Chapitre 171
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 171
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Le spectacle était grotesque. Dix mille personnes avaient été rassemblées dans un ravin, privées de sommeil et affamées. Aux deux extrémités, les chemins étaient complètement bloqués par les troupes des Chevaliers d’Acier.
Avec autant de monde, l’endroit aurait dû être bruyant et animé. Pourtant, tous fixaient les falaises escarpées, le visage effrayé.
Les drapeaux des Chevaliers d’Acier flottaient dans le vent hivernal, aux côtés des étendards ornés de l’aigle à l’épée couronné, emblème d’Adelorne. À cet instant, le claquement des drapeaux était le bruit le plus fort.
Contrairement aux mercenaires, les chevaliers de l’ordre portaient tous le même équipement. Ils se tenaient dispersés le long des falaises et observaient la scène en contrebas.
Et il y avait une autre personne.
Le vent d’hiver, aussi maigre et décharné que l’étreinte de la Mort, remonta la pente jusqu’à ses pieds.
Une cape rouge flottait derrière lui. Une épée pendait à sa taille. Il se tenait légèrement de travers, une couronne de fer dans une main, comme s’il s’agissait d’un objet sans valeur.
Les cheveux blonds de Ricart frémissaient eux aussi dans le vent glacé. De dos, la tête baissée, impossible de savoir ce qu’il pensait.
À côté de Ricart, une longue rangée de prisonniers aux membres ligotés était agenouillée.
Craignaient-ils l’exécution qui les attendait ou le prix qu’ils paieraient après leur mort ? Leurs corps n’arrêtaient pas de trembler.
Le prêtre qui tenait un livre sacré se recroquevilla, tendu. On ne savait pas s’il avait froid ou s’il avait peur.
Serrant le livre contre sa poitrine, il s’approcha du premier prisonnier et lui murmura :
« C’est le moment. Voulez-vous vous confesser ? »
L’homme déglutit plusieurs fois, la bouche sèche, puis hocha la tête. Il baissa alors les yeux vers le ravin et éleva la voix :
« Je… j’ai grandi dans un bordel. Ma mère était l’une des innombrables prostituées, alors je ne sais pas exactement qui elle était. Mon père devait être un des clients du bordel. Ma vie était tellement merdique que j’ai suivi aveuglément une compagnie de mercenaires. C’est comme ça que j’ai commencé. Au début, j’étais un simple larbin… »
Il raconta les différentes étapes de sa vie. Personne ne vivait sans avoir une histoire, et lui non plus.
« J’ai… j’ai passé la moitié de ma vie à tuer et à violer. J’ai brûlé plus de temples que je n’en ai confessé. J’ai même profané les tombes de nonnes. J’ai commis des péchés qu’on ne peut pas effacer. Mais si… si vous m’accordez juste une chance, une seule, a-attendez ! Dieu ! »
Avant qu’il ait pu finir, Ricart s’avança et le poussa simplement du pied dans le vide. Les membres entravés, l’homme ne put résister à sa chute.
En contrebas, tous ceux qui levaient les yeux retinrent leur souffle. Ils étaient si nombreux que leur halètement collectif résonna dans le ravin.
Le prisonnier dégringola la pente escarpée, heurtant les rochers les uns après les autres. Bientôt, son corps entier fut brisé et broyé au point d’être méconnaissable.
Le prêtre n’avait même pas eu le temps de lui accorder l’absolution après sa confession. Serrant le livre sacré contre lui, il trembla lorsque Ricart se tourna vers lui.
Les yeux indifférents de Ricart ne trahissaient ni regret, ni peur, ni colère.
Pourtant, ce regard indifférent donna au prêtre l’impression que son cœur venait de sombrer. Il se hâta de passer au prisonnier suivant.
« V-voulez-vous vous confesser ? »
Après avoir vu mourir le précédent, le prisonnier lança un regard noir au prêtre et cria :
« Laissez tomber, donnez-moi plutôt l’absolution ! »
Il semblait avoir déjà renoncé à la vie et ne souhaitait plus qu’une chose : aller en enfer, mais dans un endroit un peu moins horrible.
Pourtant, avant qu’on ait pu lui accorder l’absolution, Ricart le poussa dans le vide.
Les prisonniers qui attendaient ensuite sombrèrent dans le chaos. Ligotés aux mains et aux pieds, ils se débattaient et hurlaient. Leurs cris résonnaient dans le ravin. Les dix mille personnes en contrebas les entendirent.
« Putain ! Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? »
« Qui vous a demandé de nous sauver ? Laissez-nous au moins nous confesser ! »
« Démon ! »
Quoi qu’ils crient, Ricart les poussait un à un dans le vide, ni trop vite ni trop lentement.
Dans les brefs instants qui leur restaient, toutes les émotions les submergeaient. Ils maudissaient Ricart avec rage, puis le suppliaient, avant de renoncer et de lever les yeux au ciel pour prier.
Au bout du compte, ils moururent tous de la même façon.
Le silence retomba bientôt sur le ravin. Il ne resta que le souffle sourd du vent hivernal et le claquement des drapeaux.
Les prisonniers piégés dans le ravin levèrent les yeux, le désespoir au visage. Voir les commandants des compagnies mercenaires supplier puis mourir était plus terrifiant et désespérant que la mort elle-même.
Il n’y avait pas la moindre clémence, pas la moindre pitié, pas la moindre chance de salut.
Ricart contempla de nouveau le ravin. Pendant un instant, le vent d’hiver tomba et sa cape cessa de flotter.
Puis Ricart posa lentement sur sa tête la couronne de fer d’Adelorne qu’il tenait à la main. Son poids écrasant pesait sur lui.
Son premier ordre en tant que roi fut bref et simple.
« Exécutez-les. »
Dès que l’ordre fut donné, un chevalier tout proche leva un cor et souffla une longue note.
Brooooooo !
Le son grave et puissant résonna dans le ravin. Pour les dix mille mercenaires qui avaient autrefois servi Grants, il ressemblait à la trompette qui retentirait à la fin du monde.
« Fantassins de l’ordre ! En avant ! »
Une voix puissante retentit au loin, des deux côtés du ravin. Les soldats de l’ordre, qui tenaient leurs lances dressées, les abaissèrent devant eux et se mirent à marcher au pas.
Un pas, un pas, un pas.
Les mercenaires piégés dans le ravin sombrèrent aussitôt dans la panique. Leur rancœur, leurs supplications et leur fureur se mêlèrent en un vacarme inimaginable.
On n’aurait vraiment entendu pareil bruit qu’en enfer.
Avec dix mille personnes, peut-être auraient-ils pu percer s’ils avaient tous foncé dans la même direction.
Mais encore aurait-il fallu qu’ils agissent d’un seul homme.
Grants était mort. Leurs commandants étaient morts. Et après des jours de faim et de sommeil insuffisant, leur volonté de se battre avait déjà été brisée.
Alors, même dans le désordre, moins de quelques centaines chargèrent les soldats de l’ordre.
La plupart choisirent de fuir là où il n’y avait aucun espoir. Ceux qui se trouvaient au milieu furent écrasés ou piétinés à mort.
Les cadavres s’amoncelaient, puis d’autres corps s’entassaient par-dessus. On enjambait les morts avant de périr à son tour. Ils s’entretuaient.
En un instant, sans que beaucoup de temps se soit écoulé, des montagnes de cadavres commencèrent à se former. Très peu moururent réellement sous les lances des Chevaliers d’Acier.
Des cris assez stridents pour faire mal aux tympans résonnaient dans tout le ravin. Ils semblaient ne jamais devoir prendre fin.
Et pourtant, incroyable mais vrai, personne ne se repentit.
Ricart observa chaque recoin de cette scène infernale, chaque étape du massacre, le regard indifférent.
Étonnamment, les cris qui semblaient monter des enfers s’éteignirent rapidement. Une heure ? Deux heures ? Au début, ils étaient insupportables, mais au moment où il commençait à s’y habituer, le vacarme se mit à faiblir.
Quand presque tous furent morts, à l’exception de quelques-uns qui tressautaient sous les tas de cadavres, quelqu’un cria :
« Vive Sa Majesté le roi ! »
« Vive Sa Majesté ! »
Ce n’est qu’alors que Ricart détourna les yeux de la montagne de cadavres et baissa la tête.
La couronne qui reposait sur sa tête pesait toujours sur lui, tandis que les cris souhaitant longue vie au roi se posaient sur ses épaules comme des épaulettes.
Ricart n’était pas heureux. Il ne se sentait pas non plus accablé.
Étrangement, c’était semblable à ce qu’il ressentait autrefois comme berger, quand il ne connaissait ni joie ni tristesse, ni bonheur ni malheur. Il n’était pas vide. Il ne ressentait simplement rien de particulier.
Après tout, un grand roi devait faire preuve à la fois de cruauté et de clémence.
Ricart était né avec la cruauté ; et, ayant grandi entouré par sa famille, la clémence avait naturellement pris racine en lui.
Tout cela n’avait-il servi qu’à cet instant ?
Quoi qu’il en soit, dix mille sacrifices vivants furent offerts lors du couronnement du nouveau roi d’Adelorne.
Ce fut à la fois une fin et un nouveau commencement.
L’autorité du roi était accordée par Dieu, et le sang en constituait le fondement.
Fonder une dynastie signifiait établir de nouvelles bases. Pour éviter les complications des lignées entremêlées, il fallait créer une nouvelle maison.
En vertu de son autorité royale, Ricart fonda une maison portant son propre nom : Ricarn.
Si Ilya était l’ancêtre fondateur de la famille royale d’Adelorne, si Caldebert avait été plus tard l’ancêtre fondateur qui avait établi la maison Calderbern, Ricart deviendrait à son tour l’ancêtre fondateur de la maison Ricarn.
Ricart von Ricarn. Roi d’Adelorne, duc d’Adelune et duc de Moravitz.
Il détenait également les droits sur douze comtés. Les titres qu’il n’avait pas en sa possession appartenaient à des seigneurs dont il reconnaissait les titres existants, comme le comte Cesca, ou à des factions de seigneurs de guerre qui ne s’étaient pas encore manifestées.
Menés par le comte Cesca, les petits seigneurs sous son influence déclarèrent qu’ils viendraient prêter serment d’allégeance à Ricart. Les factions de seigneurs de guerre comptaient faire de même, mais Ricart les repoussa.
Le message du nouveau roi aux seigneurs de guerre qui s’étaient emparés de territoires dans le chaos du royaume était simple :
Abandonnez vos titres et partez, ou mourez.
Il n’allait tout de même pas reconnaître les titres de parvenus nés parmi les mercenaires, sortis de nulle part, alors qu’il rebâtissait les fondations du royaume.
Huit des douze comtés furent confiés à huit chevaliers de l’ordre ayant le rang de commandant. Les autres chevaliers et soldats devaient recevoir des titres de rang inférieur sous leur autorité.
Ainsi, seuls deux cents hommes environ restèrent directement au service de Ricart, au sein de la Garde royale. Raimund devint porte-étendard royal, ministre des Affaires militaires et comte de cour.
Tous les pouvoirs — législatif, judiciaire, administratif et fiscal — appartenaient aux détenteurs de titres, c’est-à-dire aux rois et aux seigneurs. Pour les exercer efficacement, il fallait les déléguer.
Les proches du roi occupaient généralement des fonctions telles que chancelier, trésorier, ministre des Affaires militaires, responsable du renseignement ou prêtre de cour. En tant que membres du conseil consultatif, ils avaient le pouvoir de créer et de diriger des organisations distinctes.
D’autres s’occupaient des affaires personnelles du roi : du capitaine de la garde de la capitale au médecin de cour, en passant par le maître des écuries royales, l’aumônier, les serviteurs, l’intendant en chef, l’architecte royal et le bourreau.
Paolo devint trésorier. Herbert, qui avait autrefois dirigé l’armée frontalière d’Adelorne, prit le commandement de la garde de la capitale. Roy devint un serviteur. Lester fut nommé garde forestier royal et commandant des éclaireurs et des archers, tandis que Bremen, autrefois guide, devint intendant en chef.
Bori devint bibliothécaire royal. Ce poste lui fut donné pour qu’elle puisse rassembler et gérer des livres, tout en faisant ce qu’elle voulait à côté.
Quoi qu’il en soit, les nominations comme l’administration ne pouvaient plus être gérées à la légère. Chaque détail devait être réglé correctement, et Marie s’occupa de la majeure partie de la tâche.
Elle était la reine, la secrétaire personnelle du roi et sa plus proche conseillère.
À vrai dire, Ricart venait de la campagne et n’avait jamais été particulièrement studieux.
Son talent naturel, son discernement, son instinct animal et l’expérience de sa vie antérieure lui permettaient de se battre et de prendre des décisions. Mais dès qu’il s’agissait de tâches administratives complexes ou de questions exigeant des connaissances, il était complètement dépassé.
Mais comme on disait, tout reposait sur les hommes. S’il plaçait des gens compétents aux bons postes, il avait accompli presque tout ce qu’un roi devait faire.
Maintenir le centre stable, rassembler les gens et bien juger toutes sortes de situations : voilà quel était le rôle de Ricart en tant que roi.
L’autorité accordée par Dieu devait servir à protéger le royaume. Peut-être suffisait-il de s’en souvenir.
Il y avait tant à faire qu’Adelune resta occupée tout l’hiver, sans même avoir le temps de sentir le froid.
Les chevaliers de l’ordre se marièrent presque chaque jour, de modestes célébrations furent organisées et Ricart dut recevoir de nombreuses personnes en tant que roi. Il traversa ces journées difficiles à sa manière.
En même temps, il ne pouvait négliger ses devoirs d’époux. L’un des jours les plus froids de l’hiver, le médecin de cour leur annonça que Marie était enceinte.
Ainsi, enfin, toutes les fondations du royaume étaient en place. Surtout, pour qu’une maison reste forte, il lui fallait un héritier.
Ricart ne le montra pas, mais il était profondément partagé.
Il avait dit à ses chevaliers de fonder une famille et d’élever leurs enfants avec amour. Pourtant, maintenant qu’il allait lui-même devenir père, il sentait qu’il reculait.
Pourquoi ?
Assis sur le trône, la lourde couronne de fer sur la tête, il réfléchissait seul, mais ne trouvait pas de réponse.
Ricart et Marie avaient tous deux dix-huit ans.
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