Chapitre 158
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 158
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* * *
La pluie allait et venait. Au moment où le ciel semblait s’éclaircir, il se couvrait de nouveau. Un matin, songea-t-il, il se réveillerait sous un soleil revigorant, parmi les gouttes de rosée scintillantes.
Il pleuvait toujours au changement de saison. Peut-être chaque goutte de pluie portait-elle l’automne en elle. Peut-être était-ce ainsi que l’automne s’insinuait dans le monde.
À la frontière entre deux saisons, Ricart était assis à l’endroit où Yeux-de-Serpent Ashtad avait séjourné autrefois. Il écoutait la pluie tomber dehors en lisant une lettre.
Elle venait de Marie.
Comme les conventions d’écriture de l’Empire ne prévoyaient pas de registre familier, la lettre était plus formelle que ne l’était d’ordinaire sa façon de parler.
<Mon époux,
J’ai bien reçu votre lettre. Il semble que ma réponse à celle que vous m’aviez envoyée de Tujis ne vous soit pas parvenue.
Penser que vous êtes déjà arrivé près d’Ernberg… J’ai l’impression que je pourrais tendre la main et vous toucher.
Le cœur humain est vraiment difficile à comprendre. Quand vous partez, on le regrette. Puis, avec le temps, le manque devient si fort qu’on finit par vous en vouloir. Et quand vous vous rapprochez de nouveau, on s’excite, tout en ayant envie de se cacher, gênée.
Si le cœur peut changer d’un instant à l’autre, à quoi bon se soucier du changement des saisons ?
La mousson se poursuit jour après jour à Adelorne, tout comme cette paix illusoire qui donne l’impression que la guerre pourrait s’achever ainsi, sans pour autant nous rassurer.
Grants ne peut pas nous submerger sous le nombre, alors il cherche à nous isoler par la diplomatie.
Il semble vouloir rallier le margrave de Beringen et menacer nos arrières. C’est actuellement ce qui nous préoccupe le plus.
J’ai moi aussi envoyé des lettres dans toutes les directions pour resserrer nos liens avec les puissances voisines. Contre toute attente, Son Altesse le cinquième prince nous a beaucoup aidés. Est-ce parce que nous sommes liés par le sang, ou bien poursuit-il un autre dessein ?
Je sais qu’un profond fossé sépare les chevaliers du cinquième prince, mais il est difficile de refuser son aide sans autre forme de procès…>
La lettre décrivait la situation récente à Adelivari et les réflexions de Marie à son sujet.
Elle contenait aussi des nouvelles de Bori et de la famille de Roy, ainsi que des nombreuses personnes qui l’aidaient : le maire Markwin, Lester, le capitaine des rôdeurs, et Bremen, qui avait autrefois été guide et servait désormais de conseiller ou de capitaine de la garde.
Mais les derniers mots de la lettre étaient difficiles à distinguer : réprimande ou inquiétude ?
<…Mon époux a commis une erreur. Si cette lettre avait été interceptée en chemin, votre position aurait pu être découverte. La position d’une armée est confidentielle ; vous avez donc été un peu imprudent.
Tout le monde va bien ici, alors veuillez éviter d’envoyer des lettres par inquiétude superflue.
Contrairement à mon époux, je n’ai aucun talent pour écrire et ne peux donc que vous adresser des mots un peu raides.
L’essentiel, n’est-ce pas de nous retrouver en personne, de nous regarder dans les yeux et de partager la joie des retrouvailles ? Je ne peux qu’attendre l’automne.
Avec toute mon affection, Martelia.>
Il était soulagé qu’elle semble aller bien, mais, réprimandé sans crier gare, Ricart pencha la tête et se gratta le front.
« Tss. »
Après avoir réfléchi un instant en silence, il décida qu’il ne pouvait pas en rester là. Il prit aussitôt du parchemin et une plume, puis se mit à écrire.
Et ce, même si elle lui avait dit de ne pas le faire.
<À mon épouse,
J’ai bien reçu votre lettre. Je suis soulagé d’apprendre que tout le monde va bien.
Cependant, c’est à moi de décider si j’envoie des lettres ou non. Je réfléchis suffisamment aux risques de divulgation d’informations confidentielles, alors ne vous inquiétez pas. Vous pensez que j’enverrais une lettre sans même tenir compte de cela ? Par conséquent, ne me faites pas de reproches au sujet de mes lettres…>
Il avait vécu des expériences extraordinaires, de Lunadan à Sinatria, et s’était forgé un cœur vaste et profond ainsi qu’un esprit élevé. Pourtant, auprès de la femme qu’il aimait, sa vraie nature semblait refaire surface.
Ricart disait des choses qu’il aurait mieux valu taire, boudeur sans raison valable.
Quand il eut fini d’écrire, il plia la lettre, la glissa dans une enveloppe, fit fondre de la cire rouge pour la sceller et y apposa son sceau. Puis il remit l’enveloppe dans son étui à lettres et sortit.
La pluie semblait s’être arrêtée pour un moment, mais les montagnes, les ruisseaux, l’herbe et les arbres étaient gorgés d’eau. Le feuillage vert en était presque trop éclatant. De bas nuages gris couvraient le ciel.
Peut-être parce qu’ils étaient en montagne, ou peut-être parce que l’été touchait à sa fin, le vent était frais.
Les femmes qui avaient souffert sous le joug des brigands semblaient encore méfiantes à l’égard des chevaliers, mais les enfants baissèrent vite leur garde et se montrèrent familiers avec les chevaliers et les soldats venus se reposer.
Ils se mesuraient au bras de fer, lançaient les dés pour deviner pair ou impair et rattrapaient les enfants après les avoir envoyés en l’air. À vrai dire, c’étaient surtout les adultes qui jouaient avec eux.
Comme ils n’avaient connu que des hommes adultes qui les battaient et les exploitaient sans pitié, les enfants suivaient les soldats comme s’ils étaient leurs pères.
Les soldats, eux aussi, regardaient les enfants avec affection, plutôt qu’avec le sens du devoir ou une obstination toute militaire. Impossible de savoir qui sauvait qui.
Ricart s’approcha des disciples de l’ordre monastique, qui discutaient avec les chevaliers. Il leur tendit l’étui à lettres.
« Portez ceci à Marie, à Adelorne. »
« Entendu. »
« Où est Ice ? »
« Il est retourné au monastère, comme il s’était absenté depuis quelques jours. »
« Alors, pourquoi êtes-vous encore tous ici ? »
« Eh bien… »
Les brigands avaient été éliminés et les disciples de l’ordre monastique ne semblaient pas avoir de projets particuliers. Leur discussion avec les chevaliers portait sur les connaissances et l’expérience du combat et du maniement des armes.
Ils n’étaient pas nombreux, et rien ne les empêchait de rester ici. Après un moment de réflexion, Ricart prit la parole.
« Que quelqu’un me conduise au domaine. »
Les disciples le dévisagèrent, interloqués, échangèrent des regards, puis fixèrent tous une jeune disciple qui devait avoir quinze ou seize ans.
Dans n’importe quel groupe, quelqu’un devait bien se dévouer quand le choix semblait évident. Elle s’avança. Ses cheveux, tirés en arrière, étaient noués derrière sa tête. Elle se mordit une fois la lèvre avant de parler.
« Suivez-moi. »
Ricart la suivit. Les chevaliers chargés de sa garde personnelle voulurent les accompagner, mais il secoua la tête et leur dit que ce n’était pas la peine.
Il y aurait probablement des nonnes là-bas ; il ne serait pas convenable que trop d’hommes inconnus entrent et sortent des lieux.
En suivant la disciple de l’ordre monastique, il eut l’impression d’être dans une vallée de montagne véritablement isolée. La montagne n’était pas particulièrement haute, mais elle était couverte des arbres droits et robustes typiques du Nord.
Tous les arbres se ressemblaient. Si quelqu’un se perdait ici, ce serait à cause d’eux.
La terre sous ses pieds était meuble sans être boueuse, sèche et poudreuse. On aurait dit qu’il marchait sur un tapis coûteux.
Sans doute à cause des pluies abondantes de ces derniers temps, il percevait plus vivement que d’habitude le souffle frais des arbres.
Après avoir traversé un endroit difficile à trouver dans le monde des hommes, il découvrit un petit monastère paisible.
« Le voilà. »
La jeune disciple qui avait guidé Ricart prit la parole. Il observa le monastère et son domaine.
Le domaine du monastère abritait un vaste potager plutôt que des terres agricoles. Quelques fermes se trouvaient à proximité, toutes occupées par des gens au service du monastère.
Sans bétail, les habitants travaillaient la terre et s’occupaient des cultures de leurs propres mains. Ils semblaient tout tirer de la nature et presque rien acheter aux marchands.
Quelqu’un était accroupi dans le champ et creusait le sol avec une sorte de petite truelle en bois. Un tissu blanc lui couvrait la tête, mais il était évident, à sa silhouette, que c’était une femme.
Et Ricart crut savoir qui c’était.
Il s’approcha d’elle sans rien dire. Il se contenta de se tenir à ses côtés et de la regarder travailler la terre en silence.
Tous ceux qui se trouvaient dans les environs tournèrent la tête. Pas une seule personne âgée parmi eux. La plus vieille semblait avoir à peu près l’âge de Ricart.
La femme, toujours accroupie, reculait en bêchant le potager. Elle remarqua alors quelqu’un debout à côté d’elle, qui la regardait de haut. Elle releva la tête et leva les yeux vers Ricart.
Ce qui n’avait changé ni alors ni aujourd’hui, c’étaient ses grands yeux et leurs blancs lisses, comme des blancs d’œuf dur.
Des gouttes de sueur perlaient sur son visage. Sans doute ne le reconnut-elle pas, car Daisy se contenta de dévisager sans comprendre Ricart, qui portait une épée à la taille et une cape sur les épaules.
« Le travail des champs, ça va ? »
Ricart prit la parole le premier. Les yeux de Daisy s’écarquillèrent et elle détourna vite le visage.
« C-comment… ? »
« Vous ne l’avez pas entendu ? C’est moi qui ai éliminé les brigands. »
« N-non, ce n’est pas ça. »
La voix de Daisy tremblait violemment. Elle avait l’air sur le point de pleurer. Puis elle s’essuya précipitamment le front, les mains agitées comme si elle ne savait pas quoi en faire.
« Je vais vous laisser un moment. »
Elle semblait gênée ; Ricart lui dit donc cela.
« N-non. Ça va. »
Daisy se releva. Après avoir pris plusieurs grandes inspirations, elle se ressaisit et se tourna vers Ricart.
Ricart n’avait rien fait, pourtant le regard de Daisy vacillait furieusement. Elle semblait sur le point de pleurer, mais aussi de rire. Son expression ne parvenait pas à se fixer.
Daisy détourna donc de nouveau le visage.
« Je manque encore de discipline, je suppose. Je croyais avoir déjà mis de l’ordre dans mes sentiments. »
« Je suis désolé. »
« Vous n’avez pas à vous excuser, Ricky. »
Ricart regarda autour de lui, dans ce modeste domaine. Il y avait ici des gens, et il y avait de la vie.
« Tu as bâti quelque chose de merveilleux, Daisy. »
« Je n’ai rien fait… Nous avons tous travaillé ensemble. »
Daisy se tortillait les mains. Elle arrivait à peine à regarder Ricart et ne lui jetait que de brefs coups d’œil. C’était déjà le cas autrefois. Il y avait quelque chose de vraiment charmant dans la façon dont ses grands yeux allaient et venaient.
En dehors de sa famille, Daisy était son lien le plus ancien. Il l’avait connue avant Marie, avant même Bori.
Sa vie avait été des plus mouvementées, et le plus douloureux était peut-être qu’elle n’avait jamais gagné le cœur de Ricart.
Pourtant, elle avait laissé derrière elle toute cette douleur et ce chagrin, et bâti quelque chose de merveilleux. Ricart pouvait bien bouleverser le monde autant qu’il le voulait : seule Marie se tenait à ses côtés.
Mais Daisy, elle, avait fondé une famille, une très grande famille.
« Oh ? »
En entendant près de lui une femme s’exclamer avec étonnement, Ricart se retourna et aperçut plusieurs nonnes qui venaient de sortir du monastère.
Quelqu’un les avait appelées après qu’un homme étrange était arrivé et s’était mis à parler à Daisy, sœur Mikela.
« Bonjour. »
Ricart les salua avec désinvolture. Les nonnes ne surent que dire. Elles gloussèrent doucement entre elles et lui rendirent son salut sans grand enthousiasme.
C’étaient des femmes destinées à devenir les épouses de Dieu quand celui-ci descendrait sur terre. Autrement dit, l’Église du Jugement les avait élevées et formées pendant longtemps pour qu’elles deviennent les épouses de Ricart.
C’est pourquoi elles étaient toutes d’une beauté et d’une pureté exceptionnelles. Certaines étaient un peu plus âgées que Ricart, d’autres un peu plus jeunes, mais toutes s’agitaient comme des jeunes filles, comme si la crasse du monde ne les avait jamais touchées.
« Je ne suis passé que pour vous saluer. J’ai fait tout ce chemin, ce serait un peu froid de repartir sans même m’arrêter. Beaucoup de gens semblent mal à l’aise à cause de moi, alors je vais vous laisser. Portez-vous bien. »
C’était réellement tout ce que Ricart était venu faire. Il n’avait rien d’autre à faire ici, et sa présence ne ferait que rendre les choses gênantes ; il comptait donc vraiment partir.
« A-attendez. »
Daisy l’interpella.
« Prenez au moins le thé… Je dois recevoir convenablement un invité… Et vous, mes sœurs, ne vous approchez pas autant. »
« On regarde, c’est tout. »
« C’est justement ça, le problème. »
« Qu’est-ce qu’on y peut si on a des yeux ? On ne va pas se promener les yeux fermés. »
« Franchement… »
Daisy secoua la tête et se dirigea vers le monastère. Ricart la suivit.
Le bâtiment du monastère n’était pas si petit. Il n’était pas immense non plus, mais il comptait plusieurs bâtiments séparés qui pouvaient servir de logements ou d’entrepôts.
Des orphelins se trouvaient dans la cour du monastère. Quand Daisy et Ricart apparurent, ils se précipitèrent en masse vers eux.
« Ma sœur ! Ma sœur ! C’est qui, lui ? »
« C’est ton mari ? »
« C’est son petit ami ! Son amoureux ! »
« Tu vas arrêter d’être une nonne, maintenant ? »
« Les enfants, cessez de dire des bêtises et allez étudier. C’est un invité. Vous ne devriez pas le mettre mal à l’aise. »
« Noooon ! »
Ils répondirent avec assez d’entrain. Mais la question était orientée, alors Ricart n’en pensa pas grand bien.
« Les épéistes sont partis à cause des brigands, alors les enfants sont un peu comme ça. J’espère que vous comprendrez. »
« Ils ont donc pris leurs aises. »
« Hein ? »
« Rien. »
Ricart éluda la question et entra dans le bâtiment. Il fallait se reposer quand venait l’heure de se reposer. Ils avaient beaucoup travaillé.
Sans doute parce que c’était un monastère, tout y était simple. Pas la moindre trace de faste. La plus belle décoration était la lumière blanche qui entrait par les fenêtres ouvertes. L’endroit était élégant, pur et ordonné.
« Je peux aller me changer un instant ? J’ai transpiré… »
« Bien sûr. Prends ton temps. »
« Je reviens tout de suite. »
Ce n’était même pas un salon de réception, seulement le réfectoire où les nonnes prenaient leurs repas. Ricart regarda autour de lui, bien qu’il n’y eût pas grand-chose à voir.
Daisy mit un bon moment à revenir. Quand elle reparut, elle semblait s’être lavée soigneusement. Elle portait une robe de nonne noire et propre qui lui couvrait les cheveux.
Elle lui servit une infusion d’écorce d’arbre, au léger parfum de bois fumé.
« La vie au monastère se passe bien ? »
Ricart but une gorgée de thé en faisant un petit bruit de succion, puis posa sa question. Contrairement à lui, qui était confortablement assis, Daisy semblait mal à l’aise. Elle faisait rouler sa tasse en bois entre ses deux mains. Elle n’était pas malheureuse, seulement gênée.
« …Oui. Et toi, Ricky ? »
« La vie est faite de souffrance. Mais n’est-ce pas le sens de la vie que de lutter pour y trouver de la joie ? »
« Je crois, oui. »
« Mais ça ne doit pas être facile avec autant d’enfants. »
« Plus c’est difficile, plus la joie est grande. »
« C’était une question idiote. »
« Non. »
Daisy répondait toujours en quelques mots, ce qui rendait la conversation un peu difficile à poursuivre pour Ricart.
« Où est allé Ice ? »
« Au sommet derrière le monastère. Il y a aussi des épéistes là-bas. »
« Je vois. La vie ici doit être plus occupée que je ne le pensais. »
« Oui… »
« À bien y réfléchir, toi et moi ne sommes pas si différents. Tu t’occupes d’orphelins et moi, je mène des soldats qui ont perdu leur chemin. »
« Je suppose… C’est vrai… Mais, Ricky. »
« Oui ? »
« Je crois que je peux le dire, maintenant. »
« Dire quoi ? »
Daisy hésita un instant. Elle ferma même les yeux très fort, comme si elle prenait une décision difficile. Puis elle les rouvrit et exprima clairement ce qu’elle avait sur le cœur.
« Je suis désolée de t’avoir imposé mes sentiments sans penser à ta douleur. »
« Ma douleur ? »
« Ce jour-là, tu avais l’air très triste, Ricky. »
« …Vraiment ? »
« Dieu m’a tout montré. Je n’ai simplement pas voulu regarder. Quand j’ai compris à quel point j’avais été stupide, j’ai aussi compris que je n’avais pas regardé autour de moi. Ma pauvre mère, et les gens sacrifiés par l’Ordre. Je n’ai pensé qu’à moi. »
« Ne te reproche pas trop de choses. Quand on sort dans le monde, on s’aperçoit qu’il est rempli d’imbéciles. »
« Maintenant que j’y pense, tu es assez cynique, Ricky. »
« Ça dépend des moments. Je ne supporte pas les hypocrites ni les arrogants. Mais quand je vois quelqu’un de pur, même un peu idiot, j’ai envie de le traiter avec gentillesse. Moi aussi, je suis assez égoïste là-dessus. »
Parfois, le regard de Ricart était aussi tranchant que la lame qu’il maniait. Mais il manquait de délicatesse. Si l’on devait lui trouver un défaut, c’était peut-être celui-là.
Peut-être grâce au thé, Daisy regarda Ricart avec un cœur plus léger. Puis elle sourit doucement, comme une petite fleur.
« Hmm… À te revoir, je ne te trouve pas très doué comme homme, Ricky. »
« Quoi ? Ça sort d’où, ça ? »
« Peut-être que j’étais aveuglée par l’amour, à l’époque ? »
« C’est un peu absurde, mais qu’est-ce que j’y peux ? C’est comme ça que je suis. »
Ricart se contenta d’un faible sourire, puis but son thé. La température était parfaite.
« Pour être honnête, rester ici à ne pas savoir quoi dire me fait souffrir. Je vais y aller. Je suis content que tu ailles bien. Je vais essayer de bien vivre, moi aussi. »
« D’accord. »
« Oh, et si je fais une offrande, tu prieras pour moi ? Pour que la chance me sourie au combat, par exemple. »
« Bien sûr. Je n’ai rien contre l’argent. »
« Excellente attitude. Ceux qui prétendent ne pas vouloir d’argent sont les plus dangereux. Merci pour le thé. Je m’en vais. Ne me raccompagne pas. Ce n’est pas la peine. »
« Hein ? Ah. »
Ricart aurait voulu lui serrer la main, ou peut-être la prendre dans ses bras, mais elle était nonne et il n’osa pas la toucher. C’était regrettable, mais c’était ainsi que cela se terminait. S’ils survivaient à ce monde impitoyable, se reverraient-ils un jour ?
Il lui adressa un dernier sourire, puis quitta le réfectoire.
Daisy hésita, se demandant si elle devait le suivre, ou au moins le raccompagner. Pendant qu’elle hésitait, Ricart s’éloigna.
Tandis qu’elle tenait sa tasse encore à moitié pleine, des larmes se mirent soudain à couler.
Elle avait toujours prié.
Idiot.
La pluie, qui avait semblé s’arrêter un bref instant, ne reprit pas. Les nuages sombres se retirèrent et un soleil revigorant éclaira la rosée accumulée au bout des feuilles.
Enfin, l’automne était là.
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