Chapitre 115
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Ode of the Brave ◈
Chapitre 115
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* * *
Le Hartmann que Ricart avait observé de loin était un homme calme et fiable. Comme père et comme mari.
Bien sûr, il ne pouvait pas être parfait. Ricart ignorait pourquoi il avait tué un prêtre, mais cet acte avait entraîné toute sa famille sur une pente difficile.
Alors non, Hartmann n’avait pas pu prendre chaque décision et faire chaque choix à la perfection.
Mais une chose était claire : il n’avait pas été qu’un simple bûcheron. C’était un père formidable, avec un cœur de guerrier.
Voilà pourquoi Ricart le respectait et le pleurait, en tant que père et en tant que guerrier.
La vengeance était-elle donc tout ce qui lui restait pour lui rendre hommage ?
Non.
À vrai dire, Ricart trouvait simplement la Guilde Rubens répugnante et voulait la tuer.
Il ne voulait pas se chercher d’excuses en invoquant la vengeance ou le deuil. Il voulait juste les tuer. C’était tout. Voilà pourquoi il était un démon.
La forme la plus pure de l’intention meurtrière ne naissait ni de la colère ni de la haine.
Elle venait simplement du plaisir.
À l’idée du massacre, l’excitation et l’exaltation montaient en lui. Plus il y songeait, plus il s’impatientait, comme un chien qui bave. Ricart observait calmement cette lame pure et dangereuse en lui.
C’était ainsi qu’il pouvait en tirer toute la puissance sans se laisser contrôler par elle.
Ricart fixait l’abîme, la tête basse. Lorsqu’il ouvrit les yeux, une lumière dorée y ondula.
Il se rappela le bon vieux temps, quand il errait seul dans l’Empire, recherché par les autorités et laissant derrière lui un sillage de massacres.
Fasina, dans le sud-est de l’Empire, était une région couverte de forêts et d’étranges formations rocheuses. Le quartier général de la Guilde Rubens se dressait au sommet de falaises abruptes.
Le bâtiment n’était pas particulièrement grand, mais le terrain environnant était si accidenté qu’il semblait impossible de s’en emparer, quel que soit le nombre de soldats lancés à l’assaut. Une forteresse naturelle.
Près du château se trouvait un petit village entouré de forêt. Étonnamment, il était assez peuplé.
La guilde laissait les villageois tranquilles : il était plus facile de se procurer des biens et des services à l’extérieur quand des gens vivaient à proximité.
Les habitants n’étaient pas riches, mais ne semblaient subir ni exploitation ni extorsion particulière.
Ils savaient tout de même qu’il se passait des choses sinistres et terribles dans ce château. Ils vivaient dans le silence, par peur, passant chaque journée dans l’inquiétude.
La fin de l’après-midi approchait, et le soleil n’avait pas encore commencé à rougir.
Un homme vêtu d’une cape rouge et d’une capuche traversa le village.
Un ancien passait avec, dans un panier, plusieurs carottes arrachées à son potager. L’une d’elles lui échappa par accident. Elle roula jusqu’aux pieds de l’étranger et s’arrêta là.
L’homme la ramassa et la lui tendit. En la reprenant, l’ancien aperçut sous la capuche des yeux dorés qui brûlaient et se figea.
L’étranger n’y prêta aucune attention. Il se dirigea tout droit vers le château.
L’ancien le regarda s’éloigner pendant un long moment.
À un endroit, le chemin de l’étranger commença à grimper. Une route étroite montait jusqu’au château. Il n’y avait aucune rambarde, et un profond précipice s’ouvrait en contrebas.
L’homme longea la route sans crainte et atteignit la porte.
Elle n’était pas fermée. Deux sentinelles seulement montaient la garde.
Les sentinelles observèrent en silence l’homme solitaire qui approchait. L’idée qu’il ait pu venir pour leur nuire ne leur traversa pas l’esprit.
Sa cape dissimulait son apparence, mais l’épée à sa taille ne trompait pas.
« Hé. Vous ne pouvez pas vous promener ici comme ça. »
« Vous voulez nous rejoindre ? »
Il arrivait parfois que des épéistes errants viennent frapper à la porte d’une guilde. Même très doués, ils avaient du mal à survivre seuls dans la nature sans appartenir à un groupe.
Mais l’homme ne répondit pas. Il marcha en silence vers eux et s’arrêta devant les sentinelles.
Sous les ombres épaisses, la porte était déjà plongée dans la pénombre du soir. Il faudrait bientôt allumer les feux de joie.
« Monsieur, ne faites pas d’histoires. C’est un avertissement. »
À mesure que l’étranger avançait sans hésiter, les sentinelles s’agitèrent et prirent peur. Par précaution, elles changèrent de ton.
L’homme avait rabattu sa capuche assez bas pour ne laisser voir que le bas de son visage. Il parla à voix basse.
C’était la voix de Ricart.
« Sonnez le sifflet d’alarme. »
« … ? »
« Je ne le répéterai pas. »
Un éclair jaillit.
L’une des sentinelles ferma les yeux de toutes ses forces. Elle entendit quelque chose de lourd tomber avec fracas.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux et se tourna vers son compagnon, perplexe, l’autre n’avait plus de tête.
Le sang jaillit du cou tranché tandis que le corps s’écroulait. Un frisson lui parcourut l’échine, et elle se raidit.
Sans un mot, Ricart leva lentement son épée flamboyante et en pointa la lame vers le sifflet accroché au cou de la sentinelle.
La sentinelle ne comprenait rien à ce qui se passait. Hébétée, elle souffla de toutes ses forces dans le sifflet.
Fiiiiou !
Le son strident retentit dans tout le château, et la personne qui avait soufflé dans le sifflet mourut sur-le-champ.
Elle s’effondra avec fracas. Deux cadavres gisaient devant la porte.
Épée à la main, Ricart entra dans la cour.
Bien que le sifflet d’alarme eût clairement retenti, l’unité d’intervention mit un certain temps à se montrer.
Cinq ou six personnes sortirent d’abord. À la vue des cadavres devant la porte, elles reculèrent, horrifiées, et retournèrent à la caserne. Puis elles revinrent avec du renfort.
Une vingtaine d’hommes se précipitèrent dans la cour et encerclèrent Ricart. Depuis le château intérieur, qui ressemblait à un manoir, d’autres les observaient simplement par les fenêtres.
« Qui êtes-vous ? Donnez votre nom ! »
« Ricky. »
Ceux qui connaissaient ce nom réagirent, tandis que les autres restèrent perplexes. Des murmures parcoururent le groupe autour de Ricart.
Ce serait lui, celui dont on parlait ? Vous savez, ce génie de l’épée, la Cape Rouge. Mais qu’est-ce qu’il fait ici ?
Quelqu’un qui semblait être le chef de l’unité d’intervention prit alors la parole, le visage volontairement durci.
« Qu’est-ce que vous voulez ? C’est une provocation ouverte contre notre Guilde Rubens ! »
Ricart releva la tête.
Sous l’ombre de sa capuche rabattue, ses yeux dorés flamboyaient.
Les murmures cessèrent dès qu’ils croisèrent ce regard.
« Je suis venu vous tuer jusqu’au dernier. »
Ces mots tombèrent comme une sentence de mort.
Le château était déjà silencieux, mais à présent, même les montagnes, les ruisseaux, les arbres et l’herbe alentour semblaient retenir leur souffle.
Selon les critères habituels, la situation était absurde. Un homme seul était venu affronter une guilde entière, qui avait survécu dans ce monde brutal.
Il ne s’agissait même pas de saboter les opérations de la guilde. Personne n’avait jamais entendu parler de quelqu’un qui débarquait ainsi, sans se soucier de rien.
La pure absurdité de la situation les stupéfia, mais ils éprouvèrent aussi un doute mêlé de peur.
Des gens sortirent alors du château intérieur. Ils portaient des étoffes semblables à des cache-nez sur le bas du visage et des cagoules sur la tête.
De même que les guildes répartissaient leurs membres en différents rangs — recrues, apprentis, disciples officiels et membres à part entière —, ces gens s’entraînaient sérieusement à la Conduite du mana propre à la Guilde Rubens.
Leurs vêtements dissimulaient leur ossature quelque peu déformée, comme s’ils en avaient honte.
L’un d’eux s’adressa à Ricart.
« Je me souviens encore de ce qui s’est passé il y a quatre ans. Vous avez infligé d’énormes pertes à notre guilde et nous avez humiliés. Depuis, nous n’avons pas oublié notre rancune un seul instant. »
« Je n’ai pas spécialement envie de discuter maintenant de qui avait raison ou tort, mais vous ne m’avez pas attaqué les premiers avec un poison étrange, pendant le tournoi d’épéistes ? »
« Vous avez d’abord tué notre maître de guilde alors que vous étiez étudiant. Lorenz. Vous vous en souvenez ? »
Ils étaient d’un égoïsme si absurde que c’en était ridicule.
Lorenz et ses subordonnés avaient tendu une embuscade à Ricart et aux élèves, alors qu’ils traversaient la forêt pour remplir une requête d’aventurier.
Et ils lui en voulaient parce qu’il les avait tués en retour. Quels salauds pitoyables.
Mais Ricart n’avait plus envie d’en parler.
« Non. Pourquoi me souviendrais-je de déchets pareils ? »
À ces mots, il s’élança.
Il se glissa entre eux, épée à une main, dans une posture basse et fluide comme l’eau. Sa lame frôla un adversaire.
Celui-ci tenta d’esquiver, mais perdit une jambe.
Tout se passa en un instant. Un grand nombre d’hommes se ruèrent sur Ricart. Naturellement, plusieurs d’entre eux s’emmêlèrent les uns aux autres.
Ricart tournoya comme une tempête et abattit son épée sur ces imbéciles. Trois ou quatre torses furent tranchés d’un seul coup, comme si c’était un jeu d’enfant.
Un coup d’épée incroyable.
Et les attaques s’enchaînèrent sans relâche.
Comme un cuisinier chevronné qui prépare un poisson, il donna quelques coups d’épée, et les cadavres s’amoncelèrent en un instant.
Certains s’écroulèrent sur place, foudroyés par le spectacle. Ceux qui étaient encore en état de bouger tournèrent les talons et s’enfuirent dans différentes parties du château.
Ceux qui n’étaient pas à son niveau furent éliminés d’un seul coup.
Mais les hommes au cache-nez ne pouvaient pas fuir, même s’ils l’avaient voulu.
Tout ce qu’ils possédaient se trouvait dans ce château. Pas seulement leur argent, mais aussi leurs documents de recherche et leurs cœurs de mana spécialement traités.
Ils se dressèrent donc désespérément face à Ricart, bien qu’ils n’aient aucun moyen réel de s’en sortir.
C’était comme si un rideau invisible de la mort s’était déployé devant eux. Quiconque s’aventurait dans son rayon perdait à coup sûr un membre ou la vie.
Leurs tactiques, qui consistaient à l’encercler, à frapper puis à se replier, ne fonctionnaient pas. Pas plus que les mouvements agiles propres à la Guilde Rubens.
Il dépassait de loin tous les Maîtres de l’Épée qu’ils avaient connus.
Comment était-ce possible ?
Ricart ne fixait pas l’adversaire qu’il affrontait. Son regard était déjà posé sur le suivant.
Et il maniait une épée imparable, capable de tout trancher.
Vitesse, force, technique, jugement. Son génie et son expérience réunis déchaînaient une puissance terrifiante.
Il n’y avait aucune forme fixe. Il se perfectionnait à chaque instant.
Parce que tout cela lui plaisait.
Parmi ses ennemis, certains s’enfuirent, estimant que des documents de recherche ne valaient rien s’ils mouraient. Ricart en abattit un, puis lança son épée dans le dos d’un autre avec une précision parfaite.
Mais il se retrouva alors désarmé. Ses ennemis saisirent cette brève occasion et se ruèrent sur lui.
Une énergie dorée se concentra dans la main de Ricart.
Il frappa leurs lames du tranchant de la main, et elles volèrent toutes en éclats.
Clang !
Puis il en saisit un et lui enfonça la main dans le cœur.
Mais il ne la retira pas.
Il la remonta.
Sa main déchira les côtes, trancha l’épaule et ressortit au-dessus. La bouche de sa victime s’ouvrit tandis qu’elle tombait à genoux avec un bruit sourd, avant de s’écrouler.
Ricart tenait un cœur encore vivant dans sa main.
Ce qui était étonnant, ce n’était pas qu’il battait encore.
C’était Ricart, qui le tenait et souriait cruellement.
« J’ai entendu dire que vous aimiez ce genre de choses ? »
Il referma la main, écrasa le cœur, puis le jeta au sol.
« Venez le manger comme les chiens que vous êtes. »
Même ceux qui s’étaient entraînés en renonçant à leur humanité reculèrent, ébranlés par cette vision atroce.
Le silence retomba.
Venait-il de manier l’Épée de lumière à main nue ?
C’était incroyable. Impossible.
Des cadavres horriblement mutilés jonchaient la cour, et le sol était glissant de sang. Le soleil de fin d’après-midi rougissait peu à peu.
Alors que Ricart continuait son massacre, une joie insoutenable le submergeait.
Il pouvait s’observer intérieurement et se maîtriser, mais même ainsi, il lui était difficile de retenir le rire qui lui échappait sans cesse.
C’était peut-être du cynisme face à cette farce tout entière, lui compris. Peut-être du dégoût.
Si tant est qu’on puisse appeler ça de l’humour.
Au milieu des armes brisées et des cadavres hideux, Ricart tremblait de rire.
Puis il rejeta la tête en arrière et éclata d’un rire dément.
« Hé hé hé, hé… Ahahahahahaha ! »
Les ennemis perdirent toute volonté de se battre. Le visage défait, ils ne purent que regarder Ricart rire à gorge déployée.
C’était la peur d’une mort inévitable, qu’ils ne pouvaient ni maîtriser ni repousser.
Tous avaient l’impression de faire un cauchemar éveillés.
Un démon n’avait pas besoin de raisons.
De rancune. De soif de pouvoir. De ce genre de choses.
Ces raisons n’étaient que des justifications. Même en renonçant à leur humanité, ils n’étaient que des déchets, incapables de devenir de véritables monstres.
Un vrai démon avait quelque chose de la pureté d’un enfant.
Ricart s’avança lentement et récupéra son épée, qui était tombée un peu plus loin.
Tous se contentèrent de le regarder. Personne n’osa faire le moindre bruit, encore moins l’arrêter.
Ricart marcha jusqu’à la porte et abattit son épée sur l’épaisse corde pour la trancher.
La herse tomba et la porte se referma dans un fracas.
D’ordinaire, on bloquait les voies de sortie pour empêcher les intrus de fuir.
Mais cette fois, c’était l’inverse.
Les lieux étaient devenus un abattoir.
Ricart regarda les membres de la Guilde Rubens et leur adressa un sourire, découvrant ses dents blanches.
L’odeur du sang et du fer emplissait l’air.
Mais il manquait encore quelque chose.
Du feu.
À quoi bon un festival sans feu ?
Ricart chargea de nouveau ses ennemis.
Ils s’enfuirent. Dans le château intérieur, dans la caserne, courant comme s’ils jouaient à cache-cache.
Mais c’était une erreur.
Parce qu’il allait tout réduire en cendres.
Le feu et l’acier, le sang et la mort.
Ricart savait mieux que quiconque s’en servir. Et pour survivre en enfer, il avait appris mieux que personne à devenir un démon.
Les recherches, les trésors et tout le reste de la Guilde Rubens ne l’intéressaient pas le moins du monde.
Il n’y avait que le massacre et la mort.
À un moment, des appels au secours commencèrent à résonner par intermittence dans tout le château.
Ou bien des cris de douleur, poussés par ceux qui brûlaient.
Pour quelqu’un, c’était une musique magnifique.
Dans le village voisin, l’ancien qui travaillait à son potager regarda le château brûler au loin.
Tout le village s’immobilisa pour contempler le spectacle.
Au coucher du soleil, sous la lueur rouge du crépuscule, une fumée noire s’éleva jusqu’au ciel. L’odeur de l’incendie parvint jusqu’au village.
Puis l’étranger encapuchonné sortit des ruines du château.
Une ou deux heures à peine s’étaient écoulées depuis son arrivée. C’était aussi le temps qu’il avait fallu pour anéantir une guilde puissante.
Lorsqu’il traversa le village en silence, tous ne purent que le regarder sans un mot.
L’ancien finit par lui demander :
« Êtes-vous un ange ou un démon ? »
Ricart se retourna vers lui.
Ses yeux ne brûlaient plus comme avant. Ils étaient simplement noisette et limpides.
« Eh bien, c’est peut-être ce que vous voyez, ancien. »
Puis il reprit le chemin par lequel il était venu et disparut.
Le quartier général de la Guilde Rubens continua de brûler pendant deux jours et deux nuits.
Il n’y eut aucun survivant. Par la suite, seules circulèrent des rumeurs incroyables, selon lesquelles un ange de la mort était venu déchaîner les flammes.
Ricart s’était défini comme un démon, mais, apparemment, aux yeux de l’ancien, il avait eu l’air d’un ange de la mort.
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