Chapitre 19
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 19
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La nuit était tombée, et même les dernières lueurs violettes du crépuscule avaient disparu. Un feu de camp brûlait dans une clairière tranquille, quelque part à l’est de Beringen.
Les flammes vacillantes ressemblaient à un démon malveillant qui aurait flairé la mort : il se léchait les babines et dardait la langue.
Crac. Crépitement. Crac…
La silhouette elle-même restait immobile, mais son ombre s’allongeait et rétrécissait d’elle-même, comme la danse d’une poupée maudite.
Quelqu’un assis sur un tronc abattu se leva sans hâte, une main posée sur l’épée à sa taille. De l’autre côté du feu, il regarda le garçon qui lui faisait face.
« À l’époque, dès que les anciens repéraient une jeune pousse prometteuse, ils la fauchaient avant qu’elle ne grandisse. Heureusement, les choses se sont beaucoup améliorées depuis. »
Autrement dit, ils tuaient tous ceux qui risquaient de devenir leurs rivaux avant qu’ils n’aient le temps de se développer.
Et moi, là-dedans ?
Ricart dévisagea l’autre, les yeux brûlants de colère.
« Quelques pièces d’argent pour ta vie. Tu ne vaux pas cher. Même pas autant qu’un bandit de grand chemin. »
Il faisait allusion aux frères Bolton. Chacun d’eux valait trente pièces d’argent.
À cette insulte sans pitié, l’autre dégaina son épée avec une aisance rodée. Sa lame élancée luisait à la lumière du feu.
À distance, Boribori sentit les poils de son corps se hérisser à la vue d’une véritable épée.
Une lame acérée avait quelque chose de particulièrement glaçant lorsqu’on la voyait de près. Et pourtant, elle était fascinante. Presque magique.
Ricart, lui, ne laissa rien paraître et se tourna vers Volka.
« Volka, prête-moi ton épée. »
« Hein ? Euh… »
« Vite. »
Volka jeta un regard nerveux aux gens autour du feu, puis s’empressa de rejoindre Ricart et lui chuchota :
« Il est septième dans la hiérarchie. Il sait manier le mana. Il n’est pas trop tard, alors excuse-toi. Je vais essayer d’arranger les choses. »
Ricart ne l’écouta pas. Il tira l’épée du fourreau de Volka, puis le repoussa doucement.
« Recule, Volka. Tu risques de te faire blesser. »
Volka avait alors le cœur qui battait à tout rompre, déchiré entre l’inquiétude, l’angoisse et la peur. Qu’était-il censé faire ?
Sans se douter de ce que ressentait Volka, Ricart poussa la situation à son paroxysme. Impossible de revenir sur ce qui avait déjà été fait.
En voyant Ricart tenir l’épée, l’autre laissa échapper un rire incrédule.
L’arme était trop longue et trop lourde pour lui. Pour faire simple, on aurait dit un gamin avec une lame entre les mains.
Et pourtant, il avait quelque chose d’étrangement assuré. Bien sûr. Ce n’était pas comme s’il n’avait jamais été entraîné.
Sans prendre la moindre garde, l’autre contourna le feu de camp. Ricart le rejoignit.
« J’ignore pourquoi tu n’as plus le moindre instinct de survie, mais c’est comme ça que le monde fonctionne. Dieu donne du talent, et ceux qui en sont dépourvus sont là pour soutenir des gens comme nous. »
Ricart en resta sincèrement abasourdi. Voilà bien la pensée tordue d’un imbécile immature.
« Désolé, mais le talent ne garantit pas qu’on reste en vie. »
Ricart ne céda pas d’un pouce, et ses paroles firent mouche. L’autre se rembrunit. Peut-être était-ce le fait que Ricart refusait tout simplement d’avoir peur, même avec une épée dégainée, qui l’exaspérait.
Il aurait dû être terrorisé, à ramper et à trembler devant moi.
« Hm… J’ai vraiment envie de te voir pleurer et implorer mon pardon. Commençons par un bras. »
L’autre ne prit toujours pas de garde. Il laissa simplement pendre son épée à son côté et inspira profondément.
Bien qu’il n’y eût pas un souffle de vent, les flammes du feu de camp vacillèrent bizarrement. Il semblait être en train d’utiliser le mana.
Puis il expira longuement et s’immobilisa.
À cet instant, le feu de camp se coucha brusquement sur le côté, comme frappé par une bourrasque violente.
Fouuush !
« Hup ! »
L’autre apparut soudain devant Ricart. Il avait les yeux écarquillés, les joues gonflées d’air, et son épée levée au-dessus de sa tête.
Il avait franchi la distance à une vitesse inhumaine, comme si le mouvement qui les séparait avait été effacé.
La lame étincela sous le ciel sombre éclairé par la lune.
Clang !
Le métal retentit, déchirant le silence de la nuit.
Le poignet encore secoué par le choc, l’adversaire de Ricart sentit un étrange vide l’envahir.
Son épée avait été tranchée en deux.
Quoi ? Attends.
En une fraction de seconde, une foule de pensées lui traversèrent l’esprit.
Elle était défectueuse ? Non. Je l’entretiens tous les jours.
Sa technique de mana était encore rudimentaire, et il avait déjà dépassé Ricart de loin.
Il s’empressa de crier à ses amis de lui apporter une autre épée.
Mais aucun son ne sortit de sa bouche.
Toux ! Ghk !
Qu’est-ce qui se passe ? Attends.
Il sentit ses vêtements devenir humides et porta précipitamment la main à son cou. Du sang chaud lui inonda aussitôt la paume.
Ce n’est qu’alors que ses yeux s’écarquillèrent.
Debout près du feu, Ricart se tourna vers lui. La colère dans ses yeux s’était quelque peu dissipée, remplacée par une froide indifférence.
Tous le fixaient, ses amis compris, les yeux grands ouverts.
Au même instant, deux pensées s’entrechoquèrent dans son esprit.
L’une refusait la réalité. L’autre tentait de l’accepter avec lucidité.
J’ai perdu ? C’est impossible. Non, attends. Je vais mourir ? C’est un mensonge. Ça n’a aucun sens. Mourir ? Je suis juste… Je…
Il ne s’était jamais préparé à la mort, pas même un instant. Il n’était pas prêt à accepter ce qui lui arrivait.
Pourtant, malgré la lutte entre le déni et l’acceptation dans son esprit, son âme avait déjà parcouru la moitié du chemin vers les enfers.
Plus que tout, il commençait à étouffer. Le sang, qui avait quitté le chemin des veines, lui obstruait les voies respiratoires.
Toux ! Toux ! Grrk…
Clac.
Il lâcha son épée brisée. Après avoir chancelé un moment, il eut la tête qui tournait, la vue qui se brouillait, puis s’effondra.
Son corps se relâcha bientôt, et la lumière quitta ses yeux.
Sa gorge avait été tranchée juste assez profondément pour le tuer. Même après sa mort, le sang continua quelque temps de jaillir de sa bouche.
Le feu de camp brûlait.
La lune dans le ciel n’avait pas changé.
Qu’il soit mort ou non.
Tous restèrent figés devant cette scène incroyable. Même s’il avait par hasard brisé l’épée, trancher net la gorge de quelqu’un d’un seul coup était impossible sans magie. Et si c’était intentionnel, il y avait de quoi en avoir la chair de poule.
Mais, aux yeux de Ricart, son adversaire n’avait été qu’un singe rapide.
Ricart savait que le timing primait sur la vitesse, et que la précision l’emportait sur la force. Surtout, il avait les moyens d’appliquer ces principes.
Quelqu’un qui se contentait de se déplacer vite grâce au mana ou qui tentait de l’écraser par la force ne pourrait jamais faire le poids face à Ricart.
L’épée de Volka à la main, Ricart promena un regard méprisant sur les élèves les mieux classés de l’Académie.
Étrangement, l’épée de Volka n’avait pas la moindre ébréchure. Au contraire, les flammes qui s’y reflétaient semblaient se tordre, comme si elles réclamaient davantage de sang.
Le garçon debout dans la lumière du feu avait l’air fier. Face aux meilleurs élèves de l’Académie, il ne se contentait pas de ne pas avoir peur. Il les écrasait.
Les étiquettes de nouveau venu et de gamin qui collaient à Ricart s’envolèrent. Comme si le monde avait été renversé, tous les regards méprisants de l’instant précédent disparurent eux aussi.
À leur place, on ne voyait plus que l’incrédulité devant le résultat, le choc face à une réalité qu’ils ne pouvaient accepter et la peur de mourir à leur tour.
Même s’il avait l’air d’un enfant, l’aura de celui qui avait fait trembler le monde de peur était insoutenable pour des élèves qui n’avaient même pas encore fait leurs premiers pas dans la société.
Le décalage entre son apparence et cette présence le rendait d’autant plus glaçant et terrifiant.
« Écoutez-moi bien. Jusqu’à votre diplôme, ne venez plus me bassiner avec ces conneries de talent. De toute façon, vous êtes tous des putains de faibles. Il n’y aura plus de tribut. Et une dernière chose : à partir de maintenant, c’est moi le premier du classement. Si quelqu’un n’est pas d’accord, qu’il s’avance. »
Les autres ne comprirent pas tout de suite ce qui se passait, mais leurs yeux se tournèrent naturellement vers Ice, le premier du classement, et son groupe.
Le regard de Ricart se posa lui aussi sur le garçon aux cheveux argentés, qui évoquait la lumière de la lune.
Mais Ice ne manifesta envers Ricart ni hostilité ni soumission. Son expression était simplement vide.
Ice sortit l’argent du tribut de sa poche et le déposa par terre. Sans protester, il s’éloigna tranquillement avec son groupe.
Pour tous les autres, cela ressemblait à une soumission.
Quand Ice partit, deux silhouettes noires qui observaient de loin s’en allèrent à leur tour.
La scène avait peut-être été un peu anticlimatique, mais l’affaire était réglée.
Ricart était désormais premier du classement.
Ricart avait réglé la question de la hiérarchie d’un seul coup et récupéré tout l’argent du tribut. Les amis de l’élève mort, dont il ne connaissait pas le nom, emportèrent son corps.
Après avoir rendu son épée à Volka, Ricart, Volka et Boribori reprirent ensemble la route du quartier général de la guilde. En chemin, Ricart tendit l’argent à Volka.
« Tu n’as plus besoin de payer le tribut, patron. »
« Ri… Ricky… »
Volka reprit l’argent et regarda Ricart, les yeux tremblants, puis les pièces dans sa main. Soudain, il serra les dents et baissa la tête. Il s’efforça de toutes ses forces d’avaler ce qui lui remontait dans la gorge, au point de se mordre si fort qu’on aurait cru qu’il allait se briser les dents.
Volka était indépendant, mais il était encore jeune. Bien sûr qu’il voulait avoir quelqu’un sur qui compter, quelqu’un pour le protéger de temps en temps.
Le chagrin et le ressentiment qu’il avait portés toute sa vie étaient impossibles à décrire. La tendresse qu’il avait jusque-là enfouie au fond de lui déferla d’un seul coup.
« A-allons-y devant, Ricky. »
Boribori tira sur le manteau de Ricart.
« … D’accord. »
Ricart savait assez bien lire les situations. Il laissa Volka seul, sachant que c’était la meilleure chose à faire pour l’instant.
Ce ne fut qu’une fois Ricart et Boribori assez loin que des larmes coulèrent des yeux hermétiquement clos de Volka.
Bientôt, il s’effondra à terre, enfouit son visage dans ses bras et sanglota.
Les pleurs de Volka parvenaient jusqu’à Ricart. On aurait dit une bête en deuil qui déversait tout le chagrin qu’elle avait dans le cœur.
Cette nuit-là, la lumière de la lune était particulièrement douce.
Le lendemain, Ricart et Boribori se réveillèrent emmêlés dans un joyeux désordre, leurs couvertures rejetées en tous sens, comme s’ils n’avaient même pas pris la peine de se couvrir correctement.
Les cheveux en bataille, Ricart regarda autour de lui et remarqua que Volka avait disparu. Se demandant s’il lui était arrivé quelque chose pendant la nuit, il s’habilla rapidement et descendit.
« Oncle Dunkel, vous avez vu Volka ? »
« Eh bien, “oncle”, c’est un peu… »
« Dunkel, vieux, vous avez vu Volka ? »
« … Il est parti tôt ce matin, jeune maître. »
Dunkel avait subtilement menacé Ricart. C’était une façon de lui faire comprendre que s’il continuait à l’appeler « oncle » ou « vieux », il révélerait que Ricart était un noble.
Ricart comprit l’intention et esquissa un sourire amusé.
Il sait y faire, hein ?
Enfin, tant que Volka était sain et sauf, c’était tout ce qui comptait.
« Vous savez où travaille Volka ? »
« Non. Il change de travail à chaque fois. »
« Euh… Alors, combien de temps peut-on rester ici ? On part aujourd’hui, mais je devrais au moins dire au revoir à Volka. »
« Restez jusqu’à midi. Si vous voulez rester plus longtemps, payez la chambre. »
Ricart tapota le comptoir du bout des doigts en calculant le temps qu’il lui faudrait pour retourner à l’Académie et en réfléchissant à diverses autres choses. Il décida d’attendre jusqu’à midi. Si Volka ne revenait pas d’ici là, tant pis.
Il retourna d’abord dans la chambre, réveilla Boribori et prit le petit-déjeuner. Puis ils se promenèrent dans le bâtiment du quartier général et visitèrent un peu la ville.
Mais ce n’était pas amusant du tout. Ce n’était pas passionnant non plus.
Ils se contentèrent de regarder vaguement tout ce qui se présentait, puis revinrent au quartier général aux alentours de midi.
Ils se préparèrent à partir et mangèrent, mais Volka ne se montra toujours pas.
Il n’a pas disparu, tout de même, songea Ricart. Puis il décida de retourner à l’Académie.
« À la prochaine, Dunkel, vieux. »
Il lança ses adieux et sortit aussitôt du bâtiment. Avec Boribori, il reprit le chemin qu’ils avaient emprunté à l’aller.
Une fois sortis de la foule, une brise printanière souffla. Les parfums de l’herbe et des fleurs leur chatouillèrent les narines.
Ils s’arrêtèrent pour contempler les champs, quand la voix de Volka retentit derrière eux.
« Hé ! Ricky ! Boribori ! »
Ricart et Boribori avaient fait comme si de rien n’était toute la matinée, mais, en entendant enfin la voix qu’ils espéraient entendre, ils se retournèrent d’un même mouvement, comme s’ils l’avaient attendue.
Volka courait vers eux au loin.
Ce n’est qu’alors que leurs visages impassibles s’illuminèrent d’un sourire.
« Le travail se passe bien ? Tu fais quoi, comme boulot ? »
« Que ça se passe bien ou pas, tiens, prends ça. Je dois repartir. »
Volka leur tendit quelque chose.
C’était un vêtement.
Quand Ricart le déplia, il découvrit une violette d’un violet criard brodée sur la poitrine.
Il n’avait certainement pas pu la broder lui-même. Il avait dû demander à la hâte à quelqu’un de son entourage de s’en charger, puis s’occuper toute la matinée. Le fil violet n’avait pas dû être facile à trouver.
« Comme ça, elle ne fanera pas. Et… »
Volka hésita un instant, se frotta le nez d’un air gêné, puis se tourna vers Boribori.
« Je suis désolé pour l’autre fois. D’avoir jeté ta fleur dehors. »
C’était incroyable.
Volka présentait ses excuses.
C’était presque un miracle.
« M-moi aussi, je suis désolée. D’avoir agi comme une fille. »
Boribori s’excusa à son tour, sans qu’on sache bien si elle avait vraiment à s’excuser de ça.
Volka continua de se gratter les cheveux courts, visiblement embarrassé.
Puis une brise printanière fraîche passa sur les trois garçons, les effleurant comme la main de Dieu.
Comme pour leur dire que tout allait bien.
« Je devrais y aller. De toute façon, on se reverra à l’Académie. »
« Non. »
Ricart secoua la tête.
Ni Volka ni Boribori ne s’étaient attendus à ce qu’il proteste. Tous deux le regardèrent.
« On se reverra partout, pas seulement à l’Académie. On sera amis pour toujours. »
Ricart désigna la violette maladroitement brodée sur le vêtement.
Les deux autres garçons sourirent à leur tour.
Puis, comme si elle se rappelait soudain quelque chose, Boribori prit la parole.
« Au fait, on n’avait pas décidé d’arrêter de se dire merci et pardon ? »
Ricart chercha quelque chose de gentil à dire, ou au moins une excuse, puis abandonna tout simplement.
« Euh… De temps en temps, ça va, non ? »
« Héhéhé, ouais. »
« Vous devriez y aller tous les deux. Les portes de la ville fermeront à la tombée de la nuit. »
« D’accord. Toi aussi, tu devrais y aller, Volka. »
Ils se dirent chacun de partir, mais personne ne parvint à faire le premier pas.
Ils pouvaient regarder leur ami s’éloigner, mais ne voulaient pas être celui qui partirait en laissant un ami derrière lui.
C’était simplement ce qu’ils ressentaient, sans trop savoir pourquoi.
Les fleurs printanières s’épanouissaient en abondance dans les champs, comme dans un jardin céleste.
Les violettes se balançaient doucement dans le vent.
Chapitre 5 : Pas des frères d’armes, juste des amis. Fin.
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