Chapitre 127
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode du Brave ◈
Chapitre 127
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* * *
Le martèlement régulier du fer emplissait la forge. L’acier naissait dans les flammes, puis, refroidi, s’achevait dans les larmes.
Pourtant, dans un coin de la forge, ce n’était pas du fer qu’on façonnait, mais du bois. Molty, immense, le travaillait patiemment, encore et encore, de ses mains rugueuses et calleuses. Il en évaluait le poids au toucher avant de reprendre son ouvrage.
D’abord, Molty le sculpta au couteau. Puis, il le lissa avec du papier de verre. Enfin, il le polit à l’aide d’une lanière de cuir.
Aux yeux de Ricart, qui observait Molty à côté de lui, il n’y avait plus rien à améliorer. Pourtant, Molty poursuivit son travail pendant une heure encore, avec un air si sérieux que Ricart n’osa pas l’interrompre.
Enfin, Molty ajusta la garde à l’épée, fixa le bois, le chauffa pour que tout tienne en place, puis enroula fermement autour de la poignée une fine corde de paille.
« Tu veux la prendre en main ? »
Ricart accepta l’épée. Il s’était dit qu’il n’aurait qu’à s’habituer à son poids, mais dès qu’il la prit, il comprit pourquoi Molty y avait mis tant de soin.
Elle épousait sa main avec une telle naturel qu’il se demanda s’il avait déjà connu pareille sensation. Son équilibre était parfait.
« Waouh. C’est la première fois que je ressens ça. Elle est parfaite. Tu connais mieux l’épée que son propriétaire.
— Ça me rassure. »
Ricart sortit de l’argent. Molty secoua la tête et tendit la main.
« Tu m’as déjà payé il y a longtemps.
— Quand ça ?
— Tu m’as sauvé la vie, tu te souviens ? »
À l’époque où Ricart étudiait à l’Académie, Molty avait été pris dans une embuscade alors qu’il prêtait main-forte à une mission de chasse aux déserteurs. Ricart l’avait sauvé.
Grâce à cela, Molty avait survécu, épousé Lara et avait déjà deux enfants.
« … C’est vrai. J’avais oublié. Mais ce n’est pas un peu donné, pour le prix d’une vie ? »
Ricart sourit d’un air malicieux. Même le visage habituellement impassible de Molty s’éclaira d’un large sourire.
Molty s’essuya le cou et les mains avec une serviette déjà sale à force d’avoir servi.
« Je vais demander au maître forgeron. Je ne peux rien te promettre. »
Le maître forgeron dont parlait Molty était celui qui avait autrefois offert à Ricart son épée en fer météorique. Il ne pouvait plus travailler à cause de la cataracte, alors Molty tenait la forge à sa place.
Ce que Molty comptait lui demander concernait les mercenaires nords.
Beaucoup de Nords installés à Beringen avaient, au fil des générations, perdu le sang des anciens berserkers et s’étaient assimilés à l’Empire. Mais de nouveaux Nords arrivaient toujours. Le maître forgeron était l’un d’eux et avait des relations parmi les mercenaires nords.
Si tout se passait bien et que le maître forgeron pouvait réellement envoyer des mercenaires nords, ce serait une aide énorme. Bien plus que le prix d’une vie.
« Je devrais aller saluer le forgeron, au moins, mais j’ai brisé son épée. J’ai un peu honte.
— Non. Vu ce que tu as accompli avec cette épée, le maître forgeron en serait honoré. L’argent compte, mais pour un vrai forgeron, le plus grand honneur, c’est de voir une arme qu’il a forgée entre les mains d’un propriétaire digne d’elle. Ricky, tu accompliras sûrement de grandes choses, j’en suis certain.
— De grandes choses, mon cul. »
Embarrassé, Ricart détourna le regard en laissant échapper un petit rire. Il se rappelait vaguement ce que le forgeron lui avait dit un jour.
« Un héros a besoin d’une arme digne de lui. Je prendrai tes futurs exploits glorieux comme paiement. »
La cataracte était regrettable. Mais c’était ainsi. Ricart ne croyait pas qu’une maladie comme celle-là puisse vraiment arrêter le forgeron.
« J’y vais.
— Ouais. Fais en sorte de gagner. »
Ricart attacha l’épée à sa taille, avec sa nouvelle poignée et son fourreau, puis quitta la forge.
Il détacha son cheval, monta en selle et s’éloigna sous le regard de son vieil ami.
Il avait obtenu les fonds dont il avait besoin pour l’instant et recueilli des renseignements sur les mercenaires. Tout s’était mieux passé que prévu, mais il lui restait encore beaucoup à faire.
Les Chevaliers de la Flamme étaient postés à la frontière sud-ouest de l’Empire. Pour les rejoindre, il lui faudrait prendre un navire ou se rendre dans une de leurs antennes.
Ricart décida de retourner d’abord à Adelivari, d’expliquer ses projets à Marie, Bori et aux autres, de les rassurer un peu, puis de repartir pour un temps.
Il s’éloigna au galop de Beringen. Le cœur plein, il se sentait pourtant assez léger pour s’envoler.
Le soutien sans réserve de ses amis lui faisait penser qu’il n’avait peut-être pas gâché sa vie, après tout.
Le vent frais lui fouettait le visage, et il sourit sans même s’en rendre compte.
Près de la frontière entre Beringen et Adelorne, il passa devant plusieurs villages.
Les habitants s’efforçaient tant bien que mal de poursuivre leur rude existence et de rebâtir les villages détruits et incendiés.
Un terrible malheur s’était abattu sur eux, mais, puisqu’ils étaient revenus dans leurs villages, les mercenaires qui rôdaient autrefois comme des meutes de hyènes semblaient avoir disparu.
Ricart s’approcha d’un petit groupe de soldats qui gardaient la route, lance en main. Ils n’étaient pas là pour l’accueillir.
« Qu’est-il arrivé aux mercenaires ?
— La plupart ont fui en traversant l’Ern. Ils se sont dispersés trop loin pour qu’on puisse tous les tuer. »
Ils pourraient franchir la frontière d’autres régions et y semer le malheur, mais Ricart ne pouvait pas aller plus loin.
Une armée vaincue finissait naturellement par se dissoudre avec le temps. Ensuite, chacun suivrait son propre chemin, qu’il devienne un criminel errant ou rentre chez lui pour battre sa famille.
Tout dépendait de leur choix. Inutile d’en vouloir à la déesse du destin.
Ricart poursuivit sa route à cheval, sa Cape Rouge flottant derrière lui.
Un homme qui tirait une charrette à bœufs en sens inverse l’aperçut, s’écarta, s’agenouilla, ôta son couvre-chef et s’inclina.
Ricart allait lui dire de ne pas faire ça, mais se ravisa. Gêné, il passa simplement son chemin à la hâte et prit la direction du col.
Clop. Clop. Clop. Clop.
Une fois le col franchi, Adelivari apparut à ses yeux. C’était la plus belle ville qu’il eût visitée jusqu’alors. En harmonie avec la nature malgré la guerre, elle semblait appartenir à un autre monde.
Mais, en réalité, c’était aussi la dernière ville du royaume encore préservée.
Lorsque Ricart atteignit la porte, les soldats vérifièrent sa Cape Rouge et son visage, puis ouvrirent sans qu’il ait besoin de le demander.
Les habitants qui vaquaient à leurs occupations dans la ville l’aperçurent et s’agenouillèrent tous, la tête inclinée. Hommes et femmes firent de même, et les enfants imitèrent naturellement les adultes.
Markwin, qui passait par là, s’inclina devant lui à quelques pas.
Ricart s’approcha, mit pied à terre et prit la parole.
« Pourquoi tout le monde se comporte comme ça ?
— Comment ça ?
— Pourquoi me témoigner le respect dû à un roi ?
— Parce que vous avez combattu un ennemi redoutable, héros, et que vous les avez sauvés et protégés.
— Je ne l’ai pas fait pour obtenir des récompenses ou un traitement de faveur.
— C’est justement pour cela qu’ils s’inclinent encore plus bas.
— Pourquoi ?
— Si vous n’aviez convoité que le trône, vous vous seriez servi des gens comme de vulgaires outils. Mais vous les avez traités comme votre propre peuple.
— … Moi ? Enfin, je ne sais pas. Quoi qu’il en soit, j’ai quelque chose à discuter. Maire, venez avec moi. »
Ricart était né noble, mais il n’avait jamais gouverné personne. À Stormhertz, nobles et gens du peuple avaient simplement vécu en bonne entente.
Il se disait homme de rêves et de lendemains ; il ne pouvait donc que se sentir gêné par les aspirations des autres.
En entrant dans le palais secondaire et en se dirigeant vers le bureau, il trouva Bori en train de griffonner des documents.
« Où est Marie ?
— Elle est probablement à l’armurerie ou avec les femmes. Roy s’entraîne à la hache.
— Ah bon ? Maire, veuillez faire venir Marie, Lester, Herbert et Bremen. J’ai quelque chose à discuter avec eux.
— Bien sûr. Mais, je vous en prie, parlez-moi plus simplement.
— Même le maire n’a pas besoin de s’adresser à moi comme ça. Il n’y a pas de supérieur ni d’inférieur entre nous. Si j’échoue ou que je ne parviens pas à gérer les choses correctement, gouvernez cet endroit comme vous l’avez toujours fait. Nous partirons.
— Cela n’arrivera pas. Si vous partez, héros, vous nous abandonnerez. Où pourraient aller des moutons sans berger ? Les moutons voient mal. Ils continuent d’avancer sans se rendre compte qu’une falaise les attend, puis tombent. Nous nous sommes déjà préparés à mourir, alors, je vous en prie, ne dites pas de telles choses.
— … Très bien. Faites-les simplement venir.
— Entendu. »
Après le départ de Markwin, Ricart regarda Bori. Elle haussa les sourcils et les épaules, comme pour lui dire qu’elle n’en savait rien non plus.
Marie arriva la première, un peu plus tard. Bremen et Roy entrèrent ensuite dans le bureau, puis Lester et Herbert les rejoignirent.
Roy n’avait pas besoin de venir, mais il les avait tout de même accompagnés. Il avait dû s’entraîner dur, car ses vêtements étaient trempés de sueur. Ricart prit une serviette et sécha son disciple en plaisantant.
Il passa ensuite le regard sur tout le monde et leur fit un bref rapport sur l’avancement de la situation.
« Kalli dit qu’il nous prêtera de l’argent. Mille pièces d’or, à rembourser par versements à partir de dans cinq ans. Ah, Kalli est le directeur de l’Académie de Beringen, et c’est un ami. Il a aussi accepté de chercher des mercenaires parmi les étudiants de l’Académie. Molty s’est proposé pour se renseigner sur les mercenaires nords. De mon côté, je vais voir si les Chevaliers de la Flamme peuvent nous aider.
— Hein ? Les Chevaliers de la Flamme ? »
Marie, qui avait écouté en silence, pencha la tête en posant la question. Les Chevaliers de la Flamme étaient réputés être la meilleure force d’assaut au monde, au point d’en être presque synonymes ; elle savait donc qui ils étaient. Mais ils semblaient plutôt hors sujet dans leur situation actuelle. Et ils étaient loin, en plus.
« Mon deuxième frère aîné est chevalier dans leur ordre. Je partirai d’abord à cheval pour visiter une de leurs antennes. Si je dois aller jusqu’au quartier général, je prendrai un navire. Une fois nos forces réunies, nous lancerons l’attaque. Mon objectif, c’est d’écraser Grants avant la fin de l’année et de mettre un terme à la guerre d’ici l’année prochaine. Kalli nous prêtera peut-être de l’argent, mais ça ne suffira pas pour tenir longtemps.
— Je sais que ton frère aîné est chevalier, Ricky. Tu me l’as déjà dit. Mais ils sont vraiment loin. »
À l’exception de la Frontière de l’Est, Adelorne se trouvait à l’extrémité orientale de l’Empire, tandis que le quartier général des Chevaliers de la Flamme était à son extrémité sud-ouest.
Selon le nombre de fois où l’on changeait de monture, il fallait généralement un mois à cheval. Et cela, en voyageant uniquement par voie terrestre.
« Trois jours pour atteindre le port, puis trois autres en bateau jusqu’à Sinatria. Je pense que ça vaut le coup d’essayer.
— Il faut partir au bon moment pour prendre un navire. Tu ne peux pas embarquer quand tu veux. Parfois, tu risques de devoir attendre un mois. Il faut que le vent le permette ; s’il ne souffle pas dans la bonne direction, tu peux te retrouver à un endroit complètement inattendu. »
Bremen, qui connaissait bien la géographie de l’Empire, intervint.
« Si ça semble mal tourner, je reviendrai. Au fait, que font les ennemis ? »
Ricart posa la question à Lester, le chef des rôdeurs.
« Ils rassemblent les troupes qu’ils avaient envoyées attaquer nos arrières.
— Probablement dans les sept mille. Et d’après les renseignements reçus récemment, ils pourraient retourner à la capitale pour se regrouper. Ils devront aussi se soucier des autres seigneurs de guerre du royaume. »
Lester répondit le premier, puis Markwin, qui semblait également s’occuper du renseignement, prit la parole.
« Alors, nous avons assez de temps. Pendant mon absence, continuez comme vous le faites. Si vous avez besoin d’ordres, suivez Marie. »
En général, quand un mari partait à la guerre, sa femme prenait la tête du territoire. Marie était elle-même Maître de l’Épée, et il n’était pas nécessaire de rappeler son statut. Même si cela lui déplaisait, elle restait la fille de l’ancien empereur.
« Euh… mais tu ne pars pas tout de suite, n’est-ce pas ? »
Marie posa la question. Quelque chose dans son ton mit Ricart mal à l’aise.
« … C’est vrai.
— Alors, ça me va. »
Marie ayant donné son accord, personne d’autre ne trouva à redire.
Leur plan général pour l’avenir fut ainsi arrêté. Ricart se reposa trois jours avant de reprendre la route.
Quant à savoir s’il s’était vraiment reposé, c’était une autre histoire. Son visage avait maigri, tandis que la peau de Marie brillait, lisse et nette comme de la porcelaine.
« J-je reviendrai.
— Prends soin de toi. Ne te surmène pas, d’accord ?
— Ouais. »
Ricart embrassa rapidement Marie, monta à cheval et s’enfuit d’Adelivari comme s’il cherchait à s’échapper.
Il semblait avoir une raison de plus de mettre rapidement fin à la guerre. Même quand il était occupé, certaines choses restaient à faire.
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