Chapitre 129
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 129
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Ricart traversa montagnes et rivières pour gagner le sud de l’Empire. Même s’il avait chevauché tout le trajet, le voyage dura un jour de plus que prévu. C’était son quatrième jour depuis son départ d’Adelivari.
Il arriva à Renova, l’une des villes côtières du sud, bâtie depuis l’Antiquité autour du commerce maritime.
Renova regorgeait d’architectures et de coutumes étrangères, d’une eau au goût étrange et d’odeurs inconnues. Le soleil tapait fort, mais il ne faisait pas trop chaud, car la brise marine soufflait sans répit.
Des mouettes blanches volaient au-dessus de lui, tandis que d’immenses galères, plus grandes que tous les navires que Ricart avait vus, même à Harlen, mouillaient dans le port.
Ricart se rendit d’abord au marché aux chevaux et vendit le sien. Il aurait pu l’embarquer, mais le transport lui aurait coûté cher et il aurait été difficile de s’en occuper.
La négociation faillit tourner à la dispute, et Ricart sentit plusieurs fois sa main le démanger près de la garde de son épée.
« Les chevaux de selle ne se vendent pas bien, ces temps-ci. Les nobles, les chevaliers, tous ne cherchent que des destriers, tandis que les gens sans le sou veulent des chevaux de bât. Personne ne veut d’un cheval de selle. »
Le marchand, aux cheveux noirs et à la peau très hâlée, lui parla avec arrogance, comme s’il le prenait de haut.
Il cherchait sans doute à lui couper l’herbe sous le pied, mais Ricart n’était pas du genre à se laisser intimider. Il avait chargé seul une armée de cinq mille hommes.
Sans se mettre en colère, Ricart lui répondit calmement :
« Trouver un bon acheteur, c’est votre problème, pas le mien, non ? Ce cheval est bien musclé et très endurant. Comme vous le voyez, il a aussi de bonnes dents. Regardez son pelage. Vous savez combien de fois je l’ai brossé ? »
« J’ai des yeux, moi aussi. Je vois bien que c’est un bon cheval. Mais s’il ne se vend pas, qui va payer son entretien en attendant ? »
« … Je comprends. Vos talents de marchand ont leurs limites, alors vous n’êtes pas du genre à vendre de bons chevaux. Allez vendre des chevaux de bât, dans ce cas. Je trouverai quelqu’un d’autre. »
« Eh bien, eh bien. Écoutez-moi celui-là. »
Quand Ricart mit délibérément en doute les compétences du marchand pour le provoquer, celui-ci éclata de rire et l’attrapa par la manche.
« Bon, bon. Deux pièces d’or. Mais si je vous paie le prix fort, comment voulez-vous que je fasse du bénéfice ? »
« Ça, c’est à vous de vous débrouiller, selon vos compétences. Dépêchez-vous de me donner l’argent. »
Le marchand sortit deux bourses et les lui tendit. Chacune contenait vingt pièces d’argent.
Ricart les prit et les soupesa plusieurs fois, comptant les pièces au toucher avec précision. Il y en avait quarante en tout.
Négocier était épuisant. Il comprenait que chacun défendait ses intérêts, mais il n’avait pas envie d’avoir affaire aux marchands.
Il ressentait malgré tout un pincement au cœur pour le cheval qui l’avait porté jusque-là.
« Trouve-toi un bon maître. »
Ricart lui caressa la crinière et l’encolure.
Le marchand le regarda avec satisfaction. Quelqu’un qui prenait soin des animaux était une personne bien.
« Vous êtes un voyageur ? »
La transaction étant terminée, ils n’avaient plus besoin de se jauger ; le ton du marchand s’adoucit.
« On peut dire ça. »
« Où allez-vous ? »
« À Sinatria. »
« Où, à Sinatria ? C’est assez grand, là-bas. »
« Au quartier général des Chevaliers de la Flamme. »
« J’entends dire que les rumeurs ne sont pas bonnes, ces derniers temps. Il paraît qu’ils vénèrent des démons. »
« Des rumeurs sans fondement. Ce sont des gens nobles. »
« C’est possible. J’ai assisté à quelques chasses aux sorcières, moi aussi, et je n’y ai pas vu une seule sorcière. C’était juste des gens qui passaient leur colère, ou qui avaient un autre motif. »
Tout le monde le savait. Les gens étaient simplement accusés à tort et tués.
Pourtant, chacun considérait que cela ne le concernait pas et ne semblait pas s’en inquiéter outre mesure.
« Il y a un navire pour Sinatria ? » demanda Ricart.
« Des navires partent en nombre. Il y en a toujours qui prennent la mer. La question, c’est de savoir où ils vont. »
« Alors, oui ou non ? Il y a un navire qui y va ? »
« Eh bien… Je ne connais pas grand-chose aux voyages en mer, mais si vous allez à Sinatria, les navires ne devraient pas prendre cette direction avant l’été. Vous pourrez tenir jusque-là avec cet argent. Si vous vous sentez seul, je peux vous indiquer un endroit agréable. Depuis l’Antiquité, les beautés du sud sont réputées pour vous tuer au lit. »
Le marchand afficha un sourire malicieux, mais Ricart était plus préoccupé par l’idée qu’aucun navire ne partirait avant un mois.
« Sinon, vous pouvez éviter d’y aller directement et faire un détour. Vous pourriez débarquer à Tagonia et continuer depuis là, ou louer un navire à titre privé. »
« Combien coûterait la location d’un navire ? »
« Je ne sais pas. Il faudrait probablement payer au moins cinq pièces d’argent par marin. Quant à la location du navire, je ne peux même pas vous donner d’estimation. Allez d’abord voir la Compagnie marchande Benicio. Ce sont eux qui s’y connaissent le mieux en navigation. »
Le marchand lui indiqua alors où se trouvait le bâtiment de la Compagnie marchande Benicio.
Après avoir écouté ses indications, Ricart décida de se diriger à peu près par là et de redemander son chemin s’il se perdait.
« J’irai là-bas. Trouvez un bon maître à mon cheval. »
« Que la chance vous accompagne où que vous alliez. »
Le marché aux chevaux se trouvant à l’extérieur de la ville, Ricart prit la direction du centre.
Sur une portion de la côte où les rochers noirs avaient été fendus et aplanis, des Salaman avaient étendu des nattes et priaient.
« Salaman ! Salaman ! »
Leurs voix claires retentissaient tandis qu’ils s’inclinaient vers le sud-est. Ricart se demanda si des hérétiques pouvaient vraiment pratiquer leur culte aussi ouvertement, mais personne ne leur prêtait attention.
En réalité, leur culte était légal, car ils versaient une taxe religieuse à la ville.
Les habitants semblaient détester les hérétiques tout en les comprenant à leur manière et en vivant à leurs côtés. Voilà à quoi ressemblait le sud. C’était étrange et fascinant.
En traversant les ruelles à l’intérieur des remparts, Ricart vit toutes sortes de gens. Des mercenaires, des voyageurs, des soldats dont il ignorait l’allégeance, des pèlerins, des prêtres, des chevaliers, des nobles, des gens du peuple, et même des esclaves.
Les rues étaient si bondées que les passants se bousculaient. L’épée à sa taille le gênait ; Ricart détacha donc sa ceinture et, pour la première fois depuis longtemps, passa l’arme en bandoulière sur son épaule.
Après avoir franchi un poste de contrôle qui ressemblait à une porte, la foule se clairsema, heureusement. Il eut l’impression de pouvoir respirer à nouveau.
Les restaurants le long de la route avaient installé des tables à l’extérieur. Les clients y mangeaient avec les doigts des fruits de mer grillés ou cuits à la vapeur : d’énormes plats de crabes, du poisson, des crevettes, des bulots, et bien d’autres choses.
Habitué à l’intérieur des terres, Ricart était fasciné par ces fruits de mer qu’il n’avait jamais vus de sa vie. Ils le dégoûtaient un peu aussi. *Ce sont des bestioles, non ? Ça se mange ?*
Après avoir traversé les rues bruyantes, il arriva dans le quartier où se regroupaient marchands et artisans ; le calme y régnait.
Ricart allait demander où se trouvait la Compagnie marchande Benicio quand quelque chose attira son regard.
C’était un marché aux esclaves.
Une foule s’y était rassemblée, même si la plupart des gens semblaient être là pour regarder plutôt que pour acheter. On y vendait indifféremment des Impériaux et des Salaman, des hommes et des femmes, des adultes et des enfants.
L’esclavage était interdit par la loi impériale, mais ici, personne ne s’en souciait.
Des gens nus, dont le sort était entre les mains d’autrui, se tenaient sur une estrade. Les marchands d’esclaves les présentaient avec assurance, vantaient la qualité de leur marchandise et les acheteurs annonçaient leurs prix.
« Regardez celui-là ! Il servait un émir qui aimait les hommes ! Son visage est aussi joli que celui d’une femme, pas vrai ? On s’en débarrasse dès qu’ils ont quinze ans, mais moi, je l’ai acheté très cher ! Il travaille bien le jour ! Et la nuit aussi… ! »
Le beau garçon à la peau sombre détourna la tête, accablé. Comme l’avait dit le marchand d’esclaves, il était remarquablement beau.
Mais Ricart ne s’intéressait pas à ce genre de choses. Il ne portait aucun jugement et se contentait d’observer la scène.
Il remarqua alors une cage de fer, à quelque distance de l’endroit où l’on vendait les esclaves. Comme personne ne se trouvait à proximité, Ricart s’en approcha pour comprendre pourquoi.
Dans un coin plongé dans l’ombre, un homme était assis dans la cage de fer, un bâillon dans la bouche.
Ses mains étaient liées. Que ce soit naturel ou parce qu’on ne lui avait pas donné d’eau, sa peau et ses lèvres étaient très gercées.
Des yeux enfoncés, un nez aquilin, des cheveux qui partaient dans tous les sens, une barbe négligée et la peau sombre. N’importe qui aurait vu qu’il était salaman. Étrangement, ses yeux n’étaient pas troubles. Ils étaient limpides.
On aurait moins dit qu’on avait enfermé un homme que placé un animal dans un enclos.
Et une odeur familière émanait de lui.
De l’encens de bois d’agar.
Ricart s’accroupit et l’observa en silence, face à face. L’homme ne détourna pas les yeux et le regarda en retour.
Ricart trouva cela étrange : dans les yeux de l’hérétique, il ne voyait ni peur, ni ressentiment, ni haine.
Après l’avoir observé un moment, Ricart dénoua l’outre accrochée à sa ceinture, l’ouvrit et la lui tendit à travers les barreaux.
Mais l’homme ne la prit pas. Il continua simplement à le regarder.
« Ce n’est pas par pitié. La mort n’a pas besoin d’être douloureuse. »
L’homme sembla réfléchir un instant. Puis il accepta l’outre et fit couler l’eau dans sa bouche bâillonnée. Sa pomme d’Adam remua tandis qu’il buvait.
« Vous ne croyez donc pas aux superstitions ? »
Quelqu’un s’adressa à Ricart. Quand il se retourna, il vit un jeune homme du sud aux cheveux noirs et bouclés. Il portait des vêtements de soie coûteux, une coutille à la ceinture et tenait à la main une sorte de bâton.
« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
« La malchance, les malédictions, ce genre de choses. Mais vous feriez mieux de faire attention. Ce type est un vrai mage. Vous avez déjà entendu parler du Sorcier des Terres désolées ? »
Ricart regarda de nouveau la cage. Après avoir étanché sa soif, l’homme observait calmement le nouvel arrivant.
Ricart se demanda si le titre de Sorcier des Terres désolées lui donnait une apparence particulière, mais peut-être que non. Il ignorait si ce titre avait une signification spéciale. Les mages salaman étaient couramment appelés Sorciers des Terres désolées.
Quoi qu’il en soit, c’étaient des Sorciers des Terres désolées qui avaient fabriqué le poison utilisé par la Guilde Rubens lorsqu’elle avait tenté de tendre une embuscade à Ricart.
Ils s’étaient contentés de vendre leurs marchandises, aussi Ricart ne leur en voulait-il pas particulièrement.
« S’il vous gêne tant que ça, pourquoi ne pas l’avoir tué plus tôt ? Vous êtes obligé de l’affamer comme ça ? »
« Et s’il lançait une malédiction sur quelqu’un ? Voilà pourquoi tout le monde a peur de le toucher. Personne n’ose même s’approcher de lui. Et on n’essaie pas de le tuer. On l’affaiblit. »
Ricart laissa échapper un petit rire. Le jeune homme du sud eut l’air de ne pas comprendre ce qu’il y avait de drôle, et Ricart répondit :
« C’est drôle. Les gens accusent des innocents d’être des sorciers et les tuent, mais ils n’osent même pas toucher un vrai mage. »
« Maintenant que vous le dites, c’est vrai. Je m’appelle Barbara, je suis marchand à la Compagnie marchande Benicio. Et vous ? »
« Ricart. Je voyage. »
« Où allez-vous ? Sur un lieu saint ? »
« Je me rends au quartier général des Chevaliers de la Flamme. »
« Les Chevaliers de la Flamme… Aucun navire ne partira là-bas avant un mois. À moins de faire le détour. »
« Il y a un navire ? »
« Avant ça, vous savez vous servir de cette épée ? »
Barbara désigna du menton l’épée posée sur l’épaule de Ricart. Celui-ci répondit d’un ton calme :
« Je n’ai jamais perdu. »
« Si un voyageur de l’intérieur des terres est arrivé jusqu’ici tout seul, vous devez au moins vous débrouiller. Un navire part pour l’île d’Armosa. De là, vous en prendrez un autre, et le quartier général des chevaliers sera tout près. Alors, qu’en dites-vous ? Vous embarquez ? »
« Je n’ai pas le choix. J’irai. Combien coûte la traversée ? »
À cette question, Barbara eut un sourire en coin et frappa deux fois la cage de fer avec son bâton.
Toc ! Toc !
« Vous veillerez sur lui pendant le voyage. Voilà le prix. »
Barbara dit à Ricart de chercher au port, avant le lever du soleil le lendemain, un navire appelé le Marlin Bleu, puis tourna les talons.
Barbara avait l’air de vouloir vendre ce Sorcier des Terres désolées. Peut-être que personne n’en voulait ici et qu’il comptait le vendre sur l’île d’Armosa.
Il était inquiétant et dangereux, mais assez rare pour se vendre à bon prix.
Ricart regarda de nouveau le mage. Leurs regards se croisèrent. Après l’avoir observé un instant, Ricart demanda :
« Vous n’avez pas faim ? »
Le mage tapota le bâillon qui lui barrait la bouche avec ses mains liées.
Toc. Toc.
Le bâillon servait probablement à l’empêcher de réciter des incantations. Ricart se demanda toutefois s’il n’allait pas mourir de faim avant qu’on puisse le vendre.
Mais il arrivait qu’on affame les esclaves. Ainsi, ils perdaient leurs forces et ne pouvaient plus se défendre correctement. Pour lui, c’était cependant une autre raison.
« À demain. »
Sur ces mots, Ricart s’éloigna sans même reprendre son outre.
Laissé seul, le mage resta simplement assis en silence à laisser passer le temps. Une heure, deux heures, trois heures. Même après le coucher du soleil, il ne bougea pas.
À la nuit tombée, les gens firent comme dans n’importe quelle ville. Ils dépensèrent leur argent, burent à l’excès et s’amusèrent.
Alors, sous la lune, un ivrogne titubant s’approcha du mage.
« Hé, espèce de salaud de Salaman. Tu crois au moins en Dieu ? Non ? Regarde-moi ce putain de salaud. »
L’ivrogne marmonna dans sa barbe, puis baissa son pantalon et tenta d’uriner sur le mage.
Mais les pupilles du mage disparurent, ne laissant que le blanc luisant de ses yeux.
Quelque chose qui ressemblait à un fouet surgit de nulle part et s’enroula fermement autour de l’entrejambe de l’ivrogne.
Fouet ! Clac !
« Argh… ! »
L’ivrogne ferma les yeux de toutes ses forces et tenta de crier. Un épais fouet, lancé depuis un autre endroit, lui scella alors la bouche.
En un instant, des dizaines de fouets jaillirent des ténèbres.
Mais ce n’étaient pas des fouets.
C’étaient des tentacules. Des êtres vivants qui avaient la forme des bras d’une pieuvre géante.
Les tentacules enveloppèrent le corps entier de l’ivrogne. Elles s’enroulèrent si étroitement qu’on ne distingua bientôt plus sa silhouette. Puis elles continuèrent de se resserrer.
Crac ! Craquement ! Clac. Boum !
Il devait être mort. Personne n’aurait pu survivre à ça.
Pourtant, ni sang ni autre chose ne jaillit.
Sa mort était certaine, mais les tentacules ne cessèrent pas de le comprimer.
Puis, tandis que ses pupilles noires réapparaissaient dans le blanc de ses yeux, les tentacules disparurent dans les ténèbres avec un sifflement, comme si elles avaient été aspirées.
Fffou.
Il ne restait plus rien de ce qu’elles avaient enserré. Seul tomba au sol un objet ressemblant à une serviette sèche, tordue de toutes ses forces.
Le silence retomba.
De loin, ainsi que de l’intérieur des bâtiments, les bruits des conversations et des rires recommencèrent à flotter dans les rues nocturnes.
Le mage resta assis, sans bouger.
L’outre de Ricart se trouvait toujours dans sa main.
Quoi qu’il en soit, son bâillon ne semblait pas très efficace.
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