Chapitre 174
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 174
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* * *
Le cheval rouge courait. Il dévala les rues de la ville, franchit le grand pont de pierre au-dessus de la rivière et galopa enfin dans les champs, au-delà des faubourgs.
Des fleurs sauvages s’épanouissaient dans les champs verdoyants, sous le ciel bleu, les nuages blancs et le soleil. Le cheval rouge traversait le paysage comme un coup de pinceau.
Les gens qui travaillaient dans les champs s’interrompirent pour le regarder. Le cheval était vraiment rouge comme le sang frais. Clop, clop. Le bruit de ses sabots leur parvint.
Il était plus qu’un simple être vivant. C’était un symbole. Certaines petites compagnies marchandes d’Adelune avaient même choisi le cheval rouge pour emblème.
Tout le monde savait qui montait ce cheval rouge. C’était le Prince rouge de la Promesse, un maître épéiste et un héros qui avait sauvé la nation, le propriétaire d’Éclair et de la Comète rouge, et leur roi.
Mais derrière ce grand symbole se trouvait Ricart, l’homme. Ricart n’hésitait jamais à se montrer, et le peuple l’aimait pour cela.
« La saison des inscriptions approche. Vous ne devriez pas déjà être en route ? »
Ricart arrêta son cheval et baissa les yeux vers un garçon qui désherbait un champ. Désherber consistait à arracher les plantes inutiles pour qu’elles ne privent pas les cultures de leurs nutriments.
« Eh bien, comme vous voyez, j’ai encore du travail. »
Le garçon jeta une poignée de mauvaises herbes au sol.
« Si j’ai bien compris, vous ne pourrez pas vous inscrire si vous manquez la date limite. »
« Alors tant pis. Je deviendrai fermier. »
« Où est passé tout l’enthousiasme que tu avais ? Tu disais que tu irais à l’Académie, que tu apprendrais l’escrime et que tu deviendrais comme moi. »
Ricart posa la question avec un sourire attendri. Le garçon était adorable, à faire comme s’il avait déjà perdu toute la fougue de la jeunesse.
« En y réfléchissant, Votre Majesté a déjà fait tout ce que je pourrais faire. »
Ricart rejeta la tête en arrière et éclata de rire. Bori et les chevaliers présents sourirent eux aussi en entendant l’audace de l’enfant.
Roy fut le seul à sembler mécontent. Il fusilla le garçon du regard. Pour qui se prenait ce petit morveux, à parler aussi impoliment au roi ?
« Il y a bien des choses à faire, William. Au début, tu devras les trouver toi-même. Ensuite, tu en auras plus que tu ne pourras en gérer. »
« Comme les travaux des champs ? »
« Plus que ça. »
« Pourtant, Votre Majesté n’est pas fermier. »
« C’est vrai. Cela dit, c’est dommage d’apprendre que tu as renoncé à ton rêve. Je voulais simplement te soutenir. »
« Si Votre Majesté construisait une Académie à Adelune, j’irais peut-être, puisqu’elle serait proche. Beringen, c’est trop loin, non ? »
Construire une Académie, c’était facile à dire. Mais il fallait payer les travaux, bâtir des bâtiments, recruter du personnel, sans parler des innombrables problèmes d’entretien et d’administration.
Comme Ricart l’avait dit, au début, on trouvait soi-même du travail à faire. Puis les tâches se multipliaient jusqu’à devenir incontrôlables.
Mais cela ne servait à rien d’expliquer ces réalités pratiques à un jeune garçon qui n’y connaissait rien. Ricart se contenta de sourire.
« J’y réfléchirai. »
« Vraiment ? »
« Je ne peux rien te promettre. »
« Oh, allez ! »
« Pardonne-moi de t’avoir dérangé pendant ton travail. Je ferais mieux d’y aller. »
« Vous pouvez encore rester. Mon père n’est pas si étroit d’esprit. »
William se retourna. Au loin, ses parents les regardaient, médusés. D’autres villageois les observaient aussi.
Même si le roi traitait librement les gens du peuple, il leur était difficile de lui rendre la pareille.
Les soldats lui parlaient souvent sans façons parce qu’ils risquaient leur vie et souffraient à ses côtés. Ce n’était pas le cas des gens ordinaires.
C’est ce qui rendait William si spécial. Ce garçon audacieux traitait vraiment le roi sans la moindre réserve. Bien sûr, son père, sa mère et les anciens du village qui les observaient étaient tous inquiets.
« Si tu demandes à ce gaillard, il pourra peut-être t’enseigner quelques bases. »
Ricart désigna Bori. Surprise d’être ainsi prise à partie, Bori eut un mouvement de recul, puis ricana.
« Je m’en vais. À bientôt. »
Après avoir pris congé, Ricart tourna son cheval vers la forêt et s’éloigna. Les autres le suivirent.
La forêt était composée de feuillus et de conifères. Il était difficile d’y chevaucher librement, mais à allure réduite, ils s’en sortaient sans trop de mal.
Quand ils pénétrèrent sous les arbres baignés de soleil, une odeur appétissante chatouilla les narines de Ricart. Un garde forestier apparut alors et leur montra le chemin. Ricart et les autres le suivirent.
Le garde forestier les conduisit jusqu’à un endroit où l’on faisait rôtir un grand cerf entier. On aurait dit qu’ils avaient préparé un barbecue pour le roi, mais ce n’était pas le cas. Ricart était leur invité.
Les gardes forestiers recevaient un salaire de Ricart et vivaient dans la forêt, mais ils restaient assez indépendants.
En gros, Ricart avait appris qu’ils avaient capturé un cerf et leur avait demandé s’il pouvait venir en manger avec eux.
Il s’agissait moins d’une relation entre un roi et ses vassaux que d’un rassemblement de gens talentueux autour du roi.
Les intéressés semblaient se dire : tant qu’on vous traite comme un roi, pourquoi s’encombrer de formalités ?
La plupart des gens qui entouraient Ricart n’avaient jamais vécu à la cour et ne connaissaient donc pas grand-chose au cérémonial ni à l’étiquette. Ricart non plus ne se souciait guère de ces choses-là.
Il ignorait si c’était la bonne manière de gouverner, mais cela lui convenait mieux que toute autre. Si les rites, les formalités et les procédures devenaient trop étouffants, Ricart lui-même ne le supporterait pas.
C’était peut-être un privilège réservé au premier roi.
Le cerf avait été dépouillé, vidé et rôti entier. Pendant sa longue cuisson, les gardes forestiers l’enduisaient sans cesse de leur propre sauce, ce qui éliminait toute odeur de gibier.
Pourtant, quand Lester arracha une cuisse et la tendit à Ricart, celui-ci trouva la première bouchée assez forte en goût. Il ne savait pas s’il mangeait de la viande ou un tas de coriandre.
Mais plus il mâchait, plus les saveurs se révélaient. La viande, rôtie lentement à feu doux, était tendre, sans la moindre dureté à laquelle on aurait pu s’attendre.
Dès que Ricart se mit à dévorer la viande, une quinzaine d’hommes se rassemblèrent autour du cerf rôti et le découpèrent en un rien de temps.
Les plats préparés avec soin par un cuisinier étaient délicieux, mais manger comme ça avait une saveur bien à part.
Lester lui versa dans un bol un liquide bouilli dont l’origine était incertaine, peut-être du bouillon de cerf ou de la graisse fondue. L’aspect était répugnant, mais, fort heureusement, le goût était riche et plutôt bon.
Après avoir vidé un bol de cette chose qui n’était ni soupe ni bouillon, Ricart remarqua Paolo. Celui-ci se mêlait difficilement aux autres et mangeait à peine, même quand on lui proposait de la viande de cerf.
Comme il y avait des gens avec qui l’on s’entendait et d’autres avec qui ce n’était pas le cas, Paolo affichait un air qui semblait dire qu’il ne savait pas pourquoi il devait être là.
« Tu sais, Ricky, j’ai réfléchi. »
Bori, qui s’était rincé le palais avec des framboises sauvages, prit la parole. Ricart sirota du vin comme pour se rincer la bouche et attendit la suite.
« Ce que Hellawman a fait… Peut-être que ce n’était pas entièrement mauvais ? »
« Quoi donc ? »
« Obtenir une grande puissance militaire à peu de frais. Le projet des Maîtres de l’Épée s’est révélé creux et avait pas mal de défauts, mais nous savons par expérience ce qui n’allait pas. On ne pourrait pas éliminer les effets secondaires et créer quelque chose de mieux ? »
Les armées coûtaient très cher. C’était un fait inévitable, une règle et un problème pour tous les souverains.
C’est pour cette raison que Hellawman avait conçu un système dans lequel la famille impériale formait des Maîtres de l’Épée et en gardait le monopole.
Le revers de la médaille, c’était qu’on avait négligé les capacités de combat elles-mêmes au profit d’une obsession pour l’Épée de lumière, ce qui avait engendré des tueurs fous et des groupes comme l’Église du Jugement.
« Tu as une idée en tête ? »
« Non. C’est juste une vague idée qui m’est venue. Il ne s’agirait pas de prendre Ice, Volka et les autres pour les soumettre à des expériences. Le Clan Viola, l’Ordre de l’Épée de Mikela, l’Académie de Beringen et le royaume d’Adelorne pourraient s’unir pour créer une organisation. On pourrait lui trouver un nom approprié. Le Comité impérial de médiation pour la paix, par exemple. Ils sont éparpillés un peu partout, alors ils doivent surveiller les seigneurs et vivre sur leurs gardes. Mais si tu les dirigeais, Ricky, ils pourraient devenir une force redoutable. »
L’idée éveilla l’intérêt de Ricart. Jusqu’alors, il s’était contenté d’être heureux que ses amis mènent leur vie chacun de leur côté. Mais en écoutant Bori, il crut presque voir un projet de plus grande envergure prendre forme.
« Réfléchis-y. Sans l’affaire de l’Église du Jugement, tu ne crois pas que les choses allaient mieux quand la Guilde des aventuriers existait encore ? Même avec l’Empereur qu’on avait, l’ordre public était plutôt bon. »
C’était vrai. Les aventuriers se livraient des guerres entre eux et avaient bien des côtés répugnants, mais les gens ordinaires en souffraient rarement beaucoup.
Bien sûr, cela avait été obtenu au prix du sacrifice d’innombrables enfants. Mais les choses n’étaient plus ainsi.
Volka, Ice et Carlich dirigeaient chacun leur organisation à leur manière, et plutôt bien. Leur envergure et leurs objectifs différaient, mais ils avaient un problème commun.
Ils ne pouvaient pas échapper à l’influence des puissants souverains.
« Qu’en pensez-vous, Paolo ? »
Après un instant de réflexion, Ricart se tourna vers Paolo. Celui-ci buvait l’étrange bouillon avec une grimace prononcée, mais son visage s’éclaira quand Ricart s’adressa à lui.
« Je pense que c’est une bonne idée. Elle semble présenter un intérêt pratique considérable. Bien utilisée, elle nous permettrait d’exercer notre influence au sein de l’Empire sans dépenser d’argent ni lever d’armée. »
« Mais que ferait-elle, exactement ? Maintenir l’ordre public ? Arbitrer les différends ? Cela me semble bien ambitieux, et je doute que ce soit réalisable. »
« Et si des États membres la rejoignaient et qu’elle fonctionnait ainsi ? Nous fournirions des forces militaires à ceux qui adhèrent. Pas de quoi livrer bataille, peut-être, mais assez pour défendre des villes ou des châteaux, ou rétablir l’ordre après une guerre. Les Maîtres de l’Épée ne sont peut-être pas très efficaces dans les batailles rangées, mais ils seraient redoutables quand quelques hommes suffisent, par exemple pour défendre une forteresse. Cela fournirait également un prétexte utile à Votre Majesté. »
« Quel genre de prétexte ? »
« Une justification pour intervenir. Stormhertz vous cause des soucis à cause de l’affaire dont je m’occupe. Commencez par mettre en place ce comité de médiation pour la paix, ou quel que soit le nom qu’on lui donnera. Ensuite, si Stormhertz est attaqué, vous aurez une raison d’entrer en guerre en tant qu’État membre. »
L’affaire dont Paolo s’occupait consistait à semer la discorde entre le duc de Frederia et le duc de Broombeare. Le plan était de les monter l’un contre l’autre, de les laisser se battre et de s’emparer de la mine d’or dans l’intervalle.
Le problème, c’était que la famille Calderbern servait le duc de Broombeare. Mais s’ils créaient une sorte d’organisation internationale et l’envoyaient d’abord sur place, le royaume d’Adelorne aurait tout naturellement des raisons d’intervenir.
Plus ils en parlaient, plus Ricart s’y intéressait. Jusqu’ici, il avait été assez mal à l’aise, tiraillé entre l’intérêt national et les liens du sang. Cette idée semblait lui offrir une solution nette.
« Mais ne nous servirions-nous pas trop des autres ? »
Ricart se tourna de nouveau vers Bori.
« Non. Eux aussi y gagneraient en puissance. Volka a obtenu la reconnaissance de son autonomie par le Cinquième Prince. Mais crois-tu que le Deuxième Prince ou les seigneurs qui le suivent la reconnaîtraient ? Ils le verraient plutôt comme un ennemi. Il a toujours dû rester sur ses gardes au milieu des seigneurs. Ice vit comme s’il était mort, juste pour ne pas attirer l’attention. Mais si nous créons une organisation de ce genre et que tu la diriges, Ricky, ils n’auront plus à se méfier ainsi. »
C’était une idée trop bonne. Vraiment trop bonne. Ricart n’y trouvait pas le moindre défaut. Il s’en voulut presque de ne pas y avoir pensé plus tôt. Mais était-ce vraiment si simple ?
Qui financerait la création d’une telle organisation ? Et si ses amis refusaient ? Même s’ils la fondaient, comment la feraient-ils fonctionner ? Faudrait-il un quartier général ?
Alors qu’il tentait de prendre une décision, les doutes se succédaient et le retenaient.
Bori observa silencieusement l’expression de Ricart depuis sa place, puis prit la parole comme s’il avait deviné ses pensées.
« C’est le fardeau d’un roi, ou tu es devenu un vieux rabat-joie ? Le Ricky que je connaissais agissait d’abord et s’inquiétait après. Tu es devenu un lâche ? »
Même si Bori était l’ami du roi et qu’il pouvait se permettre de lui parler librement, c’était un peu dur.
Des os de cerf jonchaient le sol autour d’eux, et les convives, qui avaient beaucoup bu, observaient Ricart avec inquiétude, se demandant si Bori n’était pas allé trop loin.
Heureusement, Ricart affichait un sourire satisfait.
« C’est la chose la plus difficile que j’aie jamais faite. »
Peut-être qu’avoir un ami comme Bori, qui lui parlait ainsi, aidait Ricart à garder les pieds sur terre.
En tant que roi, il entendait toutes sortes de nouvelles qu’il aurait préféré ignorer. Certaines choses, il pouvait les faire parce qu’il était roi ; d’autres, il ne pouvait pas les faire pour la même raison.
Des problèmes sans solution s’accrochaient à Ricart de toutes parts.
Comme dans l’histoire du vendeur de parapluies et du vendeur de sel, chaque décision d’un roi profitait à certains et en lésait d’autres. Une politique parfaite, ça n’existait pas.
Épuisé par toutes ces questions, même le grand Ricart était devenu quelque peu hésitant.
« Nous devrions espérer que nos actes deviennent un héritage valable pour nos fils et nos filles. S’il y a quelque chose qui cloche, ils pourront le corriger ou tout jeter. Ils s’en chargeront eux-mêmes. »
« Voilà qui ressemble davantage au Ricky que je connais. »
« Mais comment l’appeler ? Un nom comme le Comité de la paix ou je ne sais quoi, ça fait trop pompeux. »
« Pourquoi ne pas l’appeler tout simplement la Guilde des aventuriers ? Comme l’Empire, qu’on appelle simplement l’Empire. Avant, il y avait des guildes dans toutes les régions, mais si nous en créons une nouvelle maintenant, la nôtre sera la seule. »
« Ce serait peut-être mieux, mais demandons aux autres avant de décider. Ils ont tous des tempéraments différents. »
« Si tu dis que tu veux le faire, Ricky, ils seront tous d’accord. »
« Tu crois ? Je n’en sais rien. »
Ricart se leva. Il ne partit pas tout de suite : il observa le refuge des gardes forestiers, puis se promena dans la forêt.
En tournant la tête, il aperçut Adelune au-delà des arbres. Les vastes terres agricoles, longtemps laissées à l’abandon, étaient de nouveau cultivées et les récoltes y poussaient.
Des gens étaient éparpillés dans les champs ; William semblait être parmi eux.
Au-delà des terres agricoles, le château royal d’Adelorne se dressait sur une colline. Tout ça m’appartient ? Ricart éprouva une étrange impression de distance. Ou peut-être cela ne lui semblait-il tout simplement pas réel.
Autrefois, il avait erré en quête de raisons de faire la guerre. À présent, il dépassait ce stade.
Martellus II et Hellawman avaient chacun leur propre sens de la justice. Comme souvent chez les méchants de ce monde, ils se croyaient eux-mêmes justes.
Peut-être ne s’agissait-il pas de rejeter catégoriquement leur justice, mais de l’accepter, de la corriger et d’en tirer quelque chose de nouveau.
Si cela pouvait mener, même petit à petit, à une justice meilleure, alors l’histoire sanglante du passé aurait peut-être un sens.
Oui, laissons un héritage. Que de nombreuses années passent ou seulement quelques-unes, même s’il finit par vieillir, se salir et être rejeté par ceux qui nous succéderont, faisons de notre mieux pour en laisser un. Voilà ce que pensa Ricart.
À cette pensée, le poids de la couronne lui parut enfin plus léger. Comme un vêtement mal ajusté qui commençait à épouser son corps.
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