Chapitre 117
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 117
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Le repaire des brigands se composait tout au plus d’une palissade, de tours de guet, d’un entrepôt et d’un petit logis réservé aux soldats vétérans. Les soldats ordinaires vivaient dans des abris semblables à des huttes, à l’intérieur du fort, comme des mendiants errants.
Leurs logements étaient peut-être misérables, mais les soldats eux-mêmes n’avaient pas l’air trop mal en point. Un ruisseau coulait à proximité, leur fournissant de l’eau potable en abondance, et ils se lavaient souvent.
Une armée digne de ce nom était plus propre qu’on ne pourrait le croire, afin d’éviter la propagation des maladies.
Quoi qu’il en soit, on servit un repas au groupe de Ricart, assis à même le sol. Comme ils se trouvaient dehors, plus de dix soldats se rassemblèrent autour d’eux pour les observer.
Ils avaient l’impression d’être exposés aux regards de tous.
« Je ne connais pas le nom de la montagne, mais si vous franchissez ce col et longez la lisière de la forêt, vous trouverez une montagne rocheuse. C’est là que nous nous sommes battus. Enfin, à vrai dire, ce n’était pas un combat entre eux et nous. Nous nous sommes battus contre le clan Rubens, qui avait engagé le Corps de mercenaires Rektor. »
Bremen parlait en buvant une bière tiède. Malgré sa température, elle était étonnamment rafraîchissante. Adelorne était depuis longtemps réputé pour la pureté de son eau ; c’était peut-être pour cette raison.
En tout cas, tous écoutaient attentivement. Ils semblaient stupéfaits d’apprendre que le groupe avait vaincu le Corps de mercenaires Rektor.
« Vous n’étiez donc pas seulement trois à vous battre ? »
« Ces trois-là ont fait presque tout le travail. Je n’ai pas une seule fois brandi mon épée, et le père de cet enfant a donné sa vie. »
Bremen posa doucement un bras sur les épaules de Roy.
La mort étant sans doute monnaie courante, ni le vieil ami de Bremen ni les soldats ne montrèrent de chagrin particulier.
« Le Corps de mercenaires Rektor devait être sacrément nombreux… Et bien équipé, aussi… »
« Alors nous avons pris position dans les montagnes et nous nous sommes battus. Le chemin qui montait était étroit et accidenté. Cet ami a pris toutes les décisions et donné tous les ordres. Cette jeune femme mariée nous a protégés, et cet ami a tenu le col. »
Bremen désigna tour à tour Ricart, Marie et Bori. Tous trois ne dirent toujours rien.
« C’est toi qui as pris cette décision ? Toi ? Tu es comme le prince Caldebert. »
« Pardon ? »
Ricart sursauta légèrement en entendant soudain le nom d’un vieil ami. Bori fronça les sourcils et pencha la tête, comme si ce nom lui disait quelque chose.
Que Ricart soit surpris ou non, Herbert, le vieil ami de Bremen, le dévisageait avec insistance. Presque comme s’il le fusillait du regard.
Herbert ne cherchait pas la bagarre. Au contraire, il semblait examiner soigneusement les traits de Ricart.
Si Herbert l’avait défié, Ricart l’aurait fixé à son tour. Mais ce n’était pas le cas, et ce regard le mettait profondément mal à l’aise.
Est-ce que je ressemble à quelqu’un ?
« Oh, vous avez entendu parler de Black Sword ? Elle est assez célèbre parmi les épéistes. Cette amie, là, c’est Bori, Black Sword. »
« J’en ai entendu parler. »
« Moi aussi. »
Quelques soldats rassemblés autour d’eux réagirent aux paroles de Bremen. Mais ce fut tout. Ce qui les intéressait, c’était le combat, son issue et Ricart. Il ignorait pourquoi.
Les soldats étaient peut-être des imbéciles illettrés, mais ils avaient aussi une vaste expérience du combat. Il leur suffisait d’écouter Bremen pour savoir s’il exagérait.
C’était comme quand quelqu’un qui n’avait jamais servi dans l’armée parlait de la vie militaire. Ça se voyait.
« Alors, où allez-vous après avoir vaincu le Corps de mercenaires Rektor ? À Adelivari ? »
À la question d’Herbert, Bremen acquiesça.
« Nous nous ravitaillerons là-bas, puis nous irons vers Thorweil. »
« Mais Adelivari est assiégée en ce moment. »
« … Assiégée par qui ? »
« C’est pratiquement le seul endroit qui reste à piller. »
Presque tout le royaume d’Adelorne avait été pillé. Il ne restait quasiment aucune ville en état.
Adelivari se trouvait près de la frontière et avait réussi à tenir jusque-là, mais il ne restait si peu de choses à piller qu’ils avaient l’air d’être venus chercher le dernier morceau de viande encore comestible.
« Qui ? Qui l’assiège ? »
« Grants l’Invincible. »
Quel drôle de surnom, Invincible. C’était d’un grandiloquent… Était-ce de la vantardise, ou Grants était-il vraiment si redoutable ?
« Qui est-ce ? »
Ricart prit la parole pour la première fois. Les regards déjà posés sur lui se firent plus insistants encore.
Qu’est-ce qu’ils ont, tous ?
Herbert, le vieux compagnon de Bremen, répondit :
« Grants dirige la plus grande faction parmi les seigneurs de guerre qui tiennent actuellement le royaume sous leur coupe. On dit qu’il vient de Lorencia, même si je ne sais pas où ça se trouve. À l’origine, Grants faisait partie de la Compagnie de mercenaires des Seconds Fils. Pendant la guerre, il s’est retourné contre son supérieur, a tué le commandant et s’est emparé de la compagnie. Le Corps de mercenaires Rektor est l’une des compagnies de mercenaires sous ses ordres. Celle à qui toi et tes amis avez soi-disant donné une bonne leçon. »
« La Compagnie de mercenaires des Seconds Fils ? »
Peut-être parce que Ricart avait lancé la conversation, Bori posa la question suivante. Le nom lui semblait étrange.
« À l’origine, c’était une compagnie de mercenaires exclusivement composée de nobles. Elle était assez célèbre. Il y a quatre ans, quand une révolte paysanne a éclaté à l’est et que des signes de guerre civile sont apparus, le roi les a engagés. Puis, dans le chaos, un prince a tué le roi. La Compagnie de mercenaires des Seconds Fils a tué le prince, et Grants a ensuite tué leur commandant. À partir de là, tout a complètement dégénéré, et nous en sommes arrivés là. »
« Et qu’est-ce que Grants compte faire ? S’il voulait le trône, il aurait dû le prendre depuis longtemps. »
« Grants revendique le titre de roi, mais c’est lui qui a détruit Adelorne. Qui accepterait de servir Grants comme roi ? Je ne connais pas tous les détails. Mais les seigneurs ne le suivraient jamais. Alors Grants a apparemment décidé de détruire tout le royaume. Et sa compagnie n’est même plus composée uniquement de nobles. Ils ont accepté tout le monde, sans distinction. Ils ont maintenant dix mille hommes, suivis par une racaille de cinquante mille personnes. Peut-être que Grants n’arrive même plus à les maîtriser. »
Avoir beaucoup de soldats n’était pas forcément une bonne chose. Cela ne l’était que si leurs effectifs restaient maîtrisables.
Par exemple, il était censé avoir le Corps de mercenaires Rektor sous ses ordres. Pourtant, que faisait ce corps à Fasina ?
Ils n’auraient de toute façon pas pu être correctement encadrés. C’était pour cela que ses subordonnés erraient à leur guise. Le clan Rubens était une sorte de force étrangère ; il n’y avait aucun sens à ce qu’ils concluent un contrat avec eux.
Le problème avec ce genre de groupes, c’était qu’ils se déplaçaient en masse, pillant et détruisant tout sur leur passage. Comme le Seigneur démon et son armée des légendes.
Pour les habitants du royaume d’Adelorne, c’était comme la fin du monde.
Ils n’étaient plus une compagnie de mercenaires, et certainement pas une armée régulière. Ils n’avaient même pas de territoire d’influence fixe qui aurait fait d’eux des seigneurs de guerre. Ils ressemblaient davantage à une bande de brigands.
Pourquoi agissaient-ils ainsi ? Parce que c’était leur seul moyen de survivre.
Une véritable armée séparait clairement ses unités combattantes de ses unités de ravitaillement, et tout le système devait fonctionner sans accroc. Comme ce n’était plus possible, les choses ne pouvaient que tourner ainsi.
Qui leur verserait leur solde ? Qui leur fournirait à manger ? Ils survivaient en pillant les villages et les villes.
Surtout, il n’y avait plus de retour en arrière possible. Une fois habitués à vivre ainsi, ils ne savaient plus rien faire d’autre. Et avec le temps, ils devenaient de plus en plus cruels.
« Alors, qu’est-ce que vous faites tous ici ? »
Ricart posa la question sans leur faire de reproche. Il était simplement curieux.
« Nous ? On… fait ce qu’on a toujours fait. On garde ce sommet. Et, tant qu’à faire, on prélève un petit péage aux voyageurs. »
Ils n’étaient pas tout à fait des brigands, mais pas non plus des soldats réguliers. Ils n’avaient pas de commandant. Tous les seigneurs de la frontière étaient morts pendant la guerre civile.
« Alors… qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? Est-ce qu’on peut retourner quelque part ? »
Bremen posa la question. Herbert secoua la tête. Même s’il existait un chemin pour rentrer, tous les villages et toutes les villes sur leur route avaient été réduits en ruines.
Dans une situation pareille, les bandes de voleurs étaient moins effrayantes que les gens du peuple affamés. Des rumeurs sinistres couraient même sur des gens qui se mangeaient entre eux.
« On ne pourrait pas simplement se mêler discrètement aux autres ? On dirait qu’ils ne contrôlent pas grand-chose, de toute façon. »
Avec soixante mille personnes rassemblées, il était bien sûr impossible de surveiller et de contrôler chacune d’entre elles. S’ils se glissaient parmi elles sans se faire remarquer, qui le saurait ?
Le problème, c’était qu’il n’y avait aucune garantie. Si les choses tournaient mal, ils risquaient d’être écrasés sous le poids de ces soixante mille personnes.
« Nous ne pouvons pas faire demi-tour après être allés si loin, mais nous ne pouvons pas non plus rester là à perdre notre temps… »
Bremen n’aimait pas cette idée, mais n’avait pas d’autre choix. Après avoir surmonté tant d’épreuves, le groupe se heurtait à une montagne encore plus haute.
Pour la première fois depuis longtemps, le groupe planta des tentes et passa la nuit dans le repaire des brigands. La pluie de la veille les avait obligés à manger toutes leurs pommes de terre et leurs légumes, et il ne leur restait presque plus rien.
S’ils voulaient se ravitailler, ils devraient se mêler aux soixante mille personnes et y acheter de la nourriture au lieu de se rendre à Adelivari.
Cette nuit-là, toutefois, Herbert et les soldats ne cessaient de regarder Ricart et de chuchoter entre eux.
S’ils complotaient quelque chose de mauvais, ils l’auraient fait en secret. Pourtant, ils se montraient si ouvertement que Ricart ne comprenait pas ce qu’ils voulaient. Cela le tracassa au point qu’il ne parvint pas à dormir correctement.
Le lendemain matin, alors que le groupe se préparait à partir, Herbert et les soldats rassemblèrent leurs armes et leurs bagages, puis leur emboîtèrent le pas.
« Pourquoi vous nous suivez ? »
Bremen posa la question, incrédule.
« Tout comme vous vous dirigez vers la Frontière orientale à la recherche de votre dernier espoir, nous avons décidé d’aller à Adelivari livrer une dernière bataille. »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Comme toi, je n’ai plus beaucoup de jours devant moi. Mais qu’en est-il des soldats ? Si nous continuons à garder ce sommet sans raison, contre quoi le protégeons-nous ? Le royaume a déjà été détruit. »
C’était vrai. Quel sens y avait-il à garder la frontière d’un pays tombé ? Ricart observa les soldats. Leurs visages n’étaient pas déterminés. Ils avaient simplement l’air épuisés moralement.
Avant de disparaître discrètement, ils semblaient vouloir livrer une dernière vraie bataille. Mais pour cela, il leur fallait un commandant digne de ce nom.
Ricart eut un mauvais pressentiment. Non, ce n’était pas tout à fait ça. C’était plutôt un malaise. Il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose le dérangeait.
Pourtant, ils ne faisaient que suivre le même chemin. Ce n’était pas comme s’ils suivaient Ricart, alors il ne pouvait rien leur dire.
Mais, à mesure qu’ils passaient devant d’autres repaires de brigands le long de la crête, les soldats qui s’y trouvaient apprirent que trois personnes avaient détruit le Corps de mercenaires Rektor et se mirent à les rejoindre à leur tour.
Chaque repaire comptait entre dix et vingt personnes. Après en avoir dépassé cinq, près de soixante-dix personnes suivaient le groupe de Ricart.
Comme une armée en marche, des soldats aux longues lances posées sur l’épaule avançaient en une longue file le long de la crête.
« Ça ne me dit rien qui vaille… »
« Adieu, notre plan de nous mêler discrètement aux autres ? »
Bori et Marie firent part de leurs inquiétudes. Avec autant d’hommes armés, ils ne pourraient jamais passer inaperçus.
Ricart aussi trouvait que quelque chose clochait, mais il ne pouvait pas leur dicter leur conduite alors qu’ils étaient résolus à agir ainsi.
Il y avait sept repaires de brigands en tout et, à la fin, une centaine de personnes environ les avaient rejoints. Ils avaient été plus nombreux autrefois, mais c’était tout ce qu’il en restait.
Après midi, le chemin de crête prit fin et un sentier de montagne qui descendait apparut. Il serpentait autour de la montagne comme un serpent et, en poursuivant leur descente, ils aperçurent ce qui ressemblait à un village.
Mais ce n’était pas vraiment un village. Ces gens étaient menés par, ou suivaient, celui qu’on appelait Grants l’Invincible.
Cinquante mille personnes ne pouvaient pas se rassembler en un seul endroit. Elles étaient donc dispersées sur une vaste zone. Là se trouvait l’un de ces groupes. En général, ses membres voyageaient avec des gens de leur région ou de leur village, ou avec des parents.
Naturellement, ce n’étaient ni des soldats ni des mercenaires. C’étaient simplement des gens qui avaient perdu leur foyer et s’étaient joints au groupe dans une tentative désespérée de survivre.
Eux aussi, par exemple, avaient autrefois été des citoyens d’Adelorne. Mais après avoir été pillés, ils n’avaient eu d’autre choix que de suivre Grants pour survivre.
Ils avaient ensuite pris part aux pillages eux-mêmes, étaient morts ou avaient survécu de justesse. Voilà la réalité.
La plupart des cinquante mille personnes qui ne faisaient pas partie des troupes combattantes étaient comme ça, telles un essaim de sauterelles.
Les gens que Ricart rencontra alors ne faisaient pas exception. Il n’y avait presque aucun jeune homme. La plupart étaient des femmes, des vieillards et des enfants.
Les enfants, qui ne savaient rien, couraient joyeusement partout, ramassant et mangeant tout ce qu’ils trouvaient.
Quand ils aperçurent le groupe de Ricart et les soldats qui le suivaient, ils clignèrent des yeux.
Leur vie était déjà détruite. Ils n’avaient même plus l’air d’avoir peur de ce qu’on pourrait leur faire.
Ils avaient tous perdu leur mari, leurs fils et leur père. Tous. C’était pour cela que les soldats n’avaient pas réagi en entendant l’histoire de Roy. Dans un monde où la tragédie était ordinaire, même la tragédie cessait d’en être une.
Il semblait ne leur rester que des chansons. Des chants populaires transmis des grands-mères aux mères, puis des mères à leurs fils et à leurs filles.
« Quand les fleurs de pommier éclosent, je lève les yeux vers le col. Quand le soleil se reflète sur le lac, je marche le long de ses rives. Mon cœur a franchi le col. Quand les étoiles scintillent sur le lac, le prince viendra. Quand le prince viendra, toute cette misère prendra fin. »
La mélodie était triste, mais les enfants la chantaient gaiement de leurs voix innocentes. Quelques soldats fredonnaient avec eux.
La chanson semblait dire qu’eux et le groupe de Ricart n’étaient pas ennemis. Qu’ils appartenaient au même pays, au même peuple, même si les choses avaient fini par tourner ainsi.
Mais cela ne voulait pas dire qu’ils pouvaient faire quoi que ce soit dans l’immédiat. Ricart passa devant eux et continua à descendre le sentier de montagne.
« Quelle fille de la campagne attend un prince ? C’est une maîtresse qu’il a cachée quelque part ? »
« C’est comme ça, les histoires. »
Bori semblait chipoter, et Marie le réprimanda comme pour lui dire de comprendre l’essentiel.
« C’est Caldebert. »
Herbert, qui les suivait en silence, prit la parole.
Ricart, Marie et Bori se tournèrent vers lui.
« Le prince de la chanson. Le chevalier héroïque, Caldebert le Briseur. Elle dit qu’à son retour, il mettra fin à la guerre. Adelorne souffre de violentes guerres civiles depuis des temps reculés. »
En entendant encore une fois le nom de son vieil ami, Ricart se figea un instant. Le mauvais pressentiment ? Le malaise ? Il semblait grandir en lui.
Bori ouvrit alors de grands yeux et s’exclama :
« Ah ! Ça me revient ! Ricky, n’était-ce pas le fondateur de ta famille ? »
« … Plutôt un ancêtre plus récent. »
« En tout cas, on dit qu’il était le quatrième prince d’Adelorne. »
La famille Calderbern de Ricart avait été fondée au nom de Caldebert.
Caldebert avait d’abord été le quatrième prince d’Adelorne. Après s’être illustré à Fernland, il avait reçu des terres de l’Empereur et obtenu le droit de fonder une nouvelle famille.
Du point de vue de la lignée, la famille royale d’Adelorne était la maison principale et les Calderbern, une branche cadette.
C’était vrai si l’on suivait la lignée du sang, mais prétendre aujourd’hui à une autorité royale était absurde.
Mais si les choses en étaient là…
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
Herbert, qui les suivait, s’approcha et posa la question. Son expression était grave. Non, désespérée, peut-être.
« C’est un noble, en fait. De la famille Calderbern. Il descend de Caldebert le Briseur. »
Bori désigna Ricart comme si de rien n’était, mais Marie fronça les sourcils et l’arrêta.
« Hé, ne raconte pas ça à la légère. Entre nous, on peut parler librement, mais devant les autres… »
Herbert saisit alors soudain Ricart par l’épaule. Il l’examina comme s’il voulait scruter chaque détail de son visage : ses yeux, son nez, sa bouche, sa mâchoire, ses cheveux et même ses rides.
Ricart se demanda ce qui prenait à Herbert, tandis que son malaise commençait à prendre une forme plus précise.
« T-Tu es vraiment un prince ? »
« Non, je viens de la campagne. Je ne suis pas un prince. Marie, elle, est une princesse. Non, une princesse impériale. »
« Pourquoi tu m’entraînes là-dedans ? »
Marie le dévisagea, les yeux écarquillés, incrédule, mais Herbert tomba soudain à genoux. Ricart, Marie et Bori le regardèrent avec stupéfaction.
« Snif. Snif… »
Herbert sanglota, puis se mit enfin à pleurer. Les trois autres étaient trop abasourdis pour parler.
« Qu’est-ce qui te prend ? »
Même Bremen regarda Herbert, les yeux écarquillés, en posant la question.
« … C’est le destin. »
« Quoi donc ? »
« La fin de la guerre ! »
Herbert avait paru indifférent, mais ce n’était qu’une carapace. Lorsqu’elle se brisa, toute l’amertume accumulée en lui éclata au grand jour.
Les soldats derrière eux murmuraient, cherchant à comprendre ce qui se passait, tandis que les gens du village les observaient.
« Le prince est revenu ! »
Herbert cria. Tous le regardèrent, déconcertés. Mais les femmes du village éclatèrent soudain en sanglots et tombèrent à genoux.
Leurs pleurs emplirent l’air, et rien n’était plus douloureux que des femmes pleurant toutes ensemble.
Alors que l’atmosphère changeait brusquement, les soldats ôtèrent leurs casques les uns après les autres et s’agenouillèrent. Ils levèrent vers Ricart des yeux écarquillés, comme s’ils voulaient graver son image dans leur mémoire.
Était-ce ce vague malaise qu’il ressentait depuis la veille, sans même s’en rendre compte ? Ricart resta sans voix.
Pourtant, parfois, les héros façonnaient leur époque, et parfois, une époque avait besoin d’un héros.
En cet instant, ces gens avaient besoin de quelqu’un en qui croire et qu’ils pourraient suivre. Par hasard ou par destin, c’était Ricart qui avait été choisi.
Était-ce un devoir que lui imposait son sang, ou simplement le destin ? Se détournerait-il d’eux, ou leur offrirait-il leur dernier espoir ? Un espoir pareil à une torche capable d’éclairer leurs heures les plus sombres.
Le choix n’appartenait qu’à Ricart.
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