Chapitre 124
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 124
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* * *
Une forêt pouvait être paisible et mystérieuse, mais aussi sombre et dangereuse. Peut-être parce qu’elle renfermait à la fois la vie et la mort.
En y regardant de près, même les plus petites créatures se livraient à d’acharnées luttes pour leur survie. Grenouilles, serpents, mille-pattes, fourmis, champignons, sangsues, parasites… La vie humaine n’était pas si différente.
Les histoires inquiétantes du genre « Il y a un démon dans la forêt » ou « Une sorcière y habite » étaient courantes partout. On racontait que ces êtres attiraient les enfants pour les dévorer ou faisaient exprès d’égarer les voyageurs.
Étonnamment, les histoires de fantômes étaient monnaie courante dans l’armée. Nul ne savait si les soldats voyaient des choses à l’aube, épuisés par leur tour de garde, ou s’ils en faisaient réellement l’expérience.
Le problème, c’était que les démons et les sorcières existaient bel et bien dans ce monde. Bien sûr, presque personne ne les avait vus de ses propres yeux ; leur existence dépendait donc de la foi de chacun.
Mais même ceux qui prétendaient ne pas croire aux démons ni aux fantômes étaient-ils si convaincus ? Il était difficile d’ignorer la peur ancestrale qui murmurait au plus profond du cœur.
Surtout dans une forêt, au cœur de la nuit, quand l’obscurité était épaisse et les étoiles silencieuses. Plus on essayait de détourner le regard de sa peur, plus elle se faisait nette.
La sentinelle mercenaire croisait parfois les yeux verts luisants d’une bête, dans les ténèbres les plus profondes.
Il ne savait pas s’il s’agissait d’un lapin, d’un rat ou d’un renard, mais chaque fois qu’il croisait ces yeux d’animal, un étrange malaise l’envahissait.
Il se força à détourner le regard, comme si de rien n’était, mais cette fois, il tomba sur quelque chose de plus étrange encore : deux lumières dorées qui brûlaient avec ardeur.
Le mercenaire fronça les sourcils et se pencha pour mieux voir, se demandant ce que diable cela pouvait être. Soudain, les deux lumières foncèrent droit sur lui.
Il eut à peine le temps de pousser un cri étranglé que tous ses muscles se raidirent.
Le monde se mit à tourner autour de lui et il vit le sang jaillir d’un corps décapité.
Quand il comprit qu’il s’agissait de son propre corps, la conscience du mercenaire s’évanouit, sombrant dans une obscurité plus profonde que la nuit.
Ricart se tenait là, son épée enflammée à la main, et contemplait le camp ennemi qu’il avait plongé dans le chaos. Malgré tous leurs efforts pour s’organiser, les mercenaires n’avaient fait qu’ériger quelques piliers grossiers et monter des tentes. On aurait dit un campement de mendiants.
Les drapeaux de dizaines de compagnies et de groupes de mercenaires pendaient mollement, mais difficile de savoir lequel appartenait à leur commandant.
Ricart s’enfonça dans le camp ennemi. L’ennemi n’avait toujours pas compris qu’il venait de lancer une attaque surprise.
Plusieurs mercenaires étaient assis autour d’un feu. Certains montaient la garde, d’autres n’arrivaient tout simplement pas à dormir ; ils échangeaient des plaisanteries à voix basse. Puis ils se retournèrent par hasard et aperçurent Ricart. Leur conversation s’interrompit net et ils se figèrent.
Ricart se rua sur eux, leva son épée d’une main et la balança de côté dans un large mouvement. Un mercenaire bondit sur ses pieds, un autre bascula sur les fesses et un troisième s’aplatit au sol.
« Hii ! »
« Ghh ! »
Quiconque aurait tenté d’esquiver maladroitement serait mort, mais l’un d’eux survécut en abandonnant jusqu’au dernier lambeau de combativité.
Avant même qu’un morceau du cadavre mutilé ne touche terre, Ricart saisit son épée à deux mains et la leva au-dessus de sa tête. Alors, l’homme qui venait d’échapper de justesse à la mort cria :
« Prince Rouge ! »
Fssch !
Ricart abattit son épée. Elle trancha l’homme sans même buter contre un os solide. Mais son dernier cri avait déjà retenti, et le mot « prince » réveilla en sursaut les mercenaires endormis.
Sans doute à cause de tout ce que Ricart avait fait depuis qu’il s’était emparé de leur drapeau, personne ne resta à traîner, à moitié endormi.
Tous se précipitèrent pour sortir de leurs tentes et de leurs abris, mais Ricart les repoussa à coups de pied à l’intérieur et renversa le feu de camp, embrasant les lieux.
Bientôt, cependant, des mercenaires déboulèrent de toutes parts, comme des fourmis privées de leur reine. Ricart se faufila à toute vitesse entre les tentes, les abris et les piliers, qui lui servaient de cachette.
Il taillada, poignarda et abattit sans retenue tous les ennemis qu’il croisait. La lumière jaillissait dans le sillage de son épée, suivie de grandes gerbes de sang, aussi naturellement qu’un fil suit une aiguille.
« Il est là ! »
« Merde ! »
« Les arbalètes ! Apportez les arbalètes ! »
« Restez à distance ! Ne vous approchez pas ! »
« Je vais tuer ce salaud ce soir ! »
Certains mercenaires tremblaient de peur, tandis que d’autres brûlaient de rage après tout ce qu’ils avaient subi.
Au milieu de la confusion, alors que personne n’y voyait clair, Ricart saisissait instantanément la situation. Il se ruait vers les points faibles et vers toutes les positions susceptibles de le menacer.
Il prit appui sur les pierres et les piliers abandonnés après les travaux de fortification inachevés, bondit dans les airs et retomba sur les hommes qui s’échinaient à armer leurs arbalètes. Le clair de lune scintillait sur la pointe de son épée enflammée.
Il fendit un mercenaire en deux, en diagonale, puis poursuivit sur sa lancée et frappa sauvagement. À droite, à gauche, feinte d’un nouveau coup à droite, retour à gauche, puis droit devant.
Impossible de savoir si chacun de ses mouvements était improvisé ou calculé à l’avance, mais ils s’enchaînaient avec la fluidité de l’eau et frappaient avec la violence de la foudre.
« Salaud ! T’es un humain ou un démon ?! »
Les plus courageux tentèrent désespérément de réagir, mais Ricart en saisit un par le visage et lui fracassa le crâne contre un gros bloc de pierre, juste à côté.
L’arrière du crâne du mercenaire se brisa et il mourut sur le coup. Ricart souleva le cadavre d’une seule main et le lança sur les ennemis qui fonçaient vers lui, puis repartit à l’assaut.
Pour les mercenaires, Ricart était déjà terrifiant, mais il leur suffisait de le perdre de vue un instant pour ne plus savoir où il se trouvait.
Ils regardaient frénétiquement autour d’eux, les yeux écarquillés de stupeur, mais il surgissait chaque fois de l’autre côté. Comme un tigre bondissant sur sa proie.
Ricart serra les dents et fonça droit sur un groupe de mercenaires. Il enfonça son épée comme une lance, puis poussa en avant et en renversa plusieurs d’un coup.
Il leva ensuite bien haut l’épée qu’il tenait à deux mains et l’abattit de toutes ses forces sur l’amas de mercenaires entremêlés. Cinq ou six hommes furent déchiquetés d’un seul coup.
Cou, torse, bras : rien n’y échappait. Il tranchait tout.
Les hommes qui accouraient en panique virent la scène et en restèrent muets. Quand Ricart se tourna vers eux, les yeux grands ouverts et les dents toujours serrées, leurs jambes flanchèrent et ils s’effondrèrent sur place.
Ce n’était ni de l’escrime ni quoi que ce soit d’autre. C’était un dieu de la guerre, ou un démon du massacre. C’était impossible.
Pourtant, au milieu de ce champ de bataille chaotique, des cris affolés retentissaient de toutes parts. Beaucoup s’activaient à éteindre les flammes, tandis que chaque mercenaire essayait de faire ce qu’il pouvait.
« Il est où ?! Putain ! »
« Jetez les filets ! »
« Apportez des lances ! Des lances ! »
« Éteignez le feu d’abord ! »
Ricart semblait en avoir tué un bon nombre, mais cinq mille hommes, c’était plus qu’il ne l’avait prévu. Même en les massacrant sans leur laisser la moindre chance, il y en avait trop pour tous les tuer avant d’être à bout de forces.
Son instinct tactique lui disait qu’il était temps de battre en retraite. Mais son instinct lui ordonnait de continuer à combattre jusqu’à la mort.
Dans sa vie précédente, il aurait peut-être reculé. Vu son endurance, mieux valait obtenir le meilleur résultat possible puis battre en retraite. Mais cette fois ?
À la frontière entre la raison et la folie, Ricart choisit la folie. Contrairement à l’époque où il errait seul à travers le monde, il portait désormais une responsabilité sur chaque épaule.
Les flammes dorées qui couraient le long de sa lame flamboyèrent plus fort.
Brûle plus fort. Encore plus fort.
Que ce soit la rage ou le désir.
Ricart s’enfonça dans le camp ennemi, tandis que les mercenaires se massaient autour de lui, formant plusieurs rangées de murailles humaines.
Ce n’était pas intentionnel. C’était simplement ce qui arrivait quand tant de gens convergeaient au même endroit.
Même ainsi, certains cherchaient Ricart sans savoir où il se trouvait, tandis que d’autres l’avaient repéré et gardaient leurs distances, à l’affût d’une ouverture.
Quand Ricart s’enfonça hardiment dans les rangs ennemis, les mercenaires se demandèrent : « Ce salaud est complètement fou ? » Ils n’en restèrent pas moins sidérés.
Ricart avait de moins en moins d’espace pour bouger. Ses voies de repli se réduisaient aussi.
Un mur de lances serrées comme des piquants de porc-épic lui barrait alors la route devant lui et sur sa droite. Plusieurs rangées d’hommes se tenaient derrière ; impossible de percer de force.
Quand il regarda derrière lui, les mercenaires semblaient encore désorganisés. S’il voulait s’échapper, c’était sa dernière chance.
Mais Ricart grimpa sur un bloc de pierre tout proche. Les yeux brûlants comme ceux d’un démon ou d’un ange, il lança :
« Venez tous à la fois ! »
Il y avait le courage, et puis il y avait ça. Il n’avait pas du tout l’air sain d’esprit. Il était si monstrueusement puissant qu’ils se demandaient s’il ne pouvait pas être un demi-dieu.
Les mercenaires tremblaient de peur, déglutissaient et tenaient bon. C’était déjà impressionnant. Sans expérience du combat, ils auraient fui depuis longtemps.
C’étaient des gens crasseux, laids et vulgaires, mais ils vivaient selon leurs propres principes.
Et là, à la stupeur générale, Ricart se jeta du bloc de pierre droit dans la forêt de lances. Les mercenaires le regardèrent d’un air hébété tandis que leurs armes se levaient naturellement vers lui. En plein vol, Ricart balança son épée et trancha les hampes au hasard.
Il retomba au milieu des mercenaires, empêtré dans leurs rangs. Voyant une occasion, ceux qui l’entouraient tentèrent de l’attraper, de le piétiner et de le poignarder à mort.
Ou plutôt, ils essayèrent.
La lame dorée et enflammée se dressa soudain après avoir transpercé le corps de quelqu’un, puis décrivit un large cercle et abattit tous ceux qui l’entouraient. Leur grand assaut prit fin avant même d’avoir commencé.
Fchhh !
Les mercenaires étaient si serrés les uns contre les autres qu’ils n’avaient pas la place de bouger. Quand un côté s’effondra, ils basculèrent tous de ce côté en même temps.
Quoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? On l’a tué ? On ne l’a pas tué ?
Malheureusement pour les mercenaires, Ricart n’était pas mort. Comme s’il venait de naître au monde, il se releva, entièrement trempé de sang rouge.
Une brève ouverture lui suffit. Les flammes dorées qui couraient sur sa lame brûlèrent aussitôt le sang poisseux, lui rendant tout son tranchant.
Les mercenaires ne comprenaient pas ce qui venait de se passer et ne parvenaient pas à se remettre du choc. Ricart dansait sous la lune, son épée à la main, tel un démon ; ils se faisaient massacrer sans opposer la moindre résistance digne de ce nom.
Les mercenaires qui avaient barré l’autre côté pour empêcher Ricart de fuir, ainsi que ceux qui étaient arrivés en retard, ne pouvaient que fixer la scène d’un air hébété. On aurait dit une vision de l’enfer.
Après avoir abattu un homme puis un autre, Ricart s’arrêta pour reprendre son souffle et se tourna vers eux. Son visage et son corps étaient si couverts de sang qu’on ne distinguait plus aucune couleur que le rouge.
Seuls ses yeux brûlants fixaient les mercenaires.
Quand leurs regards croisèrent le sien, ils eurent l’impression que leur respiration s’arrêtait.
Sans leur accorder davantage d’attention, Ricart reprit sa course vers le cœur du camp ennemi. Pendant un moment, aucun mercenaire n’essaya de l’arrêter et il put avancer librement.
Une immense tente de commandement apparut alors. N’importe qui aurait compris qu’elle appartenait au commandant en chef.
Près de la tente, une silhouette en cape rouge dirigeait personnellement la bataille. Il était de tradition que le commandant en chef d’une armée porte une cape rouge.
La silhouette se retourna, aperçut Ricart et recula, horrifiée. Son corps entier était couvert de sang, à l’exception de ses yeux, qui brûlaient d’un éclat doré. Comment aurait-on pu le prendre pour un humain ?
Sans un mot, Ricart se rua sur le commandant en chef, lui planta son épée dans le ventre et la remonta d’un coup. Le sang jaillit et des organes encore chauds se répandirent au sol.
Les capitaines mercenaires tout proches s’enfuirent, terrorisés, mais Ricart ne laissa pas la plupart d’entre eux s’échapper. Il les tua.
À cette vue, les mercenaires qui poursuivaient Ricart se figèrent. Leur commandant en chef était mort, et leurs propres capitaines aussi.
Quoi qu’il en soit, Ricart fonça dans la tente du commandant en chef, attrapa les coffres placés au pied du lit, ressortit par l’autre côté et s’enfuit.
Chaque coffre était si lourd qu’il aurait fallu deux hommes adultes et robustes pour le porter, pourtant Ricart en empila trois et partit en courant.
Une fois sorti du camp et réfugié dans la forêt, le tumulte de la bataille l’empêcha un instant de savoir où il se trouvait. Lester apparut comme un fantôme et dit :
« Par ici. »
Ricart le suivit. Au loin, dans l’obscurité, des rôdeurs fantomatiques l’escortèrent.
Quand ils sortirent de la forêt, le clair de lune accueillit Ricart. L’ennemi était trop désorienté pour même tenter de les poursuivre.
Enfin, l’épuisement du combat s’abattit sur Ricart. Ses jambes et ses mains tremblaient, et il avait l’impression de pouvoir à peine respirer.
La flamme de mana qui brûlait en lui ne représentait aucun danger pour son corps, mais elle semblait lui crier qu’il devait s’arrêter, maintenant. Sinon, elle n’aurait d’autre choix que de lui consumer le cœur.
Ricart prit vite de profondes inspirations et se calma. Les flammes devinrent comme une brise légère, semblant se glisser dans ses veines, ses muscles et ses organes. Ce n’était qu’une impression. Il ignorait si elles s’infiltraient réellement en lui.
Quoi qu’il en soit, l’ennemi ne semblait pas les poursuivre. Il posa les coffres et en ouvrit un. Des pièces d’argent le remplissaient à ras bord, à tel point que leur vue lui donna le vertige sous le clair de lune.
« Bien. Ça devrait suffire à les attirer. »
Ricart le dit avec enthousiasme. Les mercenaires vivaient et mouraient pour l’argent ; il pensait donc que son plan marcherait.
Quand Ricart rejoignit les soldats et leur montra l’énorme somme qu’il avait prise à l’ennemi, ils ne purent que le dévisager, les yeux écarquillés, sans dire un mot. Au diable le plan, ne pouvaient-ils pas simplement engager des mercenaires avec tout cet argent ?
« Ce n’est que le début. Cet argent servira à vaincre l’ennemi, alors ne vous faites pas d’idées. N’oubliez pas le plan. Quand j’attirerai l’ennemi dans le ravin, vous vous cacherez ici et le pousserez vers la falaise. »
Ricart mit les soldats en garde. Les choses se passaient bien, mais ce n’était pas une raison pour baisser leur garde.
Mais les soldats ne se taisaient pas parce qu’ils s’étaient relâchés. Ils n’arrivaient tout simplement pas à croire ce qu’ils voyaient. Et, jusque-là, Ricart lui-même ne semblait pas s’être rendu compte de son état. Cela les stupéfia encore davantage que l’immense somme d’argent.
Tout le monde savait que Ricart était fort. Mais il restait un être de chair et de sang. Qu’il ait pu s’introduire au cœur du camp ennemi, tuer le commandant en chef et en ressortir vivant n’avait aucun sens.
Était-ce une chance inouïe, un miracle de Dieu ou une prouesse ? Ils en avaient le tournis.
Pourtant, à l’aube du lendemain, le plan de Ricart tomba à l’eau. Les choses ne se passèrent pas comme prévu.
Après avoir perdu leur commandant en chef et leur trésor de guerre, les mercenaires commencèrent tout simplement à se disperser. Ils renoncèrent complètement au combat, sans même parler de se laisser attirer quelque part.
Certains firent un détour pour rejoindre Grants. D’autres prirent directement la route de Beringen. Certains vinrent trouver Ricart pour lui demander de les engager.
Attendez. Qu’est-ce qu’il était censé faire, maintenant ?
Aussi brillant ou expérimenté qu’on soit, impossible de tout prévoir. C’était particulièrement vrai en temps de guerre, où les variables abondaient.
Et, sans qu’il l’ait voulu, une rumeur se répandit dans le monde entier.
Il existait un homme capable d’affronter une armée à lui seul.
Ricart von Calderbern, le Prince Rouge d’Adelorne.
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