Chapitre 175
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 175
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Le soleil qui brillait sur le monde entier semblait lui aussi accablé de soucis, car le ciel était sombre depuis le matin.
À quoi pensait-on, assis seul dans une cellule isolée ? Au désespoir de cette vie, ou à l’espoir de la suivante ?
Ils s’étaient certes couvert les yeux pendant un temps, mais ne comptaient sûrement pas ne plus jamais voir. S’inquiéter signifiait que leur cœur ne s’était pas détourné.
Au bout du compte, ce qui fleurissait après les inquiétudes, c’était un amour plus profond. Quand les nuages se dissiperaient, il brillerait plus fort, rayonnant de bonheur.
Ainsi, garder l’amour dans son cœur, c’était…
« Waouh… »
Marie s’émerveilla doucement en baissant les yeux sur quelque chose. Elle regardait le passage que Ricart écrivait sur une feuille de papier à lettres.
« Pourquoi tu lis par-dessus mon épaule ? »
Embarrassé ou agacé, Ricart lança un regard en coin à Marie, puis se retourna pour lui cacher ce qu’il écrivait.
« Si tu n’avais pas pris l’épée, je crois que tu serais vraiment devenu poète. »
« Je sais. »
« Tu ne manques pas d’orgueil. »
Ricart se pencha sur sa feuille et continua d’écrire. C’était un journal, ou peut-être une lettre, destiné à son futur fils.
Des pensées qui lui venaient à l’esprit, des choses qu’il voulait que son fils sache, ou encore des aveux sur tout l’amour qu’il lui portait et lui porterait toujours.
Ricart n’avait pas beaucoup étudié, mais son écriture était superbe. Et pourtant, même cette élégante calligraphie ne pouvait rivaliser avec la profondeur et la beauté de ses mots.
« Quand même, ce n’est pas un peu compliqué ? Il devra avoir au moins quinze ans pour comprendre des sentiments pareils. »
« Alors, il comprendra à quinze ans. »
« Mais quand il aura quinze ans, nous… »
« Notre deuxième enfant aura dans les douze ou treize ans. »
Ricart répondit sans se retourner, et le cœur de Marie s’emballa. Gênée sans raison, elle lui donna une légère tape sur l’arrière de la tête du tranchant de la main.
La tête de Ricart dodelina sous les petites tapes, mais il continua d’écrire sans s’en soucier. Lorsqu’il eut enfin terminé, il plia soigneusement la lettre et la glissa dans une enveloppe.
Il y inscrivit la date et un nom, puis écrivit : « Pour Billy ou Hildi », avant de la sceller à la cire rouge.
Il ouvrit une petite boîte en bois, où se trouvaient déjà plusieurs lettres. Il déposa délicatement la nouvelle au-dessus des autres, referma le couvercle et se leva.
Mais il n’était pas vêtu de ses habits ordinaires : il portait une tenue de voyage. Sous un épais gambison, il avait revêtu une armure dorée, par-dessus laquelle tombait une cape rouge à capuche.
Éclair, son plus vieil ami, reposait confortablement à sa taille.
Tandis que Marie ajustait ses vêtements, elle lui dit : « C’est bien de faire de grandes choses, mais les choses simples ont aussi leur importance. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Ne va pas trop loin. »
« Trop loin ? C’est juste à côté. »
Ricart se rendait à Britzlingen, où le Clan Viola avait établi son quartier général. La ville n’était pas particulièrement éloignée d’Adelorne.
En tant que roi, il aurait pu faire venir ses amis auprès de lui, mais il se rendait au Clan Viola sans raison particulière : c’était un point de rencontre à mi-chemin.
Des gens de l’Ordre de l’Épée de Mikela et de l’Académie de Beringen venaient également. Mais surtout, Ricart pouvait s’absenter quelque temps de son poste, tandis que ses autres amis ne pouvaient pas délaisser le leur très longtemps. Leurs forces étaient trop faibles.
« Tu n’es pas obligée de m’accompagner. »
« Si. J’en ai envie. »
Quand Ricart quitta le château, Marie le suivit. À l’extérieur du château intérieur, chevaliers et serviteurs étaient déjà rassemblés.
La scène rappelait celle des départs à la chasse de son père, quand Ricart était enfant. L’ampleur était différente, mais le principe restait le même. Dès que le maître se déplaçait, de nombreux serviteurs étaient mobilisés.
Roy s’approcha en tenant les rênes de Comète Rouge. Il échangea un bref regard avec sa sœur Beka, qui se tenait aux côtés de Marie.
Ricart monta à cheval, lui fit faire un tour sur place et passa les personnes présentes en revue. Il se pencha pour embrasser Marie, puis donna ses instructions à ses proches serviteurs.
« Je pars. Veillez sur la reine et l’enfant. »
Après avoir croisé une dernière fois le regard de Marie, il fit tourner son cheval et quitta le château royal. Seuls Bori et Roy le suivirent.
Pour le cortège d’un roi, c’était vraiment modeste. Ils ne pouvaient qu’espérer que, malgré ce départ en petit comité, la suite serait grandiose.
Le printemps était déjà là, mais l’air extérieur restait assez froid.
Sous la protection du Clan Viola, Britzlingen était un territoire autonome qui accueillait des disciples et les formait pour assurer sa propre subsistance.
C’était un territoire indépendant et une sorte d’organisation militaire privée, mais elle ne disposait d’aucune véritable force armée. Elle ressemblait plutôt à une puissance locale influente auprès des gens du peuple.
Le printemps était également arrivé à Britzlingen. Pourtant, les visages des habitants semblaient encore figés dans l’hiver, privés de la gaieté printanière. La tension et l’inquiétude étaient manifestes.
Le château de Britzlingen, quartier général du clan, semblait flotter au-dessus d’un lac. Il était beau comme un tableau, mais, pour une raison ou une autre, paraissait désert en l’absence de ses occupants.
Une personne se tenait au milieu de la cour du château. Elle se tenait légèrement de travers, la tête baissée, un sourire narquois aux lèvres, évident pour quiconque posait les yeux sur elle.
Plusieurs personnes se tenaient à distance autour d’elle et la fusillaient du regard, mais la silhouette narquoise ne semblait nullement intimidée.
Un instant plus tard, quelqu’un apparut en s’appuyant sur une canne. C’était Volka, qui boitait.
Il avait besoin d’une canne, mais ses yeux étaient toujours aussi vifs. Volka avait vingt-trois ans. Il était encore dans la force de l’âge et avait déjà beaucoup d’expérience.
« Je suppose que vous ne vous attendiez pas à être reçu en invité. Allez droit au but et partez. »
La personne à la tête baissée laissa échapper un petit rire tremblant. D’un geste nonchalant, elle posa la main sur l’épée à sa taille, releva le menton et prit la parole.
« Je viens pour la même raison que la dernière fois… On pourrait appeler ça un ultimatum. Il est temps que vous fassiez votre choix. »
« Si vous venez pour la même raison, ma réponse n’a pas changé. Je reste neutre. »
Cela semblait concerner la guerre. Mais on ne pouvait pas se déclarer neutre et l’être pour autant. Il fallait avoir la force de défendre cette position. Volka n’avait aucun titre et n’était donc pas un seigneur.
Le clan était presque désert, car beaucoup de gens avaient fui, sentant qu’un affrontement approchait. En temps ordinaire, ils parlaient de fraternité et de loyauté, mais c’était dans le danger que la véritable valeur d’une personne se révélait.
L’homme assez hardi pour venir seul lancer un ultimatum au Clan Viola appartenait à un clan appelé les Borgnes, qui soutenait le Second Prince.
Il s’appelait Metzger, connu sous le surnom d’Éventreur de ventres, et avait autrefois été aventurier. Fidèle à ce surnom, Metzger avait l’habitude d’éventrer les gens qu’il tuait. Personne ne savait pourquoi. C’était une drôle de manie que nul ne souhaitait comprendre.
Metzger était aussi doué que cruel, mais le problème, c’était que les Borgnes comptaient beaucoup de gens aussi capables que lui.
Contrairement au Clan Viola, qui recrutait des novices inexpérimentés et les formait depuis le début avant de les accepter parmi ses membres, les Borgnes étaient composés dès l’origine de combattants prêts à partir au combat.
Le clan avait donc rassemblé toutes sortes de criminels et de crapules. Le Second Prince était en guerre et ne se préoccupait pas de ce genre de détails. Il s’était contenté de les regrouper et de les envoyer nettoyer les environs.
Ils parlaient de nettoyer les environs, mais en réalité, il s’agissait de meurtres indiscriminés, de pillages, d’incendies criminels et de massacres dans les villages et les villes du Cinquième Prince et des seigneurs qui le soutenaient.
Autrement dit, d’atroces crimes étaient commis au grand jour avec l’approbation du Second Prince. C’était ça, la guerre : une situation où les crimes cessaient d’en être.
Les anciens aventuriers étaient des spécialistes de ce genre de choses, contrairement aux bandes de brigands mal organisées.
« Vous attendez de voir qui remportera la prochaine bataille ? »
demanda Metzger. L’ambiance générale changerait selon l’issue du prochain affrontement. Le Cinquième Prince venait d’essuyer une défaite.
« Je vous ai dit que je restais neutre. »
« Ouais, bon, maintenant que les choses en sont là, je vais être honnête. Je ne vous aime pas, vous autres, les gens de Beringen. Vous faites comme si vous étiez des gens à part. Tu te retrouves dans cette position parce que tu as choisi le bon camp, Volka. Et avoir de bons amis, c’était rien d’autre qu’un coup de chance. Ça me donne la gerbe qu’un type sans le moindre talent ait pu s’installer dans un endroit aussi agréable. »
Bien qu’il fût devenu boiteux et que beaucoup de gens fussent partis, Volka fixa Metzger sans ciller.
« J’ai traversé des épreuves et des difficultés que tu ne peux même pas imaginer. De la chance ? Oui, il y en a peut-être eu un peu. Mais si je suis encore vivant aujourd’hui et que je ne cille même pas devant un type comme toi, ce n’est pas simplement grâce à la chance. Je suis toujours là parce que, malgré toutes les épreuves, je n’ai jamais renié l’amitié, la loyauté ni la foi. Voilà ce qu’est le Clan Viola. Même si tu crevais, un petit merdeux comme toi ne pourrait jamais comprendre. »
« C’est touchant. Alors, voilà tout ce qu’il reste de cette précieuse amitié et de cette loyauté ? Très bien. Mais il y a une chose que toi, tu ne comprendras jamais non plus. Tu vas voir des horreurs bien au-delà de tout ce que tu peux imaginer. Ce que tu as traversé, ce n’est rien. Des épreuves ? Des difficultés ? Quelle connerie. Ptui. »
Metzger cracha par terre et s’apprêta à partir. Mais Kaspar, l’un des disciples directs de Bori, se planta sur son chemin.
L’épée à la taille de Kaspar était encore au fourreau, mais son regard l’avait déjà dégainée. Il ne se déchaîna pas comme un brasier. Il parla d’un ton glacial.
« Si c’est un ultimatum, ça veut dire qu’on peut te tuer maintenant, non ? »
« Pauvre petit bon à rien, tu fais le malin. C’est moi qui vous ménage, pas l’inverse. »
Était-il vraiment aussi sûr de lui ? Après tout, il se trouvait en territoire ennemi. Kaspar ne fut pas le seul à s’avancer : plusieurs autres le rejoignirent. Parmi eux, sa grande amie Yulia, Bletter, un aventurier qui avait autrefois été le supérieur de Ricart, Sandy et même Res, qui avait jadis fait quelque chose de cruel et provoqué l’expulsion de Roy.
Un seul mot de Volka suffirait pour que les épées soient tirées. Il était de coutume de ne pas tuer les émissaires, nobles ou non, mais les circonstances pouvaient justifier de passer outre.
Volka secoua pourtant la tête.
« Ça suffit. Laissez partir Metzger. »
On entendit quelqu’un grincer des dents, visiblement mécontent de cet ordre. La personne obéit tout de même et recula.
Metzger eut un nouveau sourire narquois et quitta le château de Britzlingen d’un pas délibérément nonchalant.
« Pourquoi l’avoir laissé partir ? »
demanda Kaspar.
« Si nous n’avions pas encore pris de décision, ce serait différent. Mais nous avons déjà décidé de rester neutres. Tuer Metzger maintenant serait déshonorant et rendrait notre neutralité vide de sens. Que nous restions neutres ou non, même si nous devons mourir, une décision prise doit être respectée jusqu’au bout. »
« Et si on demandait à Ricart de venir plus vite ? »
« C’est mon ami, mais c’est aussi un roi. On ne peut pas dire à un roi de se dépêcher. Et puis, j’ai entendu dire que la guerre civile d’Adelorne venait à peine de se terminer. Il lui serait difficile de lever de nouveau une armée. »
« Quand même… »
« Se battre jusqu’à la mort, ça ne me dérange pas. Mais qu’adviendra-t-il des gens dehors ? »
demanda Bletter.
« Nous devons les faire entrer dans le château. »
Ils étaient trop peu nombreux pour sortir se battre. Ils n’avaient d’autre choix que de se retrancher dans le château et de tenir bon.
Les portes du château s’ouvrirent alors de nouveau, et quelqu’un fonça à cheval dans la cour.
L’énorme monture se rua à l’intérieur comme si elle volait, stupéfiant les membres du clan rassemblés dans la cour. Volka faillit tomber, mais Delphi, qui se tenait à côté de lui, le rattrapa.
Tout arriva si vite que personne ne comprit ce qui se passait. Le cavalier prit la parole, le soleil dans son dos.
« Un salaud de vermine m’a cherché des noises un peu plus loin, alors je l’ai tué. J’espère que ça ne vous dérange pas. »
Quelque chose tomba devant eux.
Une tête.
C’était Metzger, qui était encore en vie quelques instants plus tôt. Il avait les yeux écarquillés et la bouche bêtement ouverte. Mort, il ne pouvait plus sourire d’un air narquois.
Quand ils levèrent lentement les yeux vers le cavalier, ils le virent arborer un sourire à l’opposé exact de celui de Metzger.
« Je suis le premier arrivé ? Comment osez-vous être en retard alors que le roi est là ? On dirait que je vais enfin pouvoir me battre un peu. »
Une chose était certaine : le sourire de Ricart était de ceux qui dissipaient les soucis, comme un rayon de soleil printanier après la disparition des nuages.
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