Chapitre 26
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 26
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Quand on parlait de distance, on la mesurait généralement à l’aune du rythme de marche d’un adulte ordinaire : une journée de marche, une demi-journée, et ainsi de suite.
Cela signifiait que la distance pouvait varier d’une personne à l’autre. Il fallait surtout prendre les indications des gens du coin avec des pincettes. C’était encore plus vrai dans un environnement comme une forêt ou des montagnes.
Ricart estima donc qu’il leur faudrait environ deux jours pour sortir de la forêt. Avec un blessé parmi eux, ils ne pouvaient pas avancer vite.
Le sentier forestier était accidenté, avec des montées et des descentes. D’épaisses racines d’arbres dépassaient de partout. Impossible d’y faire passer un carrosse ou un chariot.
Molty insista pour marcher seul, mais Ricart le lui refusa fermement. Volka se chargea donc de le soutenir.
Le groupe passa ainsi une nouvelle nuit dans la forêt. Les hiboux hululaient et la lune disparaissait presque entièrement derrière les branches. Dans l’obscurité totale, deux feux de camp brûlaient.
C’était le genre de nuit où l’on avait l’impression qu’une terreur inconnue rôdait au-delà des ténèbres que les flammes ne parvenaient pas à dissiper.
Ils découpèrent la viande salée qu’ils avaient reçue au village et la partagèrent. Elle était si salée qu’ils devaient en manger de petites bouchées avec du pain dur.
Les élèves faisaient de leur mieux pour cacher leur inquiétude, mais elle était évidente. Paradoxalement, le calme de Ricart les rassurait. Comment pouvait-il rester aussi maître de lui ? C’était tellement étrange qu’ils ne s’y habituaient toujours pas.
« L’ennemi viendra probablement par le chemin que nous avons emprunté. »
Ricart prit la parole en essuyant le poignard dont il s’était servi pour couper la viande. Il n’avait demandé à personne de l’écouter, pourtant tous tournèrent les yeux vers lui et tendirent l’oreille.
« S’ils étaient passés devant nous pour nous attendre, nous les aurions déjà rencontrés près du village. Le bout de ce sentier est trop loin pour qu’ils nous y attendent. Ils vont donc sans doute commencer par inspecter les lieux, puis se lancer à notre poursuite avec du retard. Autrement dit, nous allons devoir nous battre. »
Ricart l’énonça clairement. Il ne leur dit pas de fuir ni qu’ils avaient une autre option. Ils devraient se battre.
« Nous sommes trois groupes, alors attaquez-vous à un ennemi à trois contre un. De toute façon, vous ne vous souviendrez pas de l’entraînement, pas vrai ? Contentez-vous de penser à poignarder et à taillader dès que vous voyez une ouverture. À trois contre un, il y en aura forcément une. »
C’était peut-être humiliant, mais l’orgueil ne comptait pas quand leur vie était en jeu. Ils l’avaient bien compris après en avoir fait l’expérience. Mais tout de même…
« Ils sont plus nombreux que nous. Nous sommes neuf, et l’un de nous est blessé. Ils doivent être au moins trente. Comment voulez-vous qu’on les affronte à trois contre un ? »
Une des élèves prit la parole. Peut-être parce qu’ils commençaient à se sentir plus à l’aise les uns avec les autres, elle exprima son avis sans hésiter.
« C’est pour ça que le premier affrontement est décisif. Si nous leur tendons une embuscade et en abattons quelques-uns d’un coup, ils croiront que nous sommes plus nombreux. Tout est une question d’élan. Nous l’emporterons grâce à notre élan. Ne pensez à rien d’autre. Contentez-vous d’en tuer un à la fois. Nous les balaierons comme ça. Je m’occuperai des plus forts. »
Même si Ricart avait raison, même s’ils lui faisaient confiance en tant que chef, les élèves semblaient hésitants. Ils n’avaient aucune véritable expérience du combat.
Ricart tapota le bandage autour de sa main gauche.
« La blessure dans ma paume n’est pas encore guérie. »
Un seul jour s’était écoulé depuis qu’ils avaient juré de ne pas fuir et de venger quiconque mourrait au combat.
La douleur dans sa paume était encore vive et lui rappelait leur serment.
Mais le cœur humain était changeant. Une fois plongé dans la situation, nul ne pouvait prévoir ce qui arriverait.
Ricart se retourna vers Ice. Sa chevelure argentée avait quelque chose d’irréel, et ses traits parfaitement proportionnés semblaient toujours rayonner, même après trois jours sans s’être lavé correctement.
Pourtant, ses yeux, d’ordinaire froids et indifférents, paraissaient maintenant mélancoliques. Ou peut-être effrayés.
Ricart avait l’impression de ne toujours pas le comprendre. Il était parti pour accomplir la mission ? Était-ce vraiment ce qu’il ressentait, ou n’était-ce qu’une lâche excuse ? Ricart n’en savait rien.
« Mieux vaut se battre. Fuir, ça devient aussi une habitude. Et alors, on finit vraiment par être misérable… »
Ricart marmonna comme s’il se parlait à lui-même, ou comme s’il voulait que tout le monde l’entende.
Les feux crépitaient et les élèves gardaient le silence. Se préparaient-ils à prendre leur courage à deux mains, ou tremblaient-ils simplement ? Il n’aurait su le dire.
Ricart avait peut-être l’habitude de se battre, mais il ne pouvait pas obliger les élèves à risquer leur vie sous prétexte qu’il en était capable.
Et, d’une certaine façon, il avait l’impression qu’ils se trouvaient dans une situation semblable à la sienne. Dans sa vie précédente, il avait été jeté sur un champ de bataille vers quinze ou seize ans.
Lorsqu’il releva la tête et observa soigneusement leurs visages, les pensées, les tremblements, les inquiétudes et le malaise qu’il avait connus à l’époque lui revinrent.
Voilà pourquoi il ne pourrait jamais leur dire : « Si vous fuyez, je vous tuerai. » Même s’ils prenaient la fuite, tout ce qu’il pourrait faire, ce serait les reprendre dans ses bras et leur dire que ce n’était pas grave.
Mais il ne pouvait pas non plus les encourager ouvertement à s’enfuir. Ricart estima donc qu’il avait fait tout ce qu’il pouvait.
À mesure que la nuit avançait, Ricart se sentit inexplicablement morose.
Rien n’avait changé.
Le lendemain, après avoir avancé un peu plus sur le sentier forestier, Ricart décida qu’ils tendraient une embuscade à mi-chemin. Mieux valait se préparer à combattre que continuer à avancer sans défense et se retrouver pris au dépourvu.
Les élèves se demandaient s’ils ne pourraient pas sortir de la forêt en avançant encore un peu, ou s’ils rencontreraient des aventuriers de la guilde en atteignant Thorweil. Malgré tout, ils firent confiance au jugement de Ricart et le suivirent.
C’était précisément ce que Ricart avait en tête. Non seulement cela leur donnerait l’avantage au combat, mais attendre en embuscade changerait aussi leur état d’esprit. Psychologiquement, cela les aiderait à accepter qu’ils allaient vraiment se battre.
À la manière d’un véritable commandant de terrain compétent, Ricart savait choisir lui-même le moment et le lieu du combat.
« Mais ne vaudrait-il pas mieux attaquer des deux côtés ? »
demanda Volka. Pour l’instant, tous les élèves se cachaient du même côté du sentier.
« Ça ne marche que si on arrive à se coordonner correctement. Tu sais par expérience que dès que les épées se mettent à voler, on ne distingue plus rien. Tu pourrais blesser un allié qui arrive de l’autre côté. »
« C’est vrai… »
Quand on était soumis à une tension extrême dans un endroit où sa vie ne tenait qu’à un fil, on n’avait pas la présence d’esprit de distinguer ses amis de ses ennemis.
Voilà pourquoi les armées accordaient tant d’importance aux formations au combat. Il suffisait de transpercer celui qui se trouvait devant soi.
Plus le groupe était grand, plus il était difficile à commander. Les soldats qui combattaient n’avaient qu’à répéter des gestes simples, mais dans les affrontements de petite envergure, les capacités des combattants eux-mêmes comptaient davantage.
Ricart et les élèves dégainèrent leurs armes, se dissimulèrent au bord du sentier et attendirent. Mais c’était plus ennuyeux que prévu. En attendant, toutes sortes de pensées leur traversaient l’esprit, des inquiétudes inutiles aux efforts pour se donner du courage.
Puis, vers midi, des cris s’élevèrent au loin, sur le chemin qu’ils avaient déjà parcouru.
Aaaaaah !
Tous écarquillèrent les yeux. Qu’est-ce que c’était ?
Puis, une nouvelle fois.
Aaaaaah !
Le groupe sursauta de nouveau. Même Ricart était déconcerté. Que se passait-il ?
Les cris continuèrent par intermittence.
« Ne me laissez pas derrière ! »
« Aidez-moi ! »
« J’avais tort… ! »
Puis, à un moment donné, une faible brise leur apporta une odeur de brûlé.
Y avait-il un incendie ? Que se passait-il ?
« Hé, bande d’enfoirés ! Vous me prenez pour un putain de clown ?! »
Ils ignoraient ce qui se passait, mais la situation était manifestement grave. Et les cris se rapprochaient.
« Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! »
Quelqu’un accourut vers eux les mains vides, sans même une arme. À son apparence, c’était un aventurier, probablement un ennemi, avec deux flèches plantées dans le dos. Hein ?
Il courait, paniqué, comme s’il avait vu un fantôme.
Ricart comprit aussitôt. L’ennemi s’était heurté aux habitants du coin et un combat avait éclaté. Il se faisait écraser.
Dans un lieu inconnu, surtout sur un terrain difficile comme une forêt ou une montagne, on ne pouvait jamais prendre le dessus sur les gens du coin. S’ils étaient des rôdeurs capables de se cacher et de tirer à l’arc, mieux valait ne pas les provoquer, comme des grenouilles venimeuses.
Les élèves se tendirent. Devaient-ils sortir maintenant ? Que fallait-il faire ?
Mais Ricart leva le bras pour les arrêter. Ils devaient d’abord observer.
Les élèves serrèrent leurs armes. Le sang traversa le bandage qui entourait la main de l’un d’eux. La tension atteignit son paroxysme.
Les cris se rapprochèrent, et bientôt, un autre groupe déboula vers eux en courant à toutes jambes. Des flèches étaient plantées dans leurs bras et leurs corps. L’un d’eux, atteint à la cuisse, s’éloignait en boitant aussi vite qu’il le pouvait.
Ricart se rua soudain sur celui qui semblait le moins blessé. L’homme, qui courait pour sauver sa peau, sursauta et agita les bras.
Crac !
L’épée de Ricart s’abattit de toutes ses forces et lui fendit le crâne. Ce fut le signal : les élèves surgirent tous en même temps.
« Vengeance ! »
Quelqu’un cria. Alors, sans qu’on le leur demande, tous les élèves reprirent le cri.
« Vengeance ! »
Les ennemis n’avaient aucun élan dès le départ et n’étaient même pas correctement armés. Le massacre tourna donc presque au carnage à sens unique.
« A-Attendez ! »
« Je me rends ! »
Les ennemis implorèrent une dernière grâce, mais les élèves n’épargnèrent personne. Ils les tailladèrent tous jusqu’à la mort. Ricart dut même arrêter l’un d’eux, qui continuait à frapper un cadavre avec son épée, emporté par l’excitation.
« Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! »
On ne savait pas trop ce qu’ils avaient fait pour haleter ainsi, mais l’adrénaline les submergeait et ils étaient à moitié hors d’eux-mêmes.
D’autres personnes déboulèrent en courant, prises de panique. En voyant le groupe de Ricart et les corps de leurs alliés éparpillés autour de lui, elles furent si choquées qu’elles s’enfuirent dans la forêt sans sentier.
Pendant ce temps, l’odeur de brûlé s’intensifiait. Au loin, une épaisse fumée gris foncé s’élevait dans les airs.
« On y va. Le feu risque de se propager plus vite qu’on ne le pense. Molty, prends la tête. Je fermerai la marche. »
Ricart plaça volontairement le blessé à l’avant. Il voulait que tout le monde survive. Les élèves comprirent son intention et, maintenant qu’ils avaient repris confiance, hochèrent la tête en signe d’accord.
Ricart passa son fourreau en bandoulière et marcha tout au bout de la file, l’épée dégainée.
Environ une heure après leur départ, alors qu’ils poursuivaient les fuyards au lieu d’être eux-mêmes poursuivis, une épaisse fumée grise les enveloppa soudain. Ils n’avaient même pas encore senti la chaleur des flammes.
La fumée les traversa en un instant. Leurs yeux piquaient sous l’effet de la fumée âcre et, tandis qu’ils toussaient, leurs compagnons qui marchaient juste devant eux disparurent comme par magie. Ricart et les autres élèves subirent le même sort.
« Kof ! Kof ! »
La fumée tourbillonnait dans toutes les directions et brouillait leur sens de l’orientation. Ils ne distinguaient même plus le chemin sous leurs pieds. Dès lors, les élèves ne purent qu’avancer tout droit.
Quelqu’un surgit alors de la fumée et attaqua Volka. Un sifflement glacial passa près de son oreille.
Fff !
Volka esquiva par réflexe. Mais sa jambe accrocha une racine et il tomba. La lame lui avait apparemment effleuré la joue, et le sang ruisselait sur son visage.
La lueur des flammes perçait la fumée épaisse. Quelqu’un fixait Volka, les deux yeux brillants d’une folie meurtrière.
Ses vêtements en lambeaux et ses cheveux courts en bataille lui donnaient l’air d’un démon sorti tout droit des Enfers. Des flèches dépassaient de son dos comme des piquants, et l’armure de cuir qui avait donné sa vie pour son propriétaire était déchiquetée.
Il grogna comme une bête.
« Bande de petits enfoirés, vous me prenez vraiment pour un putain de clown… ! »
C’était Lorenz. Après avoir provoqué stupidement un nid de frelons et subi un véritable supplice aux mains des rôdeurs, il semblait avoir perdu la raison, consumé par une rage empoisonnée. Il était prêt à tuer quiconque croiserait son chemin.
C’était aussi lui qui avait allumé le feu. Alors que ses subordonnés se faisaient massacrer impuissants par les rôdeurs, il avait déclenché l’incendie dans un ultime geste désespéré.
Volka se releva tant bien que mal et tenta de s’éloigner. Son épée lui avait échappé quand il était tombé, il ne pouvait donc pas se battre.
Il avait quitté le sentier et ne savait pas où il se trouvait. Le terrifiant tueur s’approcha rapidement, prêt à poignarder Volka dans le dos.
Clang !
Volka retomba et se retourna.
Une cape noire flottait dans les airs.
C’était Ice.
Volka n’en croyait pas ses yeux. Pourquoi… ?
« Par là. Va-t’en. »
Ice parla sans émotion, puis se plaça devant Lorenz.
La fumée épaisse tourbillonnait encore autour d’eux, leur piquant le nez, et les flammes qui approchaient semblaient assez proches pour qu’ils en sentent la chaleur.
Sans échanger un mot, Lorenz et Ice croisèrent le fer.
La lame d’Ice fendit l’air et laissa derrière elle des cristaux blancs qui éclosaient comme des flocons de neige.
L’air se refroidit un instant. Selon la classification de la Guilde Rubens, il s’agissait clairement de l’Épée de l’Éclosion.
Surpris, Lorenz évita délibérément de croiser les lames. Il inclina le corps et creusa rapidement la distance entre eux.
« C’était donc toi ! C’est toi qui as provoqué tout ça ! Ha ha ha… Oui, si je te tue, je pourrai réparer tout ça ! Espèce de fils de pute ! Je vais te tuer ! »
Il avait manifestement reçu un rapport sur un enfant à la cape rouge qui avait tué un membre prometteur de la guilde. Mais à l’instant où il vit l’Épée de l’Éclosion sous ses yeux, il sembla incapable de penser à autre chose.
Quoi qu’il en soit, Ice se concentra entièrement sur son adversaire.
Lorenz lança de nouveau son épée. Ice tendit la sienne pour bloquer le coup avec la garde. Il avait déjà imaginé son prochain mouvement, mais l’expérience du combat réel faisait toute la différence.
Au moment où les épées auraient dû s’entrechoquer, il ne sentit rien. Lorenz fit dévier sa lame d’un tour de poignet, puis lui lança soudain de la terre au visage.
Ice tourna vivement la tête, mais cette ouverture, si brève fût-elle, était dangereuse dans un combat entre adversaires aguerris.
Son flanc le brûla. Il semblait avoir été profondément entaillé. Malgré tout, Ice serra les dents et contre-attaqua. Il dévia le coup destiné à lui couper le souffle.
Mais, une fois encore, il ne trancha que le vide.
L’espace d’un instant, une pensée traversa l’esprit d’Ice.
C’est la fin.
Dans un combat où des vies étaient en jeu, l’issue ne dépendait pas uniquement de l’escrime.
À moins qu’il ne s’agisse d’un duel officiel entre chevaliers, quel imbécile se battrait loyalement ? Et les variables dépendaient trop de l’endroit. La fumée âcre lui piquait le nez, ses yeux le brûlaient, la chaleur l’oppressait, le sol était irrégulier et sa vision brouillée.
S’ils s’étaient affrontés uniquement à l’épée, Ice aurait peut-être pu le vaincre facilement. Mais ici, c’était la vie ou la mort qui se jouait, et il fallait user de tous les moyens possibles.
Autour de l’épée d’Ice, le mana s’épanouit en flocons d’une beauté délicate tandis qu’il ne coupait que le vide. Mais ce fut tout.
Lorenz s’était déjà légèrement décalé sur le côté, son épée levée au-dessus de sa tête comme celle d’un bourreau.
Ice tomba au sol et s’appuya d’une main. Il pivota à la hâte et leva les yeux vers Lorenz, mais il ne semblait plus rester qu’à ce dernier de lui trancher le cou, la tête ou la poitrine.
Soudain, quelqu’un surgit à travers la lueur des flammes.
Pour Ice, c’était un ange aux ailes de feu.
Ricart leva son épée au-dessus de sa tête et l’abattit. Mais Lorenz n’était pas un homme ordinaire, et ses réflexes étaient presque ceux d’une bête.
Il creusa précipitamment la distance entre Ricart et lui. Mais Ricart, qui avait pris l’avantage, ne lui laissa pas le temps de reprendre sa position. Les coups d’épée s’enchaînèrent.
Ff ! Fwhoom ! Ff !
L’épée n’était ni rapide ni lente. À première vue, elle semblait même ordinaire.
Et pourtant, Lorenz reculait sans cesse et ne trouvait presque aucune ouverture pour contre-attaquer. Un malaise lui remonta le long de l’échine.
Lorenz ne percevait ce malaise que parce qu’il était habile. S’il avait été plus faible, il aurait croisé l’épée de Ricart avant même de comprendre que quelque chose clochait ; sa lame se serait brisée et il serait mort depuis longtemps.
C’est alors que la cape de Ricart attira son regard.
Une cape rouge…
Attends. Quelque chose n’allait pas. Ce salaud venait d’utiliser l’Épée de l’Éclosion.
À coups de pas, Ricart s’appropria l’espace autour de son adversaire, ce que les épéistes appelaient un angle. Quand Lorenz s’en rendit compte, il n’avait déjà plus aucun endroit où reculer.
Il utilisa alors la même tactique que contre Ice. Il fit mine de contre-attaquer tout en frappant le premier, espérant pousser Ricart à commettre une erreur.
Mais les yeux à la fois brûlants et froids de Ricart percèrent son stratagème à jour.
Fff !
Thwac !
Lorenz tourna le poignet et évita de croiser sa lame avec celle de Ricart. Mais la distance qui les séparait s’était déjà refermée. Incapable de parer, il eut la moitié du crâne tranchée.
La partie de sa tête située au-dessus de la mâchoire inférieure fut sectionnée net.
Floc.
Le corps, décapité, s’effondra. La coupe laissait apparaître sa langue et ses dents. L’œil de la tête tranchée tressaillit un bref instant, et le corps privé de son cerveau se contorsionna encore un moment.
Bientôt, les deux parties du corps cessèrent de vivre.
Ricart rengaina aussitôt son épée, la passa sur son épaule et s’approcha d’Ice.
« Tu peux bouger ? »
Ice ne répondit pas. Il regardait Ricart comme quelqu’un qui venait d’assister à l’impossible.
Ou peut-être à un miracle.
Ice avait l’impression que le temps s’était arrêté. Dans cette forêt noyée sous la fumée épaisse et la lueur des flammes, alors que le monde entier semblait toucher à sa fin, il avait l’impression qu’un être descendu du ciel le contemplait.
Ice resta un instant dans le vague, puis reprit soudain ses esprits et parla. Le sang jaillissait de son flanc.
« V-Vas-y… »
Partir ? À cause de sa blessure, ou parce qu’il avait honte d’avoir abandonné Ricart plus tôt ?
Ricart le regarda en silence, puis répondit fermement :
« Tu peux m’abandonner, mais moi, je ne t’abandonnerai pas. C’est ça, la différence entre toi et moi. »
Ice baissa la tête et parla d’un ton suppliant, presque désespéré.
« …Même toi, tu ne peux pas me sauver… Laisse-moi juste mourir… »
« Si tu continues à débiter ces conneries, je t’assomme et je te porte. Allez, monte sur mon dos. Et couvre-toi avec ça. À moins que tu veuilles abîmer ce beau visage. »
Ricart parla en retirant sa cape, comme s’il n’avait pas une seconde à perdre. Elle était déjà complètement trempée.
Ricart attrapa Ice par le bras et le hissa sur son dos. Puis il le recouvrit de sa cape mouillée et s’élança dans les flammes.
Ice enfouit son visage contre l’épaule du garçon.
Après avoir couru Dieu sait combien de temps, ils sortirent de cet enfer et découvrirent devant eux une prairie d’une fraîcheur incroyable. Le soleil clair et la brise vivifiante les accueillirent tous deux.
Ice avait du mal à croire que le paradis et l’enfer aient pu être si proches.
Ils étaient enfin sortis de la forêt.
Les élèves étaient déjà arrivés, ainsi que des aventuriers de la Guilde de Beringen, qui avaient appris la nouvelle tardivement et étaient venus à leur rencontre.
Les élèves les avaient attendus, rongés par l’inquiétude. Quand Ricart finit par sortir de la forêt après avoir sauvé Ice, ils poussèrent des acclamations sans même s’en rendre compte et accoururent vers eux.
Submergé par le soulagement, Volka vit son visage se décomposer et s’effondra sur place.
Tous les neuf avaient survécu.
En plus de cela, ils avaient tué le maître d’un clan appartenant à une guilde rivale.
Rien de pareil ne s’était produit depuis la fondation de l’Académie. On leur avait d’abord tendu une embuscade, mais ils avaient riposté, tué leur chef et survécu.
Les élèves avaient accompli un exploit que même des aventuriers aguerris et compétents auraient eu du mal à réaliser.
Les aventuriers actifs de Beringen ne savaient pas comment rendre compte d’un résultat aussi absurde.
Mais pour l’instant, tout cela n’avait aucune importance. Il était temps de se reposer et de profiter du soleil et de la brise.
Ces garçons et ces filles l’avaient bien mérité.
Quoi qu’il en soit, Ricart allongea Ice et tenta de lui prodiguer les premiers soins. Les aventuriers prirent le relais. Ils nettoyèrent la blessure, utilisèrent des potions sans compter et la recousirent à l’aiguille.
En dehors de la forêt, tout était paisible, comme si les événements qui venaient de se produire n’étaient qu’un mauvais rêve.
Ice était allongé sur la cape de Ricart et regardait les nuages blancs dériver lentement dans le ciel bleu. La potion le gagnait d’une douce somnolence.
Non loin de là, les élèves bavardaient avec excitation. Il n’y avait plus entre eux ni gêne ni méfiance. Ils ne formaient plus qu’un.
Ice avait l’impression d’avoir été laissé seul dans un endroit lointain. Alors qu’il contemplait le ciel limpide et s’apprêtait à s’endormir, le visage de Ricart apparut soudain devant lui et lui boucha la vue.
« Ça va ? Tu as besoin d’autre chose ? »
demanda Ricart.
Mais Ricart avait l’air ridicule. Sa peau avait rougi à force d’avoir traversé les flammes, et ses cheveux brûlés s’étaient recroquevillés comme du brocoli.
« Hé hé hé… Hé… »
Malgré la douleur, Ice se mit à rire.
Ricart écarquilla les yeux en voyant rire ce garçon qui ne riait jamais. Puis il comprit pourquoi et se mit à sourire à son tour.
Un temps frais, un soleil chaud, une agréable sieste qui pointait et un ami auprès de lui.
Il n’avait besoin de rien d’autre.
Chapitre 6 : Quand un cœur gelé dégèle. Fin.
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