Chapitre 17
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 17
──────
Le ciel était bleu, les nuages blancs, le vent frais et le soleil chaud. Une de ces journées qui vous mettaient de bonne humeur sans raison particulière.
Ricart prit de l’argent et une dague, attacha sa cape rouge et quitta le dortoir avec Volka.
Volka semblait de bonne humeur, pour une raison inconnue. Quand Boribori souriait de toutes ses dents, elle ressemblait au soleil printanier, et Ricart se sentit à son tour de meilleure humeur.
Pourtant, il ne s’en était pas rendu compte en montant, mais descendre cette montagne rocheuse et escarpée était un peu effrayant.
Il n’y avait pas de garde-corps, et les marches étroites étaient inégales. Un faux pas suffisait à perdre l’équilibre.
À cette hauteur, le vent soufflait particulièrement fort, agitant sans cesse les cheveux et la cape de Ricart.
« Quelqu’un va finir par avoir un accident, ici. »
Ricart le fit remarquer.
« Il y a des gamins qui sautent exprès. »
Volka, qui marchait devant, dit cela comme si de rien n’était. Elle voulait dire qu’ils se donnaient la mort.
« Hein ? »
« La Falaise du Ciel. Ça arrivait parfois, avant. Des gamins qui sautaient exprès. »
« … Et ces derniers temps ? »
« Je crois que je n’en ai pas vu récemment. Depuis environ trois mois. »
« … »
Ricart ne sut que répondre. Il avait le cœur lourd. Il aurait voulu pleurer ces enfants disparus, mais il ne connaissait ni leurs visages ni leurs noms.
Mais peut-être que, pour Volka, voir des enfants sauter de la falaise n’avait rien d’inhabituel. Elle posa simplement la question sans y réfléchir.
« Il faut six heures pour y aller. Tu préfères quoi ? Passer la nuit en ville ou faire un tour rapide et revenir ? Par contre, si tu rentres aujourd’hui, je ne pourrai pas t’accompagner. J’ai aussi des choses à faire. »
Cela faisait douze heures aller-retour. Comme il était encore matin, ils auraient à peine le temps de profiter de la ville s’ils rentraient au dortoir de l’Académie le jour même.
Ricart y réfléchit sérieusement, puis se rappela une phrase que son frère aîné Graut lui avait dite un jour.
Les jours comme celui-ci, ce n’est pas le moment de faire des projets.
Ricart leva les yeux vers le ciel bleu parsemé de nuages blancs. Laissant le vent emporter les émotions qui l’avaient accablé un instant, il déclara :
« Je déciderai quand on sera arrivés. »
« Ça me va. Tu m’as dit que tu avais un peu d’argent, non ? »
« Oui. »
« En ville, l’argent est roi et empereur. Si tu en as, tu n’as pas à t’inquiéter. »
« Il peut aussi attirer les ennuis. »
« Ha ha, c’est vrai. Mais qui irait chercher des noises à un gars comme toi ? »
Volka connaissait les capacités de Ricart et ne s’inquiétait donc pas pour sa sécurité. Si Ricart avait été un gamin ordinaire, elle ne l’aurait pas emmené en ville comme ça, à moins de vouloir lui trouver du travail.
Malgré tout, descendre la montagne rocheuse et contempler les champs à perte de vue était vraiment magnifique.
C’était la bonne saison, et des fleurs printanières aux mille couleurs brodaient les champs verts. Le printemps s’était doucement installé dans les plaines, et les escaliers semblaient mener tout droit au paradis.
Il avait entendu dire que des enfants s’y étaient souvent donné la mort. Il ne pouvait donc pas trouver l’endroit simplement beau. Non… Peut-être que cela le rendait encore plus beau ? Non. Il fallait bien qu’il soit beau.
Lorsqu’ils atteignirent enfin le bas, une route unique s’étendait jusqu’à la ville. Elle n’était pas pavée ; seuls les innombrables pas des voyageurs l’avaient tracée, ce qui la rendait étrangement touchante.
Boribori partit seule devant, toute excitée, montrant les alentours du doigt et s’exclamant :
« Polygale ! Jonquilles ! Muguet ! Fleurs étoilées ! »
Boribori énumérait le nom de chaque herbe et de chaque fleur dans les champs.
Sans s’arrêter.
En l’écoutant, Ricart se rendit compte que même les plantes qu’il avait vues chez lui avaient toutes leur propre nom.
« Tu as appris tout ça par cœur ? »
Volka fronça les sourcils, visiblement lassée d’entendre cette litanie.
« Mais elles sont si jolies. Ce serait triste que personne ne les regarde, non ? »
« Ah oui ? Celle-là aussi, elle est jolie ? Tiens, prends ça ! »
Volka écrasa une jonquille jaune du pied. Boribori sursauta et se tut, tandis que Ricart se contenta de sourire.
Ricart s’approcha tout de même de Boribori, abattue, posa une main sur son épaule et lui dit :
« Elle repoussera. Même si une fleur se fane, ça ne veut pas dire que sa vie est terminée. »
« Oui… »
« Je ne sais pas pour Ricky, mais toi, il faut que tu te ressaisisses. Tu vas te laisser porter juste parce que tu as eu de la chance et que tu t’es fait de bons amis ? Qu’est-ce que tu feras dans deux ans ? »
Volka réprimanda durement Boribori. Pourtant, si elle prenait la peine de lui dire tout ça, c’était peut-être qu’elle commençait à s’attacher un peu à elle.
« On en a quand même pour six heures de marche. Ce n’est pas si mal d’écouter des noms de fleurs. »
Ricart tenta de défendre Boribori. À vrai dire, lui non plus ne comprenait pas pourquoi elle avait appris tout cela par cœur.
Volka se contenta de renifler, mécontente.
Des trois, Boribori était celle qui affichait le plus son innocence enfantine, bien qu’elle eût deux ans de plus que Ricart.
« C’est quelle fleur, celle-là ? »
Ricart demanda, espérant redonner le sourire à Boribori.
« Une violette. »
« Et la petite, là ? »
« Une herbe à concombre. »
« Waouh, il n’y a vraiment rien que tu ne saches pas. J’ai entendu dire que les fleurs avaient aussi une signification. Tu peux m’en parler ? »
À ces mots, les yeux de Boribori se remirent à briller.
« On l’appelle violette des hirondelles parce qu’elle fleurit au moment où les hirondelles reviennent après avoir passé l’hiver ailleurs. Elle symbolise l’amitié éternelle. »
« Vraiment ? »
Ricart cueillit trois violettes. Il en donna une à Boribori et lui demanda :
« Ça veut dire qu’on sera amis pour toujours ? »
« … Héhéhé. »
Boribori gloussa, prit la fleur et la glissa derrière son oreille.
« Volka, prends-en une aussi. »
« Tu le fais exprès, pas vrai ? »
« Quoi donc ? »
« Tu essaies de m’énerver. »
« Qu’est-ce que tu racontes ? Tu n’as pas entendu ? Cette fleur signifie l’amitié éternelle. »
« C’est le genre de trucs que font les filles. »
« Alors, tu n’en veux pas ? »
« Je ne crois pas à ces trucs-là. »
Malgré ses paroles, Volka lui arracha une fleur des mains. Ricart sourit.
Ayant retrouvé le sourire, Boribori leur raconta des histoires liées aux fleurs.
Celles d’une jeune fille innocente au cœur brisé, de fleurs ayant poussé là où un courageux chevalier avait versé son sang, d’autres offertes par un ange descendu du ciel, et bien d’autres encore.
Qu’elles soient vraies ou non, qu’ils y croient ou pas, le trajet jusqu’à la ville ne fut pas ennuyeux.
Le vent soufflait. Le froissement des fleurs et des herbes dans les champs ressemblait au bruit des vagues.
Frrrrr…
Beringen n’avait pas de limite nette, du moins au pied de la colline. Les champs laissèrent peu à peu place aux terres cultivées, où ils aperçurent des vaches en train de paître.
Au loin, un château se dressait au sommet d’une colline. Plus ils s’en approchaient, plus la population se faisait dense.
Volka désigna divers endroits tout en parlant.
« Voici le quartier est. Il y a beaucoup de membres de guildes et de diplômés de l’Académie, alors c’est plutôt bien. Tu ferais mieux d’éviter le nord et l’ouest. Des immigrants nords vivent au nord, tu vois. Ils ont leurs propres coutumes. Si tu la ramènes sans réfléchir, ils te fendent le crâne à la hache, alors retiens bien ça. À l’ouest vivent ceux qui habitent ici depuis longtemps. Ils ne nous portent pas dans leur cœur. »
« Et le sud ? »
Ricart posa la question.
« C’est un mélange de tout. Des gens arrivent des régions plus profondes de l’Empire. Certains sont de vrais salauds. Alors reste tranquillement dans le quartier est, tu seras relativement en sécurité. Allons d’abord au quartier général. »
Ricart et Boribori suivirent Volka. L’après-midi était déjà bien avancé, mais le soleil ne se coucherait que dans quelques heures.
Le quartier général était un grand bâtiment étrange. Son deuxième étage était plus vaste que le rez-de-chaussée, et une passerelle aérienne le reliait à un autre édifice.
Un espace séparé servait de parking aux carrosses. Il y en avait cinq. Les chevaux qui les avaient conduits jusque-là avaient été débarrassés de leur lourd harnais et mangeaient du fourrage en buvant de l’eau dans l’écurie.
Ricart avait déjà visité ce qui était censé être une antenne. Il ne put s’empêcher de penser que le quartier général, au moins, avait son propre bâtiment.
« Le vrai quartier général se trouve à l’intérieur du château. À vrai dire, celui-ci n’en est pas un, mais tout le monde l’appelle comme ça. »
C’était là que se déroulait une bonne partie du travail concret. Le véritable quartier général, dans le château, était le repaire de ceux qu’on appelait les grands pontes ; il se contentait de transmettre leurs instructions.
« Tu ne peux probablement pas encore entrer, mais je connais quelqu’un, alors ça peut s’arranger. Et si vous entrez, ne dites pas n’importe quoi. L’ambiance est souvent pourrie. »
« Pourquoi ? »
« À ton avis ? Parce que des gens meurent. »
« Ah. »
La véritable épreuve commençait après deux ans à l’Académie. C’était alors que le plus grand nombre mourait. Ensuite, ceux qui restaient étaient de nouveau répartis entre les rangs supérieur, intermédiaire et inférieur.
Sur les deux cents élèves, garçons et filles confondus, moins de cinquante se lançaient dans l’aventure. C’était une voie difficile et dangereuse. Quelques-uns prenaient la fuite, mais la plupart cherchaient simplement un autre travail.
Volka entra, tandis que Ricart et Boribori restaient côte à côte à regarder autour d’eux.
Des gens armés à la taille circulaient dans les environs. Leurs visages et leurs yeux assombris semblaient révéler le genre de vie qu’ils menaient.
S’ils étaient aventuriers, ou en passe de le devenir, c’était qu’ils avaient tous été diplômés de l’Académie.
C’étaient des aînés, mais Ricart n’éprouva pas un bon pressentiment à leur égard. Malgré le beau temps, ils avaient l’air sombres et épuisés.
Les marchands étaient encore plus nombreux que les aventuriers. N’importe qui pouvait faire appel à la guilde, mais les marchands en étaient naturellement les principaux clients.
Des bribes de conversation leur parvinrent, portées par le vent.
On avait reçu les marchandises ou non. Un seigneur d’une région quelconque s’était-il mis à prélever des péages ? Quelle bande avait semé le trouble dernièrement ? Où les marchandises étaient-elles bon marché, et où coûtaient-elles cher ?
Volka ressortit alors.
« Ils ont dit qu’on pouvait jeter un coup d’œil, mais pas plus. Tenez-vous bien. Ne vous promenez pas n’importe où. »
« D’accord. »
Ricart pénétra enfin dans le quartier général de la guilde.
À l’intérieur, rien ne le distinguait d’une taverne ordinaire, si ce n’est les affiches de recherche placardées sur les murs.
Il y en avait tant que certaines n’étaient pas soigneusement accrochées, mais superposées en épais amas.
Boribori, qui était entrée avec eux, aperçut quelqu’un assis au bar et se figea, tremblante.
C’était l’homme qui l’avait frappée et lui avait versé de l’eau dessus le premier jour.
Il portait une épée à la taille et discutait avec le barman. Mais lorsque celui-ci remarqua Ricart et Boribori, que Volka avait fait entrer, il les salua.
« Ah, c’est vous, les gamins ? Il faut bien manger et grandir. Mettez-vous à l’aise. Par contre, pas d’alcool. Si vous y goûtez avant l’âge, ça vous détruit. »
Ça avait l’air d’un conseil plutôt sensé. Ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, lorsque le barman s’adressa au groupe de Volka, l’homme qui parlait avec lui tourna naturellement les yeux vers eux.
Leurs regards se croisèrent, et l’homme tressaillit de surprise, visiblement décontenancé.
« Oh ? Euh… Euh… »
« Bonjour. »
Ricart le salua.
« Ah, oui. Euh… Le dortoir te convient ? »
« Oui. Ça va. »
« Ah… Oui… »
Volka, Boribori et même le barman regardèrent avec de grands yeux l’aventurier chevronné, diplômé de l’Académie et plutôt doué, qui ne savait plus où se mettre.
Volka et Boribori n’avaient aucune idée de ce qui se passait et semblaient complètement abasourdies.
L’aventurier chevronné était décontenancé par Ricart parce que celui-ci venait d’une famille noble.
Ricart avait vu cet homme le premier jour, tout comme Boribori. Quand il avait montré sa lettre d’admission, l’homme avait visiblement commencé à paniquer.
En voyant sa réaction, Ricart avait décidé de ne pas révéler qu’il était noble s’il voulait vivre tranquillement à l’Académie. Il se contentait donc d’utiliser son surnom comme s’il s’agissait de son nom.
Du point de vue de l’aîné, il était gênant de le traiter comme un noble, mais impossible de le traiter avec désinvolture. Voilà pourquoi Ricart le mettait mal à l’aise.
Ricart n’était pas le fils aîné, mais il était légitime. Un vrai noble.
Les bâtards étaient instinctivement mal à l’aise en présence des enfants légitimes. Et cet homme était lui aussi un bâtard.
« Je… Je ferais mieux de retourner travailler. Je vous laisse. »
Il partit précipitamment, abandonnant même la boisson qu’il était en train de prendre. Avant de s’éloigner, il s’inclina particulièrement bas devant Ricart.
Volka et Boribori le regardèrent comme si elles exigeaient des explications.
Ricart haussa les épaules et trouva une excuse.
« Je ne l’ai pas frappé. »
Même si Ricart était un excellent combattant, avait-il vraiment tabassé un aîné ? Dans ce métier, seule la force comptait, et un aîné ne valait rien s’il était faible ; pourtant, devenir aventurier exigeait toujours un savoir-faire d’un tout autre niveau.
Le barman le dévisagea, surpris, puis son expression s’adoucit comme s’il avait compris. Il avait entendu dire qu’un noble allait arriver à l’Académie et venait de deviner que le garçon devant lui devait être celui-là.
Contrairement à l’homme qui venait de partir, le barman paraissait plutôt à l’aise. Comme il côtoyait toutes sortes de gens, il semblait savoir lire rapidement une situation.
Il avait peut-être aussi remarqué que Ricart ne voulait pas révéler son statut de noble. Il changea donc rapidement de sujet.
« Hunt doit être un peu à l’ouest après avoir bu. Tu vois ? L’alcool, ce n’est pas si terrible. Au fait, Volka, tu as entendu la rumeur ? »
« Oui ? Quelle rumeur ? »
« Tu connais Roch, pas vrai ? »
« Ah… oui. »
Roch n’avait pas bonne réputation parmi les aventuriers. Il était assez doué, mais la rumeur disait qu’il commettait des crimes en douce.
En plus, il se comportait comme une brute, alors peu de gens l’appréciaient.
Les aventuriers n’étaient pas aussi honorables que les chevaliers, mais ils n’étaient pas non plus aussi immoraux que des bandits. Ils avaient leurs propres limites, et Roch était connu dans le milieu pour les frôler dangereusement.
« J’ai entendu dire qu’il avait un trou dans la mâchoire. Ça lui a aussi traversé la langue, alors il ne peut même plus manger correctement. »
Le barman parla en faisant mine de se planter le doigt sous sa propre mâchoire.
« Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? On ne disait pas qu’il était plutôt doué ? »
« Apparemment, il s’en est pris à une femme du clan Bletter et a fini comme ça. Voilà pourquoi il faut rester humble dans ce métier. Le talent ne fait pas tout. Tu verras : ce salaud sera bientôt mort. Il s’est fait des ennemis dans bien plus d’un ou deux endroits. Quel idiot. »
Bien que Roch appartînt à la même guilde, le barman le détestait au point de le maudire. À moins qu’il ne s’agisse pas d’une malédiction, mais d’une intuition.
« C’est quoi, un clan ? »
Ricart posa la question. Ça le rendait curieux depuis un moment, mais il n’avait pas trouvé l’occasion de demander.
Le barman essuyait une chope avec un torchon en lui répondant.
« Un clan, c’est un groupe de gens qui partagent les mêmes idées au sein de la guilde. C’est bien s’ils sont doués, mais plus encore, il faut pouvoir leur faire confiance. C’est pour ça que la vie à l’Académie compte. Ceux qui se serrent les coudes là-bas continuent de le faire ensuite. Les gamins savent mieux que quiconque qui est doué et à qui on peut se fier. »
La guilde semblait être un regroupement de clans. Ces deux termes ne désignaient pas vraiment des entités supérieures et subordonnées, mais, dans les faits, c’était bien ainsi que les choses se passaient.
La guilde confiait du travail aux clans, leur donnait des ordres et, surtout, leur apportait une légitimité.
Grâce à ses liens avec l’Empereur.
C’était le plus important.
« Vous aussi, vous êtes allé à l’Académie, monsieur ? »
Ricart ne s’assit pas. Il posa les bras sur le comptoir et s’y appuya. Celui-ci lui arrivait à la poitrine.
« Monsieur ? Moi ? Ha ha ha ! Désolé, mais je ne viens pas de l’Académie. J’étais juste aventurier. On peut dire que j’étais un homme à tout faire affilié à la guilde. J’ai raccroché pour faire ce boulot, mais j’appartiens toujours à la guilde. J’offre un endroit chaleureux où dormir aux aventuriers fatigués. Et parfois, je transmets les ordres de la guilde. »
« C’est quoi, un homme à tout faire ? »
« Un homme à tout faire, c’est un homme à tout faire. Quelqu’un qui règle les problèmes. »
« C’est justement ce que je te demande. »
« Dans ce métier, régler un problème, ça veut dire obtenir pour un client le résultat qu’il souhaite, par tous les moyens nécessaires. »
« Euh… C’est quelque chose d’effrayant ? »
« Peut-être bien, peut-être pas. »
« Je vois. Au fait, vous avez une chambre où trois personnes pourraient rester ensemble une journée environ ? »
Ricart sortit sa bourse en posant la question. Mais le barman secoua la tête.
« Comme c’est votre première visite, je vous offre une journée. J’ai assez de latitude pour ça. Montez et prenez la dernière chambre à droite. »
« Merci. Au fait, comment vous appelez-vous, monsieur ? Moi, c’est Ricky. »
« … C’est toujours mieux que de m’appeler monsieur, j’imagine. Je m’appelle Dunkel. »
« C’est votre vrai nom ? »
Dunkel eut un léger sourire. Il posa la chope qu’il essuyait, se pencha vers Ricart et lui demanda à voix basse, à l’abri des oreilles indiscrètes :
« Et le tien, jeune maître ? »
Le barman qui se faisait appeler Dunkel avait les cheveux et la barbe bruns soigneusement taillés, ce qui lui donnait une apparence soignée. Pourtant, derrière ses yeux calmes se cachait une présence semblable à une dague acérée.
Ricart la percevait.
Ricart se contenta de sourire sans répondre. Puis il se tourna vers ses deux amis et leur demanda :
« On va d’abord poser nos affaires, puis faire un tour. Ça vous va ? »
Mais Volka et Boribori le fixaient, hébétées, l’air complètement sidéré.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« … Hein ? Oh, non. Oui, faisons ça. »
Volka reprit soudain ses esprits et répondit.
C’était étrange. Ce genre d’endroit ne se montrait pas aussi prévenant simplement parce qu’on y venait pour la première fois. À vrai dire, ce n’était pas du tout un endroit prévenant.
Boribori était trop abasourdie pour dire quoi que ce soit après avoir vu Ricart traiter si naturellement avec des gens effrayants.
Les deux autres suivirent Ricart à l’étage, encore sous le choc.
Le silence retomba dans la salle. Aux tables, les aventuriers dormaient, la tête posée sur les bras, ou sirotaient leur alcool d’un air sombre.
Une femme s’approcha alors de Dunkel.
« Alors, qu’en as-tu pensé ? »
« Il a l’air d’avoir bon caractère. »
« Non. Je ne parle pas de ça. »
« Je n’ai senti aucune mana. »
« Alors, Roch est un idiot, ou le gamin a appris un art secret de l’épée transmis dans sa famille ? »
En vérité, tous ceux qui étaient au courant savaient que Ricart avait vaincu Roch. C’est pourquoi la guilde gardait discrètement un œil sur lui depuis son arrivée à l’Académie.
« Probablement les deux. »
« Hmm… Alors ? Tu vas le mettre à l’épreuve ? »
Dunkel sortit de l’alcool, en versa dans la chope qu’il essuyait tout à l’heure et la tendit à la femme en secouant la tête.
« Non. Ce n’est pas notre boulot. C’est celui de l’Académie. »
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>