Chapitre 118
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 118
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* * *
Que signifiaient ces larmes ? Étaient-ce des larmes de joie, de chagrin ou de ressentiment ?
Étais-je capable de porter le poids de ces larmes ? Pour qui me prenais-je ? Je n’étais pas quelqu’un d’aussi admirable.
Mais malgré tout, je ne pouvais pas simplement passer mon chemin alors que je pouvais faire quelque chose.
Si je pouvais abattre des gens par compassion, pourquoi ne pourrais-je pas en protéger par compassion ?
En outre, c’était ainsi que j’avais vécu jusque-là, depuis mes années à l’Académie. Je ne me sacrifiais pas pour tout le monde, mais je sauvais les autres en faisant ce que je pouvais. Comme lorsque j’étais parti abattre les Cinq d’Ernberg en plein hiver.
Peut-être que Roy, son disciple, n’était pas le seul à mûrir peu à peu. Ricart aussi grandissait.
« Ricky. »
Marie m’appela. Quand je me tournai vers elle, Bori me regardait également, tout comme Bremen, Roy, Beka et la mère des deux enfants. Tous avaient la même expression dans les yeux.
Ils respectaient mon jugement. Non, ils me faisaient confiance. Leurs yeux brillaient de la détermination de me suivre, quoi qu’il arrive.
Depuis quand cette confiance avait-elle commencé à naître ? Et où ?
« Hmm… »
Ricart baissa la tête et réfléchit un instant avant de s’adresser à Herbert, qui était toujours à genoux.
« Voyons ce qu’on peut faire. Mais je ne suis pas quelqu’un d’extraordinaire. Je ne sais pas ce que vous attendez de moi, mais l’espoir et le salut, il faut les conquérir soi-même. Je vous donnerai seulement un petit coup de main. »
Sur ces mots, il se retourna et descendit la montagne. Ses amis et ses compagnons le suivirent, et les autres se relevèrent à leur tour pour leur emboîter le pas.
Les fleurs printanières étaient en pleine floraison le long du sentier de montagne et se balançaient doucement dans le vent, mais le cœur de Ricart n’était pas tout à fait léger.
Le royaume d’Adelorne formait un immense bassin. Le sud était montagneux, couvert de chaînes qui n’étaient pas particulièrement élevées, tandis que le nord était une plaine. Depuis l’Antiquité, les gens du nord vivaient de l’agriculture et ceux du sud de l’élevage.
D’après les chroniques, le royaume d’Adelorne était bien plus ancien que l’Empire.
Il avait été contraint d’intégrer l’Empire à la suite des invasions passées des orcs et des Nords, ainsi que des guerres contre les Salaman, mais ses habitants n’étaient guère attachés à l’Empire.
L’une des raisons était leur vieille querelle avec la tribu de Bering, au nord-ouest. Cette région s’appelait désormais Beringen, et l’Académie de Beringen s’y trouvait.
Bien sûr, les tribus avaient disparu depuis longtemps, alors cela n’avait plus grande importance, mais il subsistait encore un peu de rancune.
Les habitants d’Adelorne étaient appelés Adelorniens. Hostiles aux étrangers, ils avaient forgé leur propre culture et en tiraient une grande fierté.
Pourtant, ils avaient aussi pris du retard sur leur époque. C’était peut-être là la cause la plus profonde de la situation actuelle.
À son apogée, Adelorne avait été le premier pays au monde à instaurer un ordre de chevalerie et avait constitué une puissance redoutable. Tout cela n’était plus qu’un souvenir.
Il ne restait que des chansons, des poèmes héroïques sur les chevaliers d’autrefois et des ballades creuses.
Qui pouvait bien sauver ce pays en ruine ? Même si tous ces héros revenaient à la vie, cela semblait impossible.
Pourtant, Ricart pouvait peut-être oser s’attaquer à cette tâche impossible précisément parce qu’il ne souhaitait ni sauver le pays ni racheter ses habitants.
Il se contenterait de regarder ce qui se trouvait devant lui et de voir ce qu’il fallait y faire. Rien de plus.
En remontant la rivière vers le nord-est, le long de la frontière nord-ouest du royaume avec Beringen, les chaînes de montagnes de part et d’autre finissaient par s’interrompre, laissant place à une vaste plaine.
Adelivari s’étendait dans les environs. La ville s’était développée après qu’un roi d’Adelorne y eut découvert des sources chaudes, il y a bien longtemps. C’était la retraite du roi, une ville-porte et un centre commercial.
Qu’elle fût naturelle ou façonnée par la main de l’homme, la ville se dressait à mi-hauteur d’une montagne, au sommet d’une falaise verticale de quatre ou cinq mètres.
Son entrée ressemblait à une étroite fissure entre les falaises, comme si un géant l’avait ouverte à coups de hache. Un long escalier la traversait et montait jusqu’à la porte principale : c’était le seul accès.
Le problème, c’était l’immense foule rassemblée au pied de la montagne. À une époque où il était rare de voir autant de monde réuni au même endroit, les compagnons de Ricart en restèrent sans voix.
« C’est… »
Bori n’arrivait pas à dire que c’était impossible.
Il y avait là plus de monde que dans la plupart des grandes villes. Et ils n’étaient même pas tous présents.
Dix mille personnes pouvaient couvrir un flanc d’une petite montagne. Vingt mille pouvaient recouvrir toute la montagne. À trente mille, même dispersés dans une plaine, ils s’étendaient à perte de vue.
Dix mille combattants, suivis de cinquante mille personnes. Ces chiffres à eux seuls ne suffisaient pas à rendre la chose réelle, mais les voir de ses propres yeux ne laissait d’autre choix que de rester là, accablé.
Et ils étaient censés combattre cette foule ? Affronter un typhon ou un orage semblait plus réaliste.
Mais Ricart, lui, ne se laissa pas impressionner. Tandis que tous les autres restaient stupéfaits, il fut le seul à examiner calmement la scène.
Peu après, il appela soudain tout le monde.
« Tout le monde, rassemblez-vous. »
Ils se regroupèrent autour de Ricart. Bori et Marie semblaient déconcertées, tandis que les soldats qui avaient gardé la frontière paraissaient déjà prêts à mourir.
Le rôle de Ricart était aussi de leur montrer qu’une issue était possible et de raffermir leur courage. S’il comptait s’y mettre, il devait le faire correctement.
« Ressaisissez-vous. Nous n’allons pas affronter toute cette foule. D’abord, écoutez-moi. Vous voyez là-bas ? »
Ricart désigna un point au loin.
« Peu importe le nombre de leurs soldats, ils ne peuvent pas grimper par l’avant. Ils le savent aussi, alors ils ont simplement installé leur camp dans les environs et traînent là. Il n’y a aucun signe de combat. Ils n’ont donc qu’une seule option : contourner la montagne, la gravir et attaquer la ville par le haut. »
Les autres examinèrent le champ de bataille, là où Ricart pointait. Au début, ils ne savaient pas quoi penser, mais ses explications leur donnèrent quelque chose à quoi s’accrocher, si fragile que ce fût.
« Regardez cette montagne. Certains ont déjà fait le tour et l’ont escaladée. Vous voyez ces constructions de fortune ? À votre avis, combien de soldats se trouvent là-haut ? Je dirais moins d’un millier. Grimper une montagne sans sentier pour attaquer la ville, ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air. Vous avez gardé la frontière ; vous le savez mieux que quiconque. »
Les soldats qui avaient rejoint Ricart avaient gardé la frontière et vivaient autrefois dans le repaire des brigands. C’était leur pays, et ils connaissaient ces montagnes mieux que personne.
« C’est simple. Nous allons contourner la montagne, la gravir et les déloger. Marie, Bori et moi ouvrirons la marche. Ils n’ont aucune défense, alors même s’ils sont plus nombreux que nous, il nous suffit de foncer dans le tas. Bremen, Elia, prenez la tête du reste du groupe et suivez-nous sans vous presser. »
Les ordres de Ricart étaient simples. Ils prendraient un chemin plus large pour gravir la montagne, frapperaient l’ennemi par-derrière le long de la crête et le mettraient en déroute. Rien de plus.
Présentée ainsi, la tâche ne semblait pas si terrible.
« C’est une ville commerçante, alors l’essentiel est de tenir le col derrière elle. S’ils s’en emparent, tout est fini. Tant que la voie d’approvisionnement reste ouverte, ils peuvent tenir aussi longtemps qu’il le faut. D’abord, nous entrerons dans la ville, rejoindrons les habitants et discuterons de la suite. »
Ricart alternait entre ordres directs et formules polies. Il semblait volontairement durcir le ton quand il donnait des directives.
« Allons-y. Marie, Bori et moi allons nous frayer un chemin parmi eux. Vous, gardez vos rangs et avancez. »
Ricart répéta ces consignes pourtant simples, puis partit le premier.
En prenant un large détour pour gravir la montagne, ils virent des gens vivre sous des tentes partout autour d’eux.
Il y avait des mercenaires parmi eux, mais la foule était si immense que, même en voyant Ricart et les soldats, ils se contentaient de les prendre pour une unité ou un groupe qu’ils ne connaissaient pas.
Ils n’imaginaient pas un instant qu’il s’agissait d’ennemis, ou que quelqu’un allait les attaquer.
C’était naturel. Qui oserait les attaquer, à présent ? C’était leur vague conviction. Ils étaient si nombreux. Quel fou oserait s’en prendre à eux ?
Bien sûr, Ricart n’était pas fou. Ses amis et les soldats qui le suivaient non plus.
Il n’y avait pas de véritable sentier de montagne, alors l’ascension n’était pas facile. La pente était si raide qu’ils devaient s’agripper aux arbres en montant.
Les soldats grimpaient comme des bêtes de montagne, car ils étaient un peu comme des troupes alpines, mais les civils qui les avaient rejoints en chemin peinaient. Cela ne prenait du temps que parce qu’il fallait les aider.
Au sommet, un vieux sentier latéral, autrefois emprunté par les soldats ou les marchands, longeait la crête.
Il était difficile d’étaler le groupe sur la largeur. À vrai dire, ce n’était pas tant une formation que tout le monde essayant de s’écarter autant que possible.
Certains avançaient le long de la crête, tandis que d’autres traversaient le versant. C’était assez dangereux, mais ils connaissaient suffisamment le terrain.
Ricart regarda les soldats se préparer, puis s’avança lentement avec Marie et Bori.
Ils aperçurent bientôt l’ennemi à l’œuvre sur la montagne. Les hommes abattaient des arbres et construisaient quelque chose, peut-être pour bâtir un repaire de brigands ou assembler des catapultes. Ils creusaient aussi le sol à coups de pioches et de pelles.
L’ennemi n’était pas stupide. Il semblait savoir que c’était sa seule option, mais les travaux traînaient en longueur.
Les subordonnés d’Invincible Grants formaient une sorte de coalition lâche de mercenaires, et ils en voulaient à ceux qui les avaient envoyés participer à l’opération.
Quoi qu’il en soit, ils ne montaient pas la garde et ne prêtaient aucune attention aux intrus.
Alors, quand Ricart s’approcha avec sa cape rouge, ils se contentèrent de le dévisager d’un air absent.
« Bonjour. »
Personne ne l’ayant arrêté, Ricart les salua le premier.
« … Qui êtes-vous ? Je ne vous ai jamais vu. »
« Je m’appelle Ricky. Je viens d’être affecté à cette opération. »
Naturellement, ils n’avaient jamais entendu ce nom, mais ils le crurent sans discuter.
« Non, je vous répète qu’on a déjà assez d’hommes. Quand est-ce qu’ils vont nous envoyer de l’alcool ? Je meurs de soif, moi. Personne n’a transmis le message ? »
« Hmm. Si vous avez tellement soif, descendez boire un coup. »
« Quoi ? »
Le mercenaire, déconcerté, n’eut pas le temps de réagir : Ricart lui décocha un coup de pied en pleine poitrine. L’homme dévala la pente, s’écrasant contre les arbres tandis que le craquement sourd de ses os brisés résonnait jusqu’en haut.
À la mort du premier homme, les mercenaires alentour le regardèrent, stupéfaits. Tandis qu’ils se demandaient ce qui se passait, Marie et Bori dégainèrent leurs épées.
Des grappes d’étoiles violettes et noires jaillirent. Les mercenaires à proximité furent éclaboussés de sang, moururent sur-le-champ et roulèrent le long de la pente.
Ricart tira tranquillement sa propre épée et trancha les supports d’une construction de bois montée à la hâte.
La structure pencha lentement, puis s’effondra en dévalant la montagne et se brisa en morceaux. Un épais nuage de poussière s’éleva dans les airs, offrant un spectacle plutôt impressionnant.
À partir de cet instant, les dizaines de milliers de personnes en contrebas regardèrent toutes vers Ricart. Ceux qui n’avaient rien vu furent bousculés par les autres, qui leur dirent de regarder.
Mais ils ne comprenaient toujours pas qu’on les attaquait. Ils pensaient à un accident. Quelle malchance. Ils auraient dû faire plus attention.
Puis, quelque temps plus tard, une autre structure s’écroula. On crut entendre des cris et, en regardant de plus près, on vit que quelque chose semblait aller de travers.
En plissant les yeux, on apercevait de temps à autre ce qui ressemblait à un drapeau rouge. Puis un puissant cri retentit depuis la montagne.
C’était celui des soldats du repaire de brigands qui suivaient Ricart.
« Le prince est de retour ! Ouvrez le passage ! »
« Le prince est de retour ! Ouvrez le passage ! »
Dès lors, même de loin, ils virent des mercenaires dégringoler la montagne par dizaines. Hein… ?
Quelqu’un attaquait bel et bien. Invincible Grants était attaqué. C’était évident. Pourtant, Grants et les autres mirent un certain temps à accepter la réalité. C’était impossible.
Après avoir entièrement pris le col, Ricart se tint là et regarda en contrebas. Il était si loin qu’il semblait minuscule comme une fourmi, mais il tenait une épée enflammée. Pour les gens en bas, il avait l’air de porter une torche en plein jour.
Ricart mit le feu à la bannière d’une compagnie de mercenaires sans nom au service de Grants, puis la jeta négligemment. Ensuite, il entra dans Adelivari par l’arrière.
Les dizaines de milliers de personnes observèrent en silence ce qui se passait sur la montagne. Quand Ricart disparut, elles se mirent à murmurer avec agitation.
Tous posèrent la même question.
« Qui a-t-on dit qui était de retour ? »
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