Chapitre 126
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 126
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* * *
C’était le plus beau champ du monde. Pas seulement parce qu’il était chargé de souvenirs : comparé à tous les autres, il était vraiment le meilleur.
Aucune colline ondulante ne se dessinait jusqu’à l’horizon, aucune construction artificielle ne venait rompre le paysage. Rien qu’une plaine infinie et parfaitement plate.
Ricart avait connu toutes les saisons dans les plaines de Beringen : le printemps, l’été, l’automne et l’hiver.
Au printemps et en été, des fleurs de toutes les couleurs s’épanouissaient sur la terre. L’automne déroulait ses champs dorés, et l’hiver recouvrait le monde entier d’un manteau blanc.
À chaque changement de saison, il avait l’impression que de vieux souvenirs, à peine perceptibles, l’appelaient pour qu’il s’approche.
On était au printemps. Il l’était aussi lorsqu’il s’était inscrit à l’Académie, puis lorsqu’il était sorti pour la première fois avec Volka et Bori. Il avait déjà emprunté cette route à l’époque.
Les souvenirs n’étaient pas de simples informations enregistrées. Ils se mêlaient aux sensations, aux odeurs, aux sons et aux émotions d’alors.
Ricart avait laissé son cheval à l’auberge et marchait vers l’Académie. Comme celle-ci se trouvait au sommet d’une falaise, il n’y avait nulle part où attacher une monture.
Le soleil tiède et la douce brise qui balayaient les plaines vinrent saluer Ricart. « Toi aussi, tu m’as manqué, vent. »
« J’entends dire que tu as une sacrée réputation à Adelorne, ces temps-ci. »
La question, venue de son côté, interrompit les pensées de Ricart. C’était Regina.
« Hein ? Ah, oui. »
« Tu as vraiment tué à toi seul les cinq mille mercenaires ? »
« Je ne les ai pas tous tués… »
« Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? »
« J’ai eu de la chance, j’ai tué leur commandant et je leur ai piqué leur trésor de guerre. C’est tout. »
« C’est loin d’être tout. »
« Tu crois ? Au fait, comment tu as fini par t’inscrire à l’Académie ? »
Les courts cheveux bruns de Regina flottaient sans cesse dans le vent. Elle tourna les yeux vers les plaines de Beringen et prit la parole.
« Pour être honnête, je t’en ai voulu pendant un moment. Je te détestais aussi. Mais mon aînée avait raison. Marie, je veux dire. Un oiseau en cage. Un destin où je ne pouvais vivre qu’en obéissant à Père. Je détestais ça. Alors j’ai décidé de sortir de ma cage. C’est tout. »
Regina aurait pu en dire beaucoup plus, mais elle en garda une bonne partie pour elle, avec un sourire. Elle affirma que ce n’était que ça, puis adressa à Ricart un sourire radieux.
Il semblait exister bien des sortes de sourires. Les ricanements, les sourires cyniques, ceux de ceux qui avaient fini par comprendre et, comme celui-ci, le sourire détendu d’une personne qui avait grandi.
Le seul problème, c’était que beaucoup de ses dents étaient en or. Quand elle souriait largement, elles étincelaient au soleil.
Que Regina ne s’en aperçoive pas ou qu’elle en soit fière, elle ne semblait pas gênée d’avoir des dents en or à un si jeune âge.
Il avait pourtant sincèrement cru qu’elle était une gamine irrécupérable. Les gens étaient vraiment difficiles à prévoir.
« Au fait, pourquoi tu es en froid avec le Clan Viola ? »
« Il n’y a pas de raison particulière. On est un peu rivaux. Ce sont eux qui nous ont copiés les premiers, tu sais. En recrutant des élèves et en leur donnant des cours. Dès qu’on se croise à une fête, dans un village ou une ville des environs, ça finit souvent en bagarre. Ensuite, un camp se venge, l’autre lui rend la pareille, et ainsi de suite. »
On aurait dit qu’ils se cognaient dessus simplement parce qu’ils ne savaient pas canaliser l’énergie débordante de leur jeunesse. Des querelles de fierté pour savoir à qui appartenait tel ou tel territoire.
« Et puis, ils ont tendance à être un peu snobs. Ils accordent trop d’importance au rang. »
« Avant, toi aussi, tu y accordais de l’importance. »
« J’ai changé. L’Académie a différents critères d’admission. Certains y entrent grâce à leur rang, d’autres en versant de grosses sommes, et d’autres encore en faisant leurs preuves. Même si quelqu’un vient du peuple, il mérite le respect s’il a démontré ses capacités. Tu ne crois pas ? »
« Euh… Oui, c’est vrai. »
« Alors, tu soutiens qui ? L’Académie, évidemment ? »
Ce n’était qu’une querelle d’enfants, rien de bien sérieux, mais Ricart se retrouvait pris entre deux feux. Il venait de l’Académie, tout en étant membre du Clan Viola.
« … Je ne sais pas. »
« Et moi, je suis censée en penser quoi ? Je me suis inscrite à cause de toi et des autres. L’aînée Marie va bien, n’est-ce pas ? »
« … Tu ne lui en veux vraiment pas ? »
« Détester et en vouloir à quelqu’un, ça ne fait que me ronger, au bout du compte. J’ai assez fait ça quand j’étais jeune. C’est quand j’ai compris qu’il y avait des choses que même Père ne pouvait pas faire que j’ai enfin ouvert les yeux. C’est l’aînée Marie qui me les a ouverts. Alors pourquoi lui en voudrais-je ? »
Regina sourit de nouveau, radieuse. C’était un sourire vraiment « éclatant », ses dents en or étincelant à la lumière. Ricart voulut s’excuser à la place de Marie, mais ravala ses mots.
Pardon.
Quoi qu’il en soit, c’était une bonne chose de la voir si bien grandir. Dans ce monde impitoyable, la plupart des gens finissaient brisés, mais peut-être que certains continuaient à éclore comme des fleurs parmi eux.
Peut-être que tout dépendait, au bout du compte, de la façon dont on acceptait les choses. Ricart se battait peut-être pour apprendre aux gens à le faire.
La vie était douloureuse par nature, mais elle n’avait pas à être à ce point infernale.
Ricart gravissait avec Regina les marches qui longeaient la falaise. Elles lui semblaient épuisantes. Pas physiquement : c’était leur nombre qui finissait par le lasser.
*Comment ai-je pu monter et descendre ces marches tout le temps ? À l’époque, j’étais si excité chaque fois que j’allais en ville que je ne remarquais même pas à quel point c’était fatigant.*
Enfin arrivé en haut, il vit les mots familiers gravés dans la porte de la ville.
<La discipline vous rendra libre>
Une fois la porte franchie, il remarqua d’abord des choses inconnues, avant de reconnaître les lieux familiers. Une statue se dressait là, sculptée avec une précision si étonnante qu’elle semblait vivante.
Des piliers avaient été érigés autour d’elle, comme pour la protéger, et un toit la surplombait.
La statue se tenait de biais, la tête légèrement inclinée, le regard tourné vers le lointain. Une main reposait sur l’épée à sa taille, l’autre sur sa hanche.
Elle avait de la dignité, tout en dégageant une aisance naturelle. Pourtant, Ricart y sentit quelque chose d’étrange et s’approcha, les sourcils froncés.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? C’est moi. »
Il avait raison. Sur le socle, on pouvait lire :
<Le Grand Précurseur, génie de l’épée à la Cape Rouge, héros de Sigpringer et premier diplômé de l’Académie de Beringen, Ricart von Calderbern>
« C’est vrai. Quand je l’ai vue, je me suis dit que j’avais une chance folle. Elle a été réalisée par la guilde des maçons d’Ernberg. Tu sais, ceux qui se sont battus contre Père, il y a longtemps. »
Regina parlait avec fierté devant la statue de l’homme qu’elle représentait. Ricart, lui, n’en éprouvait pas de joie particulière.
« Idolâtrer quelqu’un, c’est stupide. Et faire une statue de quelqu’un qui est encore vivant, c’est encore pire. Qu’est-ce que… »
« Pardon ? »
Peut-être à cause de ce qui s’était passé avec l’Église du Jugement, Ricart ne se contentait pas de détester qu’on l’admire. Il haïssait ça.
« Bref, merci de m’avoir accompagnée. Je vais y aller. Prends soin de toi. »
« Tu pars comme ça ? »
« Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre ? »
« Tu ne pourrais pas donner une conférence spéciale ou quelque chose comme ça ? »
« C’est quoi, ça ? »
« Si un épéiste célèbre racontait aux élèves ce qu’il a vécu et appris, ça les motiverait. »
« Je ne sais pas. La motivation ne devrait-elle pas venir de l’intérieur ? Je m’en vais. Cette rencontre était inattendue, mais ça m’a fait plaisir de te revoir. Vraiment. »
Ricart n’était pas venu pour lui rendre visite et n’avait jamais été très démonstratif au moment des adieux. Il laissa donc Regina derrière lui et s’éloigna seul.
Le soleil était près de se coucher et les élèves, qui avaient terminé leurs activités de la journée, allaient et venaient. Lorsqu’il entra dans le dortoir des garçons, le vacarme qui résonnait dans les couloirs lui sauta aux oreilles.
Les élèves couraient en jouant à chat et bavardaient aussi fort que s’ils se trouvaient au marché.
« Bande de petits cons ! Fermez-la ! »
« Préparez-vous à l’appel ! Tout le monde à sa place ! »
« Responsables de chambre, vérifiez que vous avez tout le monde ! »
Ricart ne savait pas s’il s’agissait de professeurs, de surveillants ou de responsables élèves, mais plusieurs personnes circulaient pour essayer de tenir les élèves en rang.
Les élèves n’y prêtaient pas beaucoup attention. Ils obéissaient, mais sans se presser. Était-ce une bonne chose ou non ? Enfin, tant qu’ils ne se faisaient pas tabasser, ça devait aller.
Ricart s’arrêta un instant pour observer les élèves dans leur quotidien, puis monta à l’étage. Les bureaux et les chambres des professeurs devaient se trouver aux étages supérieurs.
Après avoir regardé autour de lui, il monta jusqu’au troisième étage, le plus haut. Le bâtiment rétrécissait en montant, si bien qu’il n’y avait que quelques pièces à cet étage.
Il arriva devant la plus grande. En tant que directeur, Carlich devait naturellement occuper la meilleure pièce.
Et, bien sûr, une plaque était fixée sur la porte.
<Directeur Carlich von Rosten>
Ricart frappa. Une voix claire lui répondit de l’intérieur.
« À cette heure-ci ? Entre, d’abord. »
Ricart ouvrit la porte et entra. Carlich était assis à son bureau, dans la lumière du soleil couchant qui traversait la fenêtre, et rédigeait des documents.
Carlich agitait sa plume à toute vitesse lorsqu’il leva les yeux vers Ricart. Ses yeux s’écarquillèrent.
« Hein !? »
« Comment vas-tu ? »
« Ricky ! »
Carlich bondit de sa chaise. Les affaires posées sur son bureau se retrouvèrent un peu en désordre, mais il n’y prêta aucune attention.
Il avait toujours été plus âgé que Ricart et n’était pas petit ; le temps lui avait donc donné une allure plus mûre. L’étrange lueur de folie qui l’habitait autrefois semblait s’être quelque peu dissipée.
Carlich contourna son bureau, comme s’il allait se jeter dans les bras de Ricart. Celui-ci n’aimait pas beaucoup ça, mais il était venu lui demander un service. Il lui adressa donc un sourire gêné et lui rendit son étreinte.
« Hahaha… »
« Mais qu’est-ce que tu fais ici !? Sans même me prévenir ? Ah, tu as été très occupé, dernièrement ? J’ai entendu les nouvelles, moi aussi. On t’appelle le Prince Rouge. »
« C’est arrivé comme ça. Je ne pouvais pas simplement passer mon chemin. »
« Passer à côté de quoi ? D’une occasion ? »
« Non. De gens qui souffraient. »
« Ah… Ricky… Tu n’as pas changé. »
Carlich regardait Ricart comme s’il rêvait. Son expression était moins intense qu’autrefois, mais cette façon presque révérencieuse de le dévisager le mettait toujours mal à l’aise.
« Q-Quoi ? »
« Tu t’es déjà battu pour les élèves, par le passé. Tu es vraiment toujours aussi admirable. »
« … Ce n’est pas vrai. »
« J’ai un peu changé, Ricky. »
« Euh… Je trouve aussi. »
« Tu ne veux pas savoir comment ? »
À vrai dire, pas vraiment. Ils n’avaient pas été si proches. Carlich s’était contenté de le suivre pendant quelque temps.
« Hahaha… Un peu ? »
« Assieds-toi d’abord. Tu veux boire quelque chose ? Tu as une préférence ? Je ne bois pas n’importe quoi, tu sais. Je suis sûr que ça te plaira, Ricky. »
Carlich ouvrit avec enthousiasme l’armoire de son bureau et en sortit plusieurs sortes d’alcool.
Ils avaient tous été préparés avec soin par des herboristes, des apothicaires ou de célèbres monastères. Rien à voir avec l’alcool que les campagnards fabriquaient chez eux.
Ricart n’aimait ni ne détestait l’alcool. Quand l’occasion se présentait, il se contentait de boire un ou deux verres.
Malgré tout, il était venu demander une faveur. Il ne pensait donc pas pouvoir refuser.
Carlich inclina une bouteille en forme de fiole et versa l’alcool dans une tasse de porcelaine. Il avait la couleur des feuilles mortes et son parfum évoquait du bois en train de brûler. Était-ce un bon alcool ? En tout cas, il avait bon goût.
Carlich en prit lui aussi une gorgée, puis parla.
« J’ai beaucoup réfléchi après ce que tu m’as dit, Ricky. À ce qu’était le salut, à ce que je voulais, à ce genre de choses. Au début, je poussais les élèves à s’agiter parce que j’aimais tant ce sentiment d’appartenance. Mais ce n’était pas nécessaire. »
« Comment ça, ce n’était pas nécessaire ? »
« Les élèves. Ils sont bien plus forts qu’on ne le croit. Chacun d’entre eux, tous sont forts. J’en suis certain. Si l’un d’eux ne l’est pas, c’est simplement que je n’ai pas su le remarquer et le guider. C’est pour ça que je travaille encore plus dur. Au bout du compte, ils grandissent par eux-mêmes. »
« … Vraiment ? »
« Mon rôle consiste seulement à établir des règles, à les faire respecter et à leur servir de repère. Je leur enseigne l’escrime et le combat à mains nues, mais aussi l’entretien de l’équipement, l’équitation, la couture, la lecture, l’écriture et le calcul élémentaire. Ensuite, j’organise des examens de passage deux fois par an. Une fois diplômés, ils partent chercher leur propre voie pour réaliser leurs rêves, en s’entraidant. J’aime les regarder faire. Les voir tomber, se blesser, puis se relever et suivre leur propre chemin. C’est bien ce que tu voulais, toi aussi, Ricky ? »
Les choses n’étaient pas allées aussi loin. Ricart avait seulement trouvé le monde trop cruel. Et c’était pour cette raison qu’il avait agi.
Mais contrairement à Ricart, qui avait agi sur la base d’idées vagues, Carlich avait une vision plus concrète.
Ricart en fut impressionné. Les enfants faisaient des erreurs, mais ils grandissaient, c’était certain. Et une fois qu’ils avaient grandi, ils pouvaient faire des choses bien plus importantes.
Carlich et Regina, qu’il avait rencontrée en chemin, en étaient la preuve parfaite.
Pour une raison ou une autre, Ricart se sentit reconnaissant envers eux. Il ne savait vraiment pas pourquoi. Il leur était simplement reconnaissant.
De si bien avoir grandi.
« Ah, au fait. Pourquoi tu es en froid avec le Clan Viola ? »
« Oh, ça ? Si on se promène pendant le temps libre, on finit forcément par se croiser. J’en parle avec monsieur Volka. On ne peut pas laisser des querelles d’enfants dégénérer en querelles d’adultes, pas vrai ? »
Carlich était plus mûr que Ricart ne l’aurait cru. Il était posé, détendu et compétent. Il savait aussi parfaitement ce qu’il voulait faire et ce qu’il devait faire.
Avait-il toujours été comme ça ? Non. Il avait grandi et était devenu ainsi.
« Au fait, qu’est-ce qui t’amène ici, Ricky ? Tu as fait tout ce chemin pour me trouver. »
« Ah… Eh bien, tu sais que je mène une guerre à Adelorne, ces temps-ci ? Il y a un célèbre scélérat du nom d’Invincible Grants, et il a beaucoup de troupes. Je manque un peu d’hommes. Alors, euh… je me demandais s’il y avait un endroit où je pourrais trouver une armée. Et ça m’aiderait aussi si je pouvais emprunter de l’argent. »
Pour la première fois de sa vie, Ricart demandait de l’aide à quelqu’un. Il en était mort de honte. Il avait toujours été fier, du genre à donner aux autres plutôt qu’à leur être redevable.
Tout cela visait à mettre fin à la guerre civile d’Adelorne et à rendre la paix à ses habitants. Pour cela, ne devait-il pas être prêt à vendre sa fierté, s’il le fallait ?
À sa grande surprise, Carlich répondit sans la moindre hésitation.
« Ricky, je vendrais l’Académie pour toi. Alors ne te dégonfle pas comme ça. En fait, ça me blesse de sentir que tu ne me fais pas confiance. »
Qu’était-il censé comprendre ? Vendre l’Académie ? Il était sérieux ?
« Si tu vends l’Académie, qu’adviendra-t-il des élèves ? »
« Ils grandiront par eux-mêmes. Mais on n’aura pas besoin de la vendre, en réalité. J’ai une solution. »
« Vraiment ? Laquelle ? »
« Tu as déjà entendu parler de la valeur d’un nom ? Une fois célèbre, ton nom même devient de l’argent. Il peut parfois valoir plus que l’argent. Et les mercenaires qui ont préservé leur héritage et bâti leur réputation au fil du temps ne s’engagent pas pour de l’argent seulement. Ils sont trop fiers pour ça. Les mercenaires Nords, les Chevaliers de la Flamme, les vétérans du Bouclier d’argent, la compagnie de mercenaires de la Couronne, les troupes montagnardes de Tiren, et ainsi de suite. À la fondation de l’Empire, les guerriers de la tribu des Nibelungs étaient peut-être les plus forts, mais c’était il y a longtemps. Comme tu le sais, la famille impériale est dans un sale état, ces temps-ci. Bref, pour engager des mercenaires qui portent encore un nom célèbre, leur commandant doit avoir une grande renommée martiale. L’argent ne suffit pas. Mais quelqu’un comme toi pourrait y arriver, Ricky. »
Comme prévu, Carlich avait une connaissance exceptionnelle du monde et proposa rapidement une solution. Il avait toujours été intelligent et compétent.
Mais une expression avait retenu l’attention de Ricart.
« Les Chevaliers de la Flamme ? Ce ne sont pas des mercenaires. »
« Il n’y a pas d’empereur, la famille impériale est sur le point de se déchirer et les régions frontalières ne se battent pas tous les jours sous prétexte qu’elles sont frontalières. Alors, ils acceptent des missions d’appui au combat qui, dans les faits, ressemblent fort à du travail de mercenaire. Eux aussi doivent gagner leur vie. »
« Ah bon… ? »
« C’est comme ça. Mais les Chevaliers de la Flamme sont des gens effrayants. Ils font vœu de célibat à vie et se consacrent uniquement au combat. Ils sont plus terrifiants que des fanatiques. Alors, écartons-les pour le moment. »
Ricart réfléchit attentivement, puis secoua la tête.
« Non. »
« Hein ? »
« Je connais quelqu’un là-bas. »
« Qui ? »
Ricart ne répondit pas. Après avoir quitté sa famille et vécu tant de choses à l’extérieur, il se rappela un souvenir plus profond qu’il avait oublié.
Ce n’était pas qu’un simple souvenir. Quelque chose en lui était déchirant.
Ricart vida d’un trait le verre d’alcool fort. Un souffle brûlant lui sortit des narines. Tandis que l’alcool lui montait à la tête, l’image d’un jeune garçon vacilla devant ses yeux.
Un garçon qui avait été forcé de quitter la maison du jour au lendemain et qui ne cessait de se retourner, l’air effrayé et désorienté.
« Mon frère. »
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