Chapitre 131
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 131
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* * *
Des instants magiques s’enfonçaient dans les profondeurs de la conscience, puis disparaissaient sans qu’on les remarque.
Pourtant, ils laissaient forcément quelque chose dans ces abysses du cœur. Ou peut-être, comme des coups frappés à une porte, appelaient-ils quelque chose de l’autre côté ?
Le monde regorgeait de mystères et de merveilles. Et ces choses semblaient éveiller quelque chose de noble et de grand qui sommeillait en l’humanité.
Malgré tout, la plupart des gens détournaient le regard de ces beautés et ne couraient qu’après les sensations fortes et le plaisir.
Comme s’ils tournaient le dos aux fleurs parfumées, aux brises fraîches et au soleil éclatant pour enfouir leur visage dans un tas de fumier, au milieu de l’herbe.
La vraie magie ne consistait pas à déformer la réalité ni à créer des illusions. Elle consistait à tendre la main vers quelque chose qui dépassait la conscience humaine.
Ça, c’était certain.
« Hum ! Hum ! Hrk ! Hum ! »
Ricart, qui gisait inconscient, se réveilla en crachant un peu d’eau. Il se retourna et la recracha par terre, mêlée à la salive qui coulait de sa bouche.
Il respirait péniblement lorsqu’il remarqua les menottes à ses deux poignets. Qu’est-ce que c’était que ça ?
« Encore un voyage dans le monde réel. »
Une voix grave et familière retentit à côté de lui. En tournant la tête, il aperçut le Sorcier des Terres désolées.
Contrairement à la dernière fois, il n’avait pas de bâillon, mais ses mains étaient entravées comme celles de Ricart.
Ils se trouvaient dans une cage de fer. C’était le milieu de la journée, et, à l’extérieur, on distinguait une rue de ville.
Des gens passaient. Ricart entendit alors le brouhaha ambiant. Des Impériaux circulaient librement dehors, mais la plupart des passants étaient des Salamans.
Plus que tout, les odeurs étrangères qui flottaient dans l’air lui apprirent qu’il n’était pas dans sa terre natale, mais dans un pays inconnu.
« Tes affaires sont là-bas. »
Le sorcier désigna un endroit. L’épée et le reliquaire de Ricart reposaient sur une table, à côté de la cage. Le marchand d’esclaves assis devant celle-ci portait le bracelet d’or Viking de Ricart.
Était-ce une chance, tout compte fait ? Ou bien cela n’avait-il aucune importance, vu la situation ? Ricart n’avait plus de force dans le corps et s’adossa au mur pour se reposer. Il s’affaissa comme une serpillière trempée.
Le sorcier l’observa un moment, puis prit la parole.
« Ne te décourage pas trop. Le monde extérieur n’est qu’une grande prison, après tout. Alors, que tu sois enfermé dans une petite prison ne change rien à l’essentiel. Tu es prisonnier dans les deux cas. »
Adossé au mur, Ricart reprit son souffle, puis ricana.
« J’ai l’air découragé ? »
« Hmm ? Dans ce cas, tant mieux. Au fait, je ne te mets pas mal à l’aise ? »
« Pourquoi serais-je mal à l’aise ? Même si tu es vraiment un sorcier, tu as des bras et des jambes, des yeux, un nez et une bouche, comme tout le monde. »
« Hahaha. Voilà une réponse avisée à une question stupide. »
Le sorcier rit doucement, lui aussi.
« Je m’appelle Ricart. Appelle-moi Ricky. Et toi ? »
« Hashmid Abhajid, Ricky. »
« Lequel est ton nom de famille et lequel est ton prénom ? »
« Le premier est une sorte de titre, et le second est mon nom. Je n’ai pas de nom de famille. Je ne connais même pas mon père. »
Les noms des Salamans se composaient généralement d’un surnom, du nom du père, de son propre nom et de celui du fils. Comparé à cela, celui du sorcier était beaucoup trop simple.
En bref, c’était un nom sans racines. Mais Ricart était lui-même un étranger, alors cela ne le dérangeait pas vraiment.
Il se servit même du titre pour inventer un surnom à sa guise.
« Alors, je peux simplement t’appeler Hashim ? »
« Hmm ? Ça ne te dérange pas ? Je n’ai jamais eu de petit nom. Ni de surnom. Je n’avais pas d’amis. »
« Alors, je serai ton premier ami, Hashim. »
« Hmm… Ce n’est pas mal. Ça me plaît. »
« Au fait, Hashim, tu as l’air d’avoir pris du poids. »
La première fois que Ricart avait vu Hashim enfermé dans une cage, à Renova, il n’était presque que peau et os. Il avait encore les joues creuses, mais il allait certainement beaucoup mieux qu’avant.
« Je crois que j’ai mangé toutes sortes de choses pendant le chaos, mais je ne m’en souviens pas clairement. »
« Pendant le chaos ? Ah… Hein ? »
Hashim avait-il vraiment eu le temps de manger quoi que ce soit à ce moment-là ? Ricart trouvait cela étrange, mais il se contenta de l’accepter. C’était un sorcier, après tout. Il n’avait sûrement pas mangé de rats. Non, sûrement pas.
Pendant que Ricart discutait avec Hashim, quelqu’un s’approcha de la cage. Peut-être cherchait-il à acheter des esclaves, car il les examina tous deux comme du bétail.
C’était un homme vêtu de vêtements coûteux et coiffé d’un turban. Il agitait doucement une baguette dont l’extrémité était garnie d’une fourrure soyeuse.
Le marchand d’esclaves, qui mangeait quelque chose, se hâta de rejoindre le client et désigna Ricart.
« Celui-là, là, a l’air en pleine forme, vous ne trouvez pas ? Des cheveux blonds, des traits bien proportionnés, une grande taille et des muscles. C’est un Franken typique. Très fort. Quel que soit l’usage que vous en ferez, je vous garantis satisfaction. »
Les Salamans appelaient les habitants de l’Empire des Franken. Mais le nom « Impériaux » était lui-même relatif. C’était ainsi que les barbares vivant près de l’Empire les désignaient. Les Salamans, qui possédaient leur propre civilisation, se considéraient, eux, comme des Impériaux.
Autrement dit, Ricart, venu de l’Empire, était au mieux un étranger et au pire un barbare.
Il n’aurait jamais imaginé qu’on le traiterait de barbare. La sensation était étrange. Pas désagréable, mais plutôt comme un choc inédit. Alors, les choses pouvaient aussi se passer ainsi.
Non, plus important encore, il était sur le point d’être vendu comme esclave. La situation elle-même lui était totalement inconnue.
« Cela dit, à son regard, on dirait qu’il n’est pas encore dompté. »
« Euh… Hahaha, mais c’est aussi ça qui fait son charme, non ? Le dresser ? »
« C’est vrai. J’aimais bien ce genre de chose, moi aussi, mais maintenant, ça m’ennuie trop. »
Le client les examina une seule fois, puis s’éloigna en agitant nonchalamment sa baguette à bout de fourrure.
Le marchand d’esclaves le regarda partir, puis marmonna :
« Putain de nouveau riche. Pff. »
Ensuite, le marchand d’esclaves passa sa mauvaise humeur sur Ricart et Hashim, sans aucune raison. Il frappa la cage avec sa matraque. Cela ne leur faisait pas directement mal, mais c’était tout de même désagréable.
« Bande de salauds, vous croyez que vous avez décroché le gros lot ? Qu’est-ce que vous racontez de si joyeux, hein ? »
Ricart et Hashim ne répondirent rien et se contentèrent de regarder le marchand d’esclaves avec calme. Leurs visages ne trahissaient pas la moindre peur.
« Quand des clients arrivent, faites-vous valoir ou levez-vous pour montrer votre force. Si vous ne vous vendez pas vite, c’est vous qui allez en baver. Compris ? »
Après leur avoir fait la morale pendant un bon moment, le marchand d’esclaves retourna à sa place et se mit à manger une sorte de bouillie.
« Tomber sur un bon maître, c’est aussi une bénédiction. »
Hashim prit la parole, et Ricart éclata de rire.
« J’ai vendu un cheval il n’y a pas longtemps et je lui ai souhaité de tomber sur un bon maître. Maintenant que je suis dans la même situation, je crois comprendre ce que ressentent les animaux. Mais, Hashim, as-tu déjà servi un maître ? »
« J’ai enseigné à une jeune noble, autrefois. Tous les esclaves ne travaillent pas dans une mine jusqu’à leur mort ou ne sont pas vendus comme esclaves sexuels. On m’a plutôt bien traité. »
« Même chez les esclaves, les sorts diffèrent. Mais tu l’as dit toi-même : le monde extérieur et cet endroit ne sont pas vraiment différents, puisque ce sont tous deux des prisons. »
« Et alors ? »
« Qu’on te traite bien ou mal, tu restes un esclave. N’est-ce pas ça, le plus triste dans l’esclavage ? Ton destin ne t’appartient pas. »
« C’est vrai. Au fait, es-tu un guerrier ou un érudit ? À en juger par cette épée flamboyante, tu es clairement un Jihadra. »
« Un Jihadra ? »
« Hmm… Comment appelaient-ils ça, chez toi ? Maître des lames ? Maître de l’Épée ? Mais le terme le plus exact serait guerrier sacré. »
On aurait dit que les Salamans avaient, eux aussi, quelque chose comme des Maîtres de l’Épée. Mais quelque chose dans ces mots déplaisait à Ricart.
« Qu’est-ce que tu entends par “plus exact” ? On dirait que notre terme est incorrect. »
« Hmm… À ma connaissance, c’est cette branche qui est apparue la première. Mais ça n’a pas beaucoup d’importance. Autrefois, les Franken et les Salamans faisaient tous partie d’un même empire. C’est de là que ça vient. »
« L’Ancien Empire ? »
« Vous autres, vous donnez des noms tellement fades à tout. »
« Vous l’appelez autrement ? »
« Non, nous aussi, nous l’appelons simplement l’Ancien Empire. Un empire reste un empire. Il n’a pas de nom. »
Qu’était-ce censé vouloir dire ? Aux yeux de Ricart, Hashim avait l’air très sage, mais il semblait aussi lui manquer quelque chose.
Malgré l’avertissement du marchand d’esclaves, les deux hommes continuèrent de bavarder tranquillement. On aurait dit qu’ils ne savaient pas dans quelle situation ils se trouvaient.
Mais d’autres cages étaient alignées à côté de la leur, et l’un des occupants d’une cage voisine leur adressa la parole.
« Messieurs, vous ne vous inquiétez pas ? »
Ricart discutait avec Hashim depuis un moment. Il se tourna vers l’homme, bâti solidement. Celui-ci n’avait pas les cheveux blonds, mais semblait être un Franken, comme Ricart.
« À propos de quoi ? »
« Vous êtes beaux, alors, avec un peu de chance, on vous vendra comme esclaves sexuels. Sinon, on vous fouettera jusqu’à ce que vous creviez. Ça ne vous fait pas peur ? »
Être vendu comme esclave sexuel, c’était avoir de la chance ? Ricart ne comprenait pas, mais les gens voyaient les choses différemment.
« Désolé, mais je ne suis pas un esclave. »
L’homme de la cage voisine éclata de rire.
« Hahahaha ! Ce n’est pas à toi d’en décider. Tu n’es clairement pas encore dompté. »
« Être dompté n’a rien de glorieux. »
« C’est vrai, mais ça atténue la douleur. Tu ferais mieux de baisser les bras et de l’accepter tout de suite. »
« J’en doute, mais si j’ai une raison de le faire, j’y réfléchirai. »
Voyant que Ricart refusait de se rendre à l’évidence, l’homme ricana.
« Tu es un drôle de type. Mais tu changeras d’avis avant de goûter au fouet. Regarde. »
Comme pour se vanter, l’homme de la cage voisine se retourna et releva sa chemise. Son dos était couvert de marques de fouet. La vue de cette chair lacérée, puis recouverte de cicatrices, était épouvantable.
Pourtant, Ricart et Hashim ne firent que fixer son dos d’un air absent.
Un autre client vint alors examiner Ricart. Cette fois, c’était une noble.
Elle portait un voile de soie sur la tête et s’était couvert le nez et la bouche d’un tissu fin. On ne voyait sa peau brune qu’autour de ses yeux, et le maquillage sombre qui les soulignait lui donnait une allure irrésistible.
Le marchand d’esclaves rongeait un gros os entièrement dépouillé de sa viande, comme un chien. Il se hâta d’aller saluer la noble en s’inclinant.
« Quant à celui-là… »
Mais, alors que le marchand d’esclaves s’apprêtait à lui présenter la marchandise, la noble leva la main pour l’arrêter. Elle se contenta de désigner Ricart et de lui faire signe d’approcher avec le doigt.
Ricart l’ignora. Il resta assis contre le mur à la regarder calmement. Le marchand d’esclaves frappa la cage de sa matraque.
« Qu’est-ce que tu fabriques ? Lève-toi et approche. »
Ricart poussa un léger soupir. Les mains entravées pendaient lourdement le long de son corps tandis qu’il se levait pour s’approcher de la noble.
La cage entre eux, il la dépassait d’une tête. Ses épaules semblaient deux fois plus larges que les siennes.
Elle s’adressa directement à Ricart.
« Qu’est-ce que tu veux ? »
« Rien. Du moins, rien de toi. »
« Ne prends pas de grands airs. Ça te rend moins attirant. »
« Je n’ai pas besoin de te plaire. Je peux retourner m’asseoir, maintenant ? »
« Selon ton comportement, je pourrais t’accorder la liberté. »
« Je suis déjà libre. »
À la réponse de Ricart, la noble ricana, incrédule, et secoua la tête.
« Je te prenais pour un cheval sauvage, mais tu n’es qu’un imbécile. »
Ricart renifla à ces mots. Il activa la Conduite du mana, contracta les bras et brisa ses menottes à la seule force de ses muscles.
Crac !
Les menottes cédèrent dans un bruit sec. La noble, le marchand d’esclaves et même les occupants des cages voisines sursautèrent. Seul Hashim resta calme.
Ricart saisit les barreaux et les écarta comme s’ils étaient en pâte à modeler. Puis il sortit de la cage et se planta devant la noble. Plus rien ne se dressait entre elle et lui.
On aurait dit qu’un lion, prisonnier dans une cage, en était sorti pour lui faire face. La noble trembla comme une feuille.
Heureusement, le lion n’avait pas soif de sang pour l’instant.
« J’ai toujours l’air d’un imbécile ? »
« … »
Que ce fût de peur ou pour une autre raison, les yeux de la noble tremblèrent tandis qu’elle levait la tête vers Ricart. Il marcha tranquillement pieds nus jusqu’à la table.
Là, il se servit des clés du marchand d’esclaves pour retirer ses encombrantes entraves et récupéra son épée. Il fourra le reliquaire dans son sac à dos, puis s’approcha du marchand d’esclaves en lui tendant la main.
« Donne-le-moi. Le bracelet. »
Le marchand d’esclaves trembla et retira à contrecœur le bracelet d’or. Ricart le lui arracha des mains et le remit à son poignet.
Puis, comme si rien ne s’était passé, il dit à Hashim :
« Allons-y. »
« Je ne sais pas si c’est bien. On dirait qu’on est en train de voler quelque chose. »
Pour Hashim, les esclaves étaient une sorte de marchandise. Partir ainsi lui semblait donc inhabituel. Quoi qu’il en soit, Hashim sortit lui aussi de la cage, et Ricart se servit de la clé pour lui retirer ses entraves.
Ricart lança nonchalamment la clé à l’homme de la cage voisine, celui qui lui avait dit de se rendre à l’évidence. Cling.
« C’est à toi de décider si tu es un esclave ou non. »
Sur ces mots, Ricart s’éloigna pieds nus, ses pas claquant sur le sol.
L’homme fixa la clé sans comprendre, puis releva la tête vers le marchand d’esclaves. Celui-ci ne le menaçait pas et ne fronçait pas les sourcils. Il avait simplement l’air ahuri.
L’homme se retourna pour regarder Ricart s’éloigner. Peu après, celui-ci disparut dans la foule.
L’homme baissa de nouveau les yeux vers la clé. Toutes sortes de pensées lui traversèrent l’esprit. S’il partait ? Que ferait-il, une fois parti ? Il ne ressentait que du désespoir.
Il ramassa donc la clé, mais, au lieu de déverrouiller ses entraves, la tendit lentement à travers les barreaux.
Au fond, ce qui avait fait de lui un esclave, ce n’était ni la cage ni les entraves, mais sa propre conscience.
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