? Je ne sais pas lire. »
« … Oh là là. »
Elrich ne comprenait pas pourquoi quelqu’un qui ne savait pas lire suivait des cours d’écriture ancienne, mais le nouveau professeur était patient et compréhensif.
« Dans ce cas, le mieux serait d’apprendre à lire petit à petit, tout en étudiant l’écriture ancienne. »
Elrich prit le livret, du papier vierge, une plume et de l’encre, puis descendit de l’estrade pour s’approcher de Boribori.
Ricart dormait toujours à côté de Boribori, mais Elrich n’y prêta pas attention. Il ouvrit le livre devant elle.
« L’écriture ancienne est idéographique : chaque caractère a un sens. L’écriture que nous utilisons aujourd’hui est phonétique. Voici un caractère ancien, et juste en dessous, la lettre que nous employons de nos jours. »
Le livret présentait de grands caractères anciens, sous lesquels leur signification était inscrite en petites lettres modernes.
« Boribori, qu’est-ce que tu aimes ? »
« Les fleurs et l’herbe. »
« Merveilleux. Alors, cherchons un caractère qui signifie “fleur”. »
Elrich tourna les pages. Par chance, il trouva un caractère ancien qui signifiait « violette ». Pour l’instant, au lieu de lui expliquer le caractère ancien, il se contenta de lui parler des petites lettres qui se trouvaient dessous.
« Ce mot signifie “violette”. On commence par apprendre à l’épeler ? »
Au mot « violette », Boribori s’intéressa aussitôt. Elle ouvrit grand les yeux et examina attentivement les lignes noires et biscornues.
Le professeur lui expliqua chaque lettre et commença par lui enseigner l’écriture moderne.
« Vio… let… te… »
« Tu veux essayer d’écrire les lettres modernes à côté du caractère ancien ? »
Elrich lui tendit du papier vierge, une plume et de l’encre. Boribori n’avait jamais tenu de plume, aussi l’écriture lui parut-elle maladroite. Pourtant, peut-être parce qu’elle dessinait bien, ses lettres prenaient forme de façon tout à fait convenable.
« Tu écris mieux que je ne le pensais. »
« Oui. J’aime dessiner. »
Après que Boribori eut tracé avec application le caractère ancien et les lettres modernes, malgré leurs lignes tremblotantes, le professeur lui demanda :
« On part à la recherche de la prochaine fleur ? »
« Oui ! »
Elrich tourna une autre page.
Le cours se poursuivit ainsi.
Cela aurait pu être lent et frustrant, mais aucun des deux ne le ressentait ainsi. Le professeur était attentionné et patient, tandis que son élève débordait de curiosité.
C’était peut-être le premier véritable professeur que l’Académie ait connu depuis sa fondation.
Ceux qui l’avaient précédé n’étaient en réalité que des aventuriers. Ils venaient après avoir accepté une sorte de mission de la Guilde et se moquaient de savoir si les élèves apprenaient, échouaient ou mouraient.
C’était ainsi qu’ils avaient appris, alors ils estimaient que c’était ainsi qu’il fallait enseigner. Cette façon de faire s’était simplement transmise de génération en génération.
La Guilde ne jugeait pas nécessaire de s’occuper des élèves et n’en avait de toute façon pas les moyens. Elle se contentait de les passer au crible, comme dans un tamis, puis de former les plus prometteurs pour en faire des aventuriers.
À bien y réfléchir, c’était de la négligence, à la limite de la maltraitance. Le plus triste, c’était qu’à cette époque, personne ne trouvait cela étrange.
Après tout, n’étaient-ils pas des enfants rejetés jusque par leur propre famille ?
Quoi qu’il en soit, les cours du professeur Elrich se poursuivirent lentement, mais sûrement. Le temps passa et la leçon prit fin.
« Je te donne ce manuel, Boribori. Étudie bien. À la prochaine leçon, alors. »
Malgré son rang de noble, il était remarquablement doux et courtois. Presque trop pour ce monde sombre et brutal.
« Merci, professeur. C’est le troisième cadeau que je reçois de toute ma vie. J’en prendrai grand soin. »
« C’est moi qui te remercie de dire cela. Je vais donc vous laisser. Il me semble qu’il est temps de réveiller le jeune maître Ricart. »
« … Quoi ? Ricart, quoi ? Jeune maître ? »
« Ah, non. C’était une plaisanterie. Ha ha. »
Peut-être parce qu’il avait été envoyé par le comte palatin, Elrich semblait savoir quelque chose sur Ricart.
« Ah… Ricky a effectivement un petit air de noble. Pour moi, c’est le plus grand héros de l’Empire. Hé hé hé. »
Elrich esquissa un sourire gêné et quitta la salle. Ce n’est qu’alors que Boribori réveilla Ricart.
« Ricky. Ricky. »
« … Hein ? Oh, le cours est fini ? Tu aurais dû me réveiller. Qu’est-ce que c’est ? »
« Le manuel. Le professeur me l’a offert. »
Ricart ouvrit le manuel et le parcourut rapidement. Grâce à son regard perçant et à son esprit vif, il mémorisa plusieurs caractères en un instant.
« Prête-le-moi un de ces jours. »
« D’accord. »
« Aah… J’ai bien dormi. J’ai juste un peu mal à la nuque. »
« Tu aurais dû dormir sur le ventre. »
« J’aurais dû. Allez, on y va. »
Ricart se leva et fourra les mains dans ses poches. Il avait rasé ses cheveux dorés, qui lui donnaient l’air d’un brocoli, mais ils avaient déjà un peu repoussé.
Ricart et Boribori descendirent l’étroit escalier en colimaçon de la tour défensive accolée au Château intérieur. Le rez-de-chaussée abritait les quartiers des élèves.
À l’origine, le bâtiment avait servi de caserne aux soldats ; il était donc parfaitement adapté à la vie en communauté. Des élèves couraient dans les couloirs, des outils de nettoyage à la main.
À l’apparition de Ricart, ils hésitèrent un instant. Puis ils l’ignorèrent et reprirent leur course-poursuite.
En passant devant les portes ouvertes des chambres, Ricart y jeta un coup d’œil. Tout le monde semblait aller bien.
Puis il aperçut les élèves qui avaient harcelé Boribori. Comme elle ne lui en avait jamais parlé, Ricart ignorait qui ils étaient.
Mais dès qu’ils virent Boribori, ils prirent peur et se cachèrent aussitôt, comme des rats.
Boribori ne leur accorda aucune attention. Ils ne méritaient même pas cela.
Quand ils sortirent du Château intérieur, une douce lumière du soleil accueillit les deux enfants. On aurait dit qu’un doux géant les enveloppait dans ses bras.
Les châteaux étaient naturellement sombres et froids à l’intérieur, et l’air comme la température y différaient de ceux de l’extérieur.
C’est pourquoi les nobles se promenaient souvent et prenaient le soleil. Rester trop longtemps enfermé dans un château était mauvais pour la santé.
Ricart et Boribori prirent la direction de la zone située en face de l’ancien poulailler, près des quartiers des filles.
Une clairière avait été aménagée là en défrichant une partie de la forêt. Les huit élèves partis ensemble accomplir une mission, ainsi que plusieurs autres, s’y étaient rassemblés.
Volka, Molty et Pallen étaient assis, torse nu et en sueur, tandis qu’Ice, Jerome et Melson discutaient à côté d’eux.
Peut-être parce qu’ils avaient connu de vrais combats, aux portes de la mort, tous s’entraînaient avec acharnement. Lara et Delphi, désormais princesses, enseignaient même aux prétendues dames, leur disant de ne pas s’y prendre ainsi et de se ressaisir.
En voyant Ricart et Boribori, ils levèrent la main pour les saluer.
« L’entraînement se passe bien ? »
« J’ai l’impression qu’un truc va se passer, ou que je me suis peut-être un peu amélioré. Un truc comme ça. »
Volka répondit. Il parlait avec désinvolture, mais depuis qu’il avait connu de vrais combats, son niveau n’avait plus rien à voir avec celui d’avant.
Volka pouvait parfois sembler un peu simple d’esprit, mais il apprenait vite. Comme la fois où Ricart l’avait roué de coups.
Boribori essayait maladroitement de se cacher derrière Ricart, même si ça n’allait pas la faire disparaître.
Ice regarda alors Boribori et prit la parole.
« Tu t’es entraînée ? »
« Hein ? O-oui… »
« Montre-moi. »
Boribori semblait réticente, hésitante, ou peut-être simplement gênée. Maladroitement, elle prit l’une des épées d’entraînement dont les élèves se servaient.
Tous les regards se tournèrent naturellement vers Boribori. Elle saisit l’épée, se concentra et se mit à trembler de tout son corps.
On aurait pu se demander ce qu’elle fabriquait, mais personne ne rit.
Car, peu après, des traînées noires de mana, semblables à de l’encre, suivirent la trajectoire maladroite de l’épée.
Son geste était terriblement gauche, et Boribori ne parvenait pas à maîtriser sa force, ce qui faisait trembler tout son corps. Pourtant, le mana avait clairement éclos.
Après un seul coup d’épée, Boribori sembla complètement épuisée. La sueur lui dégoulinait tandis qu’elle haletait : Houf, houf. Elle attendait la réaction d’Ice.
« Bien joué. Continue à t’entraîner. Sinon, tu vas te blesser. »
Mal maîtrisé, le mana pouvait déchirer les muscles ou les vaisseaux sanguins, faire éclater les yeux et, dans les cas graves, endommager les organes internes. Si des organes vitaux comme le cerveau ou le cœur étaient touchés, la mort était immédiate.
Tous ceux qui étaient là savaient que Boribori possédait un talent immense pour le mana.
Après tout, elle avait battu un élève à mort à mains nues.
C’était pourquoi ne pas savoir le maîtriser pouvait être extrêmement dangereux. C’était Ice qui apprenait à Boribori à contrôler le mana, autrement dit la Conduite du mana. Boribori avait autrefois détesté Ice parce qu’elle le croyait hérétique.
C’était peut-être pour cela qu’elle se sentait si coupable et ne savait pas quoi faire.
« En temps normal, le mana s’accumule petit à petit, et on peut donc l’utiliser sans danger dans son corps. Mais, dans ton cas, il serait plus prudent de faire l’inverse. »
Boribori était un cas très particulier. Elle était née avec une grande quantité de mana et une vaste réserve pour le contenir. Ainsi, malgré son piètre niveau à l’épée et au combat, elle s’entraînait déjà à ce qu’on appelait l’Épée de l’Éclosion.
« Oui… merci… »
La voix de Boribori était si faible qu’une fourmi aurait eu du mal à l’entendre.
Mais Ice n’enseignait pas pour recevoir des remerciements. Comme toujours, son visage resta impassible.
Ice se tourna ensuite vers Ricart.
« À toi. »
Ricart était resté là, l’air absent. Il rejoignit Boribori, prit l’épée d’entraînement et gagna le centre de la clairière.
Ice prit lui aussi une épée d’entraînement et s’avança lentement jusqu’au centre.
Les élèves qui regardaient changèrent aussitôt d’expression. Assister à un combat d’entraînement entre combattants chevronnés valait de l’or. On ne pouvait voir cela qu’à l’Académie, et rarement ailleurs.
Ricart fit tourner l’épée dans sa main, la retournant d’un côté puis de l’autre comme s’il l’examinait distraitement. Puis il releva la tête et regarda Ice.
Son regard était simplement calme.
Mais lorsque Ice croisa ce regard paisible, il eut l’impression qu’une force inconnue lui immobilisait tout le corps. Ses poils se hérissèrent et un frisson lui parcourut la peau.
Ce n’était pas la première fois.
Ice ressentait cela à chaque fois qu’ils s’affrontaient. Dès qu’il croisait directement ces yeux, il était étrangement parcouru de frissons et sentait son corps se raidir.
Ces yeux.
Ces yeux étaient le plus gros problème.
Les yeux de Ricart ne semblaient pas se contenter de regarder son adversaire. Ils voyaient au-delà. Comme s’ils pouvaient lire dans les pensées et même sonder le cœur de chacun.
Ice dut tourner le cou et bouger les bras et les jambes de force pour s’assurer que tout allait bien. Pourtant, croiser ce regard lui serrait la poitrine.
Ice inspira profondément, s’efforça de se détendre et finit par prendre sa garde.
« Je vous en prie, commencez. »
Ice demandait toujours à Ricart d’attaquer le premier, car, quand il prenait lui-même l’initiative, il ne tenait jamais plus d’un échange.
Sans hésiter, Ricart fit un brusque pas à gauche, glissa vers la droite et frappa Ice à la taille.
Le geste était net, mais le mouvement n’avait rien d’exceptionnel. C’était à peu près la vitesse maximale d’un garçon de cet âge bien entraîné. Pour un combattant chevronné, ce n’était pas particulièrement rapide.
Ice pouvait réagir sans difficulté.
Il s’avança donc vers l’attaque et se plaça dans l’angle mort de Ricart.
Jusque-là, rien à signaler.
Ricart pivota pour faire de nouveau face à Ice et leva aussitôt son épée au-dessus de sa tête.
À cet instant, l’épée d’Ice visa le flanc de Ricart.
Mais la lame de Ricart, levée au-dessus de sa tête, pointait vers le bas.
Clang !
À leur premier choc, Ice pensa qu’il était temps de battre en retraite.
Une multitude de possibilités lui traversèrent alors l’esprit.
Mais Ricart bougea d’une manière qu’aucune d’elles n’avait prévue.
Comme s’il avait lu les pensées d’Ice à l’avance et agissait en conséquence.
Surpris, Ice croisa de nouveau le regard de Ricart.
Ces yeux… Qu’est-ce qu’ils voyaient au juste ? Que pouvaient-ils voir en moi ?
Tap tap tap.
Ricart poursuivit rapidement Ice, qui reculait. Ice serra les dents et lança une contre-attaque.
Il ne pouvait pas se contenter de parer et de perdre. Il devait faire quelque chose.
Fff ! Boum !
Les deux épées se croisèrent.
L’une fendit le vide.
L’autre frappa l’adversaire en plein cou.
« Urgh ! »
Touché au cou par la lame émoussée, Ice chancela un instant, puis tenta par réflexe de poursuivre le combat.
Mais avec de vraies épées, le duel aurait déjà été décidé.
Ice s’arrêta.
Ricart avait déjà repris ses distances et observait Ice en silence.
« Tu réfléchis encore trop. Combien de fois faut-il que je te le dise ? Ne laisse pas tes pensées guider ton épée. Frappe simplement ce que tu vois. Chercher à anticiper ton adversaire est une mauvaise habitude. »
À vrai dire, Ricart ne voyait aucun progrès chez Ice. De ce point de vue, il ne lui semblait pas différent de Boribori.
Quand on avait atteint un niveau supérieur, tous ceux qui étaient en dessous avaient tendance à paraître à peu près pareils.
En réalité, les combats entre combattants d’un certain niveau devenaient presque toujours des affrontements de coups calculés.
Mais Ricart parlait de quelque chose qui allait au-delà.
Un état sans pensée ni ego.
Ice s’était heurté à un mur.
Comment pouvait-on se battre sans réfléchir ?
Ice était bel et bien un génie. Il était difficile de trouver un adversaire de son âge qui soit à sa hauteur. Ice pouvait envisager aussitôt toutes les attaques et parades possibles, choisir la meilleure et la mettre à exécution.
Mais renoncer à penser ?
Comment était-ce censé marcher ?
« … Merci. »
Ice parla en fronçant légèrement les sourcils, comme s’il avait mal, et se frotta l’endroit douloureux du cou.
Molty, qui avait observé la scène, déclara d’un ton neutre :
« Ça fait exactement dix combats et dix défaites. »
« J’ai beau les regarder, je ne comprends pas leur façon de s’affronter. »
répondit Volka.
De l’extérieur, rien ne semblait particulièrement remarquable. Leurs combats se déroulaient toujours ainsi.
Pour Volka et les autres élèves, Ice incarnait le génie à l’état pur. Ils le savaient pour s’être eux-mêmes entraînés contre lui. Ils perdaient comme s’il se jouait d’eux.
Pourtant, Ice perdait toujours si facilement face à Ricart, et même en les observant, ils n’arrivaient pas à comprendre pourquoi.
« C’est comme empiler des blocs pour construire une tour. »
Ricart fit tournoyer l’épée d’entraînement comme s’il jouait avec, puis s’adressa à Ice.
« Tu la construis avec soin, puis tu la fais s’écrouler d’un seul coup. Alors, des choses nouvelles se dévoilent sous tes yeux. Tu te rends compte que cette tour à laquelle tu tenais tant et que tu as mis tant d’efforts à bâtir ne représentait en fait rien du tout, et tu n’as plus besoin de réfléchir. On dirait que tu n’es pas encore prêt à faire tomber ta tour. »
C’était difficile à comprendre.
Mais expliquer à Ice à quelle distance placer ses pieds ou comment se mettre en garde n’aurait servi à rien. C’était la seule explication que Ricart pouvait lui donner.
Ricart lui-même trouvait que c’était une explication assez juste. Il n’y avait pas d’autre façon de le formuler.
Dans sa vie précédente, Ricky avait toujours vécu dans un environnement où il devait démolir les tours qu’il avait patiemment bâties, qu’il le veuille ou non. Si ses techniques devenaient prévisibles, cela le menait tout droit à la mort.
Les attaques et les parades inventives, celles qui dépassaient encore ces limites tout en ayant l’air ordinaires, le jeu des forces, les trajectoires, les lignes, les points, l’état sans pensée ni ego, le cœur et la vie qu’on avait menée.
Plus on dépassait ses limites, plus il devenait difficile de mettre les choses en mots.
« Euh, excuse-moi… »
Alors qu’Ice et Ricart retournaient vers les autres élèves, Boribori s’approcha soudain d’Ice.
Intrigué, Ice se tourna vers elle et la vit lui tendre un petit paquet de papier.
« Pour ton cou… Je l’ai préparé en le mâchant bien… »
Ice ne dit rien et prit le paquet que lui tendait Boribori. À l’intérieur se trouvait une sorte d’herbe broyée.
« Ça ne laissera pas de cicatrice, et ça guérira vite… »
Boribori n’arrivait pas à regarder Ice dans les yeux en parlant.
Volka le remarqua et éclata de rire.
« Tu ne me préparerais jamais un truc pareil. »
« M-mais, Volka est solide. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Ice aussi est solide. »
« Non, mais… Ice est beau. Ce serait dommage qu’il garde une cicatrice. »
« Qu’est-ce que tu viens de dire ?! Ha ! Ha ha ! Ha ! »
Volka continua de rire d’un rire creux, incrédule.
Les autres élèves qui avaient entendu éclatèrent de rire à leur tour.
Ainsi, les élèves de l’Académie de Beringen se soutenaient, s’encourageaient, rivalisaient dans un esprit de camaraderie et continuaient de progresser.
Mais ils ignoraient que l’enseignement qu’ils recevaient avec tant de désinvolture, juste à côté d’eux, venait du premier homme à avoir jamais dépassé les limites de l’humanité et ouvert un nouvel horizon à l’art de l’épée.
Ils ignoraient aussi l’étendue de leur propre potentiel.
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