Chapitre 176
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 176
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Le vent du printemps balayait la plaine où se tenait le garçon. Ses cheveux dorés luisaient au soleil.
D’où qu’il vînt et quoi qu’il transportât, le vent printanier apportait une agréable fraîcheur à ceux qu’il effleurait.
Le garçon regardait une vache attachée à un arbre. Peut-être à cause de leurs longs cils, les vaches avaient de si beaux yeux. Plonger son regard dans ces yeux tristes et pourtant indifférents lui inspirait même une culpabilité inexplicable.
Roy s’était beaucoup attaché aux vaches. Elles l’avaient accompagné lors de longs voyages aux côtés de son père et, quand il n’avait pas pu entrer dans le logement du clan et qu’il avait grelotté toute la nuit, en avoir une près de lui l’avait réconforté.
Tu me reconnais ? Tu me reconnaîtrais ?
Roy contempla les beaux yeux de la vache et caressa son pelage doux.
Puis, comme si elle le reconnaissait vraiment, la vache tourna la tête et tira sa longue langue. Quels mots fallait-il pour partager une amitié ? Un sourire étira les lèvres de Roy.
« Roy. »
Quelqu’un l’appela derrière lui. Quand il se retourna, il vit Res. Cela faisait un an.
Roy n’avait pas fini de grandir, mais il tenait peut-être de son grand père. La différence de taille entre lui et Res sautait aux yeux.
Res avait l’air plutôt raide. Il n’arrivait pas à regarder Roy en face et promenait son regard de côté et d’autre.
« Comment tu vas ? »
Roy posa calmement la question à Res, qui l’avait appelé sans parvenir à dire quoi que ce soit.
« Euh… »
« Je ne vois pas ceux qui me harcelaient avant. »
« Ils se sont tous enfuis. Tu vas te venger ? »
« Non. Je m’y attendais, c’est tout. »
« C’est vrai. Ils n’avaient rien de spécial. »
« Mais toi, tu es resté. »
« Ouais. »
Il y avait une différence flagrante entre ceux qui s’étaient enfuis et ceux qui étaient restés pour se battre.
Res était trop jeune pour être envoyé directement au combat, mais si les clans en venaient vraiment aux mains, il aurait bien des façons de se rendre utile.
Bien sûr, rien de tout cela ne serait facile et il fallait du courage. Personne ne pouvait savoir ce qu’on leur ferait s’ils perdaient.
Roy s’approcha de la vache et s’adossa contre elle, comme pour l’étreindre.
« Je crois que je me suis fait un bon ami. »
« Non, c’est toi qui as fait de moi ce que je suis. Si tu n’avais pas fait ça, à l’époque, je serais comme ces bons à rien, aujourd’hui. »
Roy se tourna vers Res. Celui-ci reprit :
« Pendant un moment, je l’ai terriblement regretté. Je n’arrivais pas à dormir la nuit. J’aurais dû parler, à ce moment-là. Au lieu de me taire comme un idiot, j’aurais dû m’avancer et dire que c’était moi. Parfois, je me frappais la tête avec les poings, puis j’allais au bord du lac pour essayer de me noyer. Mais même ça, j’en étais incapable. Cette fois, quand la rumeur s’est répandue que les clans risquaient de se battre et que tout le monde s’est inquiété, moi, je n’ai pas eu peur du tout. Je me suis dit que l’occasion que j’attendais était enfin arrivée. Que je devais me battre, au lieu de fuir encore comme un idiot. Alors, c’est vrai. C’est toi qui as fait de moi ce que je suis. »
Roy se contenta de sourire en écoutant Res. Sa détermination semblait lui venir de son père, tandis que son aisance rappelait étrangement Ricart.
« L’amitié éternelle, c’est la devise du Clan Viola, pas vrai ? Si aucun des deux n’abandonne l’autre, ce n’est pas une promesse si impossible à tenir. Quand je regarde mon roi, le seigneur Bori et les autres, je me dis qu’ils ont dû vivre ça, eux aussi. Des moments où ils n’ont pas renoncé les uns aux autres. »
« Hum… Je suppose. »
« Tes sœurs vont bien ? »
« Hein ? Je suppose que oui. »
« Vous vivez dans le même clan, mais tu ne t’intéresses pas beaucoup à elles. »
« Toi non plus, tu ne t’intéresses pas beaucoup à tes sœurs. »
« C’est vrai. Moi non plus. »
Roy et Res rirent doucement. Res s’approcha, enlaca la vache avec lui, puis regarda Roy.
« Il ressemble à quoi, le château royal ? »
« Il est grand. Vraiment immense. Et il y a plein de monde. »
« Et la guerre, c’était comment ? »
« Je l’ai à peine vue de mes propres yeux. J’ai vu mon roi partir au combat quelques fois. Tu ne me croirais pas, même si je te racontais. »
« Si. Alors, raconte. »
« Hum… »
Roy fouilla un instant dans ses souvenirs. Il se rappela Ricart, parti seul à Adelivari pour combattre et s’emparer d’un drapeau ennemi.
C’est ainsi que l’histoire commença.
Et les deux amis se lancèrent alors dans une longue conversation.
Les amitiés d’enfance avaient ceci de particulier que, même après un incident fâcheux, on pouvait vite tout réparer. Sans laisser de cicatrices.
L’amitié entre adultes était plus difficile. À bien y réfléchir, c’était peut-être parce que l’entêtement, la cupidité et la méfiance grandissaient avec le corps.
Malgré tout, ceux qui préservaient leur amitié au fil des années étaient de véritables chanceux. À la place de l’entêtement, de la cupidité et de la méfiance, le courage, l’attention et la confiance les unissaient.
Certains s’étaient liés d’amitié, avaient suivi des chemins différents, puis s’étaient retrouvés. Leurs routes avaient beau s’être séparées, leur amitié, elle, ne s’était pas brisée.
C’était le cas de Carlich, directeur de l’Académie de Beringen, de Volka, chef du Clan Viola, d’Ice, chef de facto de l’Ordre de l’Épée de Mikela, ainsi que de Ricart et Bori.
Ils se trouvaient dans une pièce qui donnait sur un vaste lac. Le soleil se reflétait sur l’eau limpide aux teintes émeraude, si pure qu’elle en paraissait irréelle.
Ice se tenait près de la fenêtre, contemplant le lac en silence. Puis, entendant Ricart derrière lui, il se retourna.
« Je vais être franc. Je ne veux pas faire ça en comptant uniquement sur l’amitié et la loyauté. Au contraire, je pense que plus les gens sont proches, plus ils doivent être précis au sujet de l’argent. Si nous voulons travailler ensemble, chacun doit y trouver son compte. Avant tout, l’idée de base, c’est de nous entraider. »
« … »
Personne ne prit la parole. Seuls Carlich et Volka étaient assis à la table, tandis que Bori s’était perchée sur une armoire dans un coin. Ice se tenait près de la fenêtre.
À en juger par leurs expressions, aucun n’approuvait ni ne désapprouvait vraiment. Ils se contentaient de regarder Ricart.
« Comme une garantie dans le commerce, l’armée d’Adelorne servira de caution. Elle sera déployée si les six membres fondateurs, Marie comprise, donnent tous leur accord. D’ici là, nous assurerons uniquement la défense de ceux qui nous rejoindront, avec les Maîtres de l’Épée comme principale force. De toute façon, nous ne sommes pas en mesure de lever une armée, donc nous ne pouvons pas lancer d’attaques. Et si nous les incluons dans nos missions, l’organisation risque de se corrompre. À la place, nous veillerons à protéger les villages, les villes et les territoires contre les soldats vaincus et les pillards. Qu’en pensez-vous ? »
Carlich leva lentement la main. Ricart lui désigna le menton.
« Oui ? Qu’est-ce qu’il y a ? Vas-y. »
« On ne devrait pas s’occuper d’abord du Clan Borgne ? »
« Bori et moi, on pourrait massacrer jusqu’au dernier de ces salauds. Ça prendra du temps de retrouver tous ceux qui sont dispersés. Mais la mission en elle-même ne pose pas de gros problème. »
Le Clan Viola avait failli être anéanti par le Clan Borgne, mais maintenant que Ricart était là, ce n’était vraiment pas un problème majeur, comme il le disait.
« D’autres questions ? »
« … »
Carlich se contenta de regarder les autres. Une fois encore, personne ne répondit.
« Marie et moi avons établi les règles à suivre si nous décidons de créer ce groupe. Lisez-les et dites-moi si vous avez des questions. »
Ricart fit glisser une feuille de parchemin sur la table. Le document provenait de la famille royale ; sa bordure était ornée de beaux motifs dorés et la page était couverte de l’élégante écriture de Ricart.
1. L’organe décisionnaire de l’Alliance des Maîtres, ci-après appelée l’Alliance, sera le Conseil des Six. Des organes subsidiaires et des branches seront créés selon les décisions du Conseil des Six.
2. Le premier Conseil des Six sera composé du roi Ricart von Ricarn d’Adelorne, de la reine Martelia von Nibelunger d’Adelorne, du directeur Carlich von Rosten de l’Académie de Beringen, de la bibliothécaire en chef Bori de la Bibliothèque royale d’Adelorne, du moine Ice de l’Ordre de l’Épée de Mikela et du chef du Clan Viola, Volka.
3. Les membres du Conseil des Six siégeront à vie. Nul ne pourra les démettre de leurs fonctions, sauf en cas de trahison ou d’actes équivalents à une trahison.
4. Les membres du Conseil des Six pourront démissionner de leur plein gré et devront désigner un successeur au moment de leur démission. S’ils n’en désignent aucun, les cinq membres restants, ou les membres restants, en décideront lors d’une réunion.
5. Toute nouvelle nomination au Conseil des Six devra être approuvée à l’unanimité par celui-ci.
6. Le Conseil des Six tiendra deux réunions régulières par an, auxquelles tous les membres devront assister. Chaque membre aura le droit de convoquer des réunions extraordinaires en dehors des réunions régulières.
7. L’Alliance assurera la défense de ses membres, et non leur attaque.
8. L’Alliance examinera les demandes présentées par ses membres et s’efforcera sincèrement d’y répondre.
9. En cas de conflit entre membres, l’Alliance ne prendra parti pour aucun camp. Elle pourra toutefois intervenir à titre exceptionnel, sur décision du Conseil des Six.
10. L’Alliance ne portera pas atteinte aux droits fondamentaux des seigneurs, notamment en matière législative, judiciaire, administrative et fiscale.
11. Chaque clan appartenant à l’Alliance sera reconnu comme indépendant, et l’Alliance n’interférera pas dans ses affaires.
12. Les membres de l’Alliance pourront la quitter librement, à tout moment. Toutefois, tant qu’ils en feront partie, ils devront respecter et appliquer ses décisions.
13. Les membres pourront être expulsés sur décision du Conseil des Six.
14. Tous les membres puniront sans exception les traîtres coupables d’actes portant préjudice à l’organisation, notamment de rupture de confiance, de détournement de fonds ou de divulgation d’informations.
15. L’Alliance cherchera à obtenir le monopole de ses activités. Toute organisation similaire qui verrait le jour sera considérée comme ennemie.
16. Les fonds de l’Alliance seront gérés…
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On voyait que l’équilibre des rôles et des pouvoirs avait été mûrement réfléchi.
Il s’agissait en quelque sorte d’un projet. Bori l’avait déjà lu et ne prit donc pas la peine d’y jeter un œil. Ice resta simplement debout près de la fenêtre.
Seuls Carlich et Volka lurent le projet.
« Alliance des Maîtres ? Tu as déjà trouvé un nom ? »
demanda Volka.
« Quoi, tu ne l’aimes pas ? J’y ai beaucoup réfléchi. Nous occupons tous des fonctions différentes. Ice est moine, tu es chef de clan et moi, je suis roi. Bori est bibliothécaire en chef et Kalli est directeur d’académie. Nos métiers et nos positions n’ont rien à voir, mais j’ai choisi “Maîtres” pour que nous soyons sur un pied d’égalité malgré tout. »
« Je croyais que ça voulait dire Maîtres de l’Épée. Je ne suis pas un Maître. »
« Ce sens-là peut aussi s’y retrouver. Mais l’important, ce n’est pas de savoir si nous sommes des Maîtres de l’Épée. C’est de savoir si nous pouvons unir nos volontés. Je ne veux pas que ce groupe soit éphémère. Je veux qu’il dure, qu’il devienne un héritage à transmettre à nos descendants. »
« … Un héritage. »
« Mais Kalli, tu n’as rien à dire ? »
Bori était avec lui depuis le début, et Ice n’avait pas l’air du genre à ergoter sur les détails, mais Carlich était assez érudit et n’avait pourtant pas dit grand-chose.
Carlich lut attentivement le projet, puis s’adressa à Ricart d’un air inquiet.
« … Tu crois que c’est une bonne idée ? »
« Pourquoi ? Si on s’y met sérieusement, on arrivera bien à quelque chose, non ? »
« Ce n’est pas ce que je veux dire. »
« Alors, qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Ce… C’est le rôle d’un empereur. »
« … »
Ricart fixa Carlich d’un air absent, puis répondit :
« Je n’y avais pas pensé. »
« Mais il n’y a pas d’empereur pour le moment, alors… »
« Si l’Alliance prend de l’ampleur, est-ce qu’on va conquérir l’Empire ? »
Ice prit la parole. Son regard et son expression lui donnaient désormais presque l’air d’un moine illuminé. Avec sa beauté, sa présence semblait irréelle.
Ricart ne réfléchit pas longtemps. Il se frotta un peu le menton, puis demanda à tout le monde :
« Alors, qui est contre ? »
Personne ne s’y opposa.
Curieusement, aucun des présents n’avait l’ambition dans le regard.
Finalement, après que Carlich eut relu le projet et y eut apporté quelques ajouts et modifications, il fut adopté le jour même.
Marie avait déjà donné sa signature, et les cinq autres signèrent à leur tour, chacun avec une écriture qui reflétait sa personnalité.
Le sceau royal en or du roi d’Adelorne fut apposé au bas du document. Comme il était garanti par le roi d’Adelorne, on l’appela plus tard l’Édit au sceau d’or de Britzlingen, ou l’Édit au sceau d’or de Ricart Ier.
L’original de l’édit au sceau d’or serait conservé à Britzlingen, tandis que des copies seraient réalisées pour servir aux travaux de l’Alliance.
Ainsi fut fondée l’Alliance des Maîtres, dont Ricart devint le premier chef. La première ligne du procès-verbal de la réunion du Conseil des Six, après sa fondation, indiquait :
« Le Conseil des Six de l’Alliance des Maîtres décide à l’unanimité d’anéantir le Clan Borgne. »
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