Chapitre 22
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 22
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Pour les travaux difficiles en plein air, comme la guerre ou la chasse, il fallait plusieurs choses. Des gants, entre autres, et de bonnes chaussures.
Quand on portait des charges lourdes ou qu’on manipulait des objets rugueux sans gants, on s’éraflait facilement les mains ou on s’arrachait un ongle.
De bonnes chaussures étaient indispensables : rien n’était plus pénible que de se retrouver avec un trou dans sa chaussure en pleine campagne. Impossible d’en trouver une nouvelle paire sur-le-champ.
Il fallait donc des chaussures en cuir solide, avec des semelles capables de résister aux terrains difficiles.
Les manteaux et les capes étaient eux aussi importants, au cas où il faudrait dormir dehors. Pour la nourriture, ils ne partaient pas faire une vraie guerre ; quelques provisions personnelles devraient suffire.
Volka expliqua tout cela longuement devant le groupe.
Mais tout le monde le savait déjà et l’écoutait sans grand intérêt. Volka en eut l’air dépité.
« … Ah, les poignards sont indispensables, eux aussi. Ils servent à toutes sortes de choses. Ricky, tu en as déjà un, donc ça va… Il y a autre chose à dire ? »
Un poignard n’était pas seulement une arme. C’était aussi un outil bien pratique au quotidien. En avoir un ou non faisait une grande différence.
Ricart écouta tranquillement les explications de Volka, ses gants et ses bottes fraîchement achetés aux pieds et aux mains, et songea que l’équipement n’avait guère changé depuis cent ans.
Sur ce genre de sujets, Ricart en savait plus que Volka. À vrai dire, Volka manquait encore d’expérience.
Volka était malgré tout le chef. Même s’ils étaient de bons amis, Ricart estimait qu’il devait respecter sa position et son autorité dans un cadre officiel. Il ne l’interrompit donc pas à tout bout de champ, ne compléta pas ses propos et ne s’en mêla pas.
Quatorze élèves participaient à la mission : Ricart, Volka, Molty, quatre filles et deux garçons que Ricart ne connaissait pas, ainsi que les cinq membres de la Bande des Glaces.
Comme la Guilde des aventuriers était composée de plusieurs clans, ils s’étaient naturellement répartis en trois groupes.
Ricart, Volka et Molty formaient un groupe. Les quatre filles et les deux garçons en constituaient un autre. La Bande des Glaces formait le troisième.
En apparence, pourtant, ils n’étaient qu’une seule équipe, soutenue par l’Académie.
« Alors, c’est quoi, cette mission ? »
L’un des garçons que Ricart ne connaissait pas posa la question à Volka d’un ton brusque. Il avait autrefois fait partie des élèves qui rackettaient les autres, mais ces derniers temps, il se tenait tranquille.
Les élèves acceptaient plutôt bien l’issue d’un combat ; il n’y avait donc eu ni problème particulier ni résistance. Chacun connaissait la valeur de sa propre vie, même sans qu’on le lui apprenne.
« Comme je vous l’ai déjà dit, on doit simplement couper la tête de déserteurs. Apparemment, ils sont nombreux à avoir déserté. Mais nous, on ne fait que soutenir les autres, alors il faut d’abord rejoindre le clan Yakt. Le point de rendez-vous se trouve à la planque de notre guilde, à l’extérieur de Griffinswald. Quelqu’un sait où c’est ? »
Deux ou trois personnes levèrent la main. Volka ne leur avait pas posé la question parce qu’il l’ignorait ; il expliqua donc la situation à ceux qui ne savaient pas.
« Ce n’est pas très loin. À environ deux jours de marche au sud-est. On pourrait y arriver en une journée en forçant l’allure, mais il nous reste une semaine avant le rendez-vous, donc on a de la marge. Je préférerais partir demain ou après-demain. Quelqu’un a un autre avis ? »
Volka avait assurément l’étoffe d’un chef. Il existait différentes façons de diriger, et Volka semblait être du genre à écouter activement les avis du groupe.
Il recueillait leurs opinions, fixait un objectif que tous pouvaient accepter et les amenait à le suivre de leur plein gré. C’était une bonne façon de diriger. Après tout, aboyer des ordres et forcer les gens à avancer en était une autre.
Pourtant, personne ne proposa grand-chose. Ils étaient encore un peu mal à l’aise les uns avec les autres.
Volka se tourna alors vers Ice et lui demanda :
« Ice, tu as quelque chose à dire ? »
Ice se contenta de secouer la tête. Pourtant, les filles qui le regardaient avaient l’air de rêver. Ice était si beau que ça en devenait irréel.
Les quatre élèves qui traînaient avec Ice étaient eux aussi de très beaux garçons.
Comme d’habitude, Ice resta silencieux. Ricart lui demanda donc :
« Il y a quelque chose qui m’intrigue. Comment tu as fait pour devenir le numéro un ? »
Comme c’était Ricart, le numéro un actuel, qui posait la question, l’atmosphère devint étrange, malgré ses intentions. Les deux ne s’étaient jamais vraiment affrontés.
Ice regarda Ricart un instant avant de répondre :
« Comme ça. »
« En tout cas, t’es vraiment beau. Tu descends des elfes ou un truc comme ça ? »
« Aucune idée. »
Ses réponses se raccourcissaient de plus en plus.
« Tu n’as pas envie de me parler ? »
« … »
Ice détourna le regard et se tut, comme s’il ne voulait pas poursuivre la conversation.
Que pouvait faire Ricart si Ice ne voulait pas parler ? Il ne s’en offusquait pas vraiment, mais autre chose le préoccupait.
Ricart avait engagé la conversation parce qu’ils s’apprêtaient à mener une opération semblable à une mission militaire et qu’il estimait qu’ils devaient au moins nouer un lien entre eux.
Ils exerçaient tous un métier où l’on maniait des armes, et leur vie était en jeu. Ils devaient pouvoir se faire confiance en toutes circonstances.
Si une telle situation se présentait, ils n’auraient pas le temps de réfléchir et de prendre des décisions. Ils devaient pouvoir se faire confiance et foncer ensemble — ou fuir ensemble, si nécessaire.
Mais à part fréquenter la même Académie, Ricart n’avait aucun lien avec la Bande des Glaces. Il n’avait aucun moyen de savoir s’il pouvait leur faire confiance.
S’il ne pouvait pas leur faire confiance, il aurait au moins pu se méfier d’eux à l’avance. Mais il était tout bonnement incapable de cerner la Bande des Glaces.
Comme s’il avait compris pourquoi Ricart avait tenté de leur parler, Volka observa Ice et sa bande, puis déclara :
« Ils se débrouilleront. Bon, on part demain. »
La décision prise, Ice et sa bande partirent sans se retourner. Les autres élèves s’en allèrent eux aussi.
Il ne resta que Ricart, Volka et Molty. Tous trois parcoururent la ville pour acheter ce dont ils avaient besoin : potions, herbes, bandages et provisions de voyage.
Ils devaient tout payer de leur poche, et Ricart régla la majeure partie des frais. Il ne lui resta presque plus d’argent.
Le lendemain, Ricart quitta l’Académie et prit la route de Griffinswald.
Molty portait les bagages. Le sac était assez grand pour couvrir son large dos, et Molty était armé d’une hache à une main et d’un bouclier. Un casque et un bouclier rond étaient solidement attachés au sac.
Comme ils risquaient de devoir camper, tous les élèves portaient une cape qui dissimulait leur équipement.
Les cinq membres de la Bande des Glaces portaient des capes d’un noir de jais. On aurait dit un ordre de chevaliers de la mort sorti d’un conte de fées.
Les autres élèves portaient des capes brun foncé ou d’une couleur tout aussi sombre ; seul Ricart détonnait avec sa cape rouge vif.
Même s’il faisait assez doux, les élèves portaient des vêtements épais par-dessus leurs habits. Ils leur servaient d’armure de fortune.
Les armes, les armures et les chevaux pouvaient coûter une fortune. Les armures de métal restaient hors de leur portée, et les casques coûtaient aussi cher que les armures. Ils nécessitaient moins de fer, mais leur fabrication exigeait des techniques de forge très avancées.
C’est pourquoi la plupart des gens portaient des gambisons, ces vêtements rembourrés de coton, aussi bien au quotidien qu’au combat. À moins d’être chevalier ou mercenaire fortuné, on en portait presque toujours.
Molty était le seul à avoir un casque, mais pas parce qu’il avait eu les moyens de s’en acheter un. Les forgerons de l’atelier le lui avaient offert, en lui souhaitant bonne chance au combat.
Quoi qu’il en soit, les élèves de l’Académie prirent la route pour soutenir les aventuriers, équipés aussi soigneusement que possible.
Volka menait la troupe en tant que commandant des forces de soutien. Les autres marchaient au milieu, tandis que la Bande des Glaces fermait la marche. Personne n’avait décidé de cet ordre ; il s’était formé tout seul.
Ricart marcha vers le sud-est, sur une route différente de celle qu’il avait empruntée avec Sandy.
La route qu’il avait suivie avec Sandy était au moins une route principale, mieux surveillée. Mais celle du sud-est avait l’air dangereuse dès le départ.
De vieux os gisaient dans l’herbe au bord du chemin. Ce n’étaient pas des os d’animal. Ils ressemblaient plutôt à un tibia humain. Ricart avait retrouvé un monde où la mort rôdait tout près.
Pourtant, peut-être parce qu’on avait choisi des élèves bien classés, personne ne sembla effrayé par cette découverte. Tous continuèrent simplement d’avancer en silence.
Ils partirent le matin et, vers midi, la route s’enfonça dans une forêt. Le groupe y pénétra. Les oiseaux chantaient dans ce lieu paisible, du moins en apparence.
Beringen était une région frontalière, après tout ; des monstres pouvaient surgir s’ils n’avaient pas de chance. Ce n’était pas une forêt où l’on pouvait relâcher sa vigilance.
Tous marchaient en surveillant les alentours. Heureusement, rien ne se produisit avant le coucher du soleil.
À la nuit tombée, le groupe établit son camp à un endroit propice où les voyageurs semblaient avoir l’habitude de s’arrêter. Ils allumèrent trois feux, et les trois groupes s’assirent à l’écart les uns des autres.
Ils voyageaient ensemble, mais on n’aurait pas dit des compagnons.
Ricart se servit du poignard avec lequel il avait brisé les épées de plusieurs adversaires et tué des gens pour couper du jambon et du fromage. En mangeant, il interpella les filles :
« Hé, vous. »
Les filles se tournèrent vers Ricart sans répondre.
« Vous avez aussi un classement ? »
« Non. »
L’une des filles répondit.
« Alors, c’est quoi ? »
« On a des rangs. C’est un peu compliqué, mais en gros, il y a les servantes, les suivantes, les Dames et les Princesses. Les suivantes et celles qui sont en dessous ne font que servir les autres et ne s’entraînent pas à part. Seules les Dames et les Princesses s’entraînent. »
C’était complètement puéril. Qu’est-ce que des bâtardes et des roturières pouvaient bien s’imaginer en s’appelant Dames et Princesses ? Enfin, Ricart n’y attachait pas grande importance.
« Et vous, vous êtes des Princesses ou des Dames ? »
« Il n’y a pas de Princesses parmi nous. »
« Elles sont restées à l’Académie ? »
« Non. Elles sont mortes pendant des missions comme celle-ci. Si on rentre saines et sauves, on deviendra probablement des Princesses. »
Les filles pouvaient être brutales, elles aussi. Cela dit, ça voulait dire qu’il n’y avait pas eu de Princesses depuis un moment. Dans le classement des garçons, tout le monde montait automatiquement d’un rang quand une place se libérait. Ce n’était pas pareil chez les filles.
« Qu’est-ce qu’on gagne à devenir Princesse ? »
« Je suppose qu’on a juste l’impression d’être au sommet du monde ? Contrairement à votre dortoir, le nôtre est divisé en cinq chambres. Il y a une Princesse au rang le plus élevé dans chacune. Au dortoir, tu peux faire tout ce que tu veux. Tu es la seule gentille, la plus jolie, la plus forte, ce genre de choses. »
« … C’est ridicule. »
Volka marmonna en découpant une pomme de terre rôtie avec son couteau. Il était déjà sorti avec une fille et connaissait donc le système, mais l’entendre expliqué une nouvelle fois restait ridicule.
« Alors, les servantes et les suivantes passent leur temps à servir les autres jusqu’à la fin de leurs études ? »
« Si elles ont de la chance, elles pourront continuer après aussi. »
« … Et ça, c’est de la chance ? »
« Oui. Elles sont censées vivre de quoi, sinon ? Elles sont laides et n’ont aucun talent. De toute façon, leur famille les a abandonnées. Elles n’ont nulle part où retourner. »
« Ouais… j’imagine que c’est vrai. »
C’était une réalité amère. Ricart avait pitié d’elles, mais ne voyait pas ce qu’il pouvait faire pour les aider.
Ce n’était pas en leur apprenant l’escrime qu’elles deviendraient douées, et je ne peux pas non plus toutes les épouser et les entretenir.
« Au fait, les filles ne t’intéressent pas ? C’est parce que tu es encore jeune ? Tu as quel âge ? »
L’une des filles lui posa la question.
« Onze ans. »
« Tu es assez grand pour connaître ces choses-là, maintenant. »
« Malheureusement, je ne crois pas en l’amour. »
À ces mots, les filles ouvrirent de grands yeux, puis éclatèrent de rire.
« Nous non plus, on n’y croit pas ! »
Ricart esquissa un sourire gêné.
« Ha ha ha… »
« Ne parle pas aux salopes comme ça. Elles ont l’air sacrément coriaces. Même si tu sais te battre, Ricky, elles pourraient te dévorer tout cru avant que tu t’en rendes compte. »
« Ouais… je ferai attention. »
Ricart sourit de nouveau d’un air gêné en entendant Volka. Il ne s’en offusquait pas. Mais Volka n’était-il pas déjà sorti avec une fille ?
Cela dit, elles avaient effectivement du caractère. Des filles qui s’entraînaient à l’épée et se battaient ne pouvaient pas être ordinaires.
À vrai dire, même les garçons qui voyageaient avec elles avaient l’air un peu intimidés.
Et puis, rien qu’à les regarder, les filles étaient très jolies. On disait souvent que les bâtards étaient beaux.
Après tout, quand quelqu’un trompait son conjoint, il choisissait un bel homme ou une jolie femme, pas n’importe qui.
Ce dicton semblait plutôt juste. Les mères des bâtards nobles étaient souvent des prostituées de haut rang.
« On ne devrait pas décider des tours de garde ? »
Molty prit la parole.
« On est nombreux. Et si on choisissait six personnes ? Deux par groupe. »
Ricart donna son avis. Volka hocha la tête et accepta sans hésiter. Personne d’autre ne s’y opposa, pas même la Bande des Glaces. Ils décidèrent de choisir deux personnes dans chaque groupe pour monter la garde.
Monter la garde, ou laisser quelqu’un d’autre s’en charger, c’était veiller les uns sur les autres et se faire confiance. Même si ce n’était que de cette façon, ils semblaient se rapprocher petit à petit.
Le groupe passa la nuit sur place, puis repartit tôt le lendemain matin en direction du point de rendez-vous. Comme ils avaient traversé la première journée sans encombre, tout le monde semblait un peu moins tendu.
Ricart suivait Volka, son épée trop grande pour lui posée sur une épaule.
Mais le chemin forestier ne prenait toujours pas fin, bien qu’ils eussent marché depuis la veille jusqu’au milieu de l’après-midi. Griffinswald était elle-même un village situé dans la forêt.
Ricart se disait qu’ils devraient bientôt croiser des habitants, comme des cueilleurs d’herbes ou des chasseurs, quand quelque chose attira son regard.
Au premier abord, on aurait dit un buisson qui ondulait doucement sous le vent. Mais il avait l’air artificiel à Ricart.
« Volka. »
« Hein ? »
Ricart appela Volka et désigna du menton l’endroit qui lui semblait suspect. Volka regarda dans cette direction, et les autres élèves ne tardèrent pas à tourner leur attention vers le même point.
Rien ne semblait étrange au premier abord, mais le fait que Ricart l’ait signalé rendait l’endroit bizarrement menaçant.
La colonne s’était arrêtée sans qu’ils s’en aperçoivent, et tous observaient les alentours avec méfiance.
Soudain, quelqu’un surgit précisément de l’endroit que Ricart avait trouvé suspect et lança une lance.
Fouuush !
Des gens cachés de l’autre côté du chemin apparurent tous en même temps.
Frouf ! Frouf ! Froufrouf !
À en juger par le bruissement de l’herbe, ils étaient bien plus de deux ou trois. C’était une embuscade. Leur seule chance, c’était que leurs assaillants n’étaient pas des monstres. Mais monstres ou humains, leur intention de tuer ne faisait aucun doute.
« Qui êtes-vous ?! »
Pris de court, les élèves paniquèrent.
Même les élèves assez bien classés à l’Académie n’arrivaient pas à dégainer rapidement quand un vrai combat éclatait, surtout après une embuscade. Ils étaient sous le choc, désorientés, incapables de décider quoi faire.
« Aah ! »
Le cri d’une fille retentit. À partir de cet instant, ils se battirent désespérément contre leurs agresseurs inconnus.
Ils avaient oublié tout ce qu’on leur avait appris et se frayaient presque un chemin de force à travers le combat. Malgré tout, c’était déjà louable qu’ils ne s’enfuient pas.
Mais les compliments n’avaient aucune importance : le plus important, c’était de survivre.
L’un des assaillants se rua sur Ricart et tenta de lui enfoncer son épée. Ricart esquiva par réflexe, empoigna l’épée passée sur son épaule et frappa l’assaillant au menton avec le pommeau.
Crac !
La tête de l’assaillant bascula en arrière, puis il s’écroula face contre terre. Ricart n’avait pas le temps de regarder derrière lui. Il dégaina son épée et jeta son fourreau.
Puis il se précipita vers la fille avec qui il avait brièvement parlé la veille. Elle avait réussi à repousser les attaques, mais avait été renversée et se trouvait en danger.
Quelqu’un leva son épée au-dessus de sa tête et s’apprêta à l’abattre. Tout ce que la fille put faire, ce fut de lever son épée comme un bâton pour se protéger. Elle ne pourrait pas arrêter le coup ainsi, et sa tête serait fendue.
Fouuush !
Clang !
Ricart intervint au bon moment et dévia l’épée. Puis il saisit la base de la lame et l’enfonça dans le ventre de son adversaire, comme s’il s’agissait d’une courte lance.
Quand il retira son épée, le sang jaillit de la blessure. L’ennemi tomba à genoux, les yeux écarquillés.
« Putain… »
La lame était couverte de sang. Furieux, Ricart cria à la fille :
« Lève-toi ! »
Ce n’était pas le moment de parler doucement. Des lames s’entrechoquaient frénétiquement de toutes parts.
Ricart balaya rapidement les environs du regard et compta aussitôt les ennemis. Ils étaient plus de trente. Beaucoup trop.
« Volka ! »
Les ennemis étaient si nombreux et si entremêlés que Ricart ne parvenait pas à distinguer Volka. Mais il entendit un cri qui lui apprit que Volka était toujours vivant.
« Ricky ! »
Ricart courut vers la voix sans hésiter.
Une fois le corps à corps engagé, les ennemis non plus ne pouvaient pas coordonner leurs mouvements correctement. Et, au milieu du chaos, Ricart comprit qu’ils n’avaient absolument rien de simples bandits.
Mais peu importait qui ils étaient, il fallait d’abord se regrouper. Ils ne pouvaient pas continuer à se battre ainsi. Sinon, ils finiraient tous par mourir sous le nombre.
Plutôt que de tuer ses ennemis, Ricart les poignarda et les taillada comme il put pour se frayer un passage. Des cris de douleur retentissaient de tous côtés, mêlés à des noms qu’il ne connaissait pas.
Quand il rejoignit Volka, le visage de celui-ci était rouge et il tenait une épée qui n’était même pas la sienne. Elle était elle aussi tordue.
Molty n’avait plus d’arme. Tenant son bouclier à deux mains, il repoussait les ennemis à coups d’épaule et de son grand corps.
Mais le sang coulait de son flanc. Il avait été touché par la lance que les assaillants avaient jetée au début.
« Par ici ! »
Ricart cria. Par instinct, il tenta de percer le point le plus faible de la ligne ennemie.
Les ennemis lui barrèrent naturellement le passage, mais Ricart s’arrêta net, attendit le bon moment et balaya largement l’espace de son épée.
Fouuush !
Clang ! Claaang !
Dans un sifflement, la lame trancha l’air, et les armes de trois personnes volèrent en éclats comme des tiges de paille.
Les ennemis se figèrent, stupéfaits, sans comprendre ce qui venait de se passer. Quand Ricart fonça sur eux dans la foulée, ils reculèrent en désordre.
Ricart leur ouvrit une voie de sortie et fit passer Volka et Molty.
« Par ici ! »
Volka et Molty s’étaient battus si sauvagement qu’ils avaient à peine les idées claires. Ils se contentèrent de suivre la voix de Ricart. Les autres élèves se précipitèrent derrière eux.
Ricart resta en arrière pour faire face aux ennemis qui les poursuivaient. Il ne rejoignit les autres qu’après les avoir repoussés.
Ils s’enfoncèrent à toute allure dans la forêt, loin du chemin, sans savoir où ils allaient. Heureusement, Ricart parvint jusqu’à l’endroit où Volka et Molty s’étaient cachés.
Les autres élèves qui avaient fui s’y trouvaient déjà. Les filles avaient les cheveux en bataille, et les garçons avaient l’air hébétés.
Deux des cinq membres de la Bande des Glaces manquaient à l’appel. Ils n’étaient donc plus que neuf. Ils étaient quatorze au départ.
D’ordinaire impassible, Ice avait les cheveux en désordre, respirait bruyamment et avait les pupilles dilatées.
Molty s’adossa à un mur en haletant. Il fit glisser son sac de ses épaules et dit :
« P-prends-le. »
Ricart ne répondit pas. Il s’assit et sortit son poignard. Puis il déchira les vêtements de Molty pour découvrir sa blessure.
Molty avait dû retirer la lance dans le feu de l’action, car on n’en voyait plus la pointe. Mais les barbelures orientées vers l’arrière avaient agrandi la plaie. Le sang en jaillissait par pulsations.
Ricart plaqua la main sur la blessure de Molty. En un instant, sa main fut couverte de sang.
« Une potion. Sortez-en une. »
Ricart s’adressa aux élèves près de lui. Mais l’un d’eux tremblait si fort qu’il n’arrivait même pas à sortir correctement une potion de son sac.
« Sors-la, espèce de connard ! »
Ricart se retourna brusquement et hurla, féroce comme une bête sauvage. Un vieux réflexe de sa vie précédente venait de resurgir. En cas d’urgence, il ne pouvait pas s’empêcher de devenir irritable.
Volka tremblait lui aussi, mais il n’en pouvait plus. Il arracha le sac des mains de l’élève, en sortit une potion et la tendit à Ricart.
Ricart versa d’abord de l’eau de sa gourde sur la blessure pour la nettoyer. Puis il ouvrit la potion et la répandit entièrement sur la plaie. Molty but le reste. Chaque flacon coûtait une pièce d’or, mais Ricart l’utilisa sans hésiter jusqu’à la dernière goutte.
Il sortit même une aiguille et recousit la blessure. Il étala assez d’onguent pour presque vider le pot, puis enroula des bandages autour de la plaie comme il put.
Tout le monde luttait déjà pour s’occuper de soi-même, mais Ricart avait ouvert une voie de fuite, protégé leurs arrières et soigné les blessés à lui seul.
Après les premiers soins, il reprit son souffle et regarda Molty. Celui-ci avait déjà perdu beaucoup trop de sang et ne semblait plus en état de se battre. Les potions ne servaient qu’à stabiliser les blessés en urgence. Elles ne guérissaient pas tout d’un coup.
« Hah… hah… hah… hah… »
« Molty, c’est fait. Tu vas t’en sortir, maintenant. Ça te rassure, non ? Reste éveillé. »
« Hah… hah… ha ha… ha ha ha… »
Molty esquissa un faible sourire, le visage pâle. Il s’en sortirait s’il restait tranquillement au repos, mais le problème, c’étaient les ennemis.
Avant même qu’ils aient le temps de se demander si les cinq autres étaient morts ou vivants, les ennemis se dirigeaient déjà vers eux. Alors Ice tenta soudain de partir.
Ricart écarquilla les yeux et demanda :
« Où tu vas ? »
« Accomplir la mission. »
« T’es cinglé ? »
Ricart fronça les sourcils, comme s’il n’arrivait pas à croire qu’une telle personne existe. C’était la première fois qu’il affichait ouvertement son hostilité envers Ice.
« … »
Ice fixa Ricart en silence, puis s’en alla. Les autres élèves hésitèrent avant de le suivre.
« Désolée. »
La fille que Ricart avait sauvée s’excusa en partant.
Au moins, elle s’était excusée. Mais quelle importance, putain ? Ricart ne l’avait pas sauvée pour recevoir des remerciements, encore moins des excuses.
Mais même si cela le rendait fou de rage, il ne pouvait pas leur demander de risquer leur vie et de se battre pour les blessés. Ricart regarda, interdit, les élèves s’éloigner.
Volka regardait lui aussi les élèves les abandonner et prendre la fuite, incrédule.
« Bande de putains d’enfoirés… »
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