Chapitre 125
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 125
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Jusqu’où une personne pouvait-elle devenir forte ? Que pouvait-elle accomplir et combien pouvait-elle endurer ?
Le destin ne posait cette question qu’à des êtres d’exception. À des gens si remarquables qu’ils n’avaient été qu’une poignée dans toute l’histoire de l’humanité.
Ricart plongea dans le torrent qui traversait la vallée.
Son sang épais se répandit dans l’eau claire et fut emporté par le courant.
Après être resté un bon moment entièrement immergé, tête comprise, il refit surface, propre comme un sou neuf.
Ricart s’aspergea le visage et rejeta ses cheveux en arrière, puis se frotta vigoureusement le corps avec les mains. Après avoir encore repoussé sa chevelure, il sortit de l’eau.
Plusieurs soldats d’Adelorne, l’épée à la ceinture et la lance à la main, fixaient sans expression Ricart, nu devant eux.
Sans entraînement particulier, son corps s’était endurci au fil de la vie. Il paraissait solide et robuste, taillé pour le combat. Ce n’était pas un corps façonné par l’exercice, mais un corps adapté à la rudesse de la vie sauvage.
Un soldat lui tendit une grande serviette. Ricart la prit et se sécha. Puis il enfila une chemise blanche fine et un pantalon, boucla sa ceinture, tira ses bas aristocratiques et chaussa ses bottes.
Ses cheveux n’étaient pas encore tout à fait secs, mais il les avait tous rejetés en arrière, ce qui faisait ressortir davantage son front lisse et son nez droit.
Le soleil illuminait sa tête et faisait luire ses cheveux blonds. Ses yeux semblaient bleus ou verts au premier regard, mais parfois aussi bruns.
Les hommes adultes et robustes qui l’entouraient, Ricart compris, gardèrent le silence. Seuls parvenaient à leurs oreilles le martèlement d’un pic quelque part au loin et le chant des oiseaux.
Réfléchissait-il, ou profitait-il du soleil ? Ricart semblait regarder au-delà de la forêt.
Un éclaireur s’approcha d’un pas crissant et lui adressa la parole.
« Les habitants d’un village appelé Gespel demandent à vous rencontrer. »
Ricart ne répondit pas. Il baissa la tête, comme s’il réfléchissait en silence, puis se mit à marcher derrière l’éclaireur.
Un soldat lui tendit son épée. Ricart la prit dans la main gauche et poursuivit son chemin.
L’éclaireur le conduisit jusqu’à une petite clairière où quatre ou cinq roturiers terrifiés étaient agenouillés.
Leurs yeux écarquillés ne cessaient de balayer les soldats qui les entouraient. Ils savaient que, si ces hommes armés le désiraient, ils pouvaient tous les tuer.
Le moindre mouvement des soldats les faisait sursauter. Ils étaient rongés par l’angoisse et la peur.
Puis Ricart apparut. Ils tressaillirent et s’inclinèrent si bas que leurs visages manquèrent de toucher le sol.
Ricart observa un instant ces gens en haillons, affamés, puis prit la parole d’une voix grave et claire.
« Relevez la tête. Racontez-moi ce qui s’est passé. »
Les gens relevèrent lentement la tête, tout en guettant sa réaction. Un homme déglutit plusieurs fois avant de parler.
« M, mon seigneur, des mercenaires… Des bandits sont venus, ils ont tué des gens et pris nos, nos biens. Ils ont emporté les moutons, les vaches, les cochons et… ma femme et ma fille aussi… »
Le visage de l’homme se déforma et sa voix se brisa. Sa gorge semblait trop nouée pour qu’il puisse continuer. Ricart se contenta d’attendre, sans le presser. Il ne lui offrit pas non plus de consolation facile.
« J’étais, j’étais seulement allé un instant aux champs pour nourrir le bétail et, quand je suis revenu… le bassin de ma femme était brisé, et ma fille a dix ans, et… »
Des récits atroces, presque trop horribles pour être entendus, sortirent de la bouche de l’homme. Il n’était pas le seul. Les histoires de tous ceux qui étaient venus voir Ricart se ressemblaient.
Se faire voler ses biens et voir sa maison détruite était encore préférable au reste. Ce qu’ils ne pouvaient supporter, c’était ce qu’on leur avait fait, à eux et à leurs familles.
Parmi ceux qui étaient venus voir Ricart se trouvait une femme qui avait échappé de peu à de terribles sévices. Plusieurs blessures d’épée, encore à vif, marquaient son visage.
La situation avait été moins grave quand les mercenaires formaient une troupe de cinq mille hommes. Après que Ricart les eut écrasés, ceux qui s’étaient dispersés s’étaient livrés partout à des actes cruels.
Il en allait autrement là où un seigneur protégeait ses terres, mais beaucoup de gens, dans le monde, ne bénéficiaient de la protection d’aucun seigneur.
Il y avait des paysans pratiquant l’essartage, des gens qui n’avaient jamais été inscrits sur les registres et d’autres vivant dans des endroits reculés, hors de portée des seigneurs.
On trouvait beaucoup de villages de ce genre près de la frontière. Les mercenaires s’y rendaient, prenant tout ce qui leur plaisait, tuant qui bon leur semblait et se livrant à des actes pires encore.
Ils agissaient ainsi parce qu’ils avaient pris goût aux cruautés et aux sensations atroces. La guerre civile d’Adelorne en était à sa quatrième année. Combien avaient-ils pillé pendant tout ce temps ?
Quand le pillage cessait d’être une simple habitude pour devenir un mode de vie, il était presque impossible pour des gens comme eux de redevenir ce qu’ils avaient été. C’était pour cette raison que Ricart n’avait pas engagé les mercenaires qui avaient servi sous les ordres de Grants.
En partie parce que c’étaient de mauvaises personnes, mais aussi parce que des soldats habitués au pillage ne se satisfaisaient pas d’autres récompenses. Seul le butin les intéressait, et leurs aptitudes au combat en pâtissaient.
Tous les mercenaires n’étaient pas mauvais. Certains gagnaient assez d’argent et rentraient chez eux. D’autres rencontraient l’amour sur le champ de bataille, y fondaient une famille et s’y installaient.
Que ce fût regrettable ou triste, les mercenaires d’Invincible Grants n’avaient rien à voir avec ces gens-là.
Grants continuait d’autoriser les pillages pour conserver son pouvoir.
Il existait plusieurs sortes de pillage. L’une relevait de la tactique de la terre brûlée : massacrer, détruire au plus vite et tout emporter. L’autre tenait d’une fête où l’on se déchaînait pour assouvir ses désirs refoulés.
Demander lequel était le pire n’avait aucun sens. Il était également difficile de tracer une frontière nette entre les deux.
Ricart ne connaissait que trop bien ces tragédies atroces. Il comprenait le côté le plus sombre de l’humanité mieux que quiconque.
Pour l’instant, il relevait simplement la tête au sortir de ces ténèbres profondes et regardait vers la lumière.
Ricart écouta tranquillement tout ce qu’ils avaient à dire, puis demanda :
« Qu’attendez-vous de moi ? »
L’homme répondit au nom des autres. Ses lèvres remuèrent comme s’il avalait ses larmes avant de parler.
« Justice… »
C’était la réponse à laquelle Ricart s’était attendu. Ce n’étaient pas les premiers villageois dépouillés par des mercenaires à venir le trouver.
Ceux que les mercenaires avaient pillés ne réclamaient ni argent ni nourriture. Tous voulaient se venger. Obtenir justice.
« Je comprends. Je vous le promets : je trouverai les coupables et les mettrai en pièces. J’espère que cela vous apportera, à vous et aux morts, ne serait-ce qu’un peu de paix. »
Puis il donna un ordre à l’éclaireur.
« Dis à Lester de suivre la piste des mercenaires. Qu’il commence par découvrir leur nombre. S’ils sont nombreux, ne les attaque pas à la dérobée. Reviens en informer Herbert. Ensuite, éliminez-les avec une opération de diversion. Capturez-en quelques-uns et traînez-les devant ces gens. Arrachez-leur les membres et tuez-les. »
« Oui. »
L’éclaireur répondit sèchement et disparut de nouveau dans la forêt.
Ricart jeta un regard à ces gens submergés par le chagrin, la douleur, la haine et le désespoir. Sans ajouter un mot, il tourna les talons et s’éloigna.
Derrière lui, les « Merci, merci, mon seigneur » se posèrent sur ses épaules comme des pétales de fleurs fanées.
La lumière du soleil se frayait un chemin entre les branches enchevêtrées et tombait en longs rayons à travers la forêt. Ricart traversa ces rais de lumière et gagna un sentier où un cheval était attaché.
Les soldats qui montaient la garde près de l’animal se tournèrent vers Ricart. Il s’équipa alors comme il convenait pour voyager : il enfila une tunique, un gambison et un manteau.
On avait attaché un peu de nourriture et des médicaments à la selle, et fixé une couverture derrière celle-ci. Ricart accrocha son épée à sa ceinture et monta à cheval.
Puis il se retourna vers les soldats.
« Dites à Marie que je reviendrai bientôt. »
« Oui, seigneur. »
Sur ces mots, Ricart lança son cheval au galop.
Ricart se dirigeait vers Beringen, la capitale du margraviat de Beringen. C’était là que se trouvait l’Académie et qu’il devait rencontrer Carlich, son directeur.
À ses yeux, la dernière affaire s’était soldée par une victoire incomplète. Après tout, son objectif initial avait été de les tuer tous.
Il était convaincu que son échec avait provoqué le terrible chaos qui sévissait à présent.
C’était pourquoi Ricart avait besoin de plus d’argent, de nourriture et de soldats. Il lui fallait la puissance nécessaire pour mettre définitivement fin à cette guerre.
À sa sortie de la forêt, une plaine familière s’étendit devant lui. Au loin, on apercevait un lac ainsi que des villages. Des bannières rouges flottaient au-dessus d’eux, visibles même de loin.
Ricart n’avait pas hissé ces bannières. C’étaient les villageois qui l’avaient fait.
Comme des talismans destinés à chasser les fantômes, elles devaient mettre en garde les mercenaires et les bandits malfaisants. Elles les avertissaient que, s’ils commettaient des méfaits ici, le Prince Rouge ferait régner la justice.
Après avoir chevauché à vive allure sur la route pendant près d’une journée, ne s’arrêtant que pour se reposer, Ricart atteignit en début de soirée le carrefour reliant Thorweil à Beringen.
Il connaissait ces deux endroits. L’un abritait l’Académie, tandis que l’autre se trouvait sur la route de la frontière orientale.
C’était aussi la route qu’il avait autrefois empruntée avec ses amis pour rentrer à l’Académie, après avoir accompli la mission concernant le déserteur.
Les vieux souvenirs lui revinrent naturellement, mais il n’avait pas le temps de se laisser gagner par la nostalgie. Le ciel, à l’extrême ouest, virait au violet des gentianes.
Ricart se dirigea vers la maison abandonnée où il avait séjourné avec ses amis, sept ou huit ans plus tôt. À mesure qu’il approchait, les visages de ses anciens amis défilaient devant ses yeux.
Ses souvenirs le ramenèrent au déserteur qui s’était donné la mort dans des conditions si misérables. Contrairement à l’époque, où cela l’avait profondément bouleversé, il ne ressentait à présent qu’un calme plat.
Avait-il mûri, ou était-il devenu insensible ? Il n’en savait rien.
À la maison abandonnée, il attacha les rênes sous l’auvent et détacha la couverture. Puis il puisa de l’eau au puits avec un seau, en vérifia d’abord l’odeur et le goût, et en donna à boire à son cheval jusqu’à plus soif.
Il prit une carotte sur la selle et la donna au cheval. Pendant qu’il la mâchait, il lui caressa longuement la crinière et l’encolure.
« Tu as bien travaillé. »
Après avoir réconforté son cheval, qui avait travaillé toute la journée, Ricart emporta des provisions et la couverture dans la maison abandonnée.
Il n’y avait personne. Seulement des ténèbres de poix, des toiles d’araignée dans les coins, un silence profond et les souvenirs poussiéreux d’autrefois.
Il alluma un feu, fit tremper dans l’eau des rations de voyage dures, conservées avec du miel, du sel et d’autres ingrédients, puis les mangea. Ensuite, il s’assit le dos contre le mur, s’enveloppa dans la couverture et ferma les yeux.
Alors vint lui rendre visite un vieil ami nommé Solitude, qu’il avait oublié depuis longtemps. Celui-ci lui demanda : « Mon ami, es-tu heureux, maintenant ? »
Ricart sourit en silence et lui retourna simplement la question : « À ton avis ? » Aucune réponse ne lui parvint.
Sa conscience s’obscurcit un instant. Lorsqu’il rouvrit les yeux, la lumière du matin l’accueillit. Le feu de camp était depuis longtemps froid et noir, et la zone autour de sa bouche était glacée, mais il allait bien.
Ricart mâcha du bœuf séché en sortant. Il donna de l’eau et une autre carotte à son cheval, roula la couverture et l’attacha derrière la selle, puis monta en selle.
Après avoir tourné les rênes et choisi sa direction, il prit la route. Les champs frais, le vent qui caressait l’herbe et les fleurs printanières colorées qu’aimait Bori s’offrirent à sa vue.
Il partit le matin et arriva à Beringen vers midi. Des paysages familiers s’étendirent devant lui. Des étudiants vêtus d’uniformes bleu foncé se promenaient.
À cheval, Ricart les observa attentivement de loin. Des sourires éclatants fleurissaient sur leurs visages ; on aurait dit qu’ils ne vivaient plus les journées moroses de l’Académie d’autrefois.
Ricart avait lui-même préparé le terrain où ces sourires pouvaient éclore, mais il ne pensait pas avoir accompli quoi que ce soit. Il ne s’en rendait même pas compte. Il se disait seulement que c’était une bonne chose. Le poulailler aussi n’était plus qu’un souvenir.
Au fond, c’était la même chose. La guerre qu’il menait maintenant et le combat qu’il avait autrefois livré pour rendre l’Académie meilleure.
Ricart se dirigea d’abord vers l’ancien siège de la Guilde des aventuriers. Mais la Guilde avait disparu. Il ne restait qu’une taverne fréquentée par les étudiants.
Ricart s’adressa à quelques étudiantes qui passaient à proximité. Elles portaient une tenue semblable à celle que Marie avait autrefois arborée, avec une épée à la ceinture : gambison de duel, manteau court et longues bottes.
« Excusez-moi, mesdemoiselles. Qu’est-il arrivé à la Guilde des aventuriers ? »
« … Hein ? Moi ? Je ne sais pas. Il y avait quelque chose comme ça ? »
« … »
Comment pouvaient-elles ne pas être au courant ? Quelques années seulement s’étaient écoulées.
Mais avec les promotions qui se succédaient chaque année et l’arrivée de nouveaux étudiants, il n’en fallait pas beaucoup. Deux ans suffisaient pour oublier quelque chose.
Ricart fut déconcerté par cette impression familière et pourtant transformée.
Les étudiantes pouffèrent entre elles. Elles avaient l’âge où même des feuilles qui tombent pouvaient les faire rire ; cela ne signifiait rien de particulier.
« Vous avez dû être aventurier ? »
L’une d’elles posa la question, toujours amusée.
« Je l’ai été. »
« Vous avez un clan ? »
« Je suppose que j’appartiens toujours au Clan Viola. »
Il n’était pas parti en très bons termes avec Volka, mais il n’avait été ni expulsé du clan ni ne l’avait quitté de son plein gré. La famille de Roy en avait été exclue, et Ricart s’était contenté de la suivre.
Pourtant, à sa réponse, l’expression de l’étudiante et de ses amies se durcit brusquement. En un instant, elles affichèrent une hostilité manifeste.
« Hé, monsieur. C’est comme ça qu’on provoque les gens, de nos jours ? »
« … De quoi parlez-vous ? »
« Pff. Descendez d’abord de cheval. Vous avez l’air d’un vrai épéiste, mais ne croyez pas qu’on aura peur de vous pour autant. »
De quoi parlaient-elles ? Ricart était complètement perdu. L’Académie et le Clan Viola étaient-ils donc en mauvais termes ?
« Du calme. Je ne suis pas venu faire du mal à qui que ce soit ni chercher des ennuis. Je veux seulement rencontrer Kalli, Carlich. J’ai entendu dire qu’il était le directeur de l’Académie. »
« On verra ça. Les anciens ! Les anciens ! »
L’une des étudiantes appela en direction de la taverne. Après avoir crié quelque chose au sujet du Clan Viola, des étudiants en sortirent en masse. Tous portaient une épée à la ceinture ou en tenaient une à la main. Ils ne les avaient pas dégainées, mais semblaient prêts à le faire à tout moment.
Des étudiantes et des étudiants encerclèrent Ricart. Il était tellement abasourdi qu’il ne trouvait pas ses mots. Il ne voulait pas tirer son épée contre des élèves.
Une étudiante sortit ensuite de la taverne, après les autres. Elle avait les cheveux courts et bruns, et un visage qui lui donnait l’air mignonne.
La posture droite et l’allure détendue, elle balaya les étudiants du regard, releva le menton et leva les yeux vers Ricart. Mais dès que leurs regards se croisèrent, son expression se figea.
« Hein ? »
Les yeux de Ricart s’écarquillèrent devant ce visage qui lui semblait familier. L’étudiante cligna plusieurs fois des yeux, puis esquissa un sourire gêné.
« Ahaha… Bonjour ? Ça fait longtemps. »
Ses dents du haut, visibles dans son sourire, étaient en or. C’était Regina, précisément la femme que Marie avait giflée à Ernberg.
Avait-elle changé de conduite ? Ou lui en voulait-elle toujours ? En tout cas, elle donnait une bien meilleure impression qu’autrefois.
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