Chapitre 173
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode du brave ◈
Chapitre 173
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* * *
S’il y avait une vérité en ce monde, c’était que toute chose finissait par prendre fin.
Les périodes difficiles s’achevaient, tout comme les jours heureux. Bien sûr, nul ne pouvait savoir si cette fin serait une mort glaciale ou un nouveau départ plein d’espoir.
La guerre était terminée et l’hiver avait passé. La neige qui recouvrait les hauts plateaux du sud d’Adelorne fondit et s’infiltra dans le sol.
À mesure que la terre gelée dégelait, des pousses perçaient le sol humide. Les minces ruisseaux qui ne coulaient qu’au printemps et en été se remirent à courir.
Puis, tout à coup, quelqu’un entra dans l’un de ces ruisseaux limpides dans un plouf.
Au lieu de marcher sur le sol parfaitement praticable qui le longeait, il s’enfonça exprès dans l’eau. Plouf, plouf.
C’était aussi insensé qu’un enfant jouant dans l’eau, car celui qui pataugeait dans le ruisseau était un jeune berger.
On ne voyait pas le moindre mouton. Peut-être était-ce ainsi que l’enfant trompait l’ennui de les garder.
Le berger se mit à rêver. Comme le font souvent les enfants, il s’imagina dans le monde qu’il inventait.
C’était une histoire qu’il avait entendue, celle du roi philosophe Ricart, qui maniait son épée comme l’éclair et abattait ses ennemis.
Les récits de Ricart et de sa vie étaient parvenus jusque dans un endroit aussi reculé. Pour certains, ils étaient devenus des rêves.
Bien sûr, ce rêve semblait hors de portée d’un berger. Pourtant, il avait peut-être un sens, ne serait-ce que parce qu’il pouvait offrir un moment agréable, même s’il ne se réalisait jamais.
S’imaginant être Ricart, le berger piétina le ruisseau avec force et brandit un bâton. Les éclaboussures, qui se dispersaient sans mouiller ses vêtements, semblaient le ravir.
Le soleil chaud brillait dans le ciel, comme s’il observait les facéties de l’enfant. Comme s’il se réjouissait de la scène, il éclairait quelque chose, tendant pour ainsi dire la main vers elle.
Essoufflé d’avoir agité son bâton, le berger remarqua quelque chose qui scintillait dans le ruisseau.
Impossible de ne pas le regarder. Impossible de ne pas s’accroupir pour le ramasser.
Dans la main de l’enfant, cela ressemblait à un caillou plus petit qu’un ongle. Pourtant, contrairement aux autres pierres, il brillait comme une étoile.
Un sourire s’épanouit naturellement sur son visage innocent. L’enfant ignorait ce qu’était cette pierre. Elle était simplement belle, comme un trèfle à quatre feuilles trouvé par hasard.
Le berger rangea la pierre scintillante et se remit à piétiner le ruisseau en agitant son bâton.
Mais il n’avait pas fait plus de quelques pas qu’il découvrit une autre pierre étincelante.
Des étoiles étaient-elles tombées du ciel ?
Le berger pencha la tête et la ramassa. Il en avait trouvé deux.
Ce jour-là, le berger découvrit en tout huit pierres étincelantes.
Tout excité par cette étrange trouvaille, l’enfant les montra à son père. Celui-ci fronça d’abord les sourcils, se demandant quelles sornettes racontait son fils. Puis il vit les pierres scintillantes que celui-ci lui tendait, et écarquilla les yeux.
Tard dans la nuit, il courut directement chez le chef du village pour lui montrer les pierres trouvées par son enfant.
Tiré de son sommeil, le chef du village fronça d’abord les sourcils lui aussi. Mais bientôt, son expression devint grave.
Le lendemain, le chef du village apporta les pierres scintillantes à un chevalier des frontières récemment nommé, membre des Chevaliers d’Acier.
Les pierres passèrent entre de nombreuses mains avant d’arriver enfin à Ricart.
Marie, Bori, Paolo, Lester et plusieurs autres se rassemblèrent autour de Ricart et contemplèrent les pierres scintillantes dans sa paume.
Paolo prit la parole le premier.
« Elles sont plutôt grosses, pour des pépites d’or. »
« Qu’est-ce que ça signifie ? »
« Il pourrait y avoir un filon. Une mine d’or. »
À ces mots, tous ceux qui entouraient Ricart, à l’exception de Lester, ouvrirent de grands yeux.
« Q-Qu’est-ce qu’on fait, Ricky ? »
demanda Bori d’une voix tremblante.
« Quoi ? »
« On va enfin être riches ? »
Bori n’était pas avide d’argent. Elle aimait simplement ça. Peut-être parce qu’elle avait grandi sans en avoir.
En suivant Ricart, Bori avait souvent vu de grosses sommes d’argent, mais elle en avait aussi beaucoup dépensé ; elle n’avait donc jamais réussi à mettre grand-chose de côté. Même maintenant qu’elle était reine.
« Pas encore, Bori. Où les a-t-on trouvées, et par qui ? »
Ricart se tourna vers Raimund. Le rapport du chevalier des frontières lui était parvenu directement par son intermédiaire.
« Dans un village appelé Prava, dans la région de Polzen. Un berger les a trouvées dans un ruisseau, puis le chevalier des frontières a envoyé un rapport. »
« Où se trouve exactement Prava ? »
« Presque directement à l’ouest d’Adelune. »
« Et le terrain ? »
« J’ai entendu dire qu’il y avait peu de forêts, mais de hautes chaînes de montagnes, si bien que les chemins qui traversent la région sont peu nombreux. »
« Et les forts ou les postes de garde ? »
« Il y a des tours de guet et des tours à signaux, mais aucun soldat n’y est stationné. »
Au lieu de célébrer la découverte d’une éventuelle mine d’or, Ricart commença par s’informer des environs dans leur ensemble.
Une mine d’or se trouverait dans les montagnes, et les montagnes se situaient généralement dans les régions frontalières d’Adelorne. Une région frontalière signifiait qu’il y avait un seigneur voisin.
« Qui est le seigneur de l’autre côté de la frontière ? »
Ricart se tourna vers Paolo.
« Le duc de Frederia. Plus précisément, il s’agit du comté de Rothenberg, qui relève du duc. Le duc appartient à la faction neutre, comme Votre Majesté. Il a maintenu ses troupes mobilisées pendant près d’un an, mais n’a entrepris aucun mouvement notable. »
La position diplomatique du duc de Frederia pouvait se résumer ainsi : Je ne vous toucherai pas, alors ne me touchez pas. Le duc avait clairement fait comprendre que quiconque s’y risquerait le regretterait.
« Ne devrions-nous pas d’abord vérifier s’il y a vraiment un filon ? »
demanda Marie.
Ricart laissa les grains d’or tomber sur la table avec un cliquetis.
« Il sera trop tard si nous attendons d’avoir vérifié pour prendre une décision. Nous devons d’abord décider, puis enquêter. »
« Décider de quoi ? »
« De la marche à suivre si les choses tournent mal : faudra-t-il combattre ou recourir à la diplomatie ? Si nous l’apprenons, eux aussi le sauront. Le ruisseau formé par la fonte des neiges de l’hiver ne peut pas couler uniquement de notre côté. Même s’ils réagissent après nous, ils n’auront pas le choix : ils s’en rendront compte dès que nous commencerons à prospecter le filon. »
Ricart avait toujours une longueur d’avance sur ses adversaires, qu’il s’agisse de déplacer des troupes ou de prendre toute autre mesure.
Le secret n’était pas qu’il réfléchissait vite. C’était qu’il réfléchissait à l’avance.
À bien y regarder, la situation ne sentait-elle pas mauvais ? S’il y avait une chose qui pouvait rendre les gens fous au point de ne plus reconnaître leurs propres parents et enfants, c’était le pouvoir et l’argent.
Ce n’était pas une affaire qu’on pouvait régler avec des sourires et de belles paroles.
La plupart des gens échouaient parce qu’ils sentaient le danger et détournaient les yeux. Ils abordaient les problèmes avec une légèreté comme : « Vont-ils vraiment nous faire la guerre ? » C’était pour cela qu’ils étaient voués à l’échec.
Bien sûr, Ricart ne disait pas qu’il fallait faire la guerre sur-le-champ. Il voulait seulement qu’ils définissent clairement la marche à suivre.
« Votre Majesté, vous avez entièrement raison. Toutefois, le royaume vient à peine d’entrer dans une période de stabilité. Nous devons faire preuve de prudence avant de donner un ordre de mobilisation. Une fois qu’on lève une armée, c’est comme une épée qui ne regagnera pas son fourreau avant d’avoir vu le sang couler. »
Paolo exposa son avis avec circonspection. Comme toujours, il ne disait jamais rien d’inexact.
Ricart jeta machinalement un coup d’œil à Bori. Leurs regards se croisèrent.
Il ne pouvait pourtant pas continuer à s’en remettre à la solution de facilité. Il ne s’agissait pas d’une bande de criminels des rues, mais d’un duc ou d’un comte. Il ne pouvait pas envoyer Bori s’occuper d’eux à la légère.
Après un instant de réflexion, Ricart prit la parole.
« Pour commencer, nous allons distribuer des récompenses. Du chevalier des frontières au chef du village et au berger, tout le monde sera récompensé. Paolo, préparez les récompenses comme il se doit et confiez l’affaire à Ray. Ensuite, formez une équipe d’enquête pour déterminer s’il y a vraiment un filon d’or. »
« Bien compris. »
Ricart fit un geste de la main pour indiquer que la réunion était terminée. Les membres du Conseil consultatif se hâtèrent de sortir, ne laissant que Bori et Marie.
« Qu’est-ce que tu comptes faire ? »
demanda Marie en s’asseyant. Son ventre commençait à s’arrondir légèrement.
« Ce serait un peu excessif de faire la guerre pour de l’or, non ? »
« Ce n’est pas seulement de l’or. C’est une mine d’or. »
« On n’en est même pas sûrs, si ? »
dit Bori en ramassant nonchalamment les grains d’or.
« C’est vrai. On n’en est pas sûrs. C’est pour ça que c’est difficile. »
Ricart n’avait aucun contentieux avec le duc de Frederia. Même quand Adelorne était déchirée par la guerre civile, le duc ne les avait pas attaqués par-derrière ni tenté d’obtenir des concessions.
C’était pour cela que Ricart ne voulait pas prendre l’initiative. Et même s’il le faisait, il lui était difficile de décider jusqu’où aller.
Entreraient-ils vraiment en guerre ? Sinon, fallait-il chercher une solution diplomatique ? Devait-il espérer que l’autre camp ignore l’existence de la mine ? Ou même envisager un assassinat ?
« Pourquoi ne pas en parler avec Paolo ? »
suggéra Marie.
Paolo était quelqu’un que Ricart gardait auprès de lui et savait mettre à profit, mais ils n’étaient pas particulièrement proches. Ils n’avaient jamais eu de conversations personnelles. Ricart avait volontairement entretenu cette distance, mais peut-être fallait-il discuter de cette affaire.
Ricart excellait dans les affrontements au grand jour, pas dans les complots ni les manœuvres en coulisses.
Là où il y avait de la lumière, il y avait de l’ombre. Un roi devait comprendre les deux et savoir en tirer parti.
De plus, Ricart avait déjà eu recours à l’assassinat dans l’ombre. Si nécessaire, il était prêt à employer de nouveau des méthodes peu reluisantes.
Restait à voir à quel point elles le seraient.
Ricart s’adressa à Roy, qui examinait les grains d’or à côté de Bori.
« Va chercher Paolo. »
Vêtu avec élégance en sa qualité de page du roi, Roy détala hors de la salle de réunion. Paolo revint peu après.
Il ne restait plus dans la salle que Ricart, Marie, Bori, Roy et Paolo. C’était juste le nombre idéal pour comploter, mais la lumière printanière qui entrait par la fenêtre était trop limpide.
Ils étaient simplement assis ou debout comme bon leur semblait, au lieu d’occuper leurs places comme lors d’une réunion officielle.
Ricart se tenait près de la fenêtre et fit signe à Paolo de s’approcher. Puis il posa une main sur son large dos.
« Vous êtes-vous senti offensé parce que j’ai gardé mes distances avec vous ? »
« Non. Vous avez agi comme il fallait. »
« Vraiment ? »
« Pardon ? »
« Je vous demande si quelque chose vous a déplu. »
« Dès qu’on nourrit du ressentiment envers le roi, on précipite sa propre mort. Pour vivre longtemps, et pour servir les intérêts de la compagnie commerciale, il faut aider Votre Majesté avec sincérité et lui donner des conseils sans laisser ses sentiments personnels s’en mêler. »
Paolo n’avait jamais caché ce qu’il pensait vraiment. Il affichait ouvertement que le profit motivait chacune de ses actions.
Et Paolo avait assez de talent pour fixer son prix avec assurance, comme s’il demandait à Ricart s’il comptait vraiment renoncer à un produit d’une telle valeur.
Ricart n’aimait pas tellement ce côté de Paolo, mais celui-ci ne l’avait jamais déçu. Il avait indéniablement apporté de grands bénéfices à Ricart comme au royaume.
« Cette fois, je veux vous confier quelque chose et vous faire confiance. Puis-je le faire ? »
« Je ferai de mon mieux. »
« Vous avez entendu parler de la mine d’or tout à l’heure. Vaudrait-il mieux laisser le duc de Frederia tranquille ou prendre les devants ? »
« Comme Votre Majesté le sait, un excellent commandant gagne la bataille avant même qu’elle ne soit livrée. Il en va de même dans les affaires. Un homme qui ne fait rien et espère que tout ira bien n’est pas un homme d’affaires. »
« Alors, vaudrait-il mieux recourir à la diplomatie ou rassembler des troupes pour les menacer ouvertement ? »
« Semez la discorde. Le duc de Broombeare soutient le cinquième prince, mais son pouvoir s’est affaibli depuis sa défaite lors de la dernière bataille. Faites attaquer Broombeare par-derrière par le duc de Frederia. Le duc n’aura alors plus le loisir de s’occuper de la mine d’or. Pendant ce temps, nous pourrons bâtir une forteresse à la frontière et assurer notre défense. Même si le duc l’apprend plus tard, il ne pourra rien y faire. »
Le plan semblait plausible.
Le problème, c’était de savoir comment semer la discorde.
« Le duc a maintenu ses troupes rassemblées pendant un an sans bouger. Est-il si facile de provoquer des tensions ? »
« Pour pousser un lâche à agir, il faut piquer son orgueil. Ces gens-là se torturent l’esprit, puis finissent par faire des choix stupides. Il y a toutefois autre chose qui me préoccupe. »
« Quoi donc ? »
« Stormhertz. »
« Pourquoi ? »
« La maison du comte Calderbern est vassale du duc de Broombeare, et la branche Calderbern de Stormhertz suit la maison du comte. Cela concerne aussi votre père, Votre Majesté. La bataille contre le deuxième prince a eu lieu ailleurs, mais si ce plan réussit, Stormhertz pourrait devenir un champ de bataille. »
Ricart tourna la tête, comme pour interrompre un instant la conversation. Sa main glissa du dos de Paolo.
Il fixa en silence le mur baigné de soleil, le regard apparemment perdu dans ses pensées.
Marie et Bori avaient entendu Paolo, mais aucune ne donna son avis. Elles gardèrent le silence.
Ricart ne rougit pas, ne fronça pas les sourcils et ne se mit pas en colère. Il se contenta de regarder le mur.
La poussière flottait tranquillement dans la lumière blanche qui pénétrait par la fenêtre.
Après avoir suivi un instant la poussière du regard, Ricart prit la parole.
« J’ai une question. Paolo, qu’est-ce qui compte pour vous quand vous prenez une décision ? »
« La valeur. J’attribue une valeur à toute chose, qu’elle soit visible ou non. Les provisions de guerre, la main-d’œuvre, le temps, l’avenir que j’anticipe, le profit que pourrait rapporter une autre action, et même la valeur des vies humaines. Des personnes que je n’ai jamais rencontrées, mes proches, jusqu’aux membres de ma famille. Une fois ces valeurs établies, je choisis la voie qui entraîne le moins de pertes ou le plus de gains. »
Selon la façon dont on le prenait, c’était assez choquant à entendre.
Le silence tomba un bref instant après la réponse glaciale de Paolo.
« … Êtes-vous sûr de pouvoir réussir si je vous confie cette tâche ? »
« Comme je l’ai toujours dit, je ne peux que faire de mon mieux. Cela dit, je n’ai jamais échoué en affaires. »
« Je comprends. Vous pouvez partir. »
Ricart baissa la tête sans regarder Paolo.
Paolo s’inclina devant Ricart et se retira.
Bori, assise de travers, les jambes croisées, prit la parole.
« Une chose est sûre. »
« Laquelle ? »
demanda Marie.
« C’est quelqu’un qu’on peut garder à ses côtés et utiliser, mais dont il ne faut jamais devenir proche. »
Ricart et Marie le savaient déjà. Pourtant, on venait de le leur rappeler une fois de plus.
Que Paolo soit bon ou mauvais, qu’il ait raison ou tort, il était simplement d’une autre nature.
« Tu vas le faire ? »
demanda Marie.
Ricart demeura immobile un long moment avant de répondre d’un ton sec. Pourtant, n’importe qui aurait pu entendre les sentiments complexes qui se cachaient sous cette sécheresse.
« Ouais. »
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